Le pèlerinage du Basque
Il était 11 heures du matin.

À Paris, l’agent n° 217 revenait pour la cinquantième ou la soixantième fois, le long du trottoir, rue de la Cité, quand il aperçut au milieu du parvis Notre-Dame
En avant pour la moisson
Il y a de la joie dans l'air ce matin. Le soleil, levé bien avant le plus matinal des Cœurs Vaillants, étincelle dans le ciel bleu, et les oiseaux, cachés dans les grands marronniers, s'égosillent
En route chez les païens
II

Saint Paul
Le Christ mourut, le Christ ressuscita, et voici l'ordre qu'en Galilée, apparaissant aux onze disciples, il leur donna, pour eux et pour les autres : « Allez, enseignez toutes
La belle histoire de Saint Philippe de Néri
C'est à Florence, dans une riche famille bourgeoise que naquit en 1515 saint Philippe Néri. Dès son plus jeune âge, il pratiqua les vertus chrétiennes. Sa ferveur, son humilité,
Le bouquet de Lucette
Le ciel est bas et gris. Bientôt, novembre sera là, et les grands arbres, déjà, perdent leur chevelure d'or.

Cinq heures sonnent lentement au clocher de l'église. La porte de l’école s'est ouverte;
Pierre, soldat de chez nous
Charité envers Dieu
Toute la journée le canon avait tonné sans arrêt, les mitrailleuses n’avaient cessé de crépiter et les balles de siffler.

Il flottait dans l’air une âcre odeur de poudre.
Croisé et lépreux !
Celui dont il va être maintenant question n'est pas un saint. L'histoire l'a presque oublié ; rares sont les livres où les écoliers pourraient lire sa vie exemplaire. L’Église n'a pas considéré que

Et maintenant une histoire ! Posts

Auteur : Mistral, Frédéric | Ouvrage : Autres textes .

À la rencontre des Rois. – La crèche.

– C’est demain la fête des Rois Si vous vou­lez les voir arri­ver, allez vite à leur ren­contre, enfants, et por­tez-leur quelques pré­sents.

Voi­là, de notre temps, ce que disaient les mères, la veille du jour des Rois.

Les enfants à la rencontre des rois mages en Provence

Et en avant toute la mar­maille, les enfants du vil­lage ; nous par­tions enthou­siastes à la ren­contre des rois Mages, qui venaient à Maillane, avec leurs pages, leurs cha­meaux et toute leur suite, pour ado­rer l’Enfant Jésus.

– Où allez-vous, enfants ?

– Nous allons au-devant des Rois !

Et ain­si , tous ensemble, mioches ébou­rif­fés et petites blon­di­nettes, avec nos calottes et nos petits sabots, nous filions sur le che­min d’Arles, le cœur tres­saillant de joie, les yeux rem­plis de visions. Et nous por­tions à la main, comme on nous l’avait recom­man­dé, des fouaces pour les Rois, des figues sèches pour les pages et du foin pour les cha­meaux.

Jours crois­sants,
Jours cui­sants.

C’était au com­men­ce­ment de jan­vier et la bise souf­flait : c’est vous dire qu’il fai­sait froid. Le soleil des­cen­dait, tout pâle, vers le Rhône. Les ruis­seaux étaient gla­cés, l’herbe était flé­trie. Des saules dépouillés, les branches rou­geoyaient. Le rouge-gorge et le roi­te­let sau­taient, fré­tillants, de branche en branche, et l’on ne voyait per­sonne aux champs, à part quelque pauvre veuve qui met­tait sur sa tête son tablier rem­pli de souches, ou quelque vieillard en haillons qui cher­chait des escar­gots au pied d’une haie.

– Où allez-vous si tard, petits ?

– Nous allons au-devant des Rois !

Et la tête en arrière, fiers comme Arta­ban, en riant, en chan­tant, en cou­rant à cloche-pied, ou en fai­sant des glis­sades, nous che­mi­nions sur la route crayeuse, balayée par le vent.

