Catégorie : Rougemont, Pierre

Auteur : Rougemont, Pierre | Ouvrage : Et maintenant une histoire II, Les fêtes civiles .

Jour de l’An

« M’dame Michu !

— Quoi ?

— Je vous la sou­haite bonne et heu­reuse ! »

Bonne et sainte année 2013 ! histoire d'un jeune garçonLa concierge se retourne, bour­rue comme tou­jours, et se trouve en face de Jean Lar­cher, douze ans, la taille bien prise dans son swea­ter de laine blanche, l’œil légè­re­ment coquin sous la che­ve­lure embrous­saillée, et qui la regarde en sou­riant.

« Bonne et heu­reuse… bonne et heu­reuse… C’est vite dit.

— Dame, vous savez, M’dame Michu, c’est tout ce que je peux vous offrir comme étrennes moi… J’ai pas d’sous.

— Je ne t’en demande pas non plus… Seule­ment, tu me dis que tu me sou­haites une bonne et heu­reuse année… alors, ça me fait pitié, quoi ! »

Auteur : Rougemont, Pierre | Ouvrage : Et maintenant une histoire I, Les Vérités à croire, le témoignage à porter .

Ne me deman­dez pas com­ment j’ai su cette his­toire. Lisez-la.

Histoire de martyrs Cristeros - Ville du MexiqueCette grande ville du Mexique pos­sède un lycée et, ce matin-là, Jacques Fer­val, treize ans, se tient dans un coin de la cour. C’est le fils du Consul fran­çais, récem­ment arri­vé, et c’est la pre­mière récréa­tion de Jacques au lycée. Aus­si, bien qu’il ne soit pas timide, il éprouve cette appré­hen­sion propre aux nou­veaux.

C’est alors que Ramon Alva­rez s’est appro­ché.

« Tu es nou­veau ?

– Oui.

– Viens jouer avec moi.

– Oui…, mais les autres me laissent, pour­quoi t’occupes-tu de moi ? »

Ramon met le doigt sur l’insigne de la Croi­sade que Jacques porte à sa bou­ton­nière.

« C’est à cause de cela. »

Puis il ajoute :
« Tu as de la chance d’être étran­ger… comme ça tu peux por­ter ton insigne. »

Tel fut le début de leur ami­tié.

***

– Trois semaines plus tard, Jacques, invi­té à pas­ser l’après-midi de congé chez son ami, était reçu par M. Alva­rez.

« J’ai déjà eu l’occasion de ren­con­trer votre papa, mon petit ami, expli­qua-t-il, et je suis heu­reux de vous savoir déjà lié avec Ramon. »

Et, pas­sant sa main sur la tête du petit Mexi­cain il ajou­ta :

« Je n’ai que lui, puisque le Bon Dieu m’a repris sa maman… Après tout, cela vaut mieux pour elle, étant don­né les tristes temps où nous vivons. »

Cette phrase, aus­si bien que la réflexion de Ramon à pro­pos de l’insigne de la Croi­sade, fit que Jacques vou­lut en savoir davan­tage. C’est ain­si qu’il apprit quelle ter­rible