Et maintenant une histoire ! Posts


28 avril 2026Saint Paul de la Croix, Confesseur

Paul de la Croix naquit à Uva­da, en Ligu­rie, le 3 jan­vier 1694. Dès l’en­fance, il eut une par­ti­cu­lière dévo­tion aux dou­leurs de Jésus cru­ci­fié. Enflam­mé du désir du mar­tyre, il se joi­gnit à l’ar­mée qui s’as­sem­blait à Venise pour com­battre les Turcs. Mais, s’é­tant ren­du compte que la volon­té de Dieu l’ap­pe­lait ailleurs, il lais­sa les armes, refu­sa un mariage très hono­rable et, revê­tu d’une tunique gros­sière, se mit à prê­cher. Benoît XIII vou­lut l’or­don­ner prêtre. Paul de la Croix se reti­ra ensuite dans la soli­tude du mont Argen­ta­ro, que la Bien­heu­reuse Vierge lui avait dési­gnée depuis long­temps déjà. C’est là qu’il jeta les fon­de­ments de la Congré­ga­tion des Pas­sion­nistes, dont les membres sont astreints par vœu à pro­pa­ger le sou­ve­nir de la Pas­sion du Christ. La flamme d’a­mour qui le consu­mait était telle que la par­tie de son vête­ment la plus voi­sine du cœur parut sou­vent comme brû­lée par le feu et que deux de ses côtes se sou­le­vèrent. Il fut favo­ri­sé du don de pro­phé­tie, du don des langues, du don de lire dans les cœurs. La puis­sance de sa parole était mer­veilleuse, sur­tout lors­qu’il prê­chait sur la Pas­sion. Saint Paul de la Croix mou­rut à Rome en 1775.


Ouvrage : Petites Vies Illustrées pour enfants | Auteur : Goldie, Agnès

Les Quarante Martyrs

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

Il fal­lait un fameux cou­rage et une grande grâce de Dieu pour attendre de pied ferme l’ours qui doit vous étouf­fer, la lionne prête à vous dévo­rer. Il fal­lut non moins de cou­rage pour subir le mar­tyre si dif­fé­rent, qui consis­tait à res­ter cou­ché sur la glace jus­qu’à la mort. 

Tan­dis que Constan­tin le païen conver­ti par la croix et deve­nu empe­reur — tra­vaillait en Occi­dent au triomphe de l’Église, Luci­nus, qu’il s’é­tait asso­cié, la per­sé­cu­tait en Orient. 

Ce prince ordonne que toutes les légions fassent aux dieux des sacri­fices publics, cela, sous peine de mort.

À Sébaste, en Armé­nie, qua­rante offi­ciers et sol­dats refusent d’o­béir. « Nous sommes chré­tiens »

— On ver­ra si vous le serez encore quand vous cla­que­rez des dents ! Qu’on les couche sur l’é­tang gla­cé, aux portes de la ville !

Les Quarante Martyrs de Sébaste morts sur la glace
« …Len­te­ment il se traîne sur la glace…

Pour les ten­ter, un bain chaud est entre­te­nu sur la berge. La seule vapeur qui s’en dégage, donne envie de cou­rir s’y jeter… 

La prière sou­tient leur cou­rage. L’un d’eux aurait-il ces­sé de prier ?… Voi­ci que son cou­rage fai­blit… len­te­ment il se traîne sur la glace. Les païens qui entre­tiennent l’eau chaude l’aident à se his­ser dans la bai­gnoire. La dif­fé­rence de tem­pé­ra­ture le sai­sit et il expire presque aussitôt. 

Tan­dis que ceci se passe, une des sen­ti­nelles a vu le ciel se peu­pler d’anges qui tiennent des cou­ronnes au-des­sus des trente-neuf sol­dats res­tés fidèles. L’ange du trans­fuge n’a plus per­sonne à cou­ron­ner. Alors, ne fai­sant ni une ni deux, le sol­dat laisse tom­ber sa chaude cape et, gre­lot­tant, mais brave, va se cou­cher à la place vide : « Je crois en Dieu. Je suis chré­tien ! » dit-il.

