Les Figures et les Images dans l'Ancien Testament
V C'est le soir. Jean vient de rentrer du collège. Il a jeté sa serviette bourrée de livres sur la table du jardin et s'assied sur l'herbe, un peu fatigué de cette chaleur
Notre-Dame de Boulogne
racontée aux enfants
 
L'arrivée
« Elle va passer ici !

— Qui ?

— Notre-Dame de Boulogne !

— Qui c'est, Notre-Dame de Boulogne ?

— Tiens, la Sainte Vierge ! Tu t'appelles Jean-Claude, ça
Les boucles d'oreilles de Louise
Charité
Je me suis engagé à ne faire connaître ni le nom ni le pays de la petite héroïne de ce récit. Je puis toutefois certifier qu'il est absolument vrai. C'était en septembre 1899.
La communion de la grive
Je veux vous conter un miracle, qui me fut conté à moi-même par un vieux prêtre, ami de saint François d’Assise, auquel l’histoire est arrivée.
Un matin de Noël, alors qu’il était jeune encore
"Par l'Ave Maria, le grand Jésus règnera !"
- Oh ! Bonjour, chère amie ! Comme je suis contente de vous rencontrer ! Comment allez-vous ?

- Beaucoup mieux que les jours précédents ! Le docteur de Révot m’a donné un

Et maintenant une histoire ! Posts

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IX

Ayant enfi­lé son « bleu », Ber­nard véri­fie avec soin le moteur de l’a­vion. Un peu de graisse ici, un peu d’huile par là, quelques coups de pouce sur les com­mandes, et « ça tourne rond » comme il convient.

Atti­ré par le bruit qui assour­dit son oncle, Bru­no s’est glis­sé fur­ti­ve­ment au han­gar et contemple de tous ses yeux l’Oi­seau-Bleu.

Ber­nard monte et des­cend de son échelle, va, vient, sans s’a­per­ce­voir de la pré­sence du petit homme, jus­qu’au moment où, dans un mou­ve­ment de recul, il le heurte brus­que­ment. Alors il gros­sit sa voix pour domi­ner le ron­fle­ment du moteur et lui crie, non sans impa­tience :

— Que fais-tu là, c’est dan­ge­reux de venir ici sans per­mis­sion. Va-t’en et plus vite que ça !

— Oh ! non. Je bou­ge­rai pas.

— Alors reste en dehors de la porte et laisse-moi tra­vailler.

Bru­no marche à recu­lons vers l’ou­ver­ture et se colle au cham­branle. Pen­dant quelques ins­tants il se tait, puis hasarde :

— Dis, oncle Ber­nard, c’est‑y avec cet oiseau-là que tu es allé en Méso­po­ta­mie ?

— Bien sûr que non, c’est avec l’a­vion de mon esca­drille.

— C’est‑y un drôle de pays, la Méso­po­ta­mie ?

— Pas drôle du tout, de grandes plaines, rien d’ex­tra­or­di­naire, et puis, laisse-moi tran­quille !

Mais Bru­no est tenace, cha­cun le sait.

— Pour­quoi qu’on en parle tout le temps dans l’His­toire Sainte ?

— Tiens ! parce que les Hébreux y ont été sou­vent.

Bernard explique l'histoire de Jacob
— Laisse-moi tran­quille !

— Com­bien de fois ?

Ber­nard, grim­pé sur l’es­ca­beau à hau­teur du moteur et fort occu­pé de savantes obser­va­tions, est excé­dé. Il hurle :

— Vas-tu te taire, à la fin ! Com­bien de fois ? est-ce que j’en sais quelque chose ! Abra­ham y a habi­té avec Loth.

Quand son fils Isaac fut d’âge à se marier, son ser­vi­teur Élié­zer alla lui cher­cher une femme en Méso­po­ta­mie.

— Tu sais le nom de la « dame » ?

Cette fois, Ber­nard, désar­mé, lutte pour ne pas rire :

— Mais oui , la « dame » avait un très joli nom. Elle s’ap­pe­lait Rébec­ca.

Un ins­tant de réflexion. Bru­no se demande si ce nom est vrai­ment joli. Oui, déci­dé­ment. Alors il conti­nue :

— Elle était gen­tille ?

Tant de per­sé­vé­rance mérite tout de même qu’on en tienne compte. Tout en asti­quant son oiseau, Ber­nard consent à racon­ter :

— Quand Élié­zer est par­ti pour cher­cher une femme pour Isaac, il était bien embar­ras­sé de sa com­mis­sion, car il ne connais­sait per­sonne dans ce pays-là. Aus­si, tout le long de la route, il priait le Sei­gneur de le faire tom­ber juste.

