CXXXII. Résurrection et triomphe du Christ.
Quatorze fois dans le temps de ses prédications Notre-Seigneur avait annoncé qu’après sa Passion et sa mort, il ressusciterait le troisième jour, et il présentait d’avance
La prière d'une protestante
Sortant de l'usine où elle a travaillé tout le jour, une femme aux traits amaigris s'engage dans l'étroit chemin qui mène hors de la ville jusqu'à une « grotte de Lourdes ». Voilà huit jours
CXXXIII. Marie-Madeleine au tombeau.
Marie-Madeleine, la pauvre pécheresse convertie, la fidèle et courageuse chrétienne du Calvaire, poussée par son amour pour Jésus, sortit de Jérusalem le dimanche matin avant même
La Vierge aux oiseaux
La Vierge fuyait avec l’enfant devant les soldats du roi Hérode. En chemin elle rencontra la colombe, et la colombe lui demanda :

– Où vas-tu avec ton enfant ?

La Vierge alors lui répondit
Méchants buissons, blanches robes et très gente Dame
Assomption
« Ciel ! comme nous voilà faits !... »

Ils étaient partis endimanchés, vêtus de blanc ainsi que les lis des jardins et les marguerites des champs. Partis

Et maintenant une histoire ! Posts

Auteur : Duhamelet, Geneviève | Ouvrage : Chandeleur .

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IV

Après une mati­née aus­si aus­tère, les enfants éprou­vaient le besoin de se détendre, et l’oncle Pas­cal pro­po­sa de les emme­ner en pro­me­nade l’après-midi.

Donc, sitôt après le déjeu­ner, la petite bande se trou­va prête. Le temps était superbe, un peu froid, mais la marche réchauffe, fait rou­gir les joues et briller les yeux.

On gagna rapi­de­ment la cam­pagne. Un vigne­ron plan­tait une vigne nou­velle. Le jeune blé poin­tait entre les sillons bruns. Gil­bert, comme un étour­neau, dit :

— Tiens, du gazon !

Mais ce gazon-là, si Dieu le bénit, devien­dra l’épi lourd de grains, et l’oncle Pas­cal recom­man­da aux enfants de mar­cher bien au milieu du sen­tier et de ne pas fou­ler aux pieds l’herbe pré­cieuse.

Quel est cet oiseau qui pro­mène sur les che­mins sa digni­té en habit noir ? C’est un merle. Il ne chante pas encore. L’alouette non plus, la petite alouette grise, amie du labou­reur, ne monte pas encore vers le ciel en lan­çant son tire­li. Les bonnes gens disent qu’elle ne chan­te­ra que dans trois jours, à la Sainte Agathe (le 5 février), mais elle est là, tapie au creux du sillon, rete­nant dans sa gorge gon­flée le chant qu’elle va chan­ter, comme si elle fai­sait retraite avant de s’envoler.

L’eau vive des prés s’échappe en bon­dis­sant des pri­sons de cris­tal où le vieil hiver l’avait enfer­mée. La neige fond par places et, par places, demeure aux ravins que la bise du nord a pris pour domaines.

— Oncle Pas­cal, dit Agnès qui a de bons yeux, vois donc là-bas ces mor­ceaux de neige, on dirait une les­sive qui sèche.

Au flanc des coteaux de grands arbres se dressent. La sève recom­mence à cir­cu­ler dans les branches. Sur le sol feu­tré de feuilles mortes, un fris­son va pas­ser. Mille petites herbes inco­lores sont prêtes à sou­le­ver l’enveloppe qui les oppresse, à poin­ter, à ver­dir au pro­chain rayon de soleil. Les cor­beaux, les geais et les pies, tristes oiseaux d’hiver, tiennent de rauques conci­lia­bules, mais ils savent bien qu’ils vont être dépos­sé­dés du grand silence syl­vestre dès que les vrais chan­teurs seront reve­nus et, dans leurs obs­cures petites pri­sons, les chry­sa­lides rêvent à leurs ailes.

L’oncle Pas­cal, qui est poète, explique toutes ces choses à ses neveux, et de ses lèvres s’échappe une vapeur, car il ne fait déci­dé­ment pas chaud.

