Le fou de Notre-Dame : Le Père Kolbe, martyr de la charité

Auteur : Winowska, Maria | Ouvrage : 90 Histoires pour les catéchistes I, I. Les vertus théologales .

Temps de lec­ture : 7 minutes

C’était au camp de concen­tra­tion d’Oswiecim, en Pologne, durant l’occupation alle­mande. Par­mi les pri­son­niers de ce « Camp de la mort » se trou­vait le Père Maxi­mi­lien Kolbe, fran­cis­cain, bien connu pour son mer­veilleux apos­to­lat par la presse. Son ardent amour envers la Vierge Imma­cu­lée l’avait fait sur­nom­mer le fou de Notre-Dame.

Le 17 février 1941 une auto noire avait stop­pé devant la porte de son couvent. Des membres de la fameuse Ges­ta­po en étaient des­cen­dus et avaient deman­dé à voir le Père. « Loué soit Jésus-Christ », leur avait-il dit sans se trou­bler.

« C’est toi Maxi­mi­lien Kolbe ? » gla­pit l’un des bour­reaux.

« Oui, c’est moi. »

« Alors, suis-nous ! »

Et le bon Père n’était plus reve­nu.

Récit pour les enfants du père Kolbe dans un camp nazieEmme­né tout d’abord à la pri­son de Var­so­vie où il avait été bat­tu jusqu’au sang par le Schaarfüh­rer, furieux de le voir revê­tu de son habit fran­cis­cain, il fut trans­fé­ré à Oswie­cim le 12 mai sui­vant. Il devait y res­ter trois mois, presque jour pour jour.

Vers la fin de juillet 1941, un des com­pa­gnons de cap­ti­vi­té du Père réus­sit à s’évader mal­gré l’effroyable sévé­ri­té des gar­diens. Ce pri­son­nier appar­te­nait au « bloc » 14, celui auquel était affec­té le Père Kolbe. Or le com­man­dant du camp, un nom­mé Fritsch, avait dit que pour chaque homme qui s’évaderait et ne serait pas retrou­vé, vingt de ses com­pa­gnons de bloc seraient condam­nés à mou­rir de faim ! Aus­si, cette nuit-là per­sonne ne put dor­mir dans la baraque. Une peur mor­telle étrei­gnait les mal­heu­reux qui se deman­daient si leur cama­rade serait repris ou non. On racon­tait des choses tel­le­ment hor­ribles sur ce qui se pas­sait dans le « bloc de la mort » ! Par­fois la nuit reten­tis­sait de cris d’épouvante, de véri­tables hur­le­ments de fauves ! Les condam­nés n’avaient plus rien d’humain, disait-on, et leur vue fai­sait peur à leurs geô­liers eux-mêmes ! Car il ne s’agissait pas seule­ment du mar­tyre de la faim, mais aus­si de celui de la soif ! Il fal­lait ain­si ago­ni­ser pen­dant des jours, des semaines par­fois, au milieu d’effroyables tor­tures qui vous séchaient les entrailles, vous emplis­saient les veines de feu et menaient sou­vent à la folie !

Aus­si cha­cun se deman­dait avec ter­reur : « Sera-ce moi ? » Et ces héros pleu­raient comme de petits enfants…

Le len­de­main, à l’appel, le chef de camp annonce que le fugi­tif n’a pas été retrou­vé ; le bloc 14 reçoit l’ordre de res­ter debout sous un soleil de feu et il est inter­dit de lui don­ner à boire. Vers trois heures de l’après-midi les gar­diens per­mettent cepen­dant aux pri­son­niers de man­ger un peu de soupe. Ce sera le der­nier repas de ceux qui seront choi­sis pour le « bloc de la faim » !

Vers le soir le Lager­fuh­rer Fritsch arrive devant les pri­son­niers du bloc 14 ! Sa tête res­semble à celle d’un bou­le­dogue. Il savoure visi­ble­ment la ter­reur de ses vic­times. Le silence est tel que l’on enten­drait voler une mouche… Sou­dain il se met à par­ler… On dirait qu’il aboie ! Ses paroles, sac­ca­dées, tombent une à une dans un silence mor­tel. « L’évadé, dit-il, n’a pas été retrou­vé. Dix d’entre vous mour­ront à sa place dans le « bun­ker » de la faim ! La pro­chaine fois ce sera vingt ! » Et le chef passe devant les pri­son­niers comme pas­se­rait l’ange de la mort ! Levant ensuite la main il indique du doigt : Celui-ci ! Aus­si­tôt Palitsch, son adjoint, ins­crit le numé­ro sur la liste des condam­nés, car à Oswie­cim l’homme n’est plus qu’un numé­ro ! Pâle comme un linge, le mal­heu­reux sort du rang… Dans le silence les res­pi­ra­tions sifflent, sem­blables à des gémis­se­ments. Et Fritsch conti­nue sa lugubre besogne… Cela l’amuse ! « Celui-ci, dit-il. Et celui-là. Celui-là encore… » Bien­tôt ils sont dix. Dix condam­nés à la plus hor­rible des morts ! Sou­dain l’un d’eux s’écrie : « Oh ma pauvre femme et mes quatre enfants ! Je ne les rever­rai plus jamais ! » « Enle­vez vos chaus­sures » gla­pit Palitsch sans prê­ter atten­tion à ces paroles. Le cla­que­ment des sabots jetés par terre se mêle aux san­glots du mal­heu­reux… Nou­vel ordre : « Tour­nez à gauche ! » Les spec­ta­teurs de cette affreuse scène fré­missent… À gauche, c’est là que se trouve le mur noir où l’on fusille… Les gibets où l’on pend et les « bun­kers » de la faim !