Au petit jour, les qua­rante corps sont entas­sés sur un char­riot et jetés au feu… Et, grâce à la sen­ti­nelle, c’est bien au nombre de qua­rante qu’ils furent cou­ron­nés dans la gloire…

Saint Sébastien

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

Sébas­tien naquit à Nar­bonne, d’une famille chré­tienne ori­gi­naire de Milan. Par­ve­nu à l’âge de choi­sir une car­rière, il s’en­ga­gea dans l’ar­mée de César. L’ar­mée romaine était fort nom­breuse et fort répu­tée et, pour tout sujet de l’Em­pire, c’é­tait une gloire d’y ser­vir et de por­ter les aigles romains de l’O­rient à l’Oc­ci­dent, du Finis­tère à la Pales­tine, sans oublier l’A­frique du Nord.

Ouvrage : Le Croisé

Jus­tus ut pal­ma flo­re­bit, sicut cedrus Liba­ni mul­ti­pli­ca­bi­tur.
Le juste fleu­ri­ra comme le pal­mier : comme le cèdre du Liban, il se mul­ti­plie­ra.
(Psaume 92 : 13)

Saint Char­bel Makh­louf doit sa renom­mée aux pro­diges et miracles qui entourent sa dépouille mor­telle. Nul, sans doute, n’au­rait pen­sé à faire un saint de ce pieux ermite liba­nais qui, par humi­li­té, s’é­tait soi­gneu­se­ment effa­cé du monde, si, après sa mort, la Pro­vi­dence n’a­vait obs­ti­né­ment atti­ré la fer­veur popu­laire sur sa tombe.

À cent qua­rante kilo­mètres au nord de Bey­routh, se trouve Bekaa Kafra, le plus haut vil­lage du Liban habi­té toute l’an­née, à 1650 mètres d’al­ti­tude. Il offre une vue pano­ra­mique sur la val­lée de la Qadi­sha, sur­nom­mée la Val­lée sainte, de nom­breux ermites y ayant vécu depuis le IVe siècle. C’est dans ce vil­lage que naît, le 8 mai 1828, le cin­quième enfant d’An­toun Makh­louf et de Bri­git­ta Chou­diac qui ont déjà deux fils, Jean et Becha­ra, et deux filles, Kaoun et War­da. Huit jours après sa nais­sance, il reçoit au bap­tême le nom de Yous­sef Antoun (Joseph Antoine).

La pié­té de la famille est simple, grande et forte. Bri­git­ta Makh­louf assiste à la Messe et récite son cha­pe­let quo­ti­dien­ne­ment. Deux de ses frères sont moines dans l’Ordre maro­nite liba­nais et vivent à l’er­mi­tage de Saint-Antoine de Qoz­haya, à cinq kilo­mètres de Bekaa Kafra. Antoun est un pauvre pay­san qui ne pos­sède qu’un modeste coin de terre, un âne et un petit éle­vage de chèvres et de moutons.

Bekaa Kafra, maison de la famille Makhlouf
Bekaa Kafra, mai­son de la famille Makhlouf

Un soir, Yous­sef Antoun est alors âgé de trois ans, un groupe de sol­dats vient réqui­si­tion­ner Antoun Makh­louf avec son âne pour trans­por­ter du maté­riel de l’ar­mée ; impos­sible de refu­ser. Sa mis­sion accom­plie, il tombe gra­ve­ment malade et meurt. Ce n’est qu’a­près des mois d’in­con­so­lable attente que Bri­git­ta com­prend qu’elle est veuve. Deux ans plus tard, en octobre 1833, crai­gnant de ne pou­voir sub­ve­nir aux besoins des siens, elle se rema­rie avec un homme très pieux du vil­lage. Peu après, celui-ci, avec l’ac­cord de Bri­git­ta et confor­mé­ment à la dis­ci­pline par­ti­cu­lière des Églises orien­tales, est ordon­né prêtre. Yous­sef lui sert la Messe et l’as­siste dans toutes les céré­mo­nies ; à la sor­tie de l’é­glise, l’en­fant se rend à l’é­cole où il apprend à lire, à écrire et à prier en syriaque, langue que par­lait Jésus. Il s’i­ni­tie éga­le­ment aux tra­vaux cham­pêtres et mène paître sa vache et ses bre­bis au flanc des col­lines. Un ami témoigne : Lorsque la vache avait bien brou­té l’herbe, il la lais­sait à son repos en lui disant : « Repose-toi main­te­nant, « Zah­ra », c’est mon tour et non plus le tien. Je veux prier ». Ain­si priait-il, et si sa vache se rele­vait pour pâtu­rer, il lui disait : « Ne recom­mence pas main­te­nant, attends que je finisse ma prière parce que je ne peux pas par­ler avec toi et avec Dieu ; Dieu est de prio­ri­té ». Il pas­sait des longues périodes, absor­bé par la prière.

