Catégorie : À la découverte de la liturgie avec Bernard et Colette

Auteur : Par un groupe de pères et de mères de familles | Ouvrage : À la découverte de la liturgie avec Bernard et Colette .

Conclusion


Caval­cades, fan­fares, guir­landes, chants, que tout cela a donc été joyeux !… Mais com­ment dire la fête des âmes ?

Ces joies-là ne s’expriment pas.

Qui donc était le plus heu­reux, de l’Évêque, qui consa­crait à Dieu trois nou­veaux Prêtres ; du bon et saint Curé, qui accom­pa­gnait à l’autel l’enfant de ses pré­di­lec­tions ; d’Yvon, qui réa­li­sait son rêve sacer­do­tal ; de tante Jeanne, qui com­mu­niait des mains de son fils ; de petit Pierre, qui accueillait Notre-Sei­gneur dans son âme d’enfant ;… de papa, de maman, de Maria­nick, de tous les autres enfin ?

Seule­ment, dans l’après-midi qui suit sa pre­mière Messe, Yvon n’arrive pas à sor­tir de son recueille­ment, alors que petit Pierre va, vient, saute au cou de sa mère, embrasse son père, inca­pable de taire sa joie exu­bé­rante, com­mu­ni­ca­tive, radieuse.

Seul, dans cette atmo­sphère de com­plet bon­heur, Nono reste fer­mé, presque triste. Tôt dans l’après-midi, il dis­pa­raît, et Yvon en éprouve un sou­ci.

Cepen­dant, cette jour­née qu’on vou­drait rete­nir va pas­ser comme les autres… Le soir vient.

Dans la paix déli­cieuse de ces pre­mières soi­rées d’automne, Yvon s’échappe tout seul. Avant de se cou­cher, il veut retour­ner à l’église, remer­cier encore pour aujourd’hui, se pré­pa­rer pour demain, car désor­mais, de Messe en Messe, sa vie sera comme une fête per­pé­tuelle.

Le long des haies, où les bruyères com­mencent à cou­rir toutes roses, il marche, l’âme per­due dans une gra­ti­tude sans nom. Toute sa vie passe devant lui…, longue suite de grâces de Dieu. Mais, désor­mais, il pour­ra remer­cier en « offrant Jésus ».

Voi­ci l’église. Petite église bénie de son baptême…et des fêtes d’hier et de celle d’aujourd’hui. Il entre. Il fait sombre,… mais quelle paix ! L’autel est là et le taber­nacle. Ici ou ailleurs, il sait que désor­mais il les retrou­ve­ra tous les jours.

Oh ! se mettre à genoux… se taire… ado­rer… rendre grâce.

Mais qu’est-ce que ce bruit léger ?

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Chapitre XXI

 

C’est demain l’Ordination, après-demain la pre­mière Messe d’Yvon et la pre­mière Com­mu­nion de petit Pierre. Le grand cou­sin est en retraite depuis huit jours, et le ben­ja­min est en retraite aus­si. Par­fai­te­ment, trois grandes jour­nées de recueille­ment, entre maman et M. le Curé.

Ce soir, petit Pierre vient de ren­trer. Il monte trou­ver sa mère qui, par bon­heur, est toute seule dans sa chambre.

Comme lorsqu’il était « petit », Pier­rot grimpe sur ses genoux, et maman devine sans peine que c’est l’heure des confi­dences.

—    Qu’as-tu à me racon­ter, mon ché­ri ?

—    Je vou­drais que ce soit vous, ma maman à moi, qui me disiez les choses que je ne sais pas encore bien.

—    Les­quelles ?

—    On n’a jamais fini de m’expliquer toute la Messe, parce que les grands sont retour­nés sans moi à la cure… et puis Yvon a dis­pa­ru,… et moi, com­pre­nez-vous, je serais content de me pré­pa­rer à com­mu­nier comme fera Yvon. Je rece­vrai Jésus pour la pre­mière fois, et lui, pour la pre­mière fois, il Le tien­dra dans ses mains, avant de Le prendre dans son cœur.

Pierrot se confie à sa maman pour préparer sa première communionIl lui dira sûre­ment des mots très jolis, et je vou­drais dire les mêmes.

—    Rien de plus simple, mon ché­ri. Prends ton parois­sien. Nous allons y trou­ver ce que tu cherches.

—    Mon parois­sien ?

—    Mais oui. Tu n’as cer­tai­ne­ment pas son­gé à ceci : Yvon n’aura d’autre pré­pa­ra­tion à sa com­mu­nion que celle qui est conte­nue dans les prières mêmes de la Messe, car la Com­mu­nion fait par­tie du Saint Sacri­fice.
Te sou­viens-tu, à la Cène, quand, le soir du Jeu­di Saint, Jésus ins­ti­tua l’Eucharistie ?