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VIII

L’ins­tant d’a­près, les enfants s’en­vo­laient, appe­lés par leur mère, pour se laver les mains avant le dîner, et Ber­nard, un peu son­geur, mono­logue :

— Ma parole, je découvre mon Ancien Tes­ta­ment en l’ap­pre­nant avec les mar­mots ! Quel carac­tère que ce Père Abra­ham ! On vou­drait en trou­ver qui lui res­semblent par le temps qui court,… ça nous chan­ge­rait !

— Tu crois ? dis maman, qui feuillette len­te­ment sa Bible, à la recherche d’un pas­sage. Hé bien ! tiens, lis cette page. Tu seras peut-être encore plus admi­ra­tif.

Ber­nard par­court le cha­pitre indi­qué.

— C’est épa­tant ! J’a­vais tota­le­ment oublié ça.

— Oublié quoi ? réclame Colette.

— Que Loth, le neveu d’A­bra­ham, pos­sé­dait de vastes terres, que des rois voi­sins les lui avaient volées, qu’A­bra­ham prit les armes, ni plus ni moins, pour déli­vrer Loth pri­son­nier des Ela­mites. Mais ce qui me dépasse, c’est qu’il refuse les richesses du roi de Sodome, lequel, ayant béné­fi­cié de sa vic­toire, vou­lait lui en céder une part. Écoute un peu : Abra­ham répond au roi de Sodome : « J’ai éle­vé mes mains vers le Très-Haut. Je ne pren­drai rien de ce qui est à toi, afin que tu ne puisses pas dire : j’ai enri­chi Abra­ham ! »

Eh bien ! tu sais, des types comme ça, ils sont plu­tôt rares !

Cette conclu­sion inat­ten­due met tout le monde en joie.

Mais Ber­nard ne s’en trouble pas. Il conti­nue… Et, tiens, le Bon Dieu a Lui-même trou­vé que cette atti­tude valait quelque chose, car, après la vic­toire d’A­bra­ham, il a char­gé Mel­chi­sé­dech de le bénir en son nom…

Récit biblique : Melchisédech bénit Abraham

Colette prend un air de mys­tère :

— Tu ne me ven­dras pas, Ber­nard, mais si je te disais que je n’ai jamais su qui était Mel­chi­sé­dech !

— Et si je te répon­dais que mon igno­rance vaut la tienne !

— Allons, cher­chons et pres­sons-nous, pen­dant que les petits ne sont pas là.

— Tiens, voi­là : Mel­chi­sé­dech, roi de Salem. Tout de même je savais que Salem est la future Jéru­sa­lem.

— N’ou­bliez pas, grands enfants que vous êtes, ajoute maman, que ce roi de Salem était en même temps un prêtre choi­si de Dieu pour repré­sen­ter d’a­vance Notre-Sei­gneur Jésus-Christ. Il offrit à Dieu un sacri­fice nou­veau, incon­nu jus­qu’a­lors, celui du Pain et du Vin, image loin­taine du Sacri­fice de la Messe.

— Et tu crois, déclare Ber­nard, solen­nel, en regar­dant Colette, que ça ne vaut pas la peine de relire ça, même quand on est vieux ?

La vieillesse de Ber­nard ! À cette pen­sée, Colette est prise du fou rire. Si bien que les deux petits, qui réap­pa­raissent coif­fés, bros­sés, lavés, demandent :

— Pour­quoi vous riez ?

— Parce que Ber­nard a des manières spé­ciales de racon­ter son His­toire Sainte.

— Oh ! quelles manières, oncle Ber­nard ? Il y a encore un quart d’heure avant le dîner. Dis-nous la fin de l’his­toire d’A­bra­ham. Tu veux bien ?

Et Nicole attrape le cou de Ber­nard et le serre de ses deux petites mains en guise de sup­pli­ca­tion.

— Si tu m’é­trangles, dit Ber­nard, en fai­sant mine d’é­touf­fer, je serai mort, les morts ne parlent plus.

En un clin d’œil, Nicole se donne une pose assa­gie, Bru­no s’as­sied à la turque sur le sable, et la voix mali­cieuse de Nicole déclare :

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VII

Mais, juste à cet ins­tant, le chat de Maria­nick débouche à nou­veau dans le jar­din. La vani­té de M. Bru­no n’y tient pas ; il appelle Nicole et une véri­table par­tie de cache-cache s’en­gage entre le cha­ton et ses deux amis.

