La stratégie d'un apôtre


On était au début du printemps et la nature se réveillait après ces longs mois d'hiver. Le soleil chauffait avec une ardeur nouvelle et l'air retentissait des joyeux pépiements des oiseaux,
Un apôtre picpucien de l'Océanie
XXIII

Le père Damien, lépreux
Ravagée par le mal, illuminée par la sainteté, la physionomie du Père Damien resplendit dans la belle galerie des apôtres Picpuciens de l'Océanie.

La
Charles de Foucauld, l'ermite du désert
La blouse et la cabane
Après six ans à la Trappe, Frère Albéric obtient la permission de partir.

Que faire ? Où aller ? Comment réaliser son rêve ? Il est tout seul comme étaient
Légende de la montagne Saint-Eynard
Dans les pages d'un vieux livre

Henri. — Comme c'est amusant, toutes ces petites maisons, perchées sur la pente de la montagne !

— Cette montagne, c'est la montagne amie de Grenoble,
Une fameuse mitraillette
Rosaire


Oui, clame Jacqueline indignée, je l’ai entendu !

– Que disait-il, enfin ?

– Il s'était disputé avec Michel Bougre qui voulait profiter de son agilité pour l'envoyer grimper
Les Saintes Maries de la Mer
Qui sont ces saintes Maries de la Mer que l'on trouve en Provence ?... C'est une histoire très belle, si belle que les vagues caressantes — pour l'écouter, couraient le long du rivage, — à
Crèche de Noël à découper


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Et maintenant une histoire ! Posts

| Ouvrage : Les amis des Saints .

On le refusa parce qu’il était illettré et ignorant

S’il est un saint dont les esprits forts se soient moqués et se moquent encore, c’est assu­ré­ment Saint Joseph de Cuper­ti­no.

Un pauvre fran­cis­cain qui pen­dant qua­rante ans, étonne l’Italie par ses miracles, s’élève chaque jour dans les airs comme la colombe par l’effet de l’Amour divin, et cela sous Louis XIV, il n’y a donc pas si long­temps ; quel affront pour tous ceux qui au nom de la science refusent de croire au miracle.

Renvoyé du couvent à cause de son incapacité

St Joseph de Cupertino disant son chapeletJoseph-Marie Desa naquit le 17 Juin 1603, à Cuper­ti­no, petite ville du Royaume de Naples, d’une humble famille de menui­siers ; il vint au monde dans une étable comme Notre-Sei­gneur, tous les biens des parents ayant été ven­dus par néces­si­té. Dès son jeune âge, Joseph se plai­sait uni­que­ment dans les églises, et, chez lui, devant un petit autel où il réci­tait sou­vent le rosaire et les lita­nies de la Sainte Vierge. C’est à peine si on par­vint à lui apprendre à lire et à écrire. Il connut cepen­dant l’école de la souf­france : tout jeune, son corps se cou­vrit d’ulcères répu­gnants et il ne fut gué­ri que par l’intervention de la Sainte Vierge sous le vocable de Notre Dame des Grâces.

À dix-sept ans, il se pré­sente chez les frères Mineurs Conven­tuels, où on le refuse parce qu’il est illet­tré et igno­rant. Il rentre chez les Capu­cins, mais là tou­jours ravi en Dieu, il se montre com­plè­te­ment impropre à l’accomplissement de ses nou­veaux devoirs : ses mains natu­rel­le­ment mal­adroites brisent tout ce qu’elles touchent ; en met­tant du bois sur le feu, il fait tom­ber toutes les cas­se­roles, prend du pain bis pour du pain blanc ; bref, il montre une telle inca­pa­ci­té qu’au bout de neuf mois, il est ren­voyé du couvent.

Il doit retour­ner chez sa mère qui vit dans la misère et qui lui dit en guise d’accueil : « Il ne nous reste qu’à mou­rir de faim. » Cepen­dant, à force de démarches, on par­vient à l’introduire chez les frères Mineurs Conven­tuels de San­ta-Maria de Gro­tel­la pour soi­gner la mule du couvent.

