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26 septembre 2026Saint Cyprien et sainte Justine, Martyrs

Cyprien naquit vers le milieu du IIIe siècle, à Antioche, petite ville sur les confins de la Syrie et de l’A­ra­bie ; il fut éle­vé par ses parents dans toutes les super­sti­tions du paga­nisme. Pour se per­fec­tion­ner dans les sciences occultes, il par­cou­rut diverses contrées et se ser­vit de ses connais­sances pour per­ver­tir les vierges. L’une de ses com­pa­triotes, Jus­tine, vierge chré­tienne, s’ar­mant du signe de la croix, ren­dit inutiles toutes les res­sources de son art dia­bo­lique. Obli­gé de s’a­vouer vain­cu, Cyprien tom­ba dans le déses­poir. Il eut fina­le­ment l’i­dée de s’a­dres­ser à un saint prêtre, nom­mé Eusèbe, qui lui per­mit de paraître le dimanche dans l’as­sem­blée des fidèles. Tou­ché de leur atti­tude recueillie, il se conver­tit, fut bap­ti­sé et vou­lut répa­rer ses scan­dales en deman­dant d’exer­cer dans l’é­glise les plus bas emplois. Au bout d’un cer­tain temps, il fut ordon­né prêtre et devint même évêque d’An­tioche, sa patrie. Quand écla­ta la per­sé­cu­tion de Dio­clé­tien, cet empe­reur, qui était à Nico­mé­die, se fit ame­ner Cyprien en même temps que la vierge Jus­tine : il les condam­na tous les deux à être déca­pi­tés. C’é­tait vers l’an 304.


| Auteur : Dubard, Robert | Illustration : Dionnet, René

(pre­mière par­tie)

LA FONTAINE MIRACULEUSE.

Les cha­noines lais­sés à la garde de la cha­pelle ne man­quaient de rien, si ce n’est d’eau douce. Car il n’y avait sur le Mont, ni fon­taine, ni puits, ni citerne. 

Saint Aubert était à ce sujet en grand embar­ras. Il pria Dieu de tout son cœur, et saint Michel aus­si, de pour­voir les cha­noines en eau. 

Un jour qu’il se trou­vait avec ses clercs au som­met du Mont, avec beau­coup de dévo­tion, le Saint pria ainsi :

— Aus­si vrai­ment qu’au désert, l’eau jaillit de la pierre dure, pour le peuple assoif­fé, aus­si vrai­ment par cha­ri­té, ô Dieu ! donne de l’eau à ce Mont qui n’en a point. 

Quand il eut prié, il se leva, un ange vint lui mon­trer une pierre, qu’il sou­le­va et l’eau cou­la fraîche et claire. Depuis, cette source a gué­ri maints malades. 

Cette fon­taine, appe­lée de St-Aubert en sou­ve­nir de l’é­vêque, avait été enfer­mée dans une tour for­mant avan­cé dans les défenses de l’Ab­baye. Elle est aujourd’­hui tarie ; mais des ves­tiges de l’es­ca­lier y condui­sant et les fon­da­tions de la tour existent encore.

MORT DE SAINT AUBERT.

Quand saint Aubert sen­tit sa fin proche, il réunit ses clercs et leur deman­da quand il serait mort, de faire trans­por­ter son corps au Mont, où il vou­lait être enter­ré dans la cha­pelle de Saint-Michel. 

La mort du saint évêque fut un grand cha­grin pour toute la popu­la­tion. Tout le monde le pleu­rait, car il avait été bon pour tous. Quand il savait où se cachait un pauvre dans la peine, il le visi­tait lui-même, et le récon­for­tait avec bon­té et en par­tant lui fai­sait l’aumône. 

Les cha­noines, après avoir revê­tu le corps des vête­ments épis­co­paux, l’é­ten­dirent dans la bière, et après la céré­mo­nie funèbre à la cathé­drale d’A­vranches, le cer­cueil fut por­té par quatre barons vers le Mont, sui­vis d’une foule considérable. 

Les cha­noines du Mont vinrent rece­voir leur sei­gneur. Ils étaient, dit-on, si affli­gés, qu’ils ne purent rien chan­ter à haute voix. 

Après la céré­mo­nie, le cer­cueil fut enter­ré dans le chœur, la tête vers l’autel. 

Plu­sieurs miracles eurent lieu sur cette tombe.

Après ces miracles les cha­noines pen­sèrent mettre le corps dans une châsse, mais ils mirent à part la tête et le bras droit, pour pou­voir les por­ter en pro­ces­sion, et les mon­trer aux pèle­rins, à l’oc­ca­sion des grandes fêtes. 