Nicole saute comme un cabri par-des­sus les plates-bandes. Bru­no se poste gra­ve­ment aux pas­sages pré­vus, en vain. Le chat, souple et rapide, passe entre leurs jambes, et ce sont des cris, des rires qui gagnent les aînés. Pierre est entré dans la course et Colette ne peut s’empêcher de prendre part au jeu, en encou­ra­geant les petits ; elle rit aux larmes quand Bru­no, fau­ché par le cha­ton, tombe assis sur un tas de ter­reau, qui s’ef­fondre avec lui.

Alors, spon­ta­née comme tou­jours, Colette se retourne vers sa mère :

— Oh ! les enfants, maman ! Qu’est-ce qu’on ferait dans une mai­son sans enfants ?

— Je n’y met­trais pas sou­vent les pieds, dit Ber­nard en allu­mant une ciga­rette. Quel tom­beau !

— Et moi je n’i­ma­gine pas la vie sans eux, ajoute sa tante. Quand j’ai cru perdre Jean, à Jéru­sa­lem, il me sem­blait que j’al­lais en mou­rir. Heu­reu­se­ment que Dieu donne des grâces d’é­tat aux parents, quand leurs enfants sont en dan­ger, sans cela les pauvres mamans devien­draient folles…

Ber­nard, tout en écou­tant, semble suivre avec inté­rêt la fumée de sa ciga­rette, et demeure silen­cieux. Éton­née, maman lui demande :

— À quoi penses-tu ?

— Je me pose une ques­tion sans trou­ver la réponse. Com­ment expli­que­rons-nous aux petits, quand il fau­dra ache­ver de leur racon­ter la vie d’A­bra­ham, que Dieu ait pu deman­der à un père de lui sacri­fier son fils unique ?

— II y a là, en effet, à leur faire com­prendre deux choses bien hautes, aus­si belles l’une que l’autre et qu’il ne faut pas sépa­rer. Même à leur âge on peut les leur dire. Il y a d’a­bord celle-ci : Que Dieu, Créa­teur de tout, peut aus­si dis­po­ser de tout. Il est le maître de la vie et de la mort et Il a le droit de nous deman­der ce qu’Il veut.

Et puis, voi­ci la seconde chose : Dieu ne demande rien, si ce n’est comme un Père infi­ni­ment bon, même quand cela paraît le plus dur. Abra­ham le savait bien. Il n’a pas dou­té du cœur de son Dieu, il n’a pas dou­té de ses pro­messes. Il ne com­pre­nait pas, bien sûr, com­ment la réa­li­sa­tion de ces pro­messes pou­vait s’ac­cor­der avec le sacri­fice que Dieu lui deman­dait, mais il croyait quand même, et sa confiance n’est pas moins admi­rable que sa sou­mis­sion.

Pour­tant, il y a quelque chose de plus beau encore : C’est la Sainte Vierge, au pied de la Croix, offrant Jésus, son Fils Unique, pour notre salut. Sa sou­mis­sion est incom­pa­rable, comme sa confiance.

Elle aus­si croit tout ce qui a été pro­mis. Elle croit, mal­gré sa dou­leur inex­pri­mable, que son Fils res­sus­ci­te­ra.

Après cela, il n’est pas éton­nant que le Bon Dieu, lors­qu’Il veut accor­der de grandes faveurs, demande aux âmes de pas­ser avant par le sacri­fice. Et même pour nous, pauvres gens qui nous sen­tons si faibles en face de la souf­france, tu sais, Ber­nard, à quel point la foi intré­pide et la confiance sans borne peuvent nous don­ner, à l’heure vou­lue, le cou­rage héroïque.

Ber­nard, qui n’a pas ces­sé de regar­der silen­cieu­se­ment évo­luer la fumée de sa ciga­rette, répond seule­ment :

— Oui, je le sais.

Mais en même temps une petite voix toute proche demande :

— Qu’est-ce que c’est, un cou­rage héroïque ?

Nicole est là, rouge de sueur, se tam­pon­nant le front avec un mou­choir minus­cule de cou­leur indé­cise ; Pierre et Bru­no en font autant, un peu der­rière elle, tan­dis qu’on aper­çoit Maria­nick ren­trant à la cui­sine, son chat dans les bras.

Maman attire à elle la petite fille.

— Veux-tu un exemple d’hé­roïsme ? Il est tout trou­vé, ma ché­rie. Assieds-toi là, sur le pliant, et demande à Colette d’a­che­ver l’his­toire d’A­bra­ham, dont nous par­lions à l’ins­tant.

