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Ouvrage : Les bons anges | Auteur : Lelong, M.-H.

Chapitre VII

MAINTENANT, je vais vous dire ce qui s’est pas­sĂ© le jour de la fĂŞte Notre-Dame des Anges, ce qui s’est pas­sĂ© dans les rues par­se­mĂ©es de bleuets, de mar­gue­rites et de fougères. 

La pro­ces­sion était déjà très belle, mais si l’on avait pu voir, comme les anges, ce qui se pas­sait dans le cœur des petites filles de la pro­ces­sion, on aurait vu quelque chose de plus beau encore.

D’a­bord, il fai­sait un grand soleil. 

Tous ceux qui ont vu, au moins 7 ou 8 fois, reve­nir les belles fĂŞtes de l’an­nĂ©e, savent que les sai­sons suivent le calen­drier. Les choses se passent un peu comme dans le livre des « Cinq cents recettes de cui­sine Â» : pour une belle fĂŞte de NoĂ«l, pre­nez une Ă©glise de vil­lage, des sapins, sau­pou­drez-les de neige et de givre … Une Tous­saint bien rĂ©us­sie veut une petite pluie grise. La fĂŞte de Notre-Dame des Anges, elle, doit ĂŞtre ser­vie chaud. Thé­rèse l’a­vait dĂ©fi­nie autre­fois : « C’est quand le Bon Dieu se pro­mène sous le soleil, et moi je lui jette des fleurs. Â» En effet, Ă  Notre-Dame des Anges le Bon Dieu aime tel­le­ment se pro­me­ner qu’à l’As­somp­tion il fait comme si c’é­tait la FĂŞte-Dieu ! Donc, il y avait, ce jour-lĂ , beau­coup de soleil. 

Le petit vil­lage dont je vous parle est posĂ© au croi­se­ment de deux routes. Comme, Ă  chaque bout, un repo­soir a Ă©tĂ© dres­sĂ©, le che­min du Saint Sacre­ment forme une croix, un grand signe de croix Ă  tra­vers les fermes et les maisons. 

Les enfants de chœur suive la croix de procession

Cela com­mence, la veille au soir, par des Ă©cha­fau­dages de ton­neaux, de caisses, de poutres. On ne croi­rait jamais qu’il en sor­ti­ra quelque chose de bien. 

On a sac­ca­gĂ© les parterres. 

Les fers Ă  fri­ser du vil­lage sont mobi­li­sĂ©s : des tĂŞtes bou­clĂ©es, c’est encore ce qu’on a trou­vĂ© de mieux pour repré­sen­ter des anges.

Sur le coup de 3 heures et demie, la pro­ces­sion dĂ©bouche sur la place. 

Car elle sort, Ă  Notre-Dame des Anges, la procession. 

Dans cer­tains pays, les gens sont si mĂ©chants, si mĂ©chants, qu’ils empĂŞchent le Bon Dieu de sor­tir une mal­heu­reuse fois par an. Alors, comme un pauvre oiseau en cage, il fait seule­ment le tour de sa prison. 

Dans mon petit vil­lage, il sort, avec les ban­nières et la fan­fare muni­ci­pale au pas caden­cĂ©, qui lance au ciel le ton­nerre de sa musique et l’é­clat de ses cuivres bien astiquĂ©s. 

Ouvrage : Les bons anges | Auteur : Lelong, M.-H.

Chapitre VI

MES chers amis, qui avez lu jus­qu’i­ci le livre des bons anges, je vous laisse devi­ner com­bien toutes ces choses durent bouillon­ner dans l’i­ma­gi­na­tion de petites filles comme Thé­rèse et Colette. Elles y son­geaient encore, après la prière du soir — pen­dant laquelle on n’ou­blia point l’in­vo­ca­tion Ă  l’ange gar­dien — et elles les remuaient tou­jours lors­qu’elles s’en­dor­mirent doucement. 