Le crâne du Saint por­tait la marque pro­fonde du doigt de l’ange.

CURIOSITÉ PUNIE D’UN CHANOINE.

Les reliques de saint Michel, venant du Mont Gar­gan, avaient été pla­cées dans une boîte scel­lée. Cette boîte était elle même enfer­mée dans un reli­quaire qui demeu­rait sur l’autel. 

Long­temps après la mort d’Au­bert, il y eut un cha­noine curieux, qui deman­dait à cha­cun s’il avait jamais vu reti­rer les reliques.

— Jamais, lui répon­dit-on, ni n’a­vons enten­du dire que quel­qu’un ait osé les reti­rer de la boîte où saint Aubert les a pla­cées. Nous ne savons rien de plus, que ce qui nous a maintes fois été conté par nos ancêtres.

— Par ma foi, répon­dit le cha­noine, l’en­vie m’a pris de les voir. Si Dieu m’aide, ou je les ver­rai, ou j’en mour­rai. Per­met­tez, je vous prie, que je les voie et les tire de la châsse. 

Tous lui recom­man­daient de n’en rien faire. Mais plus les sages conseils étaient don­nés au cha­noine, plus il brû­lait du désir de faire ce qu’il avait dit. 

Il insis­ta tant, qu’à la fin, les autres las­sés, le lais­sèrent agir à son gré. Notre cha­noine, après avoir jeû­né trois jours, et le qua­trième s’être lavé le corps, célé­bra la messe sur l’au­tel de Saint-Michel, où étaient les reliques. 

Quand il eut ter­mi­né l’of­fice divin, il prit la châsse. Il la regar­da lon­gue­ment, puis s’ai­dant d’un cou­teau, il vou­lut en sou­le­ver le cou­vercle. Il leva la main pour le faire, mais sen­tit sou­dain son bras immo­bi­li­sé. La peur le prit. Ses yeux ne virent plus, et ses oreilles n’en­ten­dirent plus. Il vou­lut crier, il ne put, étant tout à coup deve­nu sourd, muet et aveugle. 

Ceux qui le regar­daient accou­rurent vers lui. Le mal­heu­reux pleu­rait à gros san­glots et sup­pliait en son cœur l’ar­change qu’il avait offen­sé de lui faire miséricorde. 

On l’emporta, car il ne pou­vait guère remuer, et, on le mit au lit. Les plaintes et sa misère fai­saient pitié à ceux qui le voyaient. Il mou­rut le len­de­main dans une telle dou­leur et repen­tance qu’on peut espé­rer que Dieu lui aura fait grâce. 

Un autre curieux fut de même puni. Ce fut, cette fois, un jeune homme du nom de Coli­bert. Il avait vou­lu pas­ser une nuit dans l’é­glise, mal­gré la défense qui lui en avait été faite par les cha­noines. On disait alors, que saint Michel venait sou­vent, la nuit, visi­ter son ora­toire, ce qui expli­quait les grandes lueurs qui furent maintes fois aper­çues au-des­sus du Mont. 

Ouvrage : Tout l'Évangile en images | Auteur : Baeteman, R. P. J.

De toutes les paroles de Jésus, il en est une, bien frap­pante : « Quand j’au­rai été éle­vé de terre (c’est- à‑dire cru­ci­fié), j’at­ti­re­rai tout à moi ! » — En effet, quand il mou­rut, il n’a­vait plus autour de lui, que sa Mère, Saint-Jean, Made­leine, c’est tout. Les Juifs l’a­vaient cru­ci­fié, ses apôtres l’a­vaient abandonné…

| Auteur : Dubard, Robert | Illustration : Dionnet, René
Saint Aubert pose son étoles sur le dragon

Vous connais­sez sans doute le Mont Saint-Michel. Je vous sou­haite d’y être allé par un beau jour d’é­té, quand le soleil joue dans les pierres de l’Ab­baye, se plaît à en sou­li­gner les détails par de gros traits d’ombre, et quand ce même soleil trans­forme l’é­ten­due des sables en moire changeante.

Vous connais­sez, ou vous connaî­trez à de pro­chaines vacances « le Mont », avec ses rues mon­tantes qui finissent en esca­liers, ses den­telles de pierre, ses bou­tiques où l’on vou­drait tout ache­ter, ain­si que la longue et magni­fique pro­me­nade en auto­car pour y par­ve­nir. Un sou­ve­nir que l’on n’ou­blie pas.