Dédai­gnant le pliant, Nicole s’ins­talle d’of­fice sur les genoux de Colette, en disant avec une moue irré­sis­tible :

— S’il vous plaît, ma petite Tate ! Je ne sais pas ce que vous avez racon­té pen­dant qu’on jouait, mais vous avez des drôles de figures. Pour­tant elle est amu­sante l’his­toire. Tu sais bien ? Abra­ham atten­dait la nais­sance du petit gar­çon de Sara. Alors il est né ?

— Oui, il est né. Tu t’i­ma­gines faci­le­ment de quel amour fut entou­ré cet enfant pour lequel Dieu avait pro­mis tant de belles choses.

Le petit Ismaël avait failli mou­rir de soif dans le désert.
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VI

Ber­nard vient d’ar­ri­ver en tapi­nois. Il ferme sans bruit la porte d’en­trée, tra­verse silen­cieu­se­ment le ves­ti­bule et lance un regard de gaie­té mali­cieuse vers le jar­din, où tout le monde semble réuni.

Bru­no fait une page d’é­cri­ture ; Nicole, Pierre, pen­chés sur de petites tables, apprennent leurs leçons.

Ber­nard cal­cule sa dis­tance, prend son élan, passe comme un bolide au-des­sus de la tête des enfants ahu­ris, fait un réta­blis­se­ment mer­veilleux au beau milieu du groupe et, les talons joints, salue.

On entend maman dire à tra­vers les rires :

— Écoute, Ber­nard, tu nous don­ne­ras des mala­dies de cœur ! Tombes-tu du ciel, déci­dé­ment ?

— Tout juste, ma tante, j’en arrive, en per­mis­sion de huit jours. Il paraît que je suis fati­gué par mes der­niers vols au fir­ma­ment !

— Fati­gué, peste ! qu’est-ce que ce serait si tu ne l’é­tais pas ? pro­teste Colette. Allons, assieds-toi et dis-nous un peu posé­ment d’où te vient cette aubaine.

— Il est très vrai que nous avons fait ces jours-ci une série de vols en for­ma­tion de com­bat qui ont deman­dé des efforts sérieux. Ça a très bien mar­ché. Le colo­nel est content, il a don­né des per­mis­sions. Voi­là.

— Jacques ne nous en avait pas par­lé.

— Mais vous savez pour­tant que je ne fais pas par­tie de l’es­ca­drille de Jacques. C’est la nôtre qui a « trin­qué » toute la semaine. Nous avons été jus­qu’à la mer. Ce golfe Per­sique, quelle beau­té ! Et puis nous avons sur­vo­lé la Chal­dée, pas­sé au-des­sus de Ur, et j’ai cru me sou­ve­nir qu’A­bra­ham avait dû naître là au temps jadis. Nous avons tra­ver­sé toute la Méso­po­ta­mie.

Les trois petits, le nez au vent, ont com­plè­te­ment oublié leurs leçons et écoutent, muets d’ad­mi­ra­tion.

Mais Nicole, comme prise d’une idée subite, inter­rompt tout à coup :

— Enfon­cée, tante Colette, enfon­cée !

— Enfon­cée ?… quelle expres­sion, et pour­quoi ?

— Parce que l’oncle Ber­nard y est allé avant vous, au pays de l’His­toire Sainte !

Colette ne semble nul­le­ment conster­née.

— Tant pis pour lui ! Il va fal­loir qu’il vous fasse un cours à ma place.

Cha­cun s’at­ten­dait aux pro­tes­ta­tions véhé­mentes de Ber­nard. À la sur­prise géné­rale, il répond :

— Jus­te­ment. Colette a beau croire que je suis un grand fou, je n’ai tout de mème pas com­plè­te­ment per­du la tête, ni même la mémoire. Et c’est toute l’His­toire Sainte qui défi­lait sous mes yeux en sur­vo­lant ces grandes plaines. J’au­rais vou­lu vous avoir là, près de moi dans ma car­lingue, vous les petits, pour vous faire voir ce pays d’A­bra­ham.

Carte des voyages d'Abraham, d'Ur à Canaan

Cela me parais­sait mer­veilleux de son­ger aux dis­tances qu’il par­cou­rut pour obéir à Dieu. Moi, je les sur­vo­lais en quelques heures, mais lui…

Tâchez de le suivre avec moi.

Ber­nard sort de sa poche une carte d’é­tat major et l’é­tale sur ses genoux. Arri­vez ici, les petits. Regar­dez-moi ça. Habi­ter la Chal­dée, tra­ver­ser la Méso­po­ta­mie, reve­nir à Sichem, des­cendre en Égypte, et fina­le­ment s’ins­tal­ler dans cette val­lée que vous voyez là, près d’Hé­bron, dites-moi s’il y a beau­coup d’hommes aujourd’­hui à en faire autant ?