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Chapitre XX

 

Sur le talus mous­su, le groupe atten­tif ne témoigne aucune las­si­tude. Yvon cepen­dant consulte sa montre.

—    Avez-vous le cou­rage de m’accorder encore une heure ?

—     Une, deux, trois, tant que tu vou­dras, répond Colette avec son entrain habi­tuel.

—     Oui, oui, fait écho le reste de la bande.

—     Alors, en route, aux grandes allures, pour le pres­by­tère.

Tout le monde à la fois crie :
—    Pour­quoi ?

—    D’abord pour nous dérouiller les jambes. Ensuite, vous com­pren­drez.

En arri­vant à la porte de la cure, sur­prise ! Ber­nard et Jean en sortent.

Les deux petits groupes, dont les mou­ve­ments n’ont rien de pré­ci­sé­ment calme, se heurtent presque et s’immobilisent nez à nez, pour se crier mutuel­le­ment, avec de grands rires : Que diable faites-vous là ?

Ber­nard et Jean, qui viennent de ter­mi­ner la mon­ture d’un arc de triomphe, font demi-tour ; et l’on rentre tous ensemble dans le jar­din, où le bon vieux pas­teur récite son cha­pe­let fort tran­quille­ment.

—    Mon­sieur le Curé, dit Yvon, nous avons besoin de vous. Depuis deux jours, j’essaye d’expliquer la litur­gie de la Messe à la petite jeu­nesse. Nous voi­ci arri­vés au Canon, mais là, voyez-vous, je vou­drais vous pas­ser la parole. Vous trou­ve­rez mieux que moi les mots qui conviennent, j’en suis sûr.

—    Il fau­dra pour­tant t’y mettre le jour où ton Évêque te don­ne­ra un poste, mais enfin, passe pour aujourd’hui. Venez tous sous la ton­nelle ; il y fait bon.

Comme Ber­nard et Jean s’y ins­tallent, leur vieil ami les inter­pelle :

—    Vous aus­si… à votre âge ?

—     Qui sait si nous n’en avons pas plus besoin que ces petits ? répond Ber­nard en regar­dant Pier­rot et Nono, dont les phy­sio­no­mies reflètent deux petites âmes déli­cieuses.

—     Alors, va pour tout l’auditoire. Tu disais, Yvon, que vous aviez étu­dié les pre­mières par­ties de la Messe ?

—     Oui, jusqu’à la Pré­face.

—     Eh bien ! Jean, toi qui es si excellent enfant de chœur, dis-nous un peu ce que tu penses du dia­logue qui pré­cède cette Pré­face. Je ne t’apprends pas qu’il com­mence par les der­niers mots de la Secrète que le prêtre pro­nonce tout haut : « Dans tous les siècles des siècles… »

—     Et nous répon­dons : « Amen. » Ensuite, c’est un dia­logue :
« Que le Sei­gneur soit avec vous. »
« Et avec votre esprit. »
« Haut les cœurs. »
« Nous les tenons éle­vés vers le Sei­gneur. »

—     Très bien, mais que signi­fient ces paroles ?

—     Que le moment le plus solen­nel approche, qu’il faut essayer de pen­ser uni­que­ment aux choses divines qui vont s’accomplir là, tout près de nous, sur l’autel.

—     Par­fait ! Alors ! le prêtre ajoute : « Ren­dons grâce à Dieu. »

—     Et nous répon­dons : « Cela est digne et juste. »

—     Main­te­nant l’officiant redit : « Il est digne et juste de rendre grâce en tout temps et en tout lieu au Sei­gneur Saint, Père Tout-Puis­sant, Dieu éter­nel. »
Savez-vous ce que ces mots de louange rap­pellent tout spé­cia­le­ment ici ? Que Notre-Sei­gneur, avant d’instituer l’Eucharistie, « ren­dit grâce » à son Père. Et c’est ain­si que com­mence la Pré­face.
Selon la fête, les termes en varient un peu, mais le début et la fin sont tou­jours iden­tiques. Les sen­ti­ments de recon­nais­sance, de louanges, conte­nus dans la Pré­face, passent par Notre-Sei­gneur, la sainte Vierge, les Apôtres, et fina­le­ment s’unissent au concert des Anges au Ciel : Sanc­tus, Sanc­tus, Sanc­tus ; Saint, Saint, Saint est le Sei­gneur le Dieu des armées.

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A la decouverte de la liturgie, gra­vure de Mau­rice Berty.