Mais, ce que vous igno­rez, c’est l’his­toire de ce rocher, toutes les mer­veilleuses légendes qui l’en­tourent comme d’une nuée dorée. On les évo­quait jadis, aux veillées, une tra­di­tion qui s’est trans­mise d’âge en âge et dont l’o­ri­gine se perd à l’ho­ri­zon de l’his­toire. Le mer­veilleux a dis­pa­ru de notre vie, et c’est grand dom­mage. Peut-être est-il un des ali­ments de l’âme, une source de poé­sie sûre­ment, que nous lais­sons tarir, faute d’y puiser.

Fort heu­reu­se­ment pour nous, un moine du XIIe siècle a recueilli ces récits légen­daires. C’est ain­si qu’ils nous sont par­ve­nus dans leur naï­ve­té et leur pieuse fraî­cheur. La légende s’y mêle aux faits, comme dans ces tapis­se­ries du moyen âge, les fils d’or aux fils de laine. Connais­sant la belle aven­ture du Mont Saint Michel, quand vous l’i­rez voir, la poé­sie des temps pas­sés s’a­jou­tant à la joie de votre décou­verte, votre joie en sera plus grande.

LE MONT AU TEMPS DES GAULOIS.

La gran­diose pers­pec­tive de la baie du Mont-Saint-Michel était, au temps des Gau­lois, une val­lée maré­ca­geuse et boisée.

À quelle époque la mer a‑t-elle enva­hi cette val­lée ? Les savants ne sont pas d’ac­cord sur la date à laquelle s’est pro­duite cette gigan­tesque inon­da­tion. Cer­tains la fixent au 1er ou au IIe siècles de l’ère chré­tienne, d’autres au IIIe siècle, d’autres encore, se mon­trant plus pré­cis, donnent une date, 709 de notre ère.

Les argu­ments s’é­changent comme des jave­lots acé­rés, mais aucun n’est assez pro­bant pour confondre l’adversaire.

Nous nous gar­de­rons de nous mêler à une contro­verse pour laquelle nous n’a­vons aucune com­pé­tence, et qui, du reste, est hors de notre sujet.

On croit savoir qu’au temps des Gau­lois, des drui­desses habi­taient le Mont, qui était alors appe­lé Bele­nus. Mais, des haches de pierre ont été retrou­vées dans les grottes du rocher, ce qui prou­ve­rait une habi­ta­tion plus ancienne encore.

Un temple païen y fut édi­fié au temps de l’oc­cu­pa­tion romaine ; mais dès le VIe siècle, on signale sur le Mont qui s’ap­pe­lait alors « Mont Tum­ba » ou Mont Tombe, la pré­sence d’a­na­cho­rètes. Ils y avaient édi­fié deux petites cha­pelles, dédiées à Saint-Étienne et à Saint-Sym­pho­rien et vivaient, comme tous les pieux ermites, une vie consa­crée à la prière et aux mortifications.

LA LÉGENDE DU LOUP.

Ils ne voyaient jamais per­sonne, pas même le curé du vil­lage voi­sin d’Astre, qui, cepen­dant, pour­voyait à leur nour­ri­ture. Il le fai­sait d’une façon fort curieuse : par un âne, sans nul guide. Cet âne était si bien dres­sé, et il connais­sait si bien le che­min, que jamais il ne s’é­car­tait de sa route, et il allait seul et reve­nait, de son vil­lage au Mont où demeu­raient les ermites.

Ouvrage : Percy Wynn | Auteur : Finn, Francis

— Eh ! jeune homme, qu’est-ce que tu fabriques ici ? 

La per­sonne à qui s’a­dres­sait cette rude ques­tion était, un enfant blond et déli­cat, dont l’âge ne parais­sait pas dépas­ser neuf ou dix ans. Avant d’être ain­si inter­pel­lé, il se tenait soli­taire, assis sur un banc dans un coin reti­ré de la cour de récréa­tion. Au pre­mier coup d’œil, il était aisé de voir que, ce n’é­tait pas un être vulgaire. 

Les lèvres de l’en­fant trem­blèrent, mais il ne répon­dit pas : il sem­bla cher­cher une réponse, dont les mots ne vou­laient pas venir. 

— Au moins, dis-nous ton nom ? 

— Per­cy Wynn[1], Mon­sieur.

La voix était claire et argen­tine. Le nom fut accueilli par un mur­mure de déri­sion de la part des sui­vants de Richards[1].

— Per­cy Wynn ! Per­cy Wynn ! répé­ta le chef d’un ton qu’il croyait spi­ri­tuel, quel joli nom ! N’es-tu pas de mon avis ? 

— Oh ! que oui, répon­dit Percy. 

Les enfants écla­tèrent de rire. Per­cy com­prit qu’on se moquait de lui, le sang afflua vers ses joues, il devint écarlate. 