Puis le jour bais­sait. Le clo­cher de Maillane dis­pa­rais­sait der­rière les arbres, der­rière les grands cyprès noirs ; et la cam­pagne s’étendait tout là-bas, vaste et nue. Nous por­tions nos regards aus­si loin que pos­sible, à perte de vue, mais en vain ! Rien ne parais­sait, si ce n’est quelques fagots d’épines empor­tés par le vent dans les chaumes. Comme cela a lieu dans les soi­rées d’hiver, tout était triste et muet.

Auteur : Noël, Marie | Ouvrage : Autres textes .

Le 31 décembre 1940.

Le der­nier jour de l’année, le Bon Dieu était dans le ciel et regar­dait en bas dans une église où les gens étaient en train de lui chan­ter le Te Deum.

L’église n’avait plus ni clo­cher ni cloches et le curé avait eu bien du mal à bou­cher les plus gros trous des murs et du toit pour que les fidèles ne fussent pas trop mouillés, les jours de pluie, en y réci­tant leurs prières.

Noël dans un village détruit par la guerreIl y avait là Léon­tine, dont les trois mai­sons avaient été brû­lées et qui logeait main­te­nant dans un gre­nier froid.

Il y avait là Thé­rèse, à qui les Alle­mands n’avaient lais­sé ni meubles, ni linge et qui était venue à l’office avec le man­teau de sa voi­sine.

Il y avait Fran­çois, de la ferme des Noues, dont tous les che­vaux et les vaches avaient été emme­nés par la troupe, si bien qu’il ne pou­vait plus labou­rer ses terres et, à côté, dans le même banc, la pauvre Made­leine dont le mari avait été tué d’un coup de fusil à l’entrée du bourg.

Il y avait Ger­maine, la boi­teuse, dont les trois fils étaient pri­son­niers…

Et Théo­dore dont la femme et les deux filles avaient péri ensemble, ense­ve­lies sous la grange…

Et Mar­gue­rite qui avait per­du, en fuite, son petit gar­çon, et per­sonne ne savait plus ce qu’il était deve­nu…

| Ouvrage : Autres textes .

Un sourire qui vaut de l’or.
Conte de Noël.

Il était une fois un vieux ber­ger qui aimait la nuit, son silence, son ciel par­se­mé d’étoiles. Ces étoiles, il les connais­sait par leur nom. En les regar­dant, il disait sou­vent à son petit fils :

— Il va venir.

— Quand vien­dra-t-il ? deman­dait l’enfant.

— Bien­tôt !

Les autres ber­gers riaient.

— Bien­tôt !… Tu répètes cela depuis des années ! » Mais le vieux ber­ger ne les écou­tait pas.

Une seule chose l’inquiétait, son petit-fils aus­si com­men­çait à dou­ter. Et quand lui ne serait plus là, qui donc redi­rait aux plus jeunes ce que les pro­phètes avaient annon­cé depuis tou­jours ? Ah ! S’il pou­vait venir bien­tôt ! Son cœur était tout rem­pli de cette attente.

* * *

Noel - Vieux berger parlant de la venue du messie à son fils— Por­te­ra-t-il une cou­ronne en or ? deman­da sou­dain le petit-fils ?

— Oui ! Cer­tai­ne­ment.

— Et une épée d’argent ?

— Pour sûr !

— Et un man­teau de pourpre ?

— Peut-être.

Et le petit-fils sem­blait heu­reux.

Assis sur un rocher, le gar­çon jouait de la flûte. Le vieux ber­ger écou­tait atten­ti­ve­ment la mélo­die simple et pure : l’enfant s’exerçait jour après jour, matin et soir pour être prêt quand le roi vien­drait.

Auteur : André-Delastre, Louise | Ouvrage : Autres textes .

