Saint Malo et la baleine Saint Malo s’était embarqué depuis peu de temps, sur un grand bateau avec son maitre et de nombreux moines et laïcs pour un voyage de 7 ans. Il voguait vers les Îles Fortunées, vestiges, croyait-on, du paradis terrestre où les hommes menaient une vie angélique…
Étiquette : <span>Pâques</span>
ASSISE au sommet d’un tas de grosses pierres, bien abritée du mistral par deux touffes de genêts géants, Miette, la petite bergère du mas des Alouettes, réfléchissait profondément. Autour d’elle, sur la lande, des moutons et quelques chèvres paissaient les maigres ajoncs, les pauvres bruyères… Tout paraissait calme et la fillette, rassurée par la bonne conduite de son troupeau, s’en donnait, à cœur joie, de rêvasser… Elle songeait, la pauvrette, à la fête toute proche, aux cadeaux, généralement reçus et échangés autour d’elle, par les guardians[1] et les servantes de la ferme…
Elle pensait que tout le monde aurait, dans deux jours, son œuf de Pâques… et elle n’ignorait pas que nul n’aurait l’idée de lui en offrir un… même minuscule…
Justement, la veille, en allant faire une commission pour sa maitresse, elle avait aperçu, à la devanture du grand confiseur de la place des Arènes, un œuf gigantesque de taille et de grosseur, tendu d’une riche étoffe damassée d’or, et enrubanné de galons scintillants.
À ce souvenir, les paupières de Miette papillotaient. Elle se croyait encore devant la boutique du marchand de bonbons. Hélas ! elle était en Camargue, au milieu de la lande désolée, où chantait le mistral, auprès de ses brebis et de son chien…
Un bruit de paroles étouffées la tira de sa torpeur.
- [1] NDÉ : l’orthographe ordinaire est « gardian »↩

TOUTES les heures du jour et de la nuit ont leur fête dans l’année.
En juillet, la Fête Nationale, par ses feux d’artifice, est la fête du soir. À Noël, la fête de minuit fait oublier le froid. Le jour des Rois, le gâteau, que l’on partage à midi, marque la fête du déjeuner dans la famille.

Mais Pâques, c’est la fête du matin. La lumière fleurit les églises comme le soleil fleurit le ciel. Avez-vous remarqué qu’il fait presque toujours un temps magnifique, le jour de Pâques ? Et, même s’il ne fait pas très beau, à regarder seulement les gens passer par les rues et par les routes, avec leurs habits neufs, on sent qu’il y a de la joie dans l’air. Dans les églises, où les cloches sont revenues, la semaine sainte étant finie, on a rallumé tous les cierges et même un de plus, énorme, dans lequel on a mis des grains d’encens, le fameux cierge pascal.
Comme Jésus arrivait à Naïm, il rencontra une foule immense qui accompagnait au cimetière le fils unique d’une pauvre veuve. Jésus, la voyant pleurer, fut ému et lui dit : « Ne pleurez pas ! » Puis, s’approchant, il toucha le cercueil et s’écria : « Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi ! » Aussitôt le…
JE pris le livre et l’examinai curieusement. C’était un Télémaque un peu fatigué, mais en bon état cependant ; il était orné de nombreuses gravures et portait les armes royales.
Comment ce volume rare et curieux entre tous, qui eût fait la joie d’un bibliophile, se trouvait-il entre les mains d’un obscur paysan, certainement incapable d’en apprécier la valeur ?
Sur le premier feuillet, je lus, non sans émotion, cette réponse à ma question :
« À Louis Simon, en remerciement de son œuf de Pâques. Louis DAUPHIN. »
Mai 1789.
Et au-dessus, tracée au crayon, d’une écriture à peine lisible, la même phrase :
« À Louis Simon, en remerciement de son œuf de Pâques. Louis DAUPHIN. »
Mai 1794.
Les noms des deux fils de Louis XVI, accolés ainsi à ce nom de Simon, l’éclairaient d’un éclat sinistre. Le vieux fermier était-il donc parent du bourreau de l’infortuné Louis XVI ?
— C’est une histoire du temps où j’étais petit garçon, Monsieur, me dit simplement le brave homme. Tel que vous me voyez, j’ai, bien certainement, eu les derniers sourires des deux dauphins.
Voici comment :
I
Pour lors, c’était un peu avant l’ouverture des États généraux, un dimanche de Pâques. Je jouais devant la porte de la ferme, où ma bonne mère venait d’apporter une corbeille de beaux œufs rouges, jaunes et bleus, qui faisaient l’admiration des gamins, lorsqu’en levant la tête, je vis devant moi une belle dame, à l’air imposant, accompagnant une petite voiture poussée par un grand laquais galonné, dans laquelle reposait un enfant de mon âge, mais si faible, si chétif, avec son visage pâle et son dos voûté, que des larmes en venaient aux yeux.

— Pourriez-vous me donner une tasse de lait ? demanda la belle dame à ma mère qui se confondait en révérences.
— Sans doute, Madame la reine. Vite, Louisot, des chaises, des bols.
Et maman courait tout affairée.
Moi, je restai là, bouche bée, regardant, saisi, la reine de France et de Navarre en simple robe de linon et en fichu croisé, appuyant son beau regard triste sur ce pauvre enfant royal condamné, hélas ! comme la monarchie.
Elle était venue sans suite, sans escorte, s’échappant de ce grand Versailles, dont l’étiquette lui pesait si lourdement, pour embrasser librement son fils installé à Meudon, dans l’espoir que l’air salubre rétablirait sa santé débile.
Et lui, ranimé par cette chère présence et aussi par le soleil printanier, qui mettait une poudre d’or aux beaux cheveux de Marie-Antoinette, il souriait à sa mère qu’il allait quitter, au ciel bleu qu’il allait bientôt habiter, et même à moi, gamin insouciant, dont il enviait peut-être tout bas les joues roses et les membres robustes.
— Comment t’appelles-tu ? me demanda-t-il.
— Louis.
— Comme moi et mon petit frère le dauphin… non, le duc de Normandie, reprit-il vivement en voyant la reine porter son mouchoir à ses yeux.
Il feuilletait machinalement un volume.
— Sais-tu lire ?