Invoqué par les étudiants, la veille de leur examen

St Joseph de Cupertino moine maladroitLes nou­veaux supé­rieurs de Joseph ne tar­dèrent pas à remar­quer l’humilité et l’obéissance de leur nou­velle recrue. Ils décident de l’admettre aux saints ordres. Mais pour arri­ver au dia­co­nat, il est indis­pen­sable de subir un exa­men et notre saint à tou­jours du mal à lire et à écrire. Il réus­sit à force de patience et de per­sé­vé­rance à tra­duire un évan­gile, un seul, celui où sont écrites ces paroles en l’honneur de Marie « Bien­heu­reux le sein qui t’a por­té ». Arrive le jour de l’examen ; Joseph est inter­ro­gé par l’évêque de Nar­do. Il est un peu inquiet quoique confiant dans la Sainte Vierge car il a fait tout ce qu’il a pu pour réus­sir et elle ne l’abandonnera pas. En effet, voi­ci que le sort tombe sur le seul Évan­gile que Joseph connaisse, il est reçu et le 4 Mars 1628, ordon­né prêtre. Depuis ce jour, St Joseph de Cuper­ti­no est invo­qué par les étu­diants qui sont à la veille de subir leur exa­men afin que Dieu leur donne le suc­cès méri­té par leur tra­vail.

Auteur : Daniel-Rops | Ouvrage : Légende dorée de mes filleuls .

Au châ­teau de Cas­ti­glione, en Lom­bar­die, ce 20 avril 1568, c’était grande fête. Qui donc eût pu comp­ter les noble invi­tés dont la foule se répan­dait au long des salles immenses et à tra­vers les jar­dins ? Les plus belles tapis­se­ries pen­daient au long des murs, somp­tueuses : des orchestres jouaient en vingt lieux dif­fé­rents ; dans les bas­sins du parc, les jets d’eau mon­taient, droits, comme pour riva­li­ser d’élan avec les cyprès cen­te­naires. Tout était à la joie, au bon­heur.

Pour­quoi donc ? Parce qu’on bap­ti­sait, ce jour-là, un enfant, le fils du Mar­quis et de Don­na Mar­ta, le petit Louis ce bébé minus­cule qui vagis­sait dans son ber­ceau de den­telle. Demain n’hériterait-il pas d’une immense for­tune Ne serait-il pas, comme ses ancêtres, Prince du Saint Empire, duc de Man­toue, grand d’Espagne ? Ne por­te­rait-il pas un des noms les plus célèbres de toute l’Italie ? Un grand nom, en véri­té, que celui des Gon­zague, et une famille bien née ! Depuis deux siècles et demi que l’Empereur avait don­né à leur aïeul, pour sa bra­voure, titre prin­cier et splen­dide dota­tion, il n’était géné­ra­tion de Gon­zague qui ne se fût illus­trée à la guerre, au ser­vice des Rois, ou dans l’Église. Toutes les familles, non seule­ment prin­cières, mais même royales d’Europe, étaient appa­ren­tées aux Sei­gneurs de Man­toue, et c’était pour­quoi, au bap­tême du petit Louis, on voyait tant de beau monde, et des Rois et des Ducs, et des Car­di­naux en rouge, et des ambas­sa­deurs por­tant maints uni­formes éblouis­sants, par­mi les­quels on remar­quait ceux de Sa Majes­té Phi­lippe II, roi de Naples et d’Espagne, car Don­na Mar­ta avait été dame d’honneur de la reine, Madame Éli­sa­beth de France, et son amie.

Cette joie était peut-être encore plus grande parce qu’on n’ignorait point qu’il s’en était fal­lu de peu qu’elle eût été rem­pla­cée par un grand deuil. Lorsqu’au début de mars le petit Louis était né, les méde­cins avaient trem­blé non seule­ment pour sa vie mais aus­si pour celle de sa mère. Et Don­na Mar­ta, dans cet extrême dan­ger, avait fait deux vœux. « Oh, Sainte Mère qui, du haut du Ciel, veillez sur nous, vos enfants de la terre, si mon petit vit, si j’échappe moi aus­si au péril, je jure d’aller vous prier en pèle­ri­nage, dans la basi­lique de Lorette où l’on voit votre Sainte Mai­son appor­tée du ciel par les Anges ! Et mon enfant vous sera consa­cré spé­cia­le­ment pour toute son exis­tence ! »

Aus­si quand on par­lait, par­mi les invi­tés du bap­tême, de ce que serait, plus tard, le nou­veau-né, — comme son père et ses oncles, comme le fon­da­teur de la famille dont il por­tait le pré­nom, serait-il un grand sol­dat, un vaillant capi­taine ? irait-il batailler en Alle­magne ou en France, voire jusque contre les Turcs ? — la mère, elle, dans la foi de son âme et la recon­nais­sance de son cœur, sou­hai­tait qu’il ne fût rien de moins qu’un Saint.

