Marie et la venue de Jésus

PRÈS ses fiançailles, Marie quitta Jérusalem pour préparer à Nazareth la maison qu'elle occuperait avec Joseph, lorsqu'elle serait mariée.

Ne vous imaginez pas une belle maison ! En Orient,
IV. L'autel
Le Père — Aujourd'hui, mes enfants, notre explication de la messe se déroulera dans l'église. J'en ai besoin pour vous montrer quelque chose... qui est indispensable pour dire la messe. Savez-vous quoi ?

Françoise
Les œufs de Pâques de Catiche
Il était une fois... Comme dans un conte... une petite princesse belle comme le jour... blonde comme les blés... bonne comme le pain... et tout... et tout...

Elle s'appelait Alinda.

Ce
Le secret de Gopal


La grande salle des fêtes du collège de N... tenu aux Indes par les Pères jésuites, était ce soir-là pleine à craquer. On y passait un film passionnant et, si la salle elle-même se trouvait plongée
Saint Patrice ou Patrick
« Père, nous vous apportons un enfant à baptiser. »

Le vieux prêtre aveugle se lève tout heureux. En ce IVe siècle où les païens sont encore si nombreux, c'est une telle joie de faire un nouveau

Et maintenant une histoire ! Posts

Auteur : Noël, Marie | Ouvrage : Autres textes .

Temps de lec­ture : 14 minutes

À Maman

Il est plus aisé pour un cha­meau de
pas­ser par le trou de l’ai­guille qu’à un
riche d’en­trer dans le royaume des cieux.
(Mat­thieu, 19 – 23.)

Je pose sept et je retiens un…

La femme de charge essuya ses lunettes, remon­ta la mèche de la lampe et, pour la troi­sième fois, recom­men­ça son addi­tion.

Cer­tai­ne­ment elle était bonne. Mais elle était ter­rible.

Avoir si peu man­gé et tant, tant, tant dépen­sé !

Sur l’autre page du cahier, celle des recettes, une autre mal­heu­reuse petite addi­tion trop courte essayait de faire bonne conte­nance et de se mesu­rer bra­ve­ment avec la pre­mière…

Non ! on avait beau tirer des­sus, il n’y avait plus moyen de joindre les deux bouts.

La veille de Noël, la femme de charge faisant les comptes

Mais n’é­tait-ce pas ces jours-ci que les Gau­det payaient leur terme ? Elle regar­da le calen­drier : « Noël !… »

Oh ! oui ! elle savait bien que Noël arri­ve­rait ce soir, mais, pour la pre­mière fois de sa vie, elle n’a­vait pas pris la joie d’y pen­ser. Et il était venu, il était là devant elle : la grande veillée com­men­çait.

Et Char­lette se sen­tit en faute parce qu’il ne lui res­tait plus qu’à peine quelques heures pour apprê­ter avant minuit son cœur de grande fête.

On ne peut pas ser­vir deux maîtres : Dieu et l’Argent.

L’argent, elle n’en avait guère — ses gages, son livret de Caisse d’É­pargne. Quand même, de tous ses efforts, elle était à son ser­vice. Oh ! ce n’é­tait pas son métier et c’est pour­quoi, jus­te­ment, il lui don­nait tant de mal, beau­coup plus, bien sûr, qu’aux per­sonnes capables. Quand elle était petite fille, elle avait gar­dé les mou­tons. Puis elle était allée en classe, puis en condi­tion. Il y avait bien­tôt trente ans qu’elle était entrée chez Madame et qu’elle y res­tait à faire tout ce qu’on vou­lait et même plus. Un peu plus chaque année. Mon­sieur était mort. M. Jacques avait dis­pa­ru à la guerre et Madame était deve­nue peu à peu si vieille, si lasse, qu’elle n’é­tait plus bonne à rien qu’à man­ger, se chauf­fer et flat­ter le chat.

À mesure qu’elle vieillis­sait, elle avait lais­sé de plus en plus à sa ser­vante le soin d’al­ler en bou­tiques, à la banque, dans les bureaux, de par­ler aux four­nis­seurs, aux ouvriers et aux loca­taires, si bien que, de bonne à tout faire qu’elle était, cui­si­nant, lavant, ravau­dant et soi­gnant des mala­dies, Char­lette était deve­nue en plus gérante de biens.