Yous­sef va vers ses qua­torze ans et ses cama­rades le taquinent sur sa pié­té en l’ap­pe­lant « le saint ». Tous les jours il emmène paître son petit trou­peau et se rend dans une grotte où, à genoux devant une image de la Sainte Vierge, il prie. La grotte devient ain­si son lieu de prière et son pre­mier ermi­tage et, par la suite, un sanc­tuaire et un lieu de pèlerinage. 

Ouvrage : Les bons anges | Auteur : Lelong, M.-H.

Chapitre VII

MAINTENANT, je vais vous dire ce qui s’est pas­sé le jour de la fête Notre-Dame des Anges, ce qui s’est pas­sé dans les rues par­se­mées de bleuets, de mar­gue­rites et de fougères. 

La pro­ces­sion était déjà très belle, mais si l’on avait pu voir, comme les anges, ce qui se pas­sait dans le cœur des petites filles de la pro­ces­sion, on aurait vu quelque chose de plus beau encore.

D’a­bord, il fai­sait un grand soleil. 

Tous ceux qui ont vu, au moins 7 ou 8 fois, reve­nir les belles fêtes de l’an­née, savent que les sai­sons suivent le calen­drier. Les choses se passent un peu comme dans le livre des « Cinq cents recettes de cui­sine » : pour une belle fête de Noël, pre­nez une église de vil­lage, des sapins, sau­pou­drez-les de neige et de givre … Une Tous­saint bien réus­sie veut une petite pluie grise. La fête de Notre-Dame des Anges, elle, doit être ser­vie chaud. Thé­rèse l’a­vait défi­nie autre­fois : « C’est quand le Bon Dieu se pro­mène sous le soleil, et moi je lui jette des fleurs. » En effet, à Notre-Dame des Anges le Bon Dieu aime tel­le­ment se pro­me­ner qu’à l’As­somp­tion il fait comme si c’é­tait la Fête-Dieu ! Donc, il y avait, ce jour-là, beau­coup de soleil. 

Le petit vil­lage dont je vous parle est posé au croi­se­ment de deux routes. Comme, à chaque bout, un repo­soir a été dres­sé, le che­min du Saint Sacre­ment forme une croix, un grand signe de croix à tra­vers les fermes et les maisons. 

Les enfants de chœur suive la croix de procession

Cela com­mence, la veille au soir, par des écha­fau­dages de ton­neaux, de caisses, de poutres. On ne croi­rait jamais qu’il en sor­ti­ra quelque chose de bien. 

On a sac­ca­gé les parterres. 

Les fers à fri­ser du vil­lage sont mobi­li­sés : des têtes bou­clées, c’est encore ce qu’on a trou­vé de mieux pour repré­sen­ter des anges.

Sur le coup de 3 heures et demie, la pro­ces­sion débouche sur la place. 

Car elle sort, à Notre-Dame des Anges, la procession. 

Dans cer­tains pays, les gens sont si méchants, si méchants, qu’ils empêchent le Bon Dieu de sor­tir une mal­heu­reuse fois par an. Alors, comme un pauvre oiseau en cage, il fait seule­ment le tour de sa prison. 

