Catégorie : Fêtes de l’année liturgique

Auteur : Mainé, Marie-Colette | Ouvrage : Et maintenant une histoire II, Fêtes de l'année liturgique .

Allons ! Vite, Meriem, Sal­lah, Suzanne !… A vos fourneaux, lam­bines !… Qu’avez-vous à faire sur le seuil ?… Les clients sont pressés… Eh bien, Joreb ?… Je par­le aus­si pour toi, mon garçon… Qu’attends-tu ?… Les bêtes de Si Ham­men ont besoin de nour­ri­t­ure, hâte-toi, sinon… »

Devant le geste de men­ace, le jeune garçon s’empresse d’obéir, tan­dis que les trois ser­vantes regag­nent pré­cipi­ta­m­ment leur cui­sine.

C’est que maîtresse Sarah n’est point com­mode ; cha­cun sait qu’elle a la main leste. Il est inutile de lui résis­ter. Son époux lui-même, le pau­vre Nathan, n’ose guère élever la voix devant elle. Certes, il faut à Sarah force énergie pour faire marcher droit le per­son­nel et les clients de l’hôtellerie ; mais elle s’y entend. Louanges soient ren­dues à l’Éternel ! Jusqu’à présent, tout marche bien. Poings sur les hanch­es, Sarah promène sur la cour du klan un œil sat­is­fait.

Scoutisme - Récit de NoëlLa scène est pit­toresque : sous le regard de dame Sarah, une foule bruyante et bigar­rée s’agite dans le vaste enc­los. Ici, ce sont les rich­es marchands nomades venant d’Asie ou d’Égypte…, avec leurs bal­lots de marchan­dis­es. Plus loin, les chameaux étirent leurs longs cous pelés… tan­dis qu’à côté les petits ânes résignés se reposent d’un long et pénible voy­age. Mais aujourd’hui, en plus des habituels clients, l’auberge est pleine de Juifs venus, selon l’ordre de César, se faire inscrire dans leur ville d’origine ; il en arrive de toutes les régions et de toutes les con­di­tions : Phar­isiens hau­tains, Rab­bis vénérés, ou sim­ples petits arti­sans des bourgs et des cam­pagnes. Ces derniers s’entassent dans la cour tan­dis que les autres se parta­gent les cham­bres exiguës que l’astucieuse Sarah ne cède qu’à prix d’or.

Mais les sour­cils de dame Sarah se fron­cent de colère. Eh quoi ! Joreb, ce paresseux, vient de s’asseoir, alors que le tra­vail presse !… Pas de ça !… Preste­ment, la maîtresse se charge de le rap­pel­er à l’ordre.

Le petit n’en peut plus : ses minces bras de treize ans sont rom­pus d’avoir soulevé tant de lourds col­is ; mais cela, la patronne ne l’admet pas !… C’est dur d’être seul et orphe­lin !… Dans toute cette foule, Joreb se sent encore plus isolé que d’habitude. Rép­ri­mant un soupir, il se saisit d’une out­re et se dirige vers les ani­maux assoif­fés.

Auteur : Pautard, A. | Ouvrage : Et maintenant une histoire II, Fêtes de l'année liturgique .

Joël réfléchis­sait.

« Déjà, se dis­ait-il, toute la ville reten­tit de tam­bourins et de flûtes. Déjà, les fours cuisent le pain sans lev­ain, et partout on tue les agneaux que l’on fera rôtir. Demain, c’est la Pâque, la plus grande et la plus joyeuse de nos fêtes. Il faut aujourd’hui que je fasse quelque chose d’exceptionnel. Ce ne peut pas être un jour comme les autres. »

Récit du jeudi saint pour les enfants - JerusalemEt Joël, mâchon­nant une brindille, tour­nait en rond sur la ter­rasse de la mai­son, au grand soleil. Autour de lui, les innom­brables toits de Jérusalem s’étendaient, dom­inés par des tours. On entendait la sourde rumeur de la ville en fête.

Le garçon descen­dit et alla trou­ver son père.

« Père, lui dit-il, con­fiez-moi un tra­vail que je n’ai pas l’habitude de faire… Tenez, ma mère est très occupée aujourd’hui. Don­nez-moi à porter la plus grosse des jar­res. Je vais aller chercher de l’eau à sa place. »

Le père Michaël se mit à rire.

« Tu veux donc que tout le monde se moque de toi ? Tu sais bien que puis­er l’eau est un tra­vail de femme. Que dira-t-on quand tu arriveras à la fontaine ? On te pren­dra pour un fou. Ça ne s’est jamais vu !

— Peut-être, répli­qua le garçon. Mais je veux ren­dre ser­vice à ma mère. Si cela me coûte quelques moqueries, tant mieux. Je n’en serai que plus heureux. Ren­dre ser­vice, cela a beau­coup plus de valeur quand c’est dif­fi­cile ! »

Haus­sant les épaules, Michaël acquiesça et per­mit à son fils de s’en aller vers la fontaine, la lourde cruche sur le dos.