Oh ! je vou­drais dĂ©rou­ler devant vous le film de PathĂ©-Baby qui pas­sa, durant la nuit, sous les pau­pières closes de Colette. Tout ce que nous venons d’en­tendre Ă©tait mĂ©lan­gĂ© de la façon la plus amusante. 

Thé­rèse et Colette Ă©taient des anges avec des robes Ă  reflets, qui jouaient une par­tie endia­blĂ©e de « chat-per­chĂ© Â». Leurs pieds effleu­raient Ă  peine le sol, et elles rebon­dis­saient dans un bruit de gre­lots, si haut, si haut, qu’elles virent dans la rivière qui coule lĂ -bas, entre les peu­pliers, un pou­pon qui avait la figure de Mimi, et qui riait dans son ber­ceau. Le ber­ceau flot­tait dans la rivière, au milieu du cres­son, mais on n’a­vait pas peur : une grande demoi­selle qui res­sem­blait Ă  Mlle Gaby mar­chait sur la rivière, sans s’en­fon­cer, car elle avait des ailes, et elle veillait sur le ber­ceau flottant. 

Tout Ă  coup, Black — le Black de l’eau de vais­selle — en moins de temps qu’il n’en faut pour le racon­ter, rame­nait le petit bateau sur la berge. Et lĂ , Mimi cueillait des fleurs rouges et blanches qui s’en­vo­laient en deve­nant des tĂŞtes ailĂ©es d’anges jouf­flus chan­tant comme des alouettes. 

Ce fut un beau rĂŞve et je ne suis pas sĂ»r que les bons anges — les vrais bons anges des petites filles — n’y furent pour rien. 

HĂ©las ! les beaux rĂŞves finissent comme les bulles de savon qu’on lance en l’air en souf­flant dans un fĂ©tu : l’arc-en-ciel s’y mire joli­ment, et puis, pouf ! plus rien. Il faut recom­men­cer une nou­velle bulle. 

Heu­reu­se­ment, lors­qu’ar­rive la fĂŞte parois­siale, Thé­rèse et Colette ont un moyen pour conti­nuer, pen­dant la jour­nĂ©e, les beaux rĂŞves de la nuit : c’est tante Bonne, qui vient chaque annĂ©e pas­ser quelques jours chez ses nièces, au milieu du mois d’aoĂ»t. Si bien qu’on ne l’i­ma­gine plus sans tartes aux prunes, che­vaux de bois et pro­ces­sion. Vous ne connais­sez pas tante Bonne ? Com­ment vous expli­quer tante Bonne si vous ne la connais­sez pas ?

Sachez, du moins, que dans le cĹ“ur de Thé­rèse, Colette et Mimi, tante Bonne se confond avec maman, une maman qui ne gronde jamais. Elle a tou­jours eu des ban­deaux de beaux che­veux blancs, et elle tri­cote, depuis tou­jours, des maillots pour les petits pauvres. C’est tante Bonne enfin Papa, maman, les amis de la mai­son disent : « Bon­jour tante Bonne ! » On ne peut pas l’ap­pe­ler autre­ment, puisque tante Bonne est son nom, et son nom est bien trou­vĂ© : jamais elle n’a fait de peine Ă  quel­qu’un. Elle dĂ©fend tou­jours les petits enfants : « Il ne savait pas que c’é­tait mal… Il ne l’a pas fait exprès… Il ne recom­men­ce­ra pas… » Et tout finit par un bon­bon. « C’est dĂ©plo­rable, » dit papa. Mais, que vou­lez-vous ? on l’ap­pelle tante Bonne, c’est tout dire. 

Tante Bonne n’a pas seule­ment les poches rem­plies de bon­bons, elle les a aus­si toutes pleines d’histoires. 

Ah ! les his­toires de tante Bonne. Elle les invente Ă  mesure, lĂ , devant vous. C’est vrai­ment cap­ti­vant de les voir se fabri­quer comme on voit avan­cer le tri­cot du petit bas ou du chan­dail. Mais, tan­dis que le tri­cot, c’est tou­jours la mĂŞme chose, dans les his­toires, seuls les com­men­ce­ments sont pareils. « Il Ă©tait une fois… », après on ne sait jamais ce qui va arriver. 