Dans mon petit vil­lage, il sort, avec les ban­nières et la fan­fare muni­ci­pale au pas caden­cé, qui lance au ciel le ton­nerre de sa musique et l’é­clat de ses cuivres bien astiqués. 

Ouvrage : La revue des saints

Premier évêque de Tours (Ier ou IIIe s.).

Fête le 18 décembre.

L’ANCIENNE tra­di­tion de l’É­glise de Tours pla­çait au temps des Apôtres l’ar­ri­vée sur les bords du Liger, la Loire d’au­jourd’­hui, du saint évêque Gatien, pré­sen­té comme l’un des ber­gers de Beth­léem qui reçurent des anges la bonne nou­velle de la nais­sance du Sau­veur. Au contraire, cer­tains auteurs font vivre le saint mis­sion­naire au Ie siècle, de 250 à 301 ; ils lui donnent pour suc­ces­seurs, en 337 ou 340, saint Lidoire (+371), puis en 371 l’illustre saint Mar­tin, à par­tir de qui l’his­toire apporte des pré­ci­sions incon­tes­tées. Telle semble être, au XXe siècle, l’o­pi­nion d’un his­to­rio­graphe du dio­cèse de Tours qui a pré­fé­ré ne remon­ter qu’au pon­ti­fi­cat de saint Mar­tin ; c’est du moins ain­si que nous inter­pré­tons la décla­ra­tion suivante :

La chré­tien­té de notre région avait été assez forte pour se main­te­nir pen­dant trente-trois ans envi­ron sous la per­sé­cu­tion et mal­gré la vacance du siège épis­co­pal ; cela prouve que saint Gatien avait lais­sé à sa mort un cler­gé rela­ti­ve­ment consi­dé­rable qu’il avait formé.

Prédication de saint Gatien.

Maté­riel­le­ment flo­ris­sant sous le gou­ver­ne­ment des Romains, le pays des Turo­nenses, la Tou­raine actuelle, dont la capi­tale, Tours, s’ap­pe­lait alors Cae­sa­ro­du­num Turo­nen­sium, était plon­gé dans les ténèbres de l’i­do­lâ­trie, joi­gnant à la pra­tique des super­sti­tions les plus abo­mi­nables des habi­tudes féroces d’une sau­vage bar­ba­rie. Les regards du nou­vel apôtre ren­con­traient par­tout les images des faux dieux, qui peu­plaient la ville, les cam­pagnes, les col­lines, les mai­sons par­ti­cu­lières et les édi­fices publics.

Gatien se mit à l’œuvre. Dans des ins­truc­tions fami­lières, il com­men­ça par mon­trer l’i­na­ni­té des idoles, leur fai­blesse et leur impuissance.

Quand il eut dis­si­pé les erreurs les plus gros­sières, amoin­dri l’es­time des vaines céré­mo­nies dans l’es­prit des Turones, il leur pré­sen­ta les véri­tés de l’É­van­gile ; il leur par­la d’un seul Dieu, créa­teur du ciel et de la terre, il leur décou­vrit le mys­tère de la Sainte Tri­ni­té, il leur fit com­prendre la néces­si­té de l’In­car­na­tion du Verbe. Il célé­bra les gran­deurs de la Vierge Marie, et la leur pré­sen­ta comme une Mère pleine de bon­té et de miséricorde.

La parole de l’a­pôtre ne tar­da pas à faire des conquêtes. Mais les pas­sions ont l’o­reille dure et le démon est furieux quand on veut lui arra­cher ses vic­times. Aus­si le mes­sa­ger de l’É­van­gile recueille-t-il sou­vent les mépris des riches et des grands et la haine de la popu­lace ignorante.

L’espoir du martyre.