* * *

Louis de Gonzague enfant vénerant la Vierge MarieIl faut avouer que, dès sa plus petite enfance, Louis — Lui­gi comme on dit en ita­lien, — sem­bla bien être des­ti­né à se mon­trer un chré­tien excep­tion­nel, en même temps qu’il parut très spé­cia­le­ment pro­té­gé de Dieu. À peine savait-il mar­cher qu’il se diri­geait vers la sta­tue de la Sainte Vierge, devant laquelle Don­na Mar­ta renou­ve­lait les fleurs les plus belles en fai­sant sans cesse brû­ler douze cierges, et là, immo­bile, étran­ge­ment sage, il regar­dait… À peine savait-il par­ler que déjà il réci­tait des prières et que ses mots les plus fami­liers étaient : Jésus ! Marie ! Dès qu’il eut l’âge de rai­son, on le vit mul­ti­plier les exer­cices de pié­té, avec une appli­ca­tion si éton­nante pour son âge que son père, un peu inquiet, crai­gnant que son aîné, au lieu de le rem­pla­cer à la tête de ses états, se fît moine, par­fois venait l’interrompre dans ses prières et ordon­nait à quelque écuyer de le mettre sur son petit che­val pour l’emmener faire quelque bonne pro­me­nade à tra­vers la cam­pagne et lui chan­ger les idées.

Louis, si petit qu’il fût, avait déjà son inten­tion bien arrê­tée. Il aimait à répé­ter : « Ce que le Bon Dieu veut, il le fait : il n’y a qu’à avoir confiance ! » Recon­nais­sons que cette confiance était bien pla­cée et que le Tout-Puis­sant y répon­dait ! Car, à plu­sieurs reprises il fut évident que Dieu lui-même le pro­té­geait, ayant sur lui des vues sans aucun doute. Ain­si, par exemple, lorsqu’il avait cinq ans, il regar­dait un sol­dat char­ger un mous­quet ; la charge de poudre écla­ta tout à coup en pleine figure de l’enfant ; on le pen­sa brû­lé, défi­gu­ré, aveugle ; mais il s’essuya tran­quille­ment le visage où aucune trace ne se voyait. Une autre fois, avec ses cama­rades, il s’amusait à manœu­vrer un petit canon qu’on lui avait don­né comme jouet ; l’un d’eux s’étant trop pres­sé de mettre le feu à la mèche, le recul de la pièce heur­ta Lui­gi en pleine poi­trine et le ren­ver­sa, mais tan­dis qu’on se pré­ci­pi­tait, le croyant mort, il se rele­vait en riant.

Confiance, confiance en Dieu ; faire ce que veut le Christ et s’en remettre à lui de tout ; tels étaient ses prin­cipes, qu’il ne ces­sait de répé­ter avec une obs­ti­na­tion douce. Cette confiance, il l’exprima un jour dans une réponse si jolie qu’il ne faut pas la lais­ser perdre. Il jouait dans la cour avec quelques gar­çons à ce jeu qu’on appelle « la balle au chas­seur ». Mon­sei­gneur l’aumônier, qui était char­gé de sur­veiller son édu­ca­tion reli­gieuse, s’approcha de lui et lui dit :

| Ouvrage : Autres textes .

CONTE

Une après-midi, il y a de cela quelque cinq cent ans, le podes­tat de Fie­sole pre­nait le frais autour de sa cité.

Comme il lon­geait en sa pro­me­nade le jar­din des Frères-Prê­cheurs, qui n’était pas encore sévè­re­ment enclos, il s’avisa que les Fils de Saint Domi­nique avaient des roses sans pareilles.

