La violette de Pibrac
Que se passe-t-il donc à Pibrac ? Pourquoi cette animation à laquelle l'humble village gascon n'est guère accoutumé ? Pourquoi ces arcs de fleurs et de feuillages, et ces draps tendus aux fenêtres
De quelques ornements
Chapitre X

Colette ne se doutait guère qu’un surcroît de besogne bien inattendue allait chasser très loin le fameux « cafard ».

Rentrant d’une course à travers bois, à la recherche des premières
Je me vengerai
Commémoration des défunts
Devant la porte de la salle de classe, les élèves s’apprêtent à entrer pour subir les épreuves du certificat. Un à un, on les appelle et ils vont s’installer au bureau que leur
Les trois questions.
Il y avait une fois, dans un pays très lointain, un roi cruel dont les caprices ne connaissaient pas de limites ; il était sans pitié et abusait de sa force quand il était de mauvaise humeur.

Certain
Croisé et lépreux !
Celui dont il va être maintenant question n'est pas un saint. L'histoire l'a presque oublié ; rares sont les livres où les écoliers pourraient lire sa vie exemplaire. L’Église n'a pas considéré que

Et maintenant une histoire ! Posts

Auteur : Par un groupe de pères et de mères de familles | Ouvrage : Histoire Sainte illustrée .

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XII

Là-bas, dans les deux petites mai­sons, à l’a­bri des lau­riers-roses, les enfants, las d’at­tendre le retour de l’Oi­seau-Bleu, se sont endor­mis ; mais maman, Gene­viève et Jacques, se cachant mutuel­le­ment leur angoisse, sont demeu­rés au jar­din, inter­ro­geant à tout ins­tant le ciel de leurs regards inquiets. Les étoiles luisent par mil­liers, sur un fond de velours saphir, dont rien ne peut peindre la pro­fon­deur et la beau­té… C’est une admi­rable nuit d’O­rient, silen­cieuse, enve­lop­pante, belle jus­qu’à l’in­fi­ni.

Mais, pour ceux qui, ce soir la contemplent, une seule pen­sée domine : sera-t-elle tra­ver­sée bien­tôt du bruit d’un moteur qui approche ? Celui qui a jeté dans ses pro­fon­deurs ces mil­lions d’é­toiles a‑t-il vou­lu sou­te­nir et pro­té­ger l’oi­seau frêle, construit de main d’homme, qui ne rentre pas ?

Les heures se suc­cèdent. De temps à autre, les trois guet­teurs coupent le silence de quelques mots, puis de nou­veau se taisent, devant l’an­goisse de plus en plus enva­his­sante.

Maman égrène son cha­pe­let, on entend les grains se heur­ter sur ses genoux. Jacques, la main dans sa poche, en fait autant. Gene­viève, mal­gré son affreuse inquié­tude, remer­cie Dieu d’a­voir gar­dé près d’elle ses deux petits ; … mais Ber­nard !

Il est 2 heures du matin et la nuit devient froide.

— Ren­trons, dit Jacques fer­me­ment. Il ne s’a­git pas d’at­tra­per mal. De la mai­son, nous sur­veille­rons aus­si bien. Venez…

Et l’on rentre,… mais pour demeu­rer près de la fenêtre ouverte, le cœur tenaillé par l’an­goisse.

Brus­que­ment maman sur­saute :

— Cours, Jacques, c’est la son­ne­rie du télé­phone !…

Et elle essaye de suivre l’of­fi­cier, tout en se cram­pon­nant aux meubles, pour ne pas tom­ber, tant est atroce son inquié­tude.

Elle entend vague­ment : Allo… oui,… puis plus rien. On en dit long à l’autre bout du fil. Alors les deux femmes demandent ensemble, comme mal­gré elles :

— Sont-ils morts ?

D’un signe de la main, Jacques fait signe que non, et demeure l’o­reille ten­due, col­lée au récep­teur.

Enfin sa phy­sio­no­mie prend une expres­sion de détente :

— Bien, j’y vais.

Et il rac­croche. Puis, se tour­nant vers maman :

— Rien de grave, j’es­père, une panne inex­pli­cable dans le désert aux envi­rons de Ram­leh. Les offi­ciers anglais ont pré­ve­nu notre centre, qui me donne l’ordre de par­tir à l’ins­tant cher­cher les res­ca­pés. Je file.

— Mais enfin, sont-ils bles­sés ?