Gatien, ferme et cou­ra­geux au milieu de l’o­rage, se voit trai­té comme un espion, comme un vio­la­teur public des lois du pays. On le sai­sit alors, et on l’en­traîne pour le faire mou­rir ou du moins le chas­ser de la contrée, après l’a­voir rude­ment fla­gel­lé. Mais les infi­dèles ne purent exé­cu­ter leur inique des­sein. Les dis­ciples du Christ étaient déjà nom­breux, et ils sau­vèrent le pon­tife. « Cet homme, dirent-ils à leurs com­pa­triotes, rend ser­vice à la ville par les gué­ri­sons qu’il y opère sur toutes sortes de mala­dies, et ses mœurs sont excellentes. »

Ces obser­va­tions pro­dui­sirent le meilleur effet : le peuple s’a­pai­sa et lais­sa l’é­vêque en repos. Gatien pour­sui­vit son œuvre avec ardeur. Sa vie, plus angé­lique qu’­hu­maine, lui atti­rait un grand nombre de dis­ciples ; et ceux qui ne vou­laient pas se rendre à sa parole se lais­saient sou­vent tou­cher par ses miracles.

Dans la solitude.

Mais la paix n’é­tait jamais que pas­sa­gère. Les païens s’ir­ri­taient sou­vent des conver­sions qu’o­pé­rait le pon­tife, et sou­le­vaient de vio­lentes per­sé­cu­tions contre les dis­ciples de Jésus-Christ.

Gatien se reti­rait alors dans la soli­tude pour se sous­traire aux outrages dont les hommes puis­sants du pays vou­laient l’ac­ca­bler. Ses enfants spi­ri­tuels le sui­vaient, et le Bien­heu­reux célé­brait en secret les saints mys­tères dans les grottes et les cryptes.

D’a­près un auteur du XIIIe siècle, l’o­ra­toire du pre­mier évêque de Tours se trou­vait au lieu où l’on éle­va plus tard la célèbre abbaye de Mar­mou­tier. Aux pre­miers siècles de l’ère chré­tienne, cet asile n’é­tait pas d’un abord facile. Les ronces et les épines en obs­truaient l’u­nique che­min. Le pon­tife creu­sa dans le roc, de ses propres mains, une grotte, dont il fit un sanc­tuaire qu’il dédia à la glo­rieuse Vierge Marie. C’é­tait là qu’il venait pas­ser de longues heures en prière, après ses courses apos­to­liques, et qu’il se réfu­giait au temps des persécutions.

Quelques chré­tiens venaient par­ta­ger sa soli­tude et ses entre­tiens ; et, pour ne plus se mêler aux souillures des rites pro­fanes des infi­dèles, ils se creu­sèrent à proxi­mi­té des retraites cachées. Ils se réunis­saient dans le sanc­tuaire de Marie, à l’heure de la prière ; ils y assis­taient au saint sacri­fice de la messe, puis cha­cun d’eux rega­gnait sa grotte pour vaquer à la lec­ture, à la médi­ta­tion ; et, pour rendre leur corps obéis­sant à l’âme, ils l’as­su­jet­tis­saient par la péni­tence et la mortification.

Au XVIIe siècle, le prieu­ré de la Bien­heu­reuse Marie des Sept Dor­mants, ren­fer­mé dans l’en­clos du monas­tère de Mar­mou­tier, pas­sait pour être le sanc­tuaire dédié par Gatien à la Mère de Dieu. 

Un cimetière chrétien.

Quand la per­sé­cu­tion se ralen­tis­sait, le pon­tife quit­tait sa soli­tude et opé­rait de nou­velles conver­sions, de sorte que le nombre des fidèles crois­sait de jour en jour.

Gatien acqué­rait en même temps par ses miracles et ses ver­tus une grande auto­ri­té et obte­nait l’es­time de tous les habi­tants du pays. Grâce à son influence, on voyait dimi­nuer peu à peu les images des divi­ni­tés païennes. Les temples des idoles étaient ren­ver­sés çà et là ; et le saint apôtre pou­vait éle­ver des autels au vrai Dieu. Les édits impé­riaux défen­daient aux chré­tiens d’en­ter­rer leurs morts dans les villes. Gatien ache­ta, dans un des fau­bourgs de la cité de Tours, un ter­rain pour en faire un cime­tière et y dépo­ser les restes de ses enfants.