— Ren­trons, pro­pose-t-il quand le ciel se déco­lore et que le soleil se cache. Nous fini­rons l’après-midi chez moi et nous par­le­rons encore de la Chan­de­leur, car j’ai bou­qui­né ce matin à votre inten­tion et j’ai des his­toires plein mon sac.

La chambre de l’oncle est un Para­dis ter­restre. Des livres tout le long des murs, de bons cous­sins pour s’asseoir par terre, un dra­geoir tou­jours rem­pli, et le plus lumi­neux, le plus écla­tant des feux de bois auquel on a la per­mis­sion de tou­cher avec les lourdes pin­cettes.

Enfants écoutant les histoires du soir

Auteur : Duhamelet, Geneviève | Ouvrage : Chandeleur .

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III

Pen­dant ce temps, maman, Agnès et Gil­bert se diri­geaient vers l’église, et maman expli­quait à ses enfants le sens de la céré­mo­nie à laquelle ils allaient assis­ter.

— L’Église, leur dit-elle, pro­cède chaque année à trois grandes béné­dic­tions : la béné­dic­tion des cierges à la Puri­fi­ca­tion, la béné­dic­tion des cendres le pre­mier jour de Carême, la béné­dic­tion des palmes ou des buis le Dimanche des Rameaux. Et toutes ces béné­dic­tions sont sym­bo­liques.

Et comme Gil­bert levait vers elle son regard inter­ro­ga­teur, maman se hâta d’ajouter :

— C’est-à-dire qu’en plus de leur signi­fi­ca­tion visible, ces béné­dic­tions repré­sentent des choses invi­sibles, quoique réelles, telles que la divi­ni­té du Christ pour les Rameaux, la mor­ti­fi­ca­tion des fidèles pour les Cendres et, pour la fête d’aujourd’hui, le triomphe de Notre-Sei­gneur et de sa sainte Mère.

— Com­ment cela ? ques­tion­na Agnès à son tour.

— Sais-tu avec quoi sont fabri­qués les cierges ?

— Avec de la bou­gie, dit triom­pha­le­ment Gil­bert.

— Avec de la cire, rétor­qua dou­ce­ment sa mère, tan­dis qu’Agnès pouf­fait de rire.

— C’est cela que je vou­lais dire, pro­tes­ta Gil­bert vexé, et même, je sais que la cire vient des abeilles.

— Gil­bert n’avait pas tort, dit maman, beau­coup de cierges sont faits aujourd’hui avec de la stéa­rine, matière qui sert à faire les bou­gies. Mais les cierges qui servent aux céré­mo­nies de la litur­gie doivent être obli­ga­toi­re­ment en cire.

— Tu te rap­pelles, maman, les abeilles de grand-papa ? Il nous emme­nait près de leurs ruches, il nous expli­quait leur tra­vail et nous mon­trait les gâteaux de cire dont les cel­lules ruis­se­laient de miel.

Les cierges de l'église expliqués pour le catéchisme
Il nous emme­nait près des ruches.

— Il était bon, le miel de grand-papa, je me rap­pelle… et aus­si qu’un jour on a mis un crêpe aux ruches parce que grand-papa était mort, n’est-ce pas, maman ?

Maman ser­ra la petite main de son fils et conti­nua :

— La cire des abeilles vient des fleurs, comme le miel, et ce sont aus­si les abeilles qui l’élaborent. Elle est pure et par­fu­mée. Les Pères de l’Église com­parent la cire des cierges à la chair même du Christ, à son corps divin. Au milieu du cierge est la mèche qui brûle haut et droit. Cette mèche, c’est l’âme de Jésus, et la flamme qui la cou­ronne repré­sente la divi­ni­té. C’est ain­si qu’on a vu dans le cierge de la Chan­de­leur, l’image du Sau­veur lui-même. N’a-t-il pas dit : Je suis la lumière du monde ? Le cierge repré­sente aus­si la foi avec les bonnes œuvres, et la mèche cachée serait l’intention droite dont saint Gré­goire a dit : Que vos œuvres soient publiques, mais que vos inten­tions demeurent cachées. Ce qui veut dire de faire le bien, mais non par vani­té et avec osten­ta­tion.

