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3 février 2026Saint Blaise, Évêque et Martyr

Blaise brillait de l’é­clat de toutes les ver­tus à Sébaste, en Armé­nie, lors­qu’il fut élu évêque de cette ville. À l’é­poque où Dio­clé­tien exer­çait son insa­tiable cruau­té contre les chré­tiens, le saint se reti­ra dans une caverne du mont Argée, et il y demeu­ra caché jus­qu’au jour où, décou­vert par les sol­dats du gou­ver­neur Agri­co­la en train de chas­ser, il fut conduit devant ce magis­trat et jeté, par son ordre, en pri­son. Là, il gué­rit beau­coup de malades qu’on lui ame­nait à cause de sa répu­ta­tion de sain­te­té entre autres un enfant qui se mou­rait parce qu’une arête de pois­son s’é­tait fixée trans­ver­sa­le­ment dans sa gorge. Blaise com­pa­rut bien­tôt à deux reprises devant le gou­ver­neur, et comme ni les flat­te­ries ni les menaces ne pou­vaient le déter­mi­ner à sacri­fier aux idoles, il fut d’a­bord bat­tu de verges, ensuite déchi­ré avec des peignes de fer sur le che­va­let ; il eut enfin la tête tran­chée le 3 février 316. Saint Blaise fait par­tie du groupe des qua­torze Saints Auxi­lia­teurs, que la pié­té popu­laire aime spé­cia­le­ment à invo­quer on le prie pour obte­nir la gué­ri­son des maux de gorge.


Ouvrage : Le Sanctuaire

Conte d’Épiphanie

Per­met­tez-moi de vous pré­sen­ter Pouf. C’est un petit homme de 5 ans, bien plan­té sur de robustes mol­lets. Fri­mousse éveillée, che­veux en boucles, grands yeux d’a­zur. Je ne sau­rais vous dire” en quelle cir­cons­tance il se rebap­ti­sa lui-même, car, de mémoire d’homme, on ne connut jamais de saint Pouf au calendrier.

Or, notre Pouf mani­feste de très bonne heure la pas­sion des voyages. À sa grande joie, il reçut l’an pas­sé, pour ses étrennes, une superbe Citroën, modèle réduit, à l’aide de laquelle il fait du 4 à l’heure en pédales, sur l’a­ve­nue pari­sienne qu’­ha­bitent ses parents. Un seul acci­dent jus­qu’i­ci. Résul­tat : une énorme bosse au front ; mais qu’est-ce cela en com­pa­rai­son de plai­sirs inex­pri­mables Aujourd’­hui une panne l’ar­rê­ta ; oh ! une petite panne de rien du tout, très vite répa­rée par le jeune chauf­feur et sa gou­ver­nante Anna qu’il déteste, parce qu’elle raconte toutes ses pec­ca­dilles à maman : M. Pouf par-ci, M. Pouf par là… ça n’en finit plus.

Ren­tré de pro­me­nade, il regarde son livre d’i­mages pré­fé­ré, celui qui le mène dans tous les pays du monde. Sou­dain son index s’ar­rête sur un nègre :

— Oh ! fait-il, comme il res­semble à l’un des rois mages, celui-là. Ils sont venus de très loin, les mages ?

Anna, cap­ti­vée par une lec­ture atta­chante, ne répond pas.

— Ils sont venus par le train ou en auto ? 

Anna s’é­nerve.

— Tai­sez-vous, Pouf.

Pouf ne se tait pas, et déclare qu’il racon­te­rait tout de suite à maman qu’An­na est méchante, si maman ne dînait pas en ville.

Les dîners en ville, en voi­là encore une inven­tion ! Pen­dant que les parents y dévorent de bonnes choses, les enfants res­tent à la mai­son. Est-ce juste, cela ? Pouf se sent d’es­prit fron­deur ce soir. Il faut qu’An­na réponde ou alors… Il darde sur sa bonne des pru­nelles volon­taires et pour la troi­sième fois, demande :

— Enfin, je veux savoir d’où ils sont venus, les mages ?

Anna, ayant ter­mi­né son roman qui finit bien, daigne répondre :

— De très, très loin.

— Plus loin que la gare Saint-Lazare ?

Anna éclate de rire, sans savoir que son jeune maître a conser­vé de cette course un sou­ve­nir de fatigue inénarrable.

Mais Pouf n’aime pas qu’on se moque de lui. Il tré­pigne, la colère le guette.

Ren­tré de pro­me­nade, Pouf regarde son livre d’i­mages préféré.

— Les mages sont venus d’O­rient à pied, dit-elle, gui­dés par une étoile. Il leur fal­lut de longs jours pour arri­ver à la cha­pelle où vous les admi­rez depuis plus d’un mois. Leur avez-vous dit adieu, au moins ? Demain, ils seront repartis.