— Tante Bonne, racon­tez-nous une belle his­toire d’ange gardien. 

Tante Bonne devait en connaĂ®tre des his­toires sur les bons anges, car elle Ă©tait un peu de leur famille. 

Tante Bonne tous­so­ta, rajus­ta ses lunettes, les deux petites filles esca­la­dèrent un fau­teuil d’o­sier et se casèrent entre les deux bras qui s’é­car­tèrent un peu en se plai­gnant. L’his­toire pou­vait com­men­cer. L’his­toire commença.

Il Ă©tait une fois un ange dans le paradis. 

D’a­bord, il faut savoir que ceci n’est pas un conte de fĂ©es. Les contes de fĂ©es sont très beaux, et il est cer­tain que plu­sieurs sont arri­vĂ©s, mais ce que je vais vous dire est la pure vĂ©ritĂ©. 

Il y avait une fois un ange dans le para­dis. C’é­tait un ange qui n’a­vait jamais rien fait, rien fait que d’être de la fĂŞte du ciel. (C’est sur­tout au ciel que l’an­nĂ©e est en fĂŞte pour les enfants du Bon Dieu). Il y en a comme cela des grappes, des essaims, des bataillons entiers. Dieu seul en a fait le compte et lui seul peut se dĂ©brouiller dans cette foule d’anges. 

Ce n’est pas qu’il s’en­nuyait, cet ange, mais il avait Ă©tĂ© bien content tout de mĂŞme lorsque Dieu, l’ayant fait s’ap­pro­cher, lui dit : « Il me faut un ange gar­dien pour un petit gar­çon qu’on attend dans une mai­son dont je te don­ne­rai l’a­dresse, et j’ai pen­sĂ© Ă  toi. Â» 

Le petit ange brilla d’un plus vif Ă©clat, d’a­bord parce qu’il s’é­tait appro­chĂ© du Bon Dieu, et puis parce qu’il venait de rece­voir un ordre et qu’une joie nou­velle le rem­plis­sait. Les anges sont comme cela : plus le Bon Dieu les com­mande, plus ils sont heureux.

Si nous savions ĂŞtre bien obĂ©is­sants, nous ferions comme les anges, ajou­ta tante Bonne. Au lieu d’être gro­gnons, lam­bins, « cabo­chards Â», si nous fai­sions tout de suite ce qu’on nous com­mande, d’a­bord ça irait bien mieux, et ensuite nous serions tou­jours contents au-dedans. Mais je conti­nue l’histoire. 

L’ange qui allait ĂŞtre envoyĂ© Ă©tait donc très heu­reux. Il en avait vu d’autres, comme lui, reve­nir quel­que­fois très vite, quel­que­fois après beau­coup de longues annĂ©es, accom­pa­gnĂ©s d’une âme blanche comme neige, et c’é­tait une grande fĂŞte au ciel.

Ouvrage : Les bons anges | Auteur : Lelong, M.-H.

Chapitre V

MONSIEUR le CurĂ© arri­vait, en effet, par la petite porte qui donne sur le jar­din du pres­by­tère. Il por­tait un grand panier rem­pli de roses en papier qu’il fal­lait entre­la­cer pour en faire des guir­landes — une rouge, une blanche, une rouge, une blanche. 

En un clin d’œil, la bande du « chat-per­chĂ© Â» fut ras­sem­blĂ©e : ce n’est pas tous les jours qu’on a la chance de tres­ser des guir­landes de roses en papier.

— Claire vou­drait savoir, dit Mlle Gaby, si l’En­fant JĂ©sus avait son ange gar­dien ; le caté­chisme n’en parle pas. 

— Ni l’É­van­gile non plus, rĂ©pon­dit M. le CurĂ©. 

— Natu­rel­le­ment, l’En­fant JĂ©sus avait un ange gar­dien, dit Madeleine. 