Auteur : Duhamelet, Geneviève | Ouvrage : Chandeleur .

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II

C’est le matin de la Chan­de­leur et, par chance, c’est un jeu­di. Maman a pré­ve­nu hier soir qu’elle irait à la messe de huit heures et qu’elle sou­hai­tait emme­ner les deux grands et même Gil­bert, s’il vou­lait s’arranger pour être prêt à l’heure.

Pour l’instant, il s’attarde au contraire à regar­der par la fenêtre. Le ciel est bleu, d’un bleu tout vif, tout neuf, tout lavé. Mais le gazon du jar­din est fleu­ri d’étoiles blanches. Il a gelé cette nuit.

Les roses de Noël, au bord des plates-bandes, entr’ouvrent leurs petites corolles fri­leuses. Elles ont un bien joli nom, mais les bota­nistes les appellent sim­ple­ment des ellé­bores. Gil­bert l’a appris l’autre jour en étu­diant la fable du Lièvre et de la Tor­tue :

Ma com­mère, il vous faut pur­ger
Avec quatre grains d’ellébore.

Par curio­si­té, il aurait bien vou­lu goû­ter à ces fleurs roses et vertes qui pas­saient jadis pour gué­rir la folie. Mais Agnès, sage­ment, l’en dis­sua­da, lui affir­mant que c’était une plante véné­neuse. Ain­si en est-il de beau­coup de choses qui sont à la fois remède ou poi­son, selon qu’on sait ou ne sait pas les employer.

Fir­min, le jar­di­nier, pré­pare la terre pour repi­quer les lai­tues sous cloche. Hier, il a gref­fé deux poi­riers. Pro­messe de fruits. Dans la réserve où les enfants ne doivent pas péné­trer seuls, les pommes et les poires d’hiver com­mencent à s’épuiser : poires de Fri­bourg ou du bon chré­tien d’hiver, pommes de rai­nette ou de cal­le­ville qu’on fait reluire avant d’y enfon­cer les dents.

Mais, qu’est-ce que cette splen­deur au fond du pota­ger ? C’est l’amandier, le plus pres­sé de tous les arbres frui­tiers, qui a revê­tu hâti­ve­ment sa parure et qui, pour faire un brin de toi­lette, poudre de rose ses sar­ments des­sé­chés.

Histoire du soir - Le jardinier prépare la terre.
Le jar­di­nier pré­pare la terre.

Comme Gil­bert reste en extase à la fenêtre, une chaus­sette d’une main et son peigne dans l’autre, maman, qui est toute prête à par­tir pour la messe, menace de ne pas l’emmener. Agnès, heu­reu­se­ment, est toute prête, elle aus­si, et en deux temps, trois mou­ve­ments, elle chausse, débar­bouille, coiffe et habille le petit rêveur.

Il ne res­te­ra donc à la mai­son que grand’mère qui a de mau­vaises jambes, Chris­tine et le petit Phi­lippe. Papa et l’oncle Pas­cal n’ont pas de jeu­dis, eux, et la fête de la Chan­de­leur n’est pas fête d’obligation.

Mais, au moment de par­tir, Jean, qui a eu la coque­luche l’automne der­nier, est pris d’une telle quinte de toux que maman décide de le lais­ser à la mai­son et, pour le conso­ler, grand’mère lui glisse à l’oreille

— Viens dans ma chambre. Nous lirons l’office tous les deux.

Jean qui est très pieux — un jour, peut-être, il sera prêtre — aime beau­coup lire les offices avec grand’mère qui explique si bien toutes choses et qui, il le sent confu­sé­ment, est si près du bon Dieu.

— La Chan­de­leur, grand’mère, c’est ce qu’on appelle la Puri­fi­ca­tion, n’est-ce pas ?

— Oui, mon ché­ri. Le récit de cet évé­ne­ment est tout entier dans l’évangile selon saint Luc, celui des quatre évan­gé­listes qui nous a racon­té le plus de choses sur l’enfance de Jésus. La Sainte Vierge elle-même, sans doute, l’en ins­trui­sit.