Par­mi les fêtes chré­tiennes, Noël avait toutes les pré­fé­rences de saint Fran­çois [d’Assise] (il n’est pas le seul) ! Ce jour, qui nous a don­né le Sau­veur, ne pou­vait à ses yeux appor­ter assez de joie aux créa­tures, même à leur corps, ce « Frère Âne » qu’il trai­tait si mal d’ordinaire. Une année que Noël tom­bait un ven­dre­di, les frères déli­bé­raient pour savoir si l’on ferait maigre ce jour-là. Fran­çois pro­teste : « Ne par­lez pas de ven­dre­di ni de maigre 1 un jour pareil, le jour où l’Enfant-Dieu est né. Je vou­drais qu’en ce jour les murs mêmes puissent man­ger de la viande, ou du moins qu’on les frotte de graisse puisqu’ils ne peuvent man­ger ».

Il deman­dait aux riches de réga­ler les pauvres en l’honneur de la fête et de don­ner aux bœufs et aux ânes, com­pa­gnons de Jésus dans l’étable, double ration d’avoine et de foin. — « Si je connais­sais l’Empereur, disait-il encore, je le sup­plie­rais de faire une loi ordon­nant de semer du grain sur les routes pour le régal des petits oiseaux, et sur­tout de nos sœurs les Alouettes. » Ces alouettes, qui montent si haut dans le ciel en chan­tant, devaient lui rap­pe­ler les anges de Beth­léem.

Bref, notre saint aimait tant Noël que, trois ans avant sa mort, lui vint à ce sujet une belle idée. Il fait appe­ler Mes­sire Jean, noble riche, ins­truit et chré­tien plus fervent encore. — « Rends-toi à Grec­cio si tu le veux bien, lui dit-il ; nous y célé­bre­rons la pro­chaine fête du Sei­gneur. Pars dès main­te­nant et occupe-toi des pré­pa­ra­tifs que je vais t’indiquer… »

Ici, nous ne tra­hi­rons pas le secret que, lon­gue­ment, Fran­çois confie à l’oreille de Jean. Celui-ci accepte aus­si­tôt et se met en route.

La grande Nuit arrive. On a convo­qué les Frères de plu­sieurs cou­vents des envi­rons et le peuple se presse, nom­breux, avec des torches et des cierges. Tous sont fort intri­gués : il y aura une sur­prise, paraît-il. Le lieu, déjà, étonne. Une messe de minuit en plein bois, dans une grotte, une cabane ? Un frère ras­sure les scru­pu­leux : la per­mis­sion de dres­ser cet « autel por­ta­tif » — comme nous dirions — a été obte­nue de Rome. Elle était alors très rare­ment don­née, mais le Pape véné­rait beau­coup Frère Fran­çois.

Notes :

  1. Faire maigre est se pri­ver de viande, par péni­tence, le ven­dre­di et cer­tains jours de l’Avent et du Cueille ou les veilles de grandes fêtes. L’Église a adou­ci ce com­man­de­ment, mais beau­coup de fidèles conti­nuent à l’observer ; c’est tout de même une bien petite pri­va­tion !
Auteur : Lenotre, G. | Ouvrage : Autres textes .

Légende de Noël sous la Révolution - G. Lenôtre
C’était une grande pou­pée.

Aus­si loin que se reportent dans le pas­sé mes sou­ve­nirs, je revois la vieille mar­quise de Fla­vi­gny, sou­riante et sereine, habi­tuel­le­ment assise dans une antique ber­gère gar­nie de velours cou­leur de pêche, sur lequel se déta­chaient ses che­veux gris et ses grands bon­nets de den­telle ornés de nœuds trem­blants.