Made­leine a beau tenir la pre­mière place du caté­chisme, M. le CurĂ© ne croit point qu’elle soit inca­pable de se tromper. 

— Dou­ce­ment, dou­ce­ment. Que fait notre ange gardien ? 

Made­leine rĂ©pond d’une seule haleine, comme on dĂ©vide une leçon de catĂ©chisme : 

— Notre ange gar­dien nous dĂ©fend, nous guide, nous conseille et prie pour nous dans les dangers. 

— Bien rĂ©pon­du. Ne voyez-vous pas qu’il y a lĂ  des choses dont l’En­fant JĂ©sus pou­vait se pas­ser ? Est-ce qu’il avait besoin d’être gui­dĂ© et conseillĂ© ? Non, puis­qu’il savait tout. Est-ce qu’il avait besoin qu’on prie pour lui ? Non plus, puis­qu’il Ă©tait le Bon Dieu…

— Alors, l’En­fant JĂ©sus n’a pas eu d’ange gar­dien, dit Made­leine, attris­tĂ©e et déçue. 

Visi­ble­ment, le cercle des petites filles trou­vait que c’é­tait bien dommage. 

— Atten­dez ! atten­dez ! vous allez tou­jours trop vite. Admet­tons que l’ange gar­dien de l’En­fant JĂ©sus n’é­tait pas un ange gar­dien comme les autres. Il n’a­vait pas Ă  envoyer de bonnes ins­pi­ra­tions, puisque tout ce qui sor­tait de JĂ©sus Ă©tait bon. Je ne sais pas, après tout, s’il devait por­ter ses mĂ©rites devant Dieu, puisque JĂ©sus Ă©tait Dieu. 

— Un seul n’au­rait pas suf­fi, il en aurait fal­lu une Ă©quipe, dit Claire. 

— Notre-Sei­gneur a par­lĂ© des anges qu’on ver­rait, dans le ciel ouvert, mon­ter et des­cendre au-des­sus de sa tĂŞte. Si, lors­qu’il Ă©tait petit, un ange, le plus beau des anges du para­dis, a Ă©tĂ© mis Ă  son ser­vice, plus tard il en a eu plu­sieurs, et c’est lui qui les commandait. 

— Il était le gar­dien des anges gar­diens, fit Madeleine.

— Et de tous les autres anges. Il l’a dit : Je n’au­rais qu’à faire un petit signe et plus de douze lĂ©gions d’anges, c’est-Ă -dire douze rĂ©gi­ments d’anges, se pré­ci­pi­te­raient sur les mĂ©chants. 

Made­leine, Colette, Claire, toutes leurs com­pagnes virent, dans un Ă©clair, le rĂ©gi­ment de chas­seurs Ă  che­val qui avait can­ton­nĂ© dans le vil­lage, l’au­tomne der­nier. Douze rĂ©gi­ments de chas­seurs Ă  cheval ! 

— En tout cas, pour­sui­vit Mon­sieur le CurĂ©, dans l’his­toire de JĂ©sus, il est bien sou­vent ques­tion d’anges qui s’oc­cupent de lui, Ă  com­men­cer par les anges qui ont chan­tĂ© dans la nuit de NoĂ«l : Glo­ria in excel­sis Deo.

Lorsque HĂ©rode vou­lut tuer le petit JĂ©sus (en ce temps-lĂ , les anges gar­diens des Saints Inno­cents arri­vèrent très nom­breux au para­dis avec des âmes toutes blanches), un ange aver­tit saint Joseph et la Sainte Vierge qu’il fal­lait par­tir tout de suite en Égypte. « L’ange du Sei­gneur, » dit l’É­van­gile. C’est un tra­vail d’ange gar­dien que fait cet ange-lĂ . Plus tard, après le jeĂ»ne de qua­rante jours au dĂ©sert… 

— Qua­rante jours ! dit Colette, Ă  mi-voix, sur un ton d’effroi. 

— …nous savons encore que « les anges le servaient Â». 