Grand’mère s’est ins­tal­lée dans son fau­teuil. Elle a atteint le gros livre dans lequel elle lit si sou­vent et, tan­dis qu’elle ajuste ses lunettes, Jean s’assied à ses pieds sur un tabou­ret, comme s’il avait encore l’âge de Chris­tine. Mais on est tou­jours un tout petit pour sa grand’mère.

Grand’mère ouvre l’Évangile et elle lit len­te­ment, ver­set par ver­set, en s’arrêtant pour com­men­ter les paroles sacrées au petit gar­çon qui l’écoute avec atten­tion.

La Chandeleur pour le catéchisme - Marie et joseph portèrent l'Enfant à Jérusalem.
Marie et Joseph por­tèrent l’Enfant à Jéru­sa­lem.

Cha­pitre II, ver­set 22 : Quand les jours de leur puri­fi­ca­tion furent accom­plis selon la loi de Moïse, Marie et Joseph por­tèrent l’Enfant à Jéru­sa­lem pour le pré­sen­ter au Sei­gneur.

— Quand toi, tes frères et tes sœurs, avez fait votre pre­mière sor­tie avec votre petite maman, elle vous a menés d’abord à l’église. Elle vous a posés devant elle comme pour mieux vous offrir, et puis elle a deman­dé à un prêtre de pro­non­cer sur elle de belles prières qu’on appelle les Rele­vailles et qui sont faites pour atti­rer les béné­dic­tions du ciel sur les nou­velles mamans. La loi juive fai­sait une obli­ga­tion aux femmes de venir au Temple après la nais­sance de leurs enfants. La Sainte Vierge, parce qu’elle était la mère de Dieu, n’était pas, comme les autres femmes juives, assu­jet­tie à cette loi. Mais elle était si humble et si obéis­sante qu’elle ne vou­lut pas se sin­gu­la­ri­ser. Aus­si, qua­rante jours après la nais­sance de son fils — pour une fille, le délai eût été de quatre-vingt-dix jours — elle quitte Beth­léem et s’achemine vers le temple de Jéru­sa­lem, avec son petit enfant endor­mi dans ses bras et le bon saint Joseph auprès d’elle.

— Avaient-ils beau­coup de che­min à faire ?

Auteur : Duhamelet, Geneviève | Ouvrage : Chandeleur .

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I

Ça, c’est trop fort, s’exclama Gil­bert en enfon­çant la porte d’un coup de poing, selon son habi­tude.

Et la petite Chris­tine, qui trot­ti­nait der­rière lui, répé­ta d’un air cour­rou­cé, en fron­çant autant qu’elle le pou­vait ses sour­cils blonds au-des­sus de ses yeux clairs :

— C’est trop fort !

— Qu’est-ce qui est trop fort, deman­da tran­quille­ment grand’mère qui usait le jour, sui­vant son expres­sion, en tri­co­tant dans l’angle de la fenêtre.

— Voi­là, dit Gil­bert.

— Voi­là, dit Chris­tine en même temps.

— C’est moi qui raconte.

— Non, c’est moi…

— Cha­cun à son tour, pro­po­sa grand’mère, et Gil­bert, qui est un galant homme, lais­se­ra sa sœur par­ler la pre­mière.

Ce galant homme de huit ans ne put qu’obéir, et c’est ain­si que Chris­tine prit la parole.

— Grand’mère, c’est le sacris­tain qui est un méchant !

— Le sacris­tain ? L’aïeule demeu­rait stu­pé­faite. Le sacris­tain était un bon vieux pai­sible que les taqui­ne­ries des enfants de chœur ne par­ve­naient pas à rendre irri­table.

— Natu­rel­le­ment, tu racontes l’histoire par la fin ! obser­va iro­ni­que­ment le galant homme à qui la langue déman­geait.

Chris­tine n’avait que six ans. Elle n’avait pas encore appris à mettre de l’ordre dans ses dis­cours.

— Alors, raconte, toi, si je ne sais pas.

Gil­bert n’attendait que cette invi­ta­tion.