— Mais pour­quoi qu’il a cou­ru comme ça ? ques­tionne Bru­no de son petit air posé.

— Pour obéir à Dieu. Abra­ham a été l’o­béis­sance même, l’o­béis­sance héroïque.

— Raconte alors.

— Mais oui, je raconte. Seule­ment vous ne connais­sez que le cinq cents à l’heure ! D’a­bord, il faut savoir qu’A­bra­ham était un des­cen­dant de Sem et qu’à l’é­poque où il vivait en Chal­dée, les hommes étaient presque tous deve­nus plus ou moins ido­lâtres.

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Ima­gi­nez une de ces nuits d’Orient dont l’immensité bleue du ciel, d’une pure­té et d’une pro­fon­deur magni­fique, fait res­sor­tir des mil­liers d’étoiles. Une brise fraîche et légère monte du désert. Les jar­dins exhalent des effluves de roses de Damas et de jas­min. L’heure est pro­pice : de savants per­son­nages, des mages, l’air grave, scrutent les étoiles. La tra­di­tion chré­tienne en a fait des rois et les a nom­més Mel­chior, Gas­pard et Bal­tha­sar.

Ce sont des astro­nomes ou astro­logues, sans doute adon­nés aux arts divi­na­toires, prêtres de leur reli­gion, et donc de digni­té qua­si royale. Ils inter­rogent la voûte céleste depuis si long­temps, que rien, ou presque, ne leur est abs­cons : ni les constel­la­tions et conjonc­tions des pla­nètes, ni les comètes et les éclipses. Mais cette nuit-là, quelque chose d’étrange et d’inhabituel sur­vient… une étoile incon­nue les éblouit sou­dain, les attire, les appelle : est-ce le signe d’un évé­ne­ment impor­tant ?

Conte de l'Épiphanie : Étoile des rois mages

* * *

Les anciens pen­saient en effet que les étoiles diri­geaient la des­ti­né des hommes. Fébri­le­ment, ils cherchent dans les livres sacrés, les oracles des dieux, mais ceux-ci res­tent muets, comme s’ils étaient deve­nus hos­tiles. Mais l’étoile, la plus brillante de toutes, est tou­jours là, scin­tillant dans le ciel. Elle semble les attendre et même les défier. Les Mages res­tent pen­sifs et trou­blés.

C’est alors qu’une autre lumière, toute spi­ri­tuelle, semble se frayer un che­min dans les méandres de leurs croyances. Avec per­sé­vé­rance, ils cherchent encore. Enfin, ils croient avoir trou­vé la réponse dans les livres sacrés des Hébreux. Le pro­phète Balaam avait pré­dit cette étoile (Nb 24,17). « Ah, c’est donc la nais­sance d’un roi ? Mais qui peut-il bien être, puisque le ciel l’annonce d’une manière si écla­tante ? » se disent-ils. Faut-il vrai­ment entre­prendre un long et périlleux voyage pour hono­rer la nais­sance d’un roi incon­nu ? Est-ce rai­son­na­ble­ment envi­sa­geable ? Pour­tant l’astre écla­tant de lumière est tou­jours là, obsé­dant, les pro­vo­quant sans cesse. Une force les pousse… C’est déci­dé, ils partent !

* * *

Or, chose extra­or­di­naire, l’étoile semble les pré­cé­der, leur indi­quer le che­min. Leur voyage devient intem­po­rel, presque oni­rique : dans les nuits calmes et sereines, ponc­tuées de myriades d’étoiles, les Mages, tou­jours gui­dés par cette lumière inces­sante, sont seuls avec leurs pen­sées, avan­çant len­te­ment à tra­vers les éten­dues du désert. Cette soli­tude est pro­pice au recueille­ment, à la contem­pla­tion : du sable et le ciel, rien d’autre !

Dans l’intimité des bivouacs, ils échangent leur avis, leurs pen­sées, leurs doutes : mais enfin, que cherchent-ils ? Qu’aimeraient-ils trou­ver à la fin de leur quête ? Quelle sorte de roi vont-ils ren­con­trer ? La cara­vane conti­nue dans la nuit du monde : presque un par­cours ini­tia­tique. Ils vont d’oasis en oasis et tra­versent quelques vil­lages et villes dans les­quelles ils ne veulent sur­tout pas s’attarder de peur d’oublier leur but.