Et l’Ange de l’A­go­nie, cet Ange du Jar­din des Oli­viers dont on ne dit pas le nom, n’est-ce pas encore un des bons anges de JĂ©sus ? 

— Et après ? fait ThĂ©rèse. 

Ouvrage : Les bons anges | Auteur : Lelong, M.-H.

Chapitre IV

MOI, dit Claire, la petite infirme, je suis tou­jours « perchĂ©e Â». 

Elle dit cela avec un sou­rire, mais il y avait beau­coup de tris­tesse au fond de ce sourire.

Mlle Gaby, qui venait de pous­ser la voi­ture un peu plus loin, car le soleil avait tour­nĂ©, s’as­sit auprès de Claire pour la distraire. 

— Made­moi­selle, je pense sou­vent Ă  l’ange gar­dien, dit la pauvre Claire, car j’en ai besoin bien sou­vent. Je vou­drais savoir si tout le monde a son ange gar­dien (elle son­geait aux nĂ©grillons de l’Ex­po­si­tion Colo­niale qu’elle avait vus sur les affiches car elle n’a­vait pu faire, vous le pen­sez bien, ce grand voyage de Paris — et dont on lui avait dit qu’ils n’é­taient pas baptisĂ©s). 

— Pour­quoi pas ? Le Bon Dieu aime tous ceux qui ont une âme, puisque JĂ©sus a ver­sĂ© son sang pour tout le monde. Aus­si, l’ange gar­dien suit le bap­tĂŞme des petits enfants, pas seule­ment en reve­nant de l’é­glise, lors­qu’on jette des sous et des dra­gĂ©es aux gamins, mais encore Ă  l’aller. 

— Et quand ils seront grands ? inter­roge aus­si­tĂ´t l’in­firme visi­ble­ment anxieuse de savoir si un jour ne vien­drait pas oĂą son bon ange l’a­ban­don­ne­rait. On parle tou­jours des anges gar­diens des petits enfants, jamais des anges gar­diens des grandes personnes.

— Ras­sure-toi, Claire. Tu n’as qu’à bien faire atten­tion, et tu sen­ti­ras tou­jours ton bon ange auprès de toi. Les grandes per­sonnes s’oc­cupent de beau­coup trop de choses et n’ont plus le temps de pen­ser au Bon Dieu. Elles croient que leur bon ange les oublie, mais c’est elles, bien plu­tĂ´t, qui oublient leur bon ange. La preuve, c’est qu’elles le retrouvent, lors­qu’elles ont un peu plus de temps, au moment de la mort. La Sainte Écri­ture cite mĂŞme des cas oĂą les anges, — les anges gar­diens, bien enten­du — se sont occu­pĂ©s de l’en­ter­re­ment des grands Saints. Ce qui est cer­tain, c’est que Mon­sieur le CurĂ©, chaque fois qu’il conduit quel­qu’un au cime­tière, met la tombe sous la garde de l’ange du dĂ©funt. 

— C’est pour cela qu’il est si tran­quille, le cime­tière, et qu’il y fait si bon, dit l’in­firme. Alors, c’est fini ? l’ange n’a plus rien Ă  faire ? 

— Il n’a plus rien Ă  faire si cette âme tombe en enfer. LĂ , les bons anges n’entrent pas, parce que s’ils entraient, ce ne serait plus l’en­fer. Mais ils accom­pagnent leurs pro­té­gĂ©s au Pur­ga­toire, et ils sont bien contents lorsque, sans tache aucune, abso­lu­ment pareils Ă  eux, ils les pré­sentent enfin Ă  Dieu. 

Quel­que­fois, ils font le ser­vice des âmes, direc­te­ment de la terre au ciel. C’est le cas des petits enfants que le Bon Dieu rap­pelle Ă  lui. 

Il y eut un silence. Claire son­geait au petit frère qui Ă©tait par­ti si vite, un matin de prin­temps oĂą les ceri­siers Ă©taient en fleurs. Elle pen­sa : on pleure beau­coup, et pour­tant, il n’y a pas que du cha­grin dans ces larmes. Mais elle ne sut pas le dire. Les petites filles comme Claire pensent Ă  une foule de choses qu’elles ne savent pas dire. 