— Oh ! là, là ! m’é­cria Mar­tin Peters[1] ; un petit fluet à visage de fouine, quel soleil ! comme il rou­git ! c’est une fille. 

À défaut de force phy­sique, Peters avait une langue méchante.

Un autre rire se fit entendre et Per­cy, se voyant le point de mire d’une ving­taine d’yeux mau­vais, qui rayon­naient de son embar­ras, rou­git encore plus et, se levant, essaya de se frayer un pas­sage et d’é­chap­per à la pénible obses­sion de ses bourreaux. 

Au collège, Percy Wynn est défendu par Tom Playfair
Bien sûr, il ne veut pas rece­voir de gifles, dit un nou­vel arrivant.

Mais Richards le sai­sit vio­lem­ment par le bras. 

— Pas si vite, Percy. 

— Je vous en prie, lais­sez-moi par­tir, j’ai besoin d’être seul. 

— Pas du tout, assieds-toi. J’ai à te poser quelques questions. 

Et Richards le fit brus­que­ment retom­ber sur son siège.

— Mon cher Per­cy, sais-tu où tu cou­che­ras ce soir ? 

— Oui, Mon­sieur, en haut dans le… dor­toir, je crois que c’est bien le nom. Le sur­veillant m’a mon­tré ma place il y un quart d’heure. 

— Très bien. Mais comme tu es nou­veau, il faut que je t’ap­prenne les usages. Ce soir, dès que tu seras cou­ché, — et il fau­dra te dépê­cher, — tu diras à haute voix : « Étei­gnez la lampe, Mon­sieur le sur­veillant, je suis au lit. »

Les audi­teurs et admi­ra­teurs de Richards prirent une expres­sion de gra­vi­té affec­tée… Le men­songe, voi­là le niveau du comique qui leur convenait. 

— Vrai­ment, il faut dire, cela ? dit Per­cy. Excu­sez-moi Mon­sieur, un autre ne pour­rait-il prendre ma place ?

— Non, non, il faut que ce soit toi : les nou­veaux le font tous, le pre­mier soir de leur arrivée.

— Mais, mais… s’é­cria Per­cy, quelle drôle de coutume !

— Drôle… passe… dit Richards, il faut le faire quand même.

— Bien… je le ferai. 

— Te rap­pelles-tu bien la phrase :

— « Mon­sieur le sur­veillant, étei­gnez la lampe, je suis au lit. »

— Tu as une mémoire d’ange. — Autre chose main­te­nant. Tu vas faire cra­quer tes doigts, tout de suite. 

— Faire cra­quer quoi ? deman­da Per­cy d’un air embarrassé. 

— Regarde, et Richards, pres­sant la main droite contre les pha­langes gauches, fit jaillir de ses arti­cu­la­tions un bruit sonore. 

— Je ne pour­rai jamais, Mon­sieur, dit Per­cy très sérieux

— Peu importe, essaie. 

— Je vous en sup­plie, pas cette fois ; j’es­saie­rai en mon par­ti­cu­lier, et quand j’au­rai appris, je serai si heu­reux de céder à vos désirs.

— Peuh ! s’é­cria John Somers, il a appris le dictionnaire. 

— Je vous assure qu’il n’en est rien, répli­qua Per­cy gravement. 

— Allons, allons ! reprit Richards d’un ton presque mena­çant, essaie, et un peu vite. Pas de caprices. 

Per­cy ne put plus y tenir. Écla­tant en san­glots, il se leva et ten­ta encore de se faire jour à tra­vers ses persécuteurs. 

Richards le sai­sit plus rude­ment que la pre­mière fois et le reje­ta bru­ta­le­ment sur le banc. 

— Veux-tu rece­voir une gifle, ou faire ce qu’on te dit ? 

— Bien sûr, il ne veut pas rece­voir des gifles et il serait bien sot de faire ce que tu demandes, dit un nou­vel arri­vant, qui s’é­tait ouvert un pas­sage dans le groupe en don­nant sans céré­mo­nies des coups de coude à droite et à gauche. 

  1. [1] Pro­non­cez : Ouinn, Rid­chard’s, Péterss↩
Ouvrage : Tout l'Évangile en images | Auteur : Baeteman, R. P. J.

Notre Sei­gneur n’ex­clut pas le tra­vail et la pré­voyance ; lui-même a gagné son pain à la sueur de son front. Mais il ne veut pas que nous soyons pré­oc­cu­pés outre mesure de l’a­ve­nir, et il nous ordonne de nous confier à sa pro­vi­dence pater­nelle. Et voi­ci pour­quoi : Lui qui nous…