Près d’elle se tenait, presque sans cesse, sur une chaise basse, une femme du même âge, sou­riante aus­si, le visage calme et apai­sé. On appe­lait celle-ci « made­moi­selle Odile ». Ce n’était pas une ser­vante ; une grande fami­lia­ri­té sem­blait unir les deux vieilles dames qui, tout en tri­co­tant des jupons de laine bleue à grosses mailles qu’elles dis­tri­buaient aux pauvres, le jeu­di matin, avec une miche de pain et cinq pièces de deux liards, échan­geaient à voix basse, d’un air de cama­ra­de­rie, presque de com­pli­ci­té, d’interminables confi­dences. À cer­tains jours, jours de grands ran­ge­ments, quand le tri­cot chô­mait, les deux amies entre­pre­naient la visite de leurs armoires, immenses bahuts de chêne ver­ni à longues pom­melles de cuivre, avec des entrées de ser­rures, étroites et hautes, décou­pées en ara­besques ; elles ouvraient des boîtes, enru­ban­naient le linge, éten­daient sur les rayons de beaux nap­pe­rons bro­dés, épous­se­taient, frot­taient toute la jour­née. Nous étions là une bande d’enfants admis à ce spec­tacle salu­taire, à condi­tion de ne tou­cher à rien.

Au fond d’une de ces mys­té­rieuses armoires, comme en un sanc­tuaire, repo­sait, debout dans une boîte de verre, un objet pour lequel les deux dames sem­blaient avoir une sorte de véné­ra­tion. C’était une grande pou­pée vêtue, à l’ancienne mode, d’une robe de soie éli­mée ; les années l’avaient faite presque chauve ; son nez était cas­sé, ses mains et son visage étaient écaillés et déver­nis, et je me rap­pelle qu’elle n’avait plus qu’un sou­lier, un vieux sou­lier de maro­quin tout cra­que­lé, avec une boucle d’argent noir­ci et un haut talon qui avait été rouge.

Quand elles en arri­vaient à cet impo­sant bibe­lot, la mar­quise et Mlle Odile le dépla­çaient avec des ména­ge­ments d’enfant de chœur maniant un reli­quaire : elles en par­laient à voix crain­tive, en phrases courtes :

« ELLE a encore per­du des che­veux… Son jupon est main­te­nant tout usé… Voi­là un doigt qui tom­be­ra bien­tôt. »

On sou­le­vait avec mille pré­cau­tions le cou­vercle de verre, on rajeu­nis­sait le poivre, on défri­pait la jupe à petits coups d’ongle très pru­dents. Puis on remet­tait la pou­pée en place, debout sur le plus beau rayon, comme sur un autel.

« Tient-elle bien, ma mie ? » deman­dait la mar­quise. C’est ain­si qu’elle dési­gnait Mlle Odile. Celle-ci, fami­liè­re­ment, l’appelait « madame Solange », sans jamais lui don­ner son titre, par­lant avec une sorte d’accent loin­tain d’Alsace, sans rudesse pour­tant, et si dis­cret qu’on l’eût dit estom­pé par le temps.

Nous n’en savions pas davan­tage sur l’histoire des deux vieilles dames et de leur pou­pée quand, un soir — c’était la veille de Noël d’une année qui est déjà bien loin — nous fûmes, d’un coup, ini­tiés à tout le mys­tère. Ce jour-là, Odile et la mar­quise avaient bavar­dé avec plus d’animation encore qu’à l’ordinaire. Vers le soir, toutes deux s’étaient recueillies et avaient fait silence : les mains jointes, elles se regar­daient d’un air atten­dri et l’on devi­nait qu’un com­mun sou­ve­nir leur rem­plis­sait l’âme.

Quand la nuit fut tout à fait tom­bée, Odile allu­ma les bou­gies ; puis, sor­tant de des­sous son tablier un trous­seau de clefs, elle ouvrit l’armoire à la pou­pée. On tira la pou­pée de sa boîte ; dans ses fal­ba­las ter­nis, avec sa tête sans che­veux, elle parais­sait bien plus vieille que les deux dames qui se la pas­saient, de main en main, avec des mou­ve­ments soi­gneux, presque tendres. La mar­quise la prit sur ses genoux, rame­na dou­ce­ment le long du corps les bras de plâtre, dont les join­tures firent entendre un vieux petit grin­ce­ment sem­blable à une plainte, et elle se mit à contem­pler la « dame » avec un sou­rire d’affection.