— Eh bien, grand’mère, figure-toi que nous avons vou­lu, moi et Chris­tine…

— Chris­tine et moi, cor­ri­gea l’aïeule.

— Bon, si tu veux, Chris­tine et moi… nous avons vou­lu aller faire ce soir, en sor­tant de l’école, notre prière au petit Jésus.

— On y va tous les soirs depuis Noël, reprit la petite fille d’une voix per­çante, et puis on donne des sous à l’ange qui dit mer­ci avec sa tête.

l'ange dit merci avec sa tête
On donne des sous à l’ange qui dit mer­ci avec sa tête.

— Donc, on a vou­lu y aller… et quand on est entré dans l’église, sais-tu ce qu’on a vu ?

— On a vu… on a vu… plus rien du tout ! Plus de crèche, grand’mère ! Les Mages sont par­tis et les Ber­gers aus­si, et tous les ani­maux et l’étoile. Et le sacris­tain embal­lait le petit Jésus dans une boîte, avec de la fibre et du papier de soie !

— Dans une boîte ! répé­ta Chris­tine indi­gnée.

— Alors, on a deman­dé au sacris­tain pour­quoi il enle­vait tout et il a dit : la crèche, c’est fini.

— Parce que c’est demain la… la quoi, Gil­bert ?

— La Chan­de­leur. Il a dit, c’est demain la Chan­de­leur. Qu’est-ce que c’est que ça, grand’mère ?

Grand’mère regar­dait les deux petits. Un peu de mélan­co­lie embuait ses yeux.

— Oui, la crèche, c’est fini… le petit Jésus a gran­di. Vous aus­si, vous gran­dis­sez, mes ché­ris.

— C’est vrai, dit Chris­tine, puisque je ne tiens plus dans mon petit lit et que je le donne à Phi­lippe.

— Maman nous mesure, tu sais, près de la porte de sa chambre. Elle dit que je serai plus grand que Jean. J’ai deux cen­ti­mètres de plus que lui à mon âge, ajou­ta Gil­bert avec orgueil.

— Moi, je suis grande aus­si, pro­tes­ta Chris­tine. Le petit Jésus, il n’est pas plus grand que Phi­lippe.

Et elle se tour­nait vers le der­nier-né qui som­meillait dans son cha­riot alsa­cien, tout pareil en effet au Jésus des crèches, avec ses bonnes joues rondes et roses et ses petits poings fer­més.

Auteur : Nesmy, Jean | Ouvrage : Autres textes .

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(Conte d’Épiphanie)

Un che­min qui monte, monte roide entre de hauts talus cou­ron­nés de genêts et d’ajoncs, un che­min tout au plus bon pour les mules, c’est le che­min de Gré­ne­fol : un vrai che­min du para­dis, qui monte, monte, avec le ciel au bout.

Il va tout d’un élan de la borde de Gré­ne­fol à l’église de Figue­blanche, tout droit, sans le moindre caprice d’école buis­son­nière, sans le plus inno­cent jeu de cligne-musette à tra­vers champs. C’est tout au plus s’il se per­met de loin en loin un cloche-pied.

La borde est au creux de la combe, petit capu­chon bleu poin­tant dans un man­teau de bois. Le clo­cher de l’église, tout en haut de la côte, jette à tous vents le son de ses cloches en plein ciel, et du matin au soir sur­veille la ronde de son ombre tour­nante sur la pous­si­née de mai­sons qui est autour.

Et donc, mon­tant roide de la borde à l’église à vous rompre l’haleine, des­cen­dant fol­le­ment de l’église à la borde à vous rompre le cou, voi­là le che­min de Gré­ne­fol, où seuls fré­quentent, avec les mules du mou­lin escor­tées d’un Pier­rot sif­fleur et fan­fa­ron, quelques petits du caté­chisme.

Le Pier­rot peut à peine, tant la chaus­sée en est étroite, y faire cla­quer son fouet à deux mèches, et encore à petite volée ; les gars du caté­chisme, petites jambes et courtes haleines, même l’hiver si froid qu’il fasse, ne le grimpent qu’en souf­flant.

Un vrai che­min du para­dis !

*

Une gelée dans la campagne de Limoges