Depuis, elle n’a­vait plus que des sou­cis dans la tête. Elle s’é­tait mise à gar­der l’argent de Madame comme elle avait gar­dé jadis le trou­peau de sa nour­rice avec un grand trem­ble­ment d’hon­nête ber­gère, comp­tant et recomp­tant le soir les bre­bis et les agneaux (aujourd’­hui c’é­taient les sous et les pièces) et veillant sur lui à toute heure pour l’empêcher de se perdre, de dépé­rir ou de souf­frir quelque dom­mage. Las ! l’argent était plus sacré encore et comme il s’é­ga­rait au moindre cal­cul, c’é­tait un ter­rible ouvrage que d’en rendre compte à soi-même avec exac­ti­tude.

Si encore il n’y avait eu que l’argent, même cet argent de papier qu’elle avait pris l’ha­bi­tude d’al­ler qué­rir de temps à autre chez un ban­quier de la ville et qui lui fai­sait assez peur parce qu’il aug­mente et dimi­nue sans que per­sonne en sache rien, mais Madame avait trois mai­sons.

Elles avaient été neuves du temps de son arrière-grand-père. Main­te­nant, il leur man­quait tou­jours un mor­ceau et les gens qui les habi­taient venaient récla­mer, le dimanche.

— Mam’­zelle Char­lette, il pleut chez nous… Mam’­zelle, le vent d’hier a empor­té le cha­peau de la che­mi­née… Mam’­zelle, la gout­tière ne tient plus. Si ça tombe sur nous, on ira se plaindre…

Auteur : Par un groupe de pères et de mères de familles | Ouvrage : Histoire Sainte illustrée .

Temps de lec­ture : 9 minutes

V

C’est le soir. Jean vient de ren­trer du col­lège. Il a jeté sa ser­viette bour­rée de livres sur la table du jar­din et s’as­sied sur l’herbe, un peu fati­gué de cette cha­leur d’O­rient qui com­mence à deve­nir intense et à laquelle il n’est plus habi­tué. Pas un souffle d’air. Les fleurs sont pen­chées comme si, pour elles aus­si, le soleil d’é­té eût été trop lourd.

Par la fenêtre lar­ge­ment ouverte une voix dit :

— C’est toi, Jean ?

— Oui, maman.

— On étouffe ici ; je des­cends au jar­din. Attends-moi. Il fait tel­le­ment chaud, que ton père m’a deman­dé de retar­der le dîner.

Jean, secouant sa tor­peur, court au-devant de sa mère pour appor­ter le fau­teuil de paille et la boîte à ouvrage.

Elle sou­rit à ce grand gar­çon un peu amai­gri par le tra­vail du der­nier tri­mestre, mais dont le regard demeure si joyeux et si clair.

— Au fond, il ne fait pas plus frais ici qu’à la mai­son. J’i­ma­gine que chez Gene­viève nous aurions plus d’air.

— Essayons… J’emporte tout le bata­clan.

Chez Gene­viève, mère et enfants se sont éga­le­ment ins­tal­lés à l’ombre sous un grand syco­more, avec l’illu­sion d’y trou­ver un peu de fraî­cheur. Jean et sa mère les y rejoignent, bien­tôt sui­vis de Colette, qui les cher­chait vai­ne­ment à la mai­son.

— Que lisez-vous de beau ? demande Jean aux deux petits, qui ont sur leurs genoux un immense livre d’i­mages grand ouvert.

— On regar­dait Caïn et Abel.

— Déci­dé­ment, vous êtes enra­gés d’His­toire Sainte. J’é­tais beau­coup moins exci­té à votre âge…

— De fait, dit Gene­viève, je ne sais pas com­ment Colette s’y est prise, mais ils rêvent de ce qu’elle leur raconte. Quelle sera ta pro­chaine leçon, made­moi­selle le pro­fes­seur ?

— Nous appren­drons l’his­toire d’A­bra­ham.

Maman, qui vient de comp­ter labo­rieu­se­ment une longue aiguille de mailles, lève les yeux vers Colette.

— As-tu pen­sé, avant, à expli­quer à tes élèves qu’au fur et à mesure qu’ils appren­dront l’An­cien Tes­ta­ment, ils y trou­ve­ront des figures ?

Nicole lève le nez et cligne des yeux en mar­mot­tant :

— Des figures ?… Tout le monde a une figure.