Mlle Gaby, qui, elle, sait très bien racon­ter et qui a dĂ» voir beau­coup de pays, expli­qua ce qui se passe en Espagne. 

Ouvrage : Les bons anges | Auteur : Lelong, M.-H.

Chapitre III

L’ARRIVÉE de Thé­rèse, sĹ“ur aĂ®nĂ©e de Colette, condui­sant par la main son petit frère qu’on appelle Mimi, accor­da tout le monde. 

Thé­rèse a 12 ans. Mimi a 4 ans. 

Thé­rèse est une grande fille qui sait com­ment il faut faire pour rece­voir une dame en visite, lorsque maman n’a pas fini de recueillir les Ĺ“ufs dans le pou­lailler. Elle fait entrer, prie gen­ti­ment de s’as­seoir, ali­mente la conver­sa­tion (par­fois, elle l’a­li­mente beau­coup trop), ce qui fait dire : « Elle est avan­cĂ©e pour son Ă˘ge Â». 

Michel — Mimi, si vous vou­lez — est un gros gar­çon avec des genoux Ă©ter­nel­le­ment sales et de beaux yeux noirs. Au goĂ»t des pompes litur­giques il joint le culte de l’au­to­mo­bile. Depuis le pas­sage de Mon­sei­gneur en tour­nĂ©e de confir­ma­tion, il a dĂ©ci­dĂ© d’être ensemble Ă©vĂŞque et chauf­feur. Pour l’ins­tant, c’est Ă  peu près tout ce qu’on peut en dire. Il est encore petit. 

Il est admis, le jeu­di, Ă  la sec­tion des filles du patronage. 

Il arrive Ă  petits pas, son nez rose tout humide encore d’a­voir Ă©tĂ© dĂ©barbouillĂ©. 

Quand on vit grande Thé­rèse mar­cher, comme une maman, auprès du tout petit Mimi, le sou­le­ver pour lui faire des­cendre les trois marches, il n’y eut qu’un cri dans le groupe des fillettes : « Voi­lĂ  l’ange gar­dien ! Voi­lĂ  l’ange gardien ! Â» 

— Et Mimi, dit Colette, sera le petit gar­çon de l’ange gardien. 

Au fait, per­sonne n’y avait son­gĂ©. Des anges gar­diens, on en trouve plus qu’on en veut, mais il faut bien qu’ils gardent quelque chose, ces anges, et qui vou­drait se lais­ser gar­der et renon­cer Ă  ĂŞtre un ange ? 

Toute la bande est debout, on entoure Mimi, on lui fait fĂŞte, on l’acclame. 

Mimi ne com­prend pas, mais il est visi­ble­ment heu­reux qu’on s’oc­cupe tel­le­ment de lui, et il s’as­so­cie Ă  l’en­thou­siasme gĂ©nĂ©ral. 

HĂ©las ! ce fut autre chose quand il fal­lut rĂ©pĂ©ter. 

— Tu vois, Mimi, Thé­rèse fera comme ça (Thé­rèse met sa main gauche sur l’é­paule de Mimi et montre le ciel de l’in­dex de la main droite) et toi, tu feras comme ça (on joint les menottes de Mimi) et tu mar­che­ras bien sagement. 

Mimi, joindre les mains et mar­cher sagement !

Le voi­lĂ , d’un seul coup, assis sur le gazon. L’ange gar­dien doit le cajo­ler pour le faire consen­tir Ă  se remettre debout. 

L'ange gardien
L’ange gar­dien

— Il faut ĂŞtre un bon petit gar­çon, dit Mlle Gaby, autre­ment le bon ange va pleurer. 

Le bon ange se cache la figure et fait sem­blant de pleurer. 

Mimi, qui aime bien son bon ange, se remet en marche, mais il oublie vite que les bons anges pleurent lorsque les petits gar­çons dĂ©so­bĂ©issent, et il s’arrĂŞte. 