Chapitre XIX

 

« Oh ! mono­logue Pier­rot, quelle veine !
Colette a lais­sé là son tri­cot.
Je joue à l’escamoteur… un, deux, trois, dis­pa­ru ! »

Et la mal­heu­reuse chaus­sette s’envole pour s’accrocher à une branche de mar­ron­nier. Les pauvres aiguilles branlent au bout du talon, et petit Pierre se tord de rire à les regar­der se balan­cer lamen­ta­ble­ment. Tom­be­ront… tom­be­ront pas ! Oh ! que c’est amu­sant !

Petit Pierre : les sacrifices pour se préparer à sa première communion ?Mais que se passe-t-il donc ? Voi­là un Pier­rot qui ne rit plus et qui même n’en a plus envie du tout.
Qu’est-ce qui lui gratte la gorge et lui pique les yeux ? Il ne sau­rait guère l’expliquer. Mais « ça » lui vient en même temps qu’autre chose. On dirait une petite voix mur­mu­rant tout bas :

«  Et tes pro­messes de ne plus faire de sot­tises ?… et les sacri­fices à ins­crire sur le petit cahier qui attend, là, dans la poche de ta culotte ? et la pre­mière Com­mu­nion dans dix jours ? »

Pauvre, pauvre petit ! Com­ment rac­com­mo­der cette affaire-là ? Une des aiguilles est tom­bée : sûre­ment tous les « ape­tis­sages » qui font le déses­poir de Colette vont être tout à fait per­dus.

Cou­rons cher­cher un grand pour nous sor­tir de là !

Et c’est Ber­nard qui vient à la res­cousse, mais un Ber­nard fâché, sévère, et qui rend à petit Pierre la chaus­sette d’une main, les aiguilles de l’autre, en lui disant :
—    Si j’étais Colette, qui s’est don­né tant de peine pour faire « son pied », tu ver­rais ce que tu rece­vrais !

Petit Pierre est très mal­heu­reux. Le seul moyen de rache­ter se sot­tise, il le sent bien, est d’aller l’avouer ; mais ça, c’est dur, très dur. Seule­ment, le cahier de sacri­fices aurait un gros chiffre de plus, et le petit Jésus serait si content !

S’armant d’un grand cou­rage, Pier­rot part à la recherche de Colette, qui, elle-même, avec Annie, André et Nono, fouille le petit bois pour déni­cher Yvon, introu­vable.

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Chapitre XVIII


Comme Yvon ces­sait de par­ler, un vol de ramiers pas­sa. Un ins­tant, le petit groupe le suit des yeux. Toute voi­sine, une bat­teuse fait entendre son ron­fle­ment, cou­pé de temps à autre d’un bref appel, ou domi­né d’une belle voix jeune qui chante à tue-tête un refrain du pays.

Un tel charme, pai­sible et fort, émane de ces choses, que, d’instinct, per­sonne ne songe à le rompre.

C’est Yvon qui secoue son propre rêve pour dire :

— On « bat » chez le père Pierre ; vous écou­tez comme moi. Son­gez-vous à ce blé doré, de chez nous, dont on se ser­vi­ra quelque jour pour faire du pain ?

Blé pur pour fabriquer les hosties— Oh ! dit Colette, je sais ce que tu vas dire. On fera aus­si, avec le blé, le pain pour les hos­ties, mais avec une farine bien choi­sie, par res­pect, et sans y mêler de levure. Te sou­viens-tu, quand nous étions petits, nous allions tous chez le père Jacques choi­sir le sac de grains qu’il donne pour cela, chaque année, à M. le Curé : un beau sac, mis de côté entre cent autres, et dont il est si fier.

— Il a de la chance, mur­mure sim­ple­ment Nono.

— Oui, inter­rompt petit Pierre, et papa aus­si. Car, lui, il donne sa meilleure bar­rique de vin, et c’est lui tout seul, quand il est là, qui s’occupe de cette bar­rique avec le père Pierre, pour être sûr que le vin soit pur.

— Com­ment pur ? réclame Nono. Le vin est tou­jours pur.

— Ah ! non, alors ! Papa dit qu’il y a des gens qui mettent un tas de sale­tés dedans, et puis, en plus, de l’eau et du sucre.

Yvon pré­cise :

— En effet, pour le Saint Sacri­fice, le vin doit être natu­rel sans avoir subi aucun mélange. Mais ne nous attar­dons pas trop, mes petits. Je vou­drais reprendre avec ordre notre étude.
Il faut d’abord, pour plus de clar­té, que je vous dise ceci : nous avons par­lé de ce qui pré­cède la Messe. Main­te­nant, com­pre­nez bien que le Saint Sacri­fice pro­pre­ment dit ne com­mence pas encore tout de suite. Il y a l’Intro­duc­tion ou pré­lude de la Messe, qui nous entrai­ne­ra jusqu’au Gra­duel, puis encore l’Avant-Messe ou Messe des Caté­chu­mènes, qui se ter­mine par le Cre­do.