— Évi­dem­ment, mais écoute un peu. As-tu vu des sta­tues à l’é­glise ?

— Bien sûr : la Sainte Vierge, Saint Joseph, et je ne sais com­bien d’autres.

— Pour­quoi sont-elles là ?

— Pour repré­sen­ter les saints, comme ça on y pense…

— Tout juste. Eh bien ! dans l’His­toire Sainte, il y a eu non pas des sta­tues de pierre, mais des per­sonnes vivantes qui ont figu­ré, repré­sen­té d’a­vance Notre-Sei­gneur et la Sainte Vierge.

— Tu sais, Nicole, affirme Pierre d’un ton pro­tec­teur, c’est pas malin à com­prendre, M. le curé nous racon­tait ça quand nous avions cinq ans.

Maman semble dou­ter un peu de la science de son ben­ja­min.

Adam et Ève - Punition et Promess

— Es-tu si sûr de n’a­voir rien oublié ? Te sou­viens-tu que non seule­ment les per­son­nages, mais les choses sont par­fois des figures, dans l’His­toire Sainte ? Les sacri­fices, par exemple, n’ont été offerts que pour nous annon­cer le seul sacri­fice qui compte devant Dieu : celui de Notre-Sei­gneur sur la Croix. L’his­toire d’I­saac, celle de Joseph, l’A­gneau pas­cal, la Pâque, la Manne, tout ce que vous allez apprendre, n’a d’autre but que de pré­pa­rer le peuple de Dieu à la venue de Notre-Sei­gneur, d’en annon­cer les cir­cons­tances, de faire com­prendre d’a­vance les détails de sa mis­sion par­mi nous. Voi­là les figures dont je veux par­ler.

Et puis, il y a aus­si les pro­messes.

— Ça, c’est facile, déclare Nicole. La pre­mière pro­messe, c’est celle du Bon Dieu à Adam et Ève. Elle n’é­tait pas drôle, car elle signi­fiait : « Je vous pro­mets que vous serez rude­ment punis. »

— Oui, mais l’an­nonce était double. Dieu disait aux hommes : « Vous subi­rez une puni­tion ter­rible, » mais aus­si : « Un Sau­veur vien­dra vous rache­ter et vous ouvrir le ciel. »

Auteur : Par un groupe de pères et de mères de familles | Ouvrage : Histoire Sainte illustrée .

Temps de lec­ture : 10 minutes

IV

Ce fut au tour de Nicole d’être éveillée, quelques jours plus tard, par un drôle de bruit.

Elle s’as­sied sur son lit, écoute et crie à Bru­no qui doit dor­mir encore dans la chambre à côté :

— Entends-tu ?

Une petite voix calme répond :

— C’est Tate qui s’en­vole.

— Qui s’en­vole ! En moins d’une seconde, Nicole est à la fenêtre, juste à temps pour aper­ce­voir l’a­vion, qui dis­pa­raît der­rière un léger nuage, dans la lumière du matin.

Mais pour­quoi Colette serait-elle par­tie ? Qu’est-ce que Bru­no peut en savoir ? Nicole s’ha­bille en trois minutes, quitte à se laver un autre jour, et se pré­ci­pite aux nou­velles chez maman.

Maman confirme sa décep­tion, tan­dis que Pierre arrive, triom­phant, don­ner tous les détails du départ. Son père, ren­tré depuis deux jours, avait mis l’ap­pa­reil tout à fait au point. Rien n’empêchait donc Colette de faire une pre­mière excur­sion. Elle ne serait d’ailleurs pas longue. Tout le monde ren­tre­rait pour midi et Gene­viève, Jacques et les enfants étaient invi­tés à déjeu­ner, pour écou­ter le récit de ce voyage aérien.

Quand l’oi­seau se posa au ter­rain d’at­ter­ris­sage, les deux petits avaient le tor­ti­co­lis à force d’a­voir guet­té son appa­ri­tion dans le ciel bleu.

À table, on ne s’en­ten­dait pas, tout le monde par­lant à la fois, y com­pris les enfants, tel­le­ment exci­tés, que les parents sou­riants renon­çaient à les faire taire.

— Alors, c’é­tait beau ?

— Dis, Tate, de si haut, tu voyais rien ?

— Pas grand’­chose. En des­cen­dant pour atter­rir, mon pauvre Bru­no, tu me parais­sais gros comme une mouche.