Jacques esquisse un nou­veau geste ras­su­rant, tout en ouvrant la porte :

— Je ne crois pas, les offi­ciers m’ont don­né peu de détails, mais ils m’ont affir­mé qu’il n’y a rien de grave. Lais­sez-moi par­tir, ça presse, et priez bien.

D’un coup sec, la porte se referme.

On devine ce que fut le reste de la nuit, l’in­ter­mi­nable mati­née. Enfin, vers 13 heures, une auto stoppe devant la mai­son. Jacques est au volant, Ber­nard et Jean ouvrent les deux por­tières à la fois, mais l’aî­né, les traits dou­lou­reux, sort dif­fi­ci­le­ment de la voi­ture ; Jean lui aide. Ensuite, dou­ce­ment, pen­chés tous les deux vers l’in­té­rieur, ils cherchent à déga­ger un mate­las.

Très len­te­ment, avec le secours de Jacques, ils l’at­tirent au dehors. Colette, qui héroï­que­ment cherche à sou­rire, y est allon­gée.

Maman a tout vu. En une seconde elle est là, mur­mu­rant :

— Ma petite fille ché­rie, qu’as-tu, mon Dieu ? Et puis, où est ton père ?

Mais déjà les jeunes gens ras­surent Papa va ren­trer avec l’oi­seau. Tout va bien. C’est seule­ment Colette qui a un peu mal à la jambe.

— J’ai deman­dé le chi­rur­gien, dit Jacques posé­ment. Jus­qu’à ce qu’il arrive, lais­sons-la éten­due, ici dans le bureau, pour ne pas la remuer inuti­le­ment.

Non seule­ment, selon l’ex­pres­sion des gar­çons, Colette avait un peu mal à la jambe, mais bien une frac­ture grave. Pen­dant des jours et des jours elle devrait demeu­rer sur place, allon­gée dans un appa­reil de plâtre, elle, la vivante et alerte Colette, que rien n’ar­rête jamais !

Mais, sachant à quel péril grave tous ont échap­pé, elle ne se plaint pas. Dès qu’elle est assez bien pour « cau­ser », les trois petits entre­prennent de la dis­traire, en se fai­sant racon­ter par le menu cette pas­sion­nante aven­ture. Pas un ins­tant ils ne songent que la dis­trac­tion sera pour eux et que Colette se fatigue vite.

Elle, cher­chant à oublier son mal, se prête au jeu ; et puis, pour tout de bon, son rôle de pro­fes­seur la reprend tout entière, et elle raconte indé­fi­ni­ment. Le mer­veilleux vol de Bey­routh au Caire, les des­crip­tions de l’É­gypte, entre­mê­lées des détails de la vie de Moïse, sa nais­sance, son sau­ve­tage, sa fuite, son retour, les plaies d’É­gypte, l’en­tê­te­ment du Pha­raon… comme c’est cap­ti­vant ! mais ce qui pas­sionne posi­ti­ve­ment les trois petits, c’est le voyage de retour, et cet acci­dent dans le désert des Hébreux.

Jamais les petits yeux noirs de Nicole n’ont brillé d’un plus ardent inté­rêt, tan­dis que, se tré­mous­sant sur sa chaise basse, contre le lit de sa tante, elle dit de sa voix impa­tiente et futée

— Alors, Tate, vous êtes par­tie du Caire de très grand matin ?

— Oui, de très grand matin. L’eau du Nil était ravis­sante, un peu rose et miroi­tante, et, à cause de vous, nous avons volé très bas.

gravure : Les Israélites mangent la Pâque en Égypte

— À cause de nous, pour­quoi ?

— Pour tout voir, tout regar­der, afin de bien vous expli­quer au retour.

La veille au soir, papa nous avait lu, dans la Bible, les pages qui racontent la fin de l’his­toire de Moïse. Nous nous sommes mis à en recons­ti­tuer tous les détails, dès que nous avons atteint ce que fut jadis la terre de Ges­sen.

Nous nous ima­gi­nions là, au des­sous de nous, toutes les tentes et les mai­sons des Hébreux, mêlées aux habi­ta­tions égyp­tiennes, si bien mélan­gées que, pour dési­gner les demeures du peuple de Dieu, il fal­lut les mar­quer d’une croix au moment du pas­sage de l’ange exter­mi­na­teur.

— Qui c’é­tait l’ange exter­mi­na­teur ? Celui que Dieu avait char­gé de punir les Égyp­tiens, en fai­sant mou­rir leurs fils aînés.

| Ouvrage : La semaine de Suzette .