Ouvrage : La semaine de Suzette | Auteur : Valdor | Illustration : Morin, Henry

La tour de Grandcroix (fin)

La reprise des rela­tions entre la famille Ver­dier et le manoir de Grand­croix fut, comme bien l’on pense, mise aus­si­tôt à pro­fit par Gene­viève et ses petits voi­sins. Dès le len­de­main, les enfants du per­cep­teur vinrent chez le marquis, …

… et une par­tie de cache-cache fut orga­ni­sée dans les ruines qui se prê­taient admi­ra­ble­ment à ce jeu. Lucienne, fure­tant de droite et de gauche, pour trou­ver une cachette, en décou­vrit une qui lui parut mer­veilleuse. C’é­tait un petit réduit ména­gé entre de vieux pans de murs à demi écrou­lés et dont l’en­trée était cachée par un rideau de lierre.

Ayant sou­le­vé le feuillage, la fillette se glis­sa dans le réduit et se blot­tit au fond, mais la paroi contre laquelle elle s’ap­puyait céda tout à coup sous son poids et un ébou­le­ment se pro­dui­sit, Lucienne faillit tom­ber à la renverse.

Quand elle eut repris son équi­libre et que le nuage de pous­sière se fut dis­si­pé, elle aper­çut, à l’en­droit où la paroi s’é­tait effon­drée, une cavi­té assez profonde…

… une sorte de pla­card, dans lequel était posé un coffre bar­dé de fer et muni de fortes ser­rures, le tout recou­vert d’une épaisse couche de rouille. Lucienne se ren­dit compte qu’elle avait fait une impor­tante découverte.

Ouvrage : La semaine de Suzette | Auteur : Valdor | Illustration : Morin, Henry

La tour de Grandcroix (suite)

La fête de Noël avait eu, pour Gene­viève de Grand­croix, un triste len­de­main. En écou­tant le récit des ama­bi­li­tés et des pré­ve­nances dont sa petite-fille avait été entou­rée dans la famille de ses voi­sins, le vieux mar­quis de Grand­croix retrou­va ses anciennes craintes.

Il redou­ta que cet inci­dent ne l’en­traî­nât à nouer lui-même des rela­tions dont il ne vou­lait à aucun prix. Il regret­tait déjà d’a­voir accor­dé cette permission…

… et décla­ra à Gene­viève qu’il enten­dait qu’on en res­tât là de part et d’autre.

La petite fille fon­dit en larmes et essaya une timide pro­tes­ta­tion ; mais son grand-père fut inflexible.

Orgueilleux et sus­cep­tible, il tenait à ne rien devoir à per­sonne. Après un moment de médi­ta­tion il se ren­dit à la ville et, mal­gré l’é­tat d’ex­trême gêne dans lequel il vivait, fit envoyer à Mme Verdier…

… une superbe cor­beille de fleurs avec sa carte, se pro­met­tant de réduire encore ses maigres repas, afin de com­pen­ser cette dépense trop forte pour lui.

Gene­viève pro­fi­ta de son absence pour cou­rir à la haie du jar­din et faire signe à ses petits amis de venir lui par­ler. Ils s’empressèrent d’ar­ri­ver, et la fillette, sans pou­voir rete­nir de nou­velles larmes, leur signi­fia la volon­té de son grand-père,

ajou­tant que mal­gré son cha­grin, elle devait obéir et qu’à l’a­ve­nir, elle ne pour­rait même plus venir bavar­der avec eux par-des­sus la haie. Les jeunes Ver­dier navrés, se récrièrent…

Ouvrage : La semaine de Suzette | Auteur : Valdor | Illustration : Morin, Henry

La tour de Grandcroix

Dans une modeste mais char­mante habi­ta­tion, située en pleine cam­pagne nor­mande, demeu­rait la famille Ver­dier, com­po­sée du père, de la mère et de quatre enfants : Lucienne âgée de treize ans, déjà sérieuse et rai­son­nable, Roger, grand gar­çon de onze ans, Ninette, qui en avait huit, et enfin le petit Paul qui n’en comp­tait que six. Cette aimable et nom­breuse famille n’a­vait pour tout reve­nu que les appoin­te­ments de M. Ver­dier qui exerçait…

les fonc­tions de per­cep­teur. Aus­si la maman devait-elle réa­li­ser des pro­diges d’é­co­no­mie pour par­ve­nir à bou­cler le bud­get ; on y’ar­ri­vait cependant.

À côté de l’ha­bi­ta­tion de M. Ver­dier s’é­le­vait une tour déla­brée, der­nier ves­tige d’un château…

qui avait connu des siècles de splen­deur. Il était la pro­prié­té des comtes de Grand­croix, ancien­ne­ment hauts et puis­sants sei­gneurs, dont les géné­ra­tions suc­ces­sives avaient fait reten­tir les bois de leurs classes et che­vau­chées. Cette noble famille était peu à peu tom­bée en déca­dence et avait fini par se trou­ver tota­le­ment ruinée.