Histoire héroïque du martyr volontaire de Saint Kolbe, franciscain polonaisTout d’un coup il se passe quelque chose de stu­pé­fiant. À tra­vers ses cama­rades un bagnard vient de sor­tir du rang… Il a osé ce geste qui à lui seul peut lui coû­ter la vie ! Ses grands yeux clairs regardent bien en face Fritsch inter­dit. « C’est le Père Kolbe, mur­murent les pri­son­niers. Que va-t-il faire ! »

Le Lager­fuh­rer sai­sit son revol­ver, recule d’un pas et hurle « Arrête ! Que veux-tu, cochon de Polo­nais ? » Très calme, presque sou­riant, le Père Kolbe répond : « Je vou­drais mou­rir à la place d’un de ces condam­nés. » Fritsch, à ces mots, reste aba­sour­di ! Ce qu’il vient d’entendre le dépasse ! Lui qui d’ordinaire ne lais­sait pas dire un mot aux pri­son­niers en est comme inter­dit… Mani­fes­te­ment, ce n’est plus lui le maître, c’est le Père Kolbe ! Et il lui demande stu­pi­de­ment ; « Pour­quoi ça ? »

« Parce que je suis vieux et bon à rien », répond le Père. « Ma vie ne ser­vi­ra plus à grand-chose main­te­nant. »

« Et pour qui veux-tu mou­rir ? » conti­nue la brute.

« Pour celui-ci, dit le Père. Il a une femme et quatre enfants… » Et il désigne du doigt Fran­çois Gajow­nic­zek, le ser­gent qui tout à l’heure se lamen­tait.

« Et qui es-tu ? » pour­suit Fritsch qui com­prend de moins en moins. La réponse est brève et solen­nelle : « Je suis prêtre catho­lique. »

Suit un moment de silence… Calme, le Père Maxi­mi­lien attend la sen­tence… Jamais encore, pen­dant l’appel, le silence n’avait paru si long. Enfin Fritsch conclut d’une voix rauque : « Soit Va avec eux. »

Palitsch, le sous-chef, atten­dait la déci­sion, crayon en main. Le voi­ci qui barre un numé­ro sur sa liste et en ins­crit un autre : 16.670. La for­ma­li­té est rem­plie ! À l’horizon le soleil d’août est au ras du sol. Il flambe comme un immense osten­soir. Il s’unit au Père Kolbe qui va dire sa der­nière messe… Le ciel lui-même s’est revê­tu de la cou­leur litur­gique des mar­tyrs et au loin toute la cam­pagne est ten­due de rouge ! Nou­vel ordre : « Marche ! » Nu pieds, en che­mise, les mal­heu­reux condam­nés se dirigent len­te­ment vers le bloc sinistre ! Tous les yeux les suivent… Le Père Maxi­mi­lien ferme la marche, tel un ber­ger der­rière son trou­peau. Il a la tête légè­re­ment pen­chée sur le côté et le ciel est dans son cœur ! Bien­tôt, sur le gouffre noir plein de san­glots, la lourde porte se referme. À par­tir de cet ins­tant les condam­nés ne rece­vront plus rien , ni à man­ger, ni à boire et l’un des geô­liers ricane en leur criant : « Vous allez vous des­sé­cher comme des tulipes là-dedans ! »

Cepen­dant, ô mer­veille, cette fois les condam­nés, sou­te­nus par le cou­rage du Père, ne hurlent pas, ne mau­dissent pas, ils chantent ! Tout d’abord les voix sont fortes, puis de jour en jour elles fai­blissent. Ce lieu de sup­plice est deve­nu comme une cha­pelle ardente où tous prient avec une fer­veur extra­or­di­naire. Les gar­diens se regardent inter­dits et disent : « Nous n’avons jamais rien vu de pareil ! »