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Le 16 mars 2020, c'est l'exact centenaire de la canonisation de sainte Jeanne d'Arc. Voici un petit hommage à notre grande sainte nationale !

Lorsque Jeanne d’Arc 1 était encore à Dom­ré­my, elle avait pour voi­sins de pauvres gens dont le fils unique était infirme. Petit Pierre avait sept ou huit ans de moins que Jeanne.

Le pauvre enfant était bos­su et ne mar­chait qu’a­vec des béquilles ; ne pou­vant se mêler aux jeux des autres gar­çons, il était rebu­té et sou­vent raillé par eux.

Sa vie eût donc été fort triste sans Jeanne qui l’a­vait pris en affec­tion ; elle le cares­sait, le conso­lait, l’emmenait gar­der les bêtes avec elle dans les champs ; et lui contait des his­toires.

Petit Pierre ado­rait Jeanne. Quand celle-ci lui apprit qu’elle avait une mis­sion à rem­plir, qu’elle allait par­tir pour la bataille contre les Anglais, il pen­sa mou­rir de cha­grin.

Jeanne le conso­la de son mieux. « Quand le roi sera sacré à Reims, dit-elle, je revien­drai ! — Oh ! s’é­cria Petit Pierre, les yeux brillants, j’i­rai à Reims te cher­cher ! »

Notes :

  1. Cette bande des­si­née est parue dans la Semaine de Suzette en 1915 ; aus­si Jeanne d’Arc n’é­tait pas encore cano­ni­sée. C’est pour­quoi le scé­na­riste ne la nomme pas « sainte Jeanne d’Arc », mais seule­ment « Jeanne d’Arc ».
Auteur : Par un groupe de pères et de mères de familles | Ouvrage : Histoire Sainte illustrée .

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XI

— Quand finit ta per­mis­sion, Ber­nard ?

— Dans quatre jours, mon oncle.

— Que dirais-tu d’une ran­don­née en Égypte ? Il faut que j’aille au Caire. Nous sommes abso­lu­ment sûrs de l’oi­seau désor­mais, et j’ai une envie rouge d’emmener Colette et Jean, qui a deux jours de congé cette semaine. Pour plus de sûre­té, je t’au­rais sous la main… Qu’en penses-tu ?

— Que ça m’en­chante.

— Alors nous décol­le­rons demain matin de très bonne heure.

— Enten­du, mon oncle, et mer­ci.

.… .… .… .… .… .… .… .…

Colette, enthou­sias­mée d’être du voyage, s’ins­talle la pre­mière dans l’Oi­seau-Bleu, lequel est un avion der­nier modèle, extrê­me­ment confor­table.

Les deux petits assistent au départ, conster­nés. On ne les emmène pas. Nicole pleure, le nez dans un mou­choir trop petit. Les larmes coulent des deux côtés…

— Si Jacques était libre, explique Ber­nard, il serait venu à ma place et vous eût pris avec lui ; mais c’est trop grave d’emmener deux gosses comme vous sans leur papa. Arran­gez-vous pour obte­nir qu’il soit du pro­chain départ.

Là-des­sus, Ber­nard et Jean sautent à leur tour dans la car­lingue et, quelques minutes plus tard, les ailes bleues montent vers le ciel, toutes brillantes de la splen­dide lumière du matin.

— Papa, crie Colette, ne volez pas trop haut. J’ai tel­le­ment pro­mis aux petits de tout regar­der pour leur racon­ter ensuite.

— Au retour, mon­sieur le pro­fes­seur. Pour l’al­ler, nous allons piquer direc­te­ment sur le Caire, en sur­vo­lant la mer. En reve­nant, je te le pro­mets, nous sui­vrons Moïse et tra­ver­se­rons la mer Rouge.

— Oh ! mon oncle, réclame Ber­nard, si nous pou­vions faire escale quelques heures à Saint-Jean d’Acre ? Il y a là de tels sou­ve­nirs des Croi­sés !

— Impos­sible, mon gar­çon, nous n’a­vons pas le temps. Je veux bien sur­vo­ler len­te­ment la ville, c’est tout ce que je puis vous accor­der.

L’at­mo­sphère est déli­cieuse. Pas de vent, pas de nuages. L’a­vion file comme une hiron­delle. Un peu plus tard au milieu d’in­nom­brables pal­miers, des mos­quées et des ruines se des­sinent.

— Voi­là ! voi­là Saint-Jean d’Acre ! crie Ber­nard.