* * *

… Ce fut un joli suc­cès pour Joël. Les pas­sants le mon­traient du doigt. Faire un tra­vail de femme ! Était-ce raisonnable pour un grand gail­lard comme lui ? Mais le garçon n’en avait cure. Il rem­plit sa jarre, au milieu des quoli­bets, et pénible­ment, l’échine ployée sous son fardeau, remon­ta les ruelles en escalier, lais­sant der­rière lui une longue trace de gout­telettes que le pavé brûlant avait tôt fait d’absorber.

Il avait déjà par­cou­ru la moitié du chemin, lorsqu’il croisa deux hommes, des Galiléens. Ceux-ci regardèrent Joël, puis, après s’être mur­muré quelque chose à voix basse, se mirent à le suiv­re. Le garçon les sur­veil­lait du coin de l’œil.

« Que me veu­lent-ils, ces gens-là ?… Ils marchent der­rière moi depuis la place aux oliviers… Ce ne sont pas des mal­fai­teurs, pour­tant, mais… Bah ! Après tout, si ça les intéresse de me voir porter ma cruche !… »

Il péné­tra dans la mai­son de son père et déposa le récip­i­ent dans un angle de la cour. Des coups heur­taient la porte. Michaël alla ouvrir. Les deux étrangers étaient là.

« La paix soit sur toi, dit le plus âgé. Je me nomme Simon-Pierre, et voici Jean, mon com­pagnon. Le Maître nous a envoyés en dis­ant : Vous ren­con­tr­erez un homme qui portera une cruche d’eau. Nous l’avons vu et suivi, et nous venons te deman­der, de la part du Maître, où est le lieu où Il doit manger la Pâque avec ses dis­ci­ples.

Auteur : Bernard, Jean | Ouvrage : Et maintenant une histoire II, Fêtes de l'année liturgique .

Le voilà ! Le voilà ! courons vite… »

Sai­sis­sant la main de sa petite sœur, Jacques l’entraîne à toute vitesse sur le sen­tier rocailleux. Il y a de la joie partout aujourd’hui : dans l’air pur et le ciel bleu, dans le soleil qui brille radieux, et sur le vis­age de tous ces gens qui courent, chargés de branch­es vertes, dans la direc­tion d’un point mys­térieux où la foule s’amasse peu à peu.

« Hosan­na ! Hosan­na .…»

Des cris arrivent jusqu’aux oreilles de Jacques et de Myr­i­am qui, tout essouf­flés, cherchent à se fau­fil­er par­mi les groupes. Comme ils sont petits, ils arrivent sans trop de peine à se fray­er un pas­sage à tra­vers la foule qui s’agite de plus en plus, bran­dis­sant ses palmes et redou­blant ses cris :

« Hosan­na ! Hosan­na ! Gloire au fils de David !… »

Enfants à la prossession des Rameaux

Les enfants sont arrivés au pre­mier rang, au bord même du sen­tier où ils demeurent soudain immo­biles, le cœur bat­tant d’émotion. A quelques pas d’eux, les hommes s’avancent, essayant tant bien que mal d’écarter la foule. Au milieu d’eux, assis sur un ânon : le Prophète… le fameux prophète qui, depuis tant de mois, par­court le pays en faisant le bien, et que plusieurs pré­ten­dent être le Messie tant atten­du de tous… Comme Il a l’air bon ! Son vis­age est lumineux comme le soleil, son regard plus doux que le miel.

De tous leurs yeux, Jacques et sa sœur regar­dent. Myr­i­am est si émue qu’elle ne peut plus par­ler. Elle a joint ses petites mains et fixe éper­du­ment Celui qui vient, tan­dis que Jacques, débor­dant d’enthousiasme, agite ses palmes et crie tant qu’il peut de vibrantes accla­ma­tions.

Quelques min­utes encore, et le Seigneur sera tout près d’eux. Il arrive… Le voilà… Tout d’un coup, Jacques et Myr­i­am, éper­dus, tombent à genoux sur le chemin… En pas­sant près d’eux, le Prophète les a longue­ment regardés, puis Il leur a souri, et son sourire, péné­trant jusqu’au fond de leur cœur, y a mis une lumière si claire, si chaude, qu’elle est en eux comme un vivant soleil.

C’est Jacques qui s’est res­saisi le pre­mier. Il s’est relevé d’un bond et s’est pré­cip­ité sur les pas du Seigneur pour mêler ses cris à ceux du bruyant cortège qui, sans fin, con­tin­ue à L’acclamer.

* * *

Le soleil avait depuis longtemps dis­paru à l’horizon lorsque Jacques, tout cou­vert de pous­sière, est revenu à la mai­son. Hors de lui, le garçon n’en finit pas de racon­ter sa journée ; et demain, oui, demain sûre­ment, et les autres. jours, il recom­mencera à suiv­re le Prophète, à L’acclamer, et, qui sait, peut-être même arrivera-t-il à se faire con­naître de Lui ?