— Et tu y es allée, pour­suit Nicole, au pays d’A­dam et Ève ?

— Pas encore cette fois-ci. C’eût été trop loin. Sais-tu qu’il y a à peu près mille kilo­mètres entre Bey­routh et le mont Ara­rat.

— Le mont Ara­rat ? Qu’est-ce que c’est que ça ?

— Je te l’ex­pli­que­rai ; mais, pour l’a­mour du ciel, laisse-nous déjeu­ner.

La der­nière bou­chée n’é­tait pas ava­lée, que Nicole et Bru­no se pen­daient au bras de leur tante, pour l’en­traî­ner sur la ter­rasse, afin d’ob­te­nir tous ren­sei­gne­ments utiles sur cette mon­tagne incon­nue.

— Vous êtes ter­ribles, dit Colette en riant. Je ne pen­sais pas avoir des élèves si dési­reux d’ap­prendre leurs leçons.

— Ce ne sont pas des leçons, Tate, ce sont des expli­ca­tions !

— Bon, soit. Cepen­dant, mon petit Bru­no, le mont Ara­rat n’a aucun inté­rêt actuel­le­ment. Il rap­pelle sim­ple­ment un des grands évé­ne­ments de l’His­toire Sainte.

— Lequel ?

— Tu n’é­tais pas là l’autre jour, quand je racon­tais à ta sœur com­ment les hommes des­cen­dants de Caïn et de Seth étaient deve­nus mau­vais. Pour­tant, pour les gou­ver­ner, Dieu leur avait don­né de grands chefs de famille, qu’on nom­mait les patriarches. Ils rem­plis­saient les fonc­tions de prêtres, de juges. Dieu ne dédai­gnait pas de leur par­ler et de les ins­truire, afin qu’ils con-servent les véri­tés révé­lées et qu’ils les trans­mettent fidè­le­ment à leurs des­cen­dants.

Bru­no, les yeux ronds : Des véri­tés ré-vé-lées ?

Adam travaille et sa famille

Auteur : Par un groupe de pères et de mères de familles | Ouvrage : Histoire Sainte illustrée .

Temps de lec­ture : 6 minutes

III

Colette dor­mait encore, lors­qu’un petit coup frap­pé à sa porte l’é­veilla.

Sur­prise, elle regarde sa montre : six heures ! Un second petit coup, bien net cette fois.

— Entrez ! Et c’est Nicole, coif­fée, habillée, son cha­peau sur la tête…

— Mais, ma ché­rie, il est six heures du matin. Qu’est-ce que tu viens faire ?

— Je veux par­tir en avion avec vous.

— En avion ! ce matin ? Et maman t’en­voie ?

— Maman ne sait pas.

— Com­ment, maman ne sait pas ?

Et comme Nicole perd un peu de son petit air conqué­rant, Colette la fait grim­per sur son lit et obtient sa confes­sion.

Il s’a­git d’une esca­pade.

Nicole s’est levée et habillée sans tapage, a tra­ver­sé le jar­din, s’i­ma­gi­nant que l’a­vion décol­le­rait de bonne heure, emme­nant sa tante au Pays du Para­dis ter­restre, et elle a mis dans sa tête d’ob­te­nir de par­tir aus­si.

— Et tu n’as pas pen­sé à l’in­quié­tude de maman… et tu t’es sau­vée comme cela, sans per­mis­sion ?

Pauvre Nicole… ser­mon­née par tante Colette, elle reprend, tête basse, le che­min de sa petite chambre, avec ordre d’al­ler avouer à maman cette équi­pée.

En ren­trant de la messe, une heure plus tard, Colette la retrouve, les yeux un peu rouges, qui l’at­tend dans la salle à man­ger.

— Je vais cher­cher ton déjeu­ner, Tate ; pen­dant que tu le pren­dras, je te dirai…

— Quoi donc, ma ché­rie ?

— Maman m’a bien gron­dée. Je n’a­vais pas pen­sé que c’é­tait mal. Parce que je lui ai dit tout de suite, elle ne m’a pas punie aujourd’­hui ; seule­ment, bien sûr, la pro­chaine fois que tu iras en avion, elle défen­dra que tu m’emmènes, et j’au­rais tant… tant vou­lu connaître le Pays du Para­dis ter­restre !