C’est auprès de ces tombes que le pon­tife aimait à ras­sem­bler son peuple. C’est là que, le dimanche, il célé­brait les saints mys­tères, trans­met­tait ses ins­truc­tions aux fidèles, et for­ti­fiait leur cœur par sa parole et ses exemples. C’est là qu’il leur dis­tri­buait le pain de vie, ini­tiait les caté­chu­mènes aux véri­tés sublimes de la foi, leur ensei­gnait les pra­tiques de la vie chré­tienne, les fami­lia­ri­sait avec les céré­mo­nies du culte, et leur appre­nait à chan­ter les louanges de Dieu par des can­tiques sacrés.

On affirme que sur ce cime­tière chré­tien Gatien éle­va même une sorte de Sémi­naire, et que de jeunes clercs se for­maient à son école, à qui il ensei­gnait les devoirs de leur état, et qu’il pré­pa­rait soi­gneu­se­ment au sacer­doce pour les ordon­ner ensuite. Nous devons dire tou­te­fois que, en 1911, l’ar­che­vêque de Tours écri­vait de saint Mar­tin qu’à ce der­nier sont dus « la pre­mière école et le pre­mier Sémi­naire qu’ait sans doute vus la Gaule ».

Ouvrage : Les bons anges | Auteur : Lelong, M.-H.

Chapitre VI

MES chers amis, qui avez lu jus­qu’i­ci le livre des bons anges, je vous laisse devi­ner com­bien toutes ces choses durent bouillon­ner dans l’i­ma­gi­na­tion de petites filles comme Thé­rèse et Colette. Elles y son­geaient encore, après la prière du soir — pen­dant laquelle on n’ou­blia point l’in­vo­ca­tion à l’ange gar­dien — et elles les remuaient tou­jours lors­qu’elles s’en­dor­mirent doucement. 

Oh ! je vou­drais dérou­ler devant vous le film de Pathé-Baby qui pas­sa, durant la nuit, sous les pau­pières closes de Colette. Tout ce que nous venons d’en­tendre était mélan­gé de la façon la plus amusante. 

Thé­rèse et Colette étaient des anges avec des robes à reflets, qui jouaient une par­tie endia­blée de « chat-per­ché ». Leurs pieds effleu­raient à peine le sol, et elles rebon­dis­saient dans un bruit de gre­lots, si haut, si haut, qu’elles virent dans la rivière qui coule là-bas, entre les peu­pliers, un pou­pon qui avait la figure de Mimi, et qui riait dans son ber­ceau. Le ber­ceau flot­tait dans la rivière, au milieu du cres­son, mais on n’a­vait pas peur : une grande demoi­selle qui res­sem­blait à Mlle Gaby mar­chait sur la rivière, sans s’en­fon­cer, car elle avait des ailes, et elle veillait sur le ber­ceau flottant. 

Tout à coup, Black — le Black de l’eau de vais­selle — en moins de temps qu’il n’en faut pour le racon­ter, rame­nait le petit bateau sur la berge. Et là, Mimi cueillait des fleurs rouges et blanches qui s’en­vo­laient en deve­nant des têtes ailées d’anges jouf­flus chan­tant comme des alouettes. 

Ce fut un beau rêve et je ne suis pas sûr que les bons anges — les vrais bons anges des petites filles — n’y furent pour rien. 

Hélas ! les beaux rêves finissent comme les bulles de savon qu’on lance en l’air en souf­flant dans un fétu : l’arc-en-ciel s’y mire joli­ment, et puis, pouf ! plus rien. Il faut recom­men­cer une nou­velle bulle. 

Heu­reu­se­ment, lors­qu’ar­rive la fête parois­siale, Thé­rèse et Colette ont un moyen pour conti­nuer, pen­dant la jour­née, les beaux rêves de la nuit : c’est tante Bonne, qui vient chaque année pas­ser quelques jours chez ses nièces, au milieu du mois d’août. Si bien qu’on ne l’i­ma­gine plus sans tartes aux prunes, che­vaux de bois et pro­ces­sion. Vous ne connais­sez pas tante Bonne ? Com­ment vous expli­quer tante Bonne si vous ne la connais­sez pas ?