Ces mer­veilles de la végé­ta­tion étaient dues aux bons soins de Frère Sim­plice, qui, d’après l’ordre de son Prieur, consa­crait son temps à l’arrosage. Sim­plice n’était pas doc­teur en droit canon : c’était un humble croyant, qui fai­sait son salut en pui­sant de l’eau dans une fon­taine ; c’était une âme can­dide et sans reproche, qui comp­tait les Ave Maria du Rosaire avec les arro­soirs vidés et rem­plis sans inter­rup­tion. Si un péché avait effleu­ré jamais sa robe d’innocence, ç’avait été le péché d’orgueil, en contem­plant l’éclat embau­mé de ses fleurs, pré­pa­rées avec amour pour l’ornement du sanc­tuaire. À l’office, quand il voyait ses roses déco­rer le taber­nacle, ou s’effeuiller en tapis de pourpre sous les pas du rayon­nant osten­soir, il avait peine à se défendre contre une vani­té d’auteur, et il lui sem­blait que la Madone du cloître sou­riait à ses guir­landes avec une com­plai­sance amie. Sans doute, il par­ta­geait sans réserve l’enthousiasme de toute la Tos­cane pour les fresques déli­cieuses qu’un jeune moine, tout nou­veau, Fra Gio­van­ni, jetait avec pro­fu­sion sur les voûtes et les lam­bris du monas­tère com­men­cé ; mais Sim­plice était ten­té de croire que l’hommage de ses roses était plus pur, plus suave encore, plus dou­ce­ment agréé par le Roi de la nature. Pauvre Sim­plice ! Quel trouble en son âme lim­pide comme un cris­tal, s’il eût pu se dou­ter que le suc­cès de son hor­ti­cul­ture allait don­ner aux médi­ta­tions du podes­tat en pro­me­nade une direc­tion si fâcheuse !

Celui-ci en effet, s’était arrê­té dans le che­min admi­rant les roses à tra­vers le grillage :

— Comme ce coteau s’est amé­lio­ré ! mur­mu­rait-il. Je n’y connais­sais, autre­fois, que des ronces et des cailloux ! La ville n’a point su en tirer par­ti, c’est même pour cela que j’ai lais­sé sans crier gare, les Révé­rends Pères s’installer en ce lieu aban­don­né et s’y tailler un domaine. Si j’avais pré­vu qu’ils y feraient un si joli jar­din je leur aurais deman­dé une cen­taine d’écus d’or. Ils seraient bien utiles en ce moment dans notre caisse, car, on nous réclame, à Foli­gno, soixante écus romains pour nous peindre la Madone qui manque à l’autel majeur de notre cathé­drale ! .…

Au fait, est-il vrai­ment trop tard ? Aucun acte régu­lier n’a consa­cré l’abandon de la pro­prié­té muni­ci­pale ; il serait d’une bonne admi­nis­tra­tion d’exiger au moins quelque somme, avant de recon­naître comme légi­time, par devant le pro-notaire com­mu­nal, l’établissement des Frères-Prê­cheurs en ce lieu !

| Ouvrage : Les amis des Saints .

Saint Jean-Marie Vianney patron des curésPrêtre, rien que prêtre, pour offrir à Dieu le Saint Sacri­fice de la Messe, admi­nis­trer les sacre­ments et prê­cher la parole de Dieu : ce fut toute la vie du saint Curé d’Ars. Il exer­ce­ra si par­fai­te­ment son minis­tère que le XIXe siècle ver­ra les foules accou­rir vers ce petit vil­lage des Dombes, pour « voir un saint ». Éle­vé à la gloire des autels, il sera don­né comme patron aux prêtres. Pen­dant qua­rante-quatre ans il fut curé du vil­lage d’Ars, mais très vite, dix ans après son ins­tal­la­tion, déjà son minis­tère de conver­tis­seur d’âmes com­men­ça. Il ren­dra ain­si la paix aux consciences tour­men­tées, conso­le­ra les affli­gés, diri­ge­ra vers la per­fec­tion de nom­breuses âmes.

Com­ment cet humble prêtre de cam­pagne, peu doué intel­lec­tuel­le­ment, mais pos­sé­dant la sagesse natu­relle, y est-il arri­vé ?