Qua­torze jours passent ! On est à la veille du 15 août, le jour où l’Église célèbre Celle que le Père Kolbe a tant aimée ! Ira-t-il auprès de l’Immaculée chan­ter les pre­mières vêpres de la fête ? Dans le bun­ker du Père, il n’y a plus que quatre sur­vi­vants ! Lui est encore plei­ne­ment conscient. À cause de son extrême fai­blesse il n’est plus debout, ni même à genoux comme on l’a vu si sou­vent, mais assis… Et ses lèvres mur­murent encore une prière. Il a congé­dié son petit trou­peau ; un à un, ses cama­rades sont par­tis pour le ciel, bénis par lui. Les trois der­niers qui gisent sur le sol, sans connais­sance, sont prêts à paraître devant Dieu. Le bon pas­teur a fini son tra­vail. Il a droit au repos… et peut mou­rir ! Un bour­reau, voyant qu’il a encore un souffle de vie, s’approche de lui avec une seringue et lui fait une piqûre qui l’achèvera. Sans rien dire, le Père tend à l’homme son bras déchar­né…

L'Immaculée conception vient chercher son fidèle disciple, le père Maximilien Kolbe

Le len­de­main, le gar­dien qui est char­gé de « net­toyer » le bun­ker, un nom­mé Bor­go­vriec, trou­ve­ra le Père assis, la tête légè­re­ment appuyée contre le mur, les yeux grands ouverts et fixés comme en une extase, le visage rayon­nant.

« Tan­dis que les autres cadavres étaient sales et avaient des figures cris­pées, dira-t-il plus tard, le corps du Père était net et l’on aurait dit qu’il répan­dait de la lumière ! Jamais je n’oublierai l’impression que cela me fit ! »

À la nou­velle de la mort du mar­tyr, ses cama­rades le pleu­rèrent comme un père. Ils essayèrent, mais en vain, de sous­traire son corps aux flammes du four cré­ma­toire. La loi était inexo­rable. Le Père fut brû­lé, comme tant d’autres, dans les énormes fours qui flam­baient nuit et jour, empes­tant l’air de leur âcre fumée. Et les cendres de ce futur saint furent dis­per­sées aux quatre point car­di­naux afin que rien ne res­tât de lui !

Mais l’Église n’a pas besoin d’ossements pour éle­ver quelqu’un sur les autels ! Et le 24 mai 1948 le pro­cès de béa­ti­fi­ca­tion du ser­vi­teur de Dieu, Maxi­mi­lien Kolbe, fut offi­ciel­le­ment intro­duit 1

Jadis, lorsqu’il était encore enfant, sa maman lui avait deman­dé ce qu’il ferait plus tard. Très embar­ras­sé le petit bon­homme était tout sim­ple­ment allé à l’église cher­cher la réponse auprès de la Sainte Vierge. « Elle m’est appa­rue, avoua-t-il ingé­nû­ment à sa mère ; elle tenait deux cou­ronnes à la main, l’une était blanche, l’autre rouge… Elle me regar­da avec amour et me deman­da laquelle je choi­sis­sais. La blanche signi­fiait que je serais tou­jours pur ; la rouge que je mour­rais mar­tyr. « Je les choi­sis toutes les deux », ai-je dit à la Sainte Vierge ! Elle a sou­ri puis est par­tie.

En cette veille du 15 août 1941, la Reine du Ciel était venue cher­cher son enfant tenant en main les deux cou­ronnes qu’il avait si bien méri­tées : la blanche et la rouge.

D’après Maria Winows­ka, Le fou de Notre-Dame

Coloriage pour enfant de la Vierge faisant choisir les deux couronnes à Maximilien Kolbe

Notes :

  1. Il fut béa­ti­fié le 17 octobre 1971 et cano­ni­sé le 10 octobre 1982.

    Saint Maxi­mi­lien Kolbe, Priez pour nous !

Un commentaire

  1. Pincemaille a dit :

    Magni­fique récit !
    Pen­dant cette hor­rible guerre, ma mère a été témoin – direct ou pas, je ne sais – d’un fait simi­laire en région pari­sienne (Chelles je crois) : lors d’un rafle à la suite d’un atten­tat anti-alle­mand, un com­mer­çant, un coif­feur, deman­da au capi­taine alle­mand qui emme­nait les condam­nés à prendre la place d’un gar­çon de sa connais­sance, fils unique vivant seul avec sa mère !
    L’échange fut accep­té, le jeune homme libé­ré et le mal­heu­reux coif­feur exé­cu­té à sa place !
    Ce héros – croyant ou non, je l’ignore – a donc rejoint le père Kolbe au Para­dis des Mar­tyrs et des Saints ! tant de saints sont incon­nus des calen­driers et chantent les louanges de Dieu dans le Ciel !
    Ami­tiés à tous et grand mer­ci pour vos si belles his­toires.

    14 août 2016
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