Auteur : Mainé, Marie-Colette | Ouvrage : Et maintenant une histoire II, Fêtes de l'année liturgique .

Ce soir-là, les hommes s’étaient endormis, fatigués du jour passé, acca­blés par une vie sans lumière…

La nuit était calme, belle, recueil­lie… comme en attente.

Un drame se pré­parait ! Un drame ? Sim­ple inci­dent pour quelques-uns qui pour­tant s’en iraient aux qua­tre coins du monde réveiller tous les hommes de la terre… un inci­dent qui se réper­cuterait à tra­vers les âges jusqu’à la fin des temps !

Ce soir-là, les étoiles s’étaient allumées comme d’habitude, et les hommes s’étaient endormis…

Pas tous, cepen­dant !…

* * *

Récit de la Passion pour le catéchisme : Judas vend Jésus pour 30 deniersJérusalem, 12 Nizan (mars-avril), 20 heures.

Une salle som­bre, mal éclairée par la trem­blotante lueur d’une lampe à huile… La flamme qui danse allume des points d’or aux vête­ments des hommes qui dis­cu­tent. Leurs yeux luisent, perçants…

Les voix se répon­dent, chu­chotantes, lour­des de men­aces…

« Oui, ce soir, je sais où « Il » sera… C’est le moment : venez « Le » pren­dre…

— Mais… nous ne « Le » con­nais­sons pas ; il faudrait… un signe.

— Facile !… Je L’embrasserai. Alors ?… Com­bi­en me don­nez-vous ? »

Le silence est pesant… Un son clair le rompt ; une main jette des pièces. L’argent tinte sur le mar­bre… Une fois… Deux fois… Trois fois… Trente fois…

Une autre main, avide, ramasse la somme.

« Mer­ci.… tout à l’heure ! »

* * *

Pour les enfants du caté : La Passion  du Christ - La Priere au jardin des oliviersDans l’oliveraie de la colline.

Le ruis­seau coule de roc en roc avec un bruit de soie qui se déchire… Sur le pont, quelques hommes s’avancent, par­lant douce­ment entre eux… Passé le Cédron, le groupe remonte la pente de la colline opposée ; bien­tôt, les promeneurs atteignent une oliv­eraie.

Les vieux arbres tor­dus entremê­lent leurs branch­es. Dans l’ombre, on dirait des dia­bles guet­tant leur proie.

« Restez ici, je vais un peu plus loin, avec Pierre, Jacques et Jean… »

Le groupe, dimin­ué, s’enfonce sous les troncs noueux la lune est lev­ée, et sur le ciel clair se découpe l’énorme sil­hou­ette du tem­ple. Comme elle sem­ble menaçante !

« Je suis triste à en mourir… »

La voix est triste, en effet, presque trem­blante ; elle sup­plie :

« Veillez et priez avec Moi… »

Le Maître s’éloigne… pas loin, et s’abat face con­tre terre.

Les min­utes coulent, lentes… lour­des… lour­des comme le monde.

Auteur : Dardennes, Rose | Ouvrage : Et maintenant une histoire II, Fêtes de l'année liturgique .

Renée s’engouffre dans le couloir sor­dide, et d’un solide coup de talon claque la porte au nez de toute cette joie de la rue pleine de gens pressés, riant de porter du bon­heur en paque­ts ros­es et bleus, qu’ils accrocheront tout à l’heure à un sapin fleuri de lumière et d’argent.

Récit pour Noël - Illuminations de Noël et des enfantsCar toute l’allégresse de Noël est dans la rue, dans les vit­rines, sur les vis­ages et dans les cœurs ; on la devine der­rière chaque fenêtre blanchie ; on l’aperçoit par chaque porte qui s’entrouvre sur des pavés ruti­lants ou des brassées de houx et de gui, on la lit dans les yeux des par­ents qui se fau­fi­lent mys­térieuse­ment au sous-sol avec des paque­ts plein les bras ; elle éclate dans la démarche même des enfants qui sem­blent courir au-devant de la jubi­la­tion… Elle est partout, oui, partout, excep­té dans son cœur à elle et dans cette pièce toute grise où elle va retrou­ver une pau­vre femme – sa mère – qui tou­sse à n’en plus finir…

« Il n’y a que pour moi que ce n’est pas Noël !… » mur­mure-t-elle avec une atroce amer­tume qui tire ses lèvres minces et noircit le regard de jais dans son vis­age terne et mal venu.

Elle s’est tassée sur l’escalier, mordil­lant ses ongles tour à tour et ressas­sant cette détresse depuis des mois enlisée au fond de son cœur, et qui débor­de tout d’un coup, à l’heure même où tant d’autres cœurs s’ouvrent, larges, au bon­heur… Elle ne pleure pas : elle rage. Elle rage de