La trame de toute sa vie était l’Eucharistie : il en avait la pas­sion. Il célé­brait la Sainte Messe avec une telle fer­veur, que l’opinion de ceux qui le voyaient à l’autel était qu’ils recon­nais­saient Notre Sei­gneur « à la frac­tion du pain ». Une nuit de Noël, en célé­brant la Messe, comme il atten­dait la fin des chants pour enta­mer le Pater, ceux qui étaient près de l’autel le virent, regar­dant la Sainte Hos­tie qu’il tenait entre ses doigts au-des­sus du Calice, en pleu­rant et sou­riant en même temps. Son vicaire lui deman­dait, de retour à la sacris­tie : À quoi pen­siez-vous à ce moment, Mon­sieur le Curé ? Mon ami, répon­dit-il, je disais à Notre Sei­gneur : Mon Dieu, si je savais devoir être dam­né main­te­nant que je vous tiens, je ne vous lâche­rais plus.

Dès sa plus tendre enfance, cet amour de l’Eucharistie va se mani­fes­ter ; il disait que c’était de sa mère qu’il en avait reçu l’exemple. J’ai appris à prier à la Messe rien qu’en la contem­plant si recueillie et comme trans­fi­gu­rée.

Il fera sa Pre­mière Com­mu­nion à douze ans. Sa joie était si grande après avoir reçu le Bon Dieu qu’il ne vou­lait plus quit­ter la chambre où il avait com­mu­nié pour la pre­mière fois. À par­tir de ce moment, Dieu prit pos­ses­sion de son cœur et nul autre amour n’y péné­tra. Éle­vé dans une famille pro­fon­dé­ment chré­tienne, il pas­sa sa jeu­nesse à l’abri du monde et dans l’ignorance du mal. Il recon­nut qu’il n’en apprit l’existence qu’au confes­sion­nal par la bouche des pécheurs.

L’éclosion de sa voca­tion au sacer­doce a cer­tai­ne­ment été influen­cée par les cir­cons­tances de son enfance. Né en 1786, il a quatre ans lorsque la per­sé­cu­tion san­glante contre les prêtres fidèles com­mence. Ses parents vont très vite refu­ser d’assister à la Messe des prêtres jureurs et, au péril de leur vie, ils auront recours au minis­tère des prêtres pros­crits pour rece­voir les sacre­ments.

Com­bien l’âme si pieuse du jeune enfant sera impres­sion­née par ces Messes des Cata­combes célé­brées la nuit, dans des lieux secrets, par des prêtres pour­chas­sés qui s’exposaient à la mort, à la dépor­ta­tion, par amour des âmes. Quand Jean-Marie confie­ra à sa mère son secret, il lui dira que c’est par amour des âmes qu’il veut se faire prêtre. L’époque était peu pro­pice pour son­ger à la prê­trise et il fal­lut la téna­ci­té du jeune homme aidé par sa mère très ani­mée pour qu’il arrive à faire ses études en vue du sacer­doce.

C’est auprès de M. Bal­ley, curé d’Ecully, qu’il sera envoyé ; en effet ce saint prêtre avait réuni autour de lui quelques jeunes gens pour les pré­pa­rer à deve­nir prêtres. Il s’attachera très vite au jeune Vian­ney, car il s’était ren­du compte de sa ver­tu peu com­mune. M. Bal­ley sut ins­pi­rer à Jean-Marie une très grande véné­ra­tion et Jean-Marie appren­dra de ce curé aus­tère et pieux ce que devait être le prêtre.

Jean-Marie ne sera ordon­né qu’à vingt-neuf ans. Ces longues années d’études inter­rom­pues par des cir­cons­tances pénibles, ne feront qu’enraciner dans son âme le désir de mon­ter un jour à l’autel.

Si cer­tains de ses maîtres prê­tèrent peu d’attention à sa ver­tu, d’autres ne se lais­sèrent pas trom­per par sa rus­ti­ci­té appa­rente et com­prirent qu’ils avaient affaire à un sémi­na­riste d’une pié­té exem­plaire. M. Cour­bon, qui lui déli­vra ses lettres tes­ti­mo­niales à l’archevêché de Lyon, disait : L’Église n’a pas besoin seule­ment de prêtres savants, mais encore et sur­tout de prêtres pieux.

Il fut ordon­né par Mgr Simon, évêque de Gre­noble, le 13 août 1815. Il était seul et on fit la remarque à Mon­sei­gneur qu’on le déran­geait pour peu. Le vieil évêque contem­pla ce diacre au visage ascé­tique et dit : Ce n’est pas trop de peine pour ordon­ner un bon prêtre.