— Écoute, mon petit, je ne sais pas si j’i­rai moi-même jusque là, dès le début. C’est loin, et ton oncle comme ton papa n’ont guère de ran­don­nées à faire de ce côté-là.

Cours vite me cher­cher ton atlas, nous allons voya­ger quand même, toutes les deux, tu vas voir.

Nicole saute au cou de sa tante, le cœur allé­gé ; en deux minutes, elle rap­porte son atlas et, pen­chée sur la carte, tête contre tête, elle mêle ses che­veux bruns aux jolies boucles blondes de Tate.

Tate suit du doigt le Tigre et l’Eu­phrate, les deux fleuves qui se rejoignent au bord du golfe Per­sique, et explique :

— Moïse parle de ces deux grands cours d’eau, ce qui fait sup­po­ser que Dieu avait choi­si cette région pour pla­cer nos pre­miers parents dans un para­dis de délices.

Nous savons qu’ils en furent chas­sés et que des anges, sous une forme visible, dans un éclat sem­blable à des épées flam­boyantes, leur en inter­dirent l’en­trée. La terre devint dif­fi­cile à culti­ver ; pour vivre, il fal­lut tra­vailler ferme et bien­tôt la mort fit son appa­ri­tion.

Carte pays biblique pour les enfants

Auteur : Par un groupe de pères et de mères de familles | Ouvrage : Histoire Sainte illustrée .

Temps de lec­ture : 7 minutes

II

Colette est seule. Quelle chance ! Bru­no l’a­borde en grand mys­tère. Il souffle tout bas :

— Je crois que je connais toute l’his­toire d’A­dam et d’Ève ; mais je vou­drais la savoir mieux, pour faire fâcher Nicole. C’est drôle, tu sais, de la mettre en colère ; si je la fais taper du pied, c’est encore plus drôle ! Alors, je viens pour savoir tout, avant elle, Tate.

— Méchant taquin ! Sais-tu que ce n’est pas gen­til du tout ? Que dirais-tu si Nicole te fai­sait enra­ger aus­si ?

— Oh ! fait Bru­no avec une moue pla­cide, j’en­rage jamais, moi. Quand Nicole m’en­nuie, je m’en vais, et alors elle reste toute seule avec son enra­ge­ment.

— Mais, pour ma part, je n’ai aucune envie de faire de la peine à Nicole, qui ne le mérite pas, et si tu ne vas pas la cher­cher, je ne racon­te­rai rien du tout.

Bru­no regarde Colette. C’est clair, Tate ne céde­ra pas ; alors silen­cieu­se­ment, comme un vieux mon­sieur qui sait ce qu’il a à faire, Bru­no, à pas comp­tés, va cher­cher sa sœur.

Elle arrive d’un pied sur l’autre, se jette au cou de Colette, comme si elle ne l’a­vait pas vue depuis huit jours, et chan­tonne :

— Tu es une Tate ché­rie, qui raconte les plus belles his­toires du monde ! On s’est arrê­té au para­dis ter­restre, quand le Bon Dieu avait créé Adam et Ève, alors, après, dis vite, vite ! Qu’est-ce qui est arri­vé ?

— Attends un peu. Lais­sons Adam et Ève dans ce Para­dis ter­restre, où nous les retrou­ve­rons tout à l’heure… Te sou­viens-tu, Nicole, qu’a­vant de créer les hommes sur la terre, Dieu avait créé les anges. Dieu leur don­na-t-il un corps comme à Adam ?

— Non, non, non, riposte tout d’un trait la petite fille, qui a peur du savoir de Bru­no. Ils n’ont pas de corps, ce sont de purs esprits.

— Très bien ! Main­te­nant, dites-moi, tous les anges sont-ils res­tés fidèle au Bon Dieu ?

Cette fois Bru­no met son pouce dans sa bouche, comme quand il était bébé. C’est le signe cer­tain d’une com­plète igno­rance.

Nicole, au contraire, a pris un petit air suf­fi­sant :

— Luci­fer, le plus beau des anges, a été un grand orgueilleux, Tate. Il a refu­sé d’o­béir au Bon Dieu et beau­coup d’autres anges sont deve­nus mau­vais comme lui et l’ont sui­vi dans sa révolte.

— Tu sais leur ter­rible puni­tion ?

— Oui. Le Bon Dieu les a pour tou­jours pré­ci­pi­tés dans l’en­fer.