Jean et Colette se penchent légè­re­ment pour voir. Hélas ! impos­sible de dis­tin­guer quoi que ce soit. Quel dom­mage ! Ce doit être tel­le­ment pre­nant ces ves­tiges des Croi­sades, ces ruines des vieilles for­ti­fi­ca­tions et ces restes des somp­tueuses demeures de ceux qui, jadis, ont fui jusque-là, pour échap­per aux Turcs !

Ber­nard se résigne, mais en revanche quelle vue d’en­semble ! Saint-Jean d’Acre s’a­vance en pro­mon­toire. Juste en face, le mont Car­mel, et, dans l’anse, la mer, d’une teinte intra­dui­sible. L’eau est tel­le­ment lumi­neuse et pour­tant si pro­fonde, que Colette émer­veillée s’é­crie :

— On dirait que les vagues sont faites en ailes de papillons, vous savez ces papillons des Indes qui sont brillants comme du cris­tal et pour­tant bleus, et pour­tant verts… Oh ! que c’est joli !

Mais déjà l’a­vion quitte la côte. Bien­tôt, c’est la pleine mer. L’oi­seau, tout bleu lui-même, vole entre le bleu du ciel et le bleu de l’eau… Per­sonne ne parle, cha­cun est comme gri­sé par cette fée­rie…

Puis les heures coulent et c’est l’Égypte,… le del­ta, qui rap­pelle les plaines de Camargue ou de Beauce, sauf qu’i­ci ou là, entre les canaux, de grandes colonnes effon­drées gisent à terre, pro­ve­nant de quelque monu­ment loin­tain, dont les restes dorment là…

La des­cente et l’at­ter­ris­sage se font sans encombre sur le ter­rain d’a­via­tion du Caire. Repas joyeux dans l’un des res­tau­rants extra­mo­dernes, au bord du Nil.

Puis, comme le chef de famille s’en va très vite à ses affaires, Colette demande :

— Où nous retrou­ve­rons-nous, papa ?

— Ici même, ce soir, pour dîner.

La jeu­nesse a donc toute liber­té de flâ­ner à tra­vers la ville, mais avec quelle joie elle revient, quelques heures plus tard, vers la ter­rasse ombrée, au bord de l’eau, car la cha­leur est intense.

Le fleuve immense coule, lent et mou, por­tant une quan­ti­té de bateaux vil­las, véri­tables mai­sons de plai­sance, où viennent cher­cher un peu de fraî­cheur les habi­tants du Caire.

Jean, obser­va­teur et réflé­chi, fait remar­quer :

— Quelle drôle de ville ! Des vil­las sur l’eau, des construc­tions anciennes comme des siècles,… des églises et des mos­quées ; des bâti­ments d’un moderne inouï et le vieux quar­tier qui est aus­si sale que mer­veilleux au point de vue artis­tique ; quant au nou­veau, on se croi­rait aus­si bien en France ou en Angle­terre…

Colette, les yeux loin­tains, sou­rit à sa pen­sée :

— Si Moïse reve­nait main­te­nant, que dirait-il ?

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Conte de Pâques

Histoire pour la fête de Pâques, racontée aux enfants

Dans une petite ville du moyen âge, aux rues étroites, aux toits poin­tus, vivait, il y a bien long­temps, la fille d’un humble potier. On l’appelait Jac­quotte la sérieuse, car, bien qu’elle n’eût que douze ans, elle ne son­geait pas à jouer comme les autres petites filles mais pas­sait ses jour­nées dans l’atelier de son père, à recueillir les débris d’argile qui tom­baient du tour du potier ; elle les pétris­sait dans ses mains, puis, avec des outils de cise­leur que son père lui avait fabri­qués sur sa prière, elle tra­çait dans la pâte molle des guir­landes de fleurs, des fruits, des oiseaux, et toutes les figures que lui ins­pi­rait sa fan­tai­sie. Un jour, le bruit se répan­dit que le sei­gneur de la ville avait déci­dé d’offrir une cloche à l’église. Comme il la vou­lait très belle, tous les maîtres cise­leurs étaient invi­tés à concou­rir pour sa déco­ra­tion : les pro­jets devaient être expo­sés sur la place publique le jour du ven­dre­di saint, et le peuple assem­blé serait juge.

Jac­quotte, quand elle apprit cela, fut sai­sie d’une sorte de fièvre.

— Père, sup­pliait-elle, faites-moi une cloche d’argile, pour que j’essaie de la déco­rer.

— Y songes-tu ? répon­dit en riant le potier. Tu vou­drais concou­rir, mau­viette, avec des arti­sans qui ont du poil au men­ton !