Mlle Gaby lui fait un petit sermon. 

— J’aime autant ne pas ĂŞtre un ange gar­dien, se dit plus d’une petite fille. 

Enfin, le groupe de l’ange gar­dien se remet en route. 

Pour­quoi faut-il qu’un papillon, un beau papillon noir et feu, vol­tige tout près ? Le petit gar­çon de l’ange gar­dien court après le papillon. Tant pis pour le petit gar­çon, il marche dans les orties et se pique les mol­lets. Il pleure et il faut que son bon ange le console : « Voi­lĂ  ce qui arrive aux dĂ©so­bĂ©is­sants qui courent après les papillons Â». 

Les piqĂ»res d’or­ties, les larmes, les paroles de l’ange gar­dien, font leur effet et le tour de la cour s’ac­com­plit sans autre inci­dent. Et mĂŞme, sur un mot du bon ange, Mimi va cueillir un bou­ton d’or qui avait pous­sĂ© contre le mur et l’offre gen­ti­ment Ă  l’in­firme qui sou­rit dans sa voiture. 

— C’est tout Ă  fait cela, dit Mlle Gaby. L’ange gar­dien conduit l’en­fant dont il est char­gĂ©, il l’empĂŞche de se faire piquer par toutes les mĂ©chantes choses qui poussent de tous cĂ´tĂ©s sur la terre et quand on lui dĂ©so­bĂ©it on se fait mal. Le bon ange, qui est bon, comme son nom l’in­dique, nous console et il est content lors­qu’on fait un petit plai­sir aux autres,comme Mimi qui vient de don­ner une fleur Ă  Claire. 

L'ange gardien consolateur
L’ange gar­dien consolateur

Bra­vo pour Mimi et son bon ange ! 

— Bra­vo ! bra­vo ! acclament les petites filles. 

— Et nous, qu’est-ce qu’on fera, Ă  la pro­ces­sion ? disent les autres. 

— Vous, vous sui­vrez le groupe de l’ange gardien. 

— N’im­porte com­ment ? demande Françoise. 

— Comme Ă  la sor­tie de la grand’­messe, alors, ajoute Jeannette. 

— Pas du tout, rĂ©pond Mlle Gaby. Les anges ne sont pas mĂ©lan­gĂ©s, il n’y a jamais dĂ©sordre chez les anges. Il y en a qui sont en tĂŞte, et d’autres après. 

— Je veux ĂŞtre en avant, dit Yvette. 

— Made­moi­selle Yvette, dit Mlle Gaby, sachez que chez les anges ceux qui sont après ne veulent jamais la place de ceux qui sont avant. Ils sont très contents d’être lĂ , parce que ce n’est pas la paresse qui les y a mis, mais le Bon Dieu. Tout le monde ne peut pas ĂŞtre pre­mier. Ceux qui sont pre­miers aiment beau­coup ceux qui viennent ensuite et sont tou­jours gen­tils pour eux. Les plus beaux anges aident tou­jours les autres. 

— Com­bien y a‑t-il de places, Made­moi­selle ? demande la petite fille Ă  robe Ă©cos­saise. (Celle-lĂ  n’aime pas beau­coup l’ef­fort et aime autant ĂŞtre aidĂ©e par les autres). 

— Bon, dit Mlle Gaby, je vois que tu veux faire le der­nier chĹ“ur, c’est enten­du. (Puis s’a­dres­sant Ă  toutes) 3 ran­gĂ©es de 3 chĹ“urs d’anges, 3 fois 3… 

— 9, chan­tonnent les enfants. 

— 9 chœurs d’anges. Cha­cun a un nom que je vais vous dire. Ce nom sera ins­crit en lettres de papier doré, sur une écharpe. Vous mar­che­rez donc sur 3 rangs de 3. Au pre­mier rang viennent d’a­bord les Séra­phins et les Chérubins.

Les Séra­phins sont les pre­miers anges de la Cour céleste.