Étiquette : 2 juin

| Ouvrage : Autres textes .

Temps de lec­ture : 6 minutes

Au secours des persécutés

Pen­dant l’occupation alle­mande, la police traque non seule­ment les patriotes, mais aus­si les Juifs, sim­ple­ment parce qu’ils sont juifs et que le gou­ver­ne­ment hit­lé­rien veut tous les mettre à mort. Bien des catho­liques, alors, ont appor­té leur sou­tien à ces mal­heu­reux, n’hésitant pas à s’exposer eux-mêmes à la pri­son et à la mort, pour essayer de sau­ver ceux qui n’avaient pas encore été décou­verts.

Ce fut notam­ment le cas d’un reli­gieux carme, le Père Jacques de Jésus, Supé­rieur du col­lège de Fon­tai­ne­bleau-Avon qui, dénon­cé, ne tar­da pas à être arrê­té par la police alle­mande.

Pour­rons-nous jamais oublier la jour­née du 15 jan­vier 1944 ?

Les classes de la mati­née avaient com­men­cé dans le calme quand, sou­dain, dans le cou­loir, reten­tit un bruit de bottes ; on entend les portes cla­quer, se refer­mer brus­que­ment : les Alle­mands sont là.

Un homme de petite taille entre en classe de cin­quième :

— Bon­net ! appelle-t-il.

L’enfant se lève aus­si­tôt et sort.

En qua­trième, on est en classe de grec ; la porte s’ouvre et un poli­cier en civil fait irrup­tion :

— Mon­sieur Saba­tier ! crie-t-il d’une voix ton­nante.

Ce der­nier se lève et sort len­te­ment der­rière l’Allemand. La porte se ferme, c’est fini : cela s’est pas­sé en quelques secondes. Un long silence ; le cours est inter­rom­pu et, immo­bile, les bras le long du corps, le pro­fes­seur regarde ses élèves. « Avez-vous com­pris ? » semble-t-il leur dire. Oui, ils ont com­pris ; ils ont com­pris qu’ils ne rever­ront jamais plus leur cama­rade.

Pere Jacques de Jésus dans son bureau AvonLe pro­fes­seur récite une prière avec ses élèves, pour celui qui vient de par­tir, puis il essaie de lire une his­toire, mais per­sonne n’écoute, les pen­sées sont ailleurs.

Trois enfants d’origine juive, que le Père Supé­rieur avait accep­té de cacher sous de faux noms, par­mi ses élèves, pour les sous­traire aux recherches de la police, sont ain­si arrê­tés.

Puis on vient arrê­ter le Père Jacques lui-même, au milieu d’un cours de fran­çais, en classe de pre­mière, et on l’enferme dans une chambre du pre­mier étage.

Auteur : Daniel-Rops | Ouvrage : Légende dorée de mes filleuls .

Temps de lec­ture : 10 minutes

Vie des saints - martyrs - Theatres Romain - LyonNous sommes à Lyon,en l’année 177. La grande cité du Rhône est alors la capi­tale de la Gaule, la plus peu­plée de toutes ses villes, un centre de com­merce où viennent tous les tra­fi­quants de l’Empire, un magni­fique ensemble de mai­sons, de palais, de temples, de théâtres, dont les ruines ont été mises au jour au pied de la col­line de Four­vière. C’est aus­si une sorte de capi­tale reli­gieuse où, chaque année, les païens de toute la Gaule envoient des délé­gués pour célé­brer en com­mun de grandes fêtes en l’honneur de leurs divi­ni­tés, et ces céré­mo­nies dédiées à « Rome et Auguste » sont l’occasion d’une foire très acha­lan­dée, de repré­sen­ta­tions théâ­trales, de spec­tacles dans l’amphithéâtre, de beau­coup de beu­ve­ries aus­si, et de maints bavar­dages. Que ne raconte-t-on point, par­mi ces foules assem­blées ? Et, bien enten­du, on parle des chré­tiens.

Lyon en compte déjà un grand nombre. Cela se com­prend aisé­ment. Les com­mer­çants qui arrivent sans cesse d’Asie Mineure, d’Égypte ou de Grèce, ont enten­du racon­ter l’Évangile ; beau­coup d’entre eux sont déjà bap­ti­sés ; ils répètent la Bonne Nou­velle et enseignent autour d’eux la doc­trine de Jésus. (C’est donc d’Orient que le Chris­tia­nisme est arri­vé en terre fran­çaise. Ne dit-on pas en Pro­vence que Lazare, le res­sus­ci­té, l’ami de Jésus avec ses sœurs Marthe et Marie, a appor­té lui-même l’Évangile dans la région de Mar­seille ? N’assure-t-on pas à Paris (qu’on appelle encore Lutèce) que le pre­mier évêque de la cité, saint Denis, le mar­tyr, a été un grec, élève du grand apôtre

saint Paul, comme d’ailleurs saint Tro­phème, pre­mier évêque d’Arles et saint Cres­cent, pre­mier évêque de Vienne en Dau­phi­né ? En tout cas, le bon grain dépo­sé par les Orien­taux a pris magni­fi­que­ment racine dans la terre gau­loise, en cette fin du IIe siècle, et il n’y a sans doute guère de ville qui n’ait sa com­mu­nau­té de fidèles. Et c’est ce qui irrite les païens…

***

— Les chré­tiens aux lions ! A mort les chré­tiens ! Tous à l’amphithéâtre ! Arrê­tez -les ! Tuez -les !

Dans la foule entas­sée pour la fête annuelle, le mot d’ordre a cou­ru. Comme ce sera plai­sant de voir brû­ler