À par­tir du moment où Jean-Marie-Bap­tiste Vian­ney aura reçu le sacer­doce, on peut dire que l’homme va dis­pa­raître pour ne plus lais­ser paraître que le prêtre, cet autre Christ. Sans s’en rendre compte, tant son humi­li­té était grande, le curé d’Ars s’est dépeint lui-même quand il par­le­ra de l’éminente digni­té du prêtre : Le prêtre ne se com­pren­dra bien que dans le Ciel… Si on avait la foi, on ver­rait Dieu caché dans le prêtre comme une lumière der­rière un verre comme du vin mêlé avec de l’eau.

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Notre-Sei­gneur Dieu le Père, un jour, en Para­dis, était tout sou­cieux. L’Enfant-Jésus lui dit :

« Qu’avez-vous, père ?

— J’ai, répon­dit Dieu, un sou­ci qui me tara­buste… Tiens, regarde là-bas.

— Où ? dit Jésus.

— Par là-bas, dans le Limou­sin, droit de mon doigt : tu vois bien, dans ce vil­lage, vers le fau­bourg, une bou­tique de maré­chal-fer­rant, une belle et grande bou­tique ?

— Je vois, je vois.

Éloi maître sur tous les maîtres— Eh ! bien, mon Fils, là est un homme que j’aurais vou­lu sau­ver : on l’appelle maître Éloi. C’est un gaillard solide, obser­va­teur fidèle de mes com­man­de­ments, cha­ri­table au pauvre monde, ser­viable à n’importe qui, d’un bon compte avec la pra­tique, et mar­te­lant du matin au soir sans mal par­ler ni blas­phé­mer… Oui, il me semble digne de deve­nir un grand saint.

— Et qui empêche ? dit Jésus.

— Son orgueil, mon enfant. Parce qu’il est bon ouvrier, ouvrier de pre­mier ordre, Éloi croit que sur terre nul n’est au-des­sus de lui, et pré­somp­tion est per­di­tion.

— Sei­gneur Père, fit Jésus, si vous me vou­liez per­mettre de des­cendre sur la terre, j’essaierais de le conver­tir.

— Va, mon cher Fils.

Et le bon Jésus des­cen­dit. Vêtu en appren­ti, son balu­chon der­rière le dos, le divin ouvrier arrive droit dans la nie où demeu­rait Éloi. Sur la porte d’Éloi, selon l’usage, était l’enseigne, et l’enseigne por­tait : Éloi le maré­chal, maître sur tous les maîtres, en deux chaudes forge un fer.

Le petit appren­ti met donc le pied sur le seuil et, ôtant son cha­peau :

« Dieu vous donne le bon­jour, maître, et à la com­pa­gnie : si vous aviez besoin d’un peu d’aide ?

— Pas pour le moment, répond Éloi.

— Adieu donc, maître : ce sera pour une autre fois. »

Et Jésus, le bon Jésus, conti­nue son che­min. Il y avait, dans la rue, un groupe d’hommes qui cau­saient et Jésus dit en pas­sant :

« Je n’aurais pas cru que dans une bou­tique telle, où il doit y avoir, ce semble, tant d’ouvrage, on me refu­sât le tra­vail.

— Attends un peu, mignon, lui fait un des voi­sins. Com­ment as-tu salué, en entrant chez maître Éloi ?

— J’ai dit comme l’on dit : « Dieu vous donne le bon­jour, maître, et à la com­pa­gnie ! »

— Ha ! ce n’est pas ain­si qu’il fal­lait dire… Il fal­lait l’appeler maître sur tous les maîtres… Tiens, regarde l’écriteau.

— C’est vrai, dit Jésus, je vais essayer de nou­veau. Et de ce pas il retourne à la bou­tique.

— Dieu vous le donne bon, maître sur tous les maîtres ! N’auriez-vous pas besoin d’ouvrier ?

— Entre, entre, répond Éloi, j’ai pen­sé depuis tan­tôt que nous t’occuperions aus­si… Mais écoute ceci pour une bonne fois : quand tu me salue­ras, tu dois m’appeler maître, vois-tu ? sur tous les maître, car, ce n’est pas pour me van­ter, mais d’hommes comme moi, qui forgent un fer en deux chaudes, le Limou­sin n’en a pas deux !