Sachez, du moins, que dans le cœur de Thé­rèse, Colette et Mimi, tante Bonne se confond avec maman, une maman qui ne gronde jamais. Elle a tou­jours eu des ban­deaux de beaux che­veux blancs, et elle tri­cote, depuis tou­jours, des maillots pour les petits pauvres. C’est tante Bonne enfin Papa, maman, les amis de la mai­son disent : « Bon­jour tante Bonne ! » On ne peut pas l’ap­pe­ler autre­ment, puisque tante Bonne est son nom, et son nom est bien trou­vé : jamais elle n’a fait de peine à quel­qu’un. Elle défend tou­jours les petits enfants : « Il ne savait pas que c’é­tait mal… Il ne l’a pas fait exprès… Il ne recom­men­ce­ra pas… » Et tout finit par un bon­bon. « C’est déplo­rable, » dit papa. Mais, que vou­lez-vous ? on l’ap­pelle tante Bonne, c’est tout dire. 

Tante Bonne n’a pas seule­ment les poches rem­plies de bon­bons, elle les a aus­si toutes pleines d’histoires. 

Ah ! les his­toires de tante Bonne. Elle les invente à mesure, là, devant vous. C’est vrai­ment cap­ti­vant de les voir se fabri­quer comme on voit avan­cer le tri­cot du petit bas ou du chan­dail. Mais, tan­dis que le tri­cot, c’est tou­jours la même chose, dans les his­toires, seuls les com­men­ce­ments sont pareils. « Il était une fois… », après on ne sait jamais ce qui va arriver. 

— Tante Bonne, racon­tez-nous une belle his­toire d’ange gardien. 

Tante Bonne devait en connaître des his­toires sur les bons anges, car elle était un peu de leur famille. 

Tante Bonne tous­so­ta, rajus­ta ses lunettes, les deux petites filles esca­la­dèrent un fau­teuil d’o­sier et se casèrent entre les deux bras qui s’é­car­tèrent un peu en se plai­gnant. L’his­toire pou­vait com­men­cer. L’his­toire commença.

Il était une fois un ange dans le paradis. 

D’a­bord, il faut savoir que ceci n’est pas un conte de fées. Les contes de fées sont très beaux, et il est cer­tain que plu­sieurs sont arri­vés, mais ce que je vais vous dire est la pure vérité. 

Il y avait une fois un ange dans le para­dis. C’é­tait un ange qui n’a­vait jamais rien fait, rien fait que d’être de la fête du ciel. (C’est sur­tout au ciel que l’an­née est en fête pour les enfants du Bon Dieu). Il y en a comme cela des grappes, des essaims, des bataillons entiers. Dieu seul en a fait le compte et lui seul peut se débrouiller dans cette foule d’anges. 

Ce n’est pas qu’il s’en­nuyait, cet ange, mais il avait été bien content tout de même lorsque Dieu, l’ayant fait s’ap­pro­cher, lui dit : « Il me faut un ange gar­dien pour un petit gar­çon qu’on attend dans une mai­son dont je te don­ne­rai l’a­dresse, et j’ai pen­sé à toi. » 

Le petit ange brilla d’un plus vif éclat, d’a­bord parce qu’il s’é­tait appro­ché du Bon Dieu, et puis parce qu’il venait de rece­voir un ordre et qu’une joie nou­velle le rem­plis­sait. Les anges sont comme cela : plus le Bon Dieu les com­mande, plus ils sont heureux.

Si nous savions être bien obéis­sants, nous ferions comme les anges, ajou­ta tante Bonne. Au lieu d’être gro­gnons, lam­bins, « cabo­chards », si nous fai­sions tout de suite ce qu’on nous com­mande, d’a­bord ça irait bien mieux, et ensuite nous serions tou­jours contents au-dedans. Mais je conti­nue l’histoire. 

L’ange qui allait être envoyé était donc très heu­reux. Il en avait vu d’autres, comme lui, reve­nir quel­que­fois très vite, quel­que­fois après beau­coup de longues années, accom­pa­gnés d’une âme blanche comme neige, et c’é­tait une grande fête au ciel.