Giraud vit le jour au village de Sales dans le Périgord. Soigneusement élevé, il se sentit bientôt attiré vers la solitude. Il vint se mettre sous la direction du vénérable Robert d’Arbrisselle, qui lui fit prendre l’habit des Chanoines Réguliers à Saint-Avit, non loin de Sales. Le jeune novice édifia singulièrement les religieux, qui, ravis de sa gracieuse et fidèle docilité aux moindres observances de la règle ne tardèrent pas à lui faire recevoir les saints ordres jusqu’au diaconat ; mais on ne put le décider à monter plus haut, tant il redoutait la charge du sacerdoce. Désireux d’une vie plus austère et plus utile aux âmes, il échangea le pauvre habit de Chanoine Régulier contre celui, plus pauvre encore, d’ermite. Un rude cilice et un grossier manteau pour tout vêtement, un peu de pain noir et d’eau et quelques légumes pris au coucher du soleil pour tout repas : tel fut son nouveau régime. Il se mit à prêcher dans tout le pays avec une ardeur et une grâce irrétistibles, à tel point que l’évêque de Poitiers crut devoir lui déléguer toutes sortes de pouvoirs. Comme beaucoup de personnes converties par lui venaient lui offrir leurs biens pour les bonnes œuvres, Giraud fonda neuf monastères, parmi lesquels celui de Cadouin dans le Périgord, celui de Grand-Selve sur les bords de la Garonne, ceux du Bournet et des Châtelliers respectivement dans ce que nous appelons aujourd’hui la Charente et les Deux-Sèvres. Il mourut le 20 avril 1120.
ASSISE au sommet d’un tas de grosses pierres, bien abritée du mistral par deux touffes de genêts géants, Miette, la petite bergère du mas des Alouettes, réfléchissait profondément. Autour d’elle, sur la lande, des moutons et quelques chèvres paissaient les maigres ajoncs, les pauvres bruyères… Tout paraissait calme et la fillette, rassurée par la bonne conduite de son troupeau, s’en donnait, à cœur joie, de rêvasser… Elle songeait, la pauvrette, à la fête toute proche, aux cadeaux, généralement reçus et échangés autour d’elle, par les guardians[1] et les servantes de la ferme…
Elle pensait que tout le monde aurait, dans deux jours, son œuf de Pâques… et elle n’ignorait pas que nul n’aurait l’idée de lui en offrir un… même minuscule…
Justement, la veille, en allant faire une commission pour sa maitresse, elle avait aperçu, à la devanture du grand confiseur de la place des Arènes, un œuf gigantesque de taille et de grosseur, tendu d’une riche étoffe damassée d’or, et enrubanné de galons scintillants.
À ce souvenir, les paupières de Miette papillotaient. Elle se croyait encore devant la boutique du marchand de bonbons. Hélas ! elle était en Camargue, au milieu de la lande désolée, où chantait le mistral, auprès de ses brebis et de son chien…
Un bruit de paroles étouffées la tira de sa torpeur.
TOUTES les heures du jour et de la nuit ont leur fête dans l’année.
En juillet, la Fête Nationale, par ses feux d’artifice, est la fête du soir. À Noël, la fête de minuit fait oublier le froid. Le jour des Rois, le gâteau, que l’on partage à midi, marque la fête du déjeuner dans la famille.
Mais Pâques, c’est la fête du matin. La lumière fleurit les églises comme le soleil fleurit le ciel. Avez-vous remarqué qu’il fait presque toujours un temps magnifique, le jour de Pâques ? Et, même s’il ne fait pas très beau, à regarder seulement les gens passer par les rues et par les routes, avec leurs habits neufs, on sent qu’il y a de la joie dans l’air. Dans les églises, où les cloches sont revenues, la semaine sainte étant finie, on a rallumé tous les cierges et même un de plus, énorme, dans lequel on a mis des grains d’encens, le fameux cierge pascal.
Deux brigands, eux aussi condamnés à mort, étaient montés au Calvaire. Jésus, regardé comme plus coupable, fut crucifié au milieu. Ces larrons se moquaient d’abord de la douce Victime. Mais l’un d’eux, témoin de sa bonté, de sa douceur, comprit qu’il ne méritait aucune condamnation. Il fit taire son compagnon…
Durant toute cette horrible journée, Jésus était resté presque nu, recouvert seulement d’un lambeau d’étoffe rouge. Mais puisqu’il devait être crucifié et traverser la ville, on lui rendit ses vêtements, que, sur le Calvaire, les bourreaux auraient à se partager. Jésus, alors, fut chargé d’une lourde croix qu’il devait porter…
Pour expier les péchés de la chair, Jésus voulut être flagellé. Mais il y avait nos fautes d’orgueil, et celles-là aussi devaient être effacées par les humiliations du Bon Maître. Il s’était dit Roi. Aussi les soldats, pour ridiculiser sa royauté, lui mirent en mains un sceptre de roseau. Au…