Pour­tant, il finit par céder aux larmes de sa fille, et se mit à l’ouvrage, tout en haus­sant les épaules. Mais il avait tant tar­dé que la cloche ne fut ache­vée que le soir du jeu­di saint.

— Allons dor­mir, main­te­nant, dit-il à Jac­quotte. En te levant de bonne heure, tu auras encore le temps d’être prête pour le concours, et il dis­si­mu­la un sou­rire dans sa barbe.

| Ouvrage : Autres textes .

Temps de lec­ture : 8 minutesPatissier ambulant« Grand’­mère ! grand’­mère ! m’é­criai-je, voi­ci le mar­chand de gâteaux : viens vite ! j’ai été sage. »

J’en­ten­dais en effet au loin, dans la rue du vil­lage, la cla­quette du pâtis­sier ; et il ne venait pas len­te­ment comme chaque jour ; comme chaque jour, il ne s’ar­rê­tait pas de porte en porte ; la cla­quette, aux bat­te­ments si mal assu­rés d’or­di­naire, n’al­ter­nait plus avec le cri trem­blo­tant du bon­homme ; elle frap­pait fort et sans cesse. Les petits gâteaux venaient droit à moi, leur plus constant ami, et je me disais tout joyeux : « Nul ne les arrête au pas­sage, nul ne me pren­dra celui que je pré­fère »

Mais à mesure que le bruit appro­chait, un doute cruel gran­dis­sait dans ma tête : mon vieux mar­chand n’a­vait ni une démarche aus­si pré­ci­pi­tée, ni un bras aus­si ferme. « Mon Dieu, me disais-je, si ce n’é­tait pas lui ! ne vien­drait-il plus ? serait-ce main­te­nant un autre à sa place, et à la place de mes bons petits gâteaux dorés, les mau­vais gâteaux de tout le monde ? »

Il me pre­nait envie de bou­der les nou­veaux venus ; et cepen­dant, c’é­taient tou­jours des gâteaux : ils appro­chaient… je les sen­tais venir… « Grand’­mère ! grand’­mère ! » et, tra­ver­sant la cour à la hâte, je me lan­çai hors du logis.

Hélas ! mon bon­heur avait été trop grand pour ne pas cacher une décep­tion cruelle : Point de gâteaux ! point de mar­chand jeune ou vieux !… Un enfant de chœur en cos­tume, por­tant une immense cré­celle, par­cou­rait la rue en s’ar­rê­tant un ins­tant à chaque porte ; et soit qu’il ren­dît hom­mage à mon aïeule, soit qu’il vou­lût ajou­ter le sar­casme à la mys­ti­fi­ca­tion, il fit devant moi sa pause la plus longue et son tapage le plus achar­né.

Crécelle du jeudi saintJe ren­trai au logis, tré­pi­gnant de rage, et j’al­lai me jeter dans les bras de ma grand’­mère.

« Le méchant, m’é­criai-je, il l’a fait pour se moquer de moi ! »

Et je me mis à ver­ser de grosses larmes.

« Cher petit ! me dit mon aïeule, en tirant de son grand sac un bon­bon qui me cal­ma sou­dain, — l’en­fant de chœur ne pen­sait pas à toi ; oublies-tu donc que nous sommes au jeu­di saint ? Nous n’a­vons plus de cloche, il venait nous annon­cer l’heure des vêpres.

— Com­ment, grand’­mère, plus de cloche ? je l’ai enten­due Ce matin…

— Ce matin ; mais ce soir elle s’en est allée.

— Où donc, grand’­mère ?

— À Rome, mon enfant.

— À Rome !… Et pour­quoi ?

— Parce qu’elle y va chaque année le jeu­di saint.

Paques : Cloches partant pour Rome— Et pourquoi,faire ?

— Ah ! bien des choses. Elle va voir le saint-père.

— Et les autres ?

— Com­ment les autres ?

— Les cloches de la ville, celles des autres églises ?

— Elles y vont aus­si.

— Quoi, toutes ?

— Oui, toutes.

— Oh ! grand’­mère ! dis-je en sou­riant.… Mais, ajou­tai-je avec inquié­tude, quand revien­dront-elles ?

— La veille de Pâques, à midi, et elles son­ne­ront bien fort pour rat­tra­per le temps per­du.

— Oh ! tant mieux ! je pour­rai recon­naître le mar­chand de gâteaux. »

Et ma grand’­mère, ache­vant d’es­suyer mes larmes par un gros bai­ser, me prit par la main et m’emmena à vêpres.