Ouvrage : Lectures Catholiques | Auteur : L'Ermite, Pierre

(Une salle à man­ger de bour­geois sans goût ; aux murs, por­traits de Gari­bal­di, de Vic­tor Noir, de Louis Blanc, de Charles Rouge. Le mari, un mon­sieur sec, barbe en pointe, l’air mau­vais, com­mence à déjeu­ner devant sa femme ; celle-ci figure quel­conque, plu­tôt douce.) 

— Dis, Charles… ? 

— Quoi… ? Je vou­drais bien que ce soir tu sortes du bureau une heure avant, à cause de ton fils… 

— … De mon fils… ? 

— Tu ne devines pas… ? 

— Non. Mais… c’est Noël ! !

— Noël… ? Eh Bien, quoi… ? Noël… ? Voyons, j’at­tends l’explication… ? 

(La femme un peu vexée, ne répond pas, et mange, le nez sur la table. Lui en fait autant. Dans la salle, on ne per­çoit plus que le bruit de la cuillère bat­tant le fond de l’as­siette, et le glou­glou du potage qui déglu­tine entre deux haies de barbe. La bonne, une Bre­tonne, va, vient.) 

— Ah ça, Éli­sa, vas-tu me faire une tête pareille pen­dant tout le déjeuner… ? 

— Que veux-tu, je suis mère, moi !… je ne peux pas me faire à l’i­dée que demain tous les bébés seront heu­reux… qu’il y aura des extases au fond de leurs yeux bleus… qu’ils bat­tront des mains avec joie devant les che­mi­nées, parce que c’est leur jour… le jour des tout petits… et que, seul, notre enfant n’au­ra rien !… qu’il sera comme un paria au milieu du bon­heur géné­ral !… et tout cela pour ser­vir l’or­gueil de tes pas­sions poli­tiques… parce qu’il te plait d’a­voir des opi­nions qui ne sont pas celles de tout le monde, et que tu défends avec une bru­ta­li­té qui, d’ailleurs, prouve leur faiblesse !…

(Le mari pose sa cuillère, essuie sa barbe et regarde sa femme les yeux hors de la tête.) 

— Eh bien… je vais te répondre clai­re­ment ! … tu es mère moi, je suis père ! … on est ce qu’on peut !… Or, le père, c’est le maître !… c’est moi qui com­mande ici !… tu m’o­bliges à te le dire, tant pis pour toi !… J’a­joute ceci : Noël est une super­sti­tion, le reste d’une reli­gion qui ne tient plus debout !… (Il se tape sur les cuisses avec indi­gna­tion). Noël ! Noël !… Non, faut-il que tu sois à court d’ar­gu­ments pour me jeter ce motif à la figure !… et le comble, c’est que tu pre­nais à l’ins­tant un petit air vain­queur !… tu croyais me clouer le bec avec ton Noël !… Mais, ma petite, Noël… ça n’existe pas !… Qui fête Noël aujourd’­hui ?… Les calo­tins et les imbé­ciles !.. Je veux que mon fils ne se range ni d’un côté, ni de l’autre ; et Noël n’exis­te­ra jamais chez moi !… C’est com­pris ?… Tu me parles de jou­joux ?… je l’en gave­rai de jou­joux !… mais au jour de l’an ; sans quoi, j’au­rais l’air de col­la­bo­rer à la super­sti­tion, et de sou­li­gner, aux yeux de mon fils, la soi-disant fête… d’un soi-disant…

— … Tais-toi, mon pauvre ami, tu vas dire des stu­pi­di­tés !… Pour­tant une ques­tion : Quand tu étais tout jeune, tes parents te don­naient-ils par­fois un petit Noël… ?

— Oui…

— Et alors, de quel droit prives-tu ton fils d’un plai­sir qu’ont tous les enfants de son âge et que tu as eu toi-même… ?

(Lui, majes­tueux, en bran­dis­sant sa fourchette) 

— Au nom de l’é­vo­lu­tion de l’a­ve­nir et de la liber­té de la pensée ! !…

(La femme et la bonne haussent en même temps les épaules, et tout retombe dans un silence morne.)


(La chambre de bébé, la nuit ; petite veilleuse dont la lumière tremble dans un coin. L’en­fant ne dort pas ; on sent au remous de la cou­ver­ture que le petit corps s’a­gite, tourne, retourne, vire, ne tient pas en place. Tout à coup bébé s’assied.)

— Il me semble que j’ai enten­du un bruit… ? c’est peut-être les ailes de l’Ange qui frottent contre la suie de la che­mi­née…?? À pro­pos… Ils doivent se noir­cir, les Anges… quand ils des­cendent dans la che­mi­née… ? Pour­quoi ils ne montent pas l’es­ca­lier. Ah je sais !… c’est à cause des ser­rures… papa, il en a trois… de ser­rures… il leur en fau­drait des clés !… Encore un bruit… ? non, c’est le vent !… si j’al­lais voir… ?