Étiquette : Paris

Auteur : Ancelet-Hustache, Jeanne | Ouvrage : Autres textes .

Temps de lec­ture : 9 minutes

Conte de Pâques pour les enfants sages

Il était une fois, dans une tour grise qui domine un des plus vieux quar­tiers de Paris, cinq cloches sus­pen­dues en trois ran­gées : deux, puis deux, puis une. Mgr l’Archevêque les avait bénites et elles por­taient des noms, car les cloches reçoivent des noms comme les petits chré­tiens.

baptême de cloches

Que les cloches étaient jolies, le jour de leur bap­tême, dans leur robe blanche ornée de bro­de­ries et de rubans ! La plus petite, qui avait pour par­rain et mar­raine des enfants royaux, avait été nom­mée Hen­riette-Louise, comme une prin­cesse de France.

Les cloches mêlaient leurs voix quand on bap­ti­sait un petit, quand le prêtre unis­sait deux époux ou quand l’âme d’un chré­tien était retour­née à Dieu. Le dimanche aus­si, leurs notes plus chan­tantes ou plus graves s’accordaient pour louer le Sei­gneur, et aux jours de fête, leurs accents se fai­saient si joyeux que leur allé­gresse sem­blait rem­plir la ville entière.

Pour les son­ner, on ne fai­sait pas usage de cordes. C’est bon quand il s’agit des cloches de vil­lage qu’un seul homme peut mettre en branle.

Ici la plus petite cloche, la filleule royale Hen­riette-Louise pesait près de deux mille livres.

Aux jours solen­nels, quand toutes les cloches devaient prendre part à la fête, le maître-son­neur allait recru­ter des hommes solides dans les coins du quar­tier où il savait les trou­ver.

Des deux mains, ils empoi­gnaient les cro­chets de fer vis­sés dans les poutres, et s’y tenaient ferme, le maître-son­neur don­nait le signal et, de toutes leurs forces, les son­neurs appuyaient en mesure régu­lière sur des pédales qui met­taient la cloche en branle. Pen­dant qu’elle se balan­çait, ils res­taient un ins­tant sus­pen­dus dans le vide, mais ils évi­taient de regar­der sous eux le noir pro­fond de la tour, où un filet était d’ailleurs prêt à les rece­voir si le ver­tige arra­chait leurs mains aux cram­pons de fer.

Sonnerie des cloches - Manoeuvre bourdon Emmanuel

Au pied du clo­cher, les fidèles se ren­daient à l’église en beaux atours du dimanche. La joie était plus grande encore quand les petites filles en mous­se­line blanche arri­vaient pour la pre­mière Com­mu­nion ou la Fête-Dieu. D’année en année, celles-ci demeu­raient sem­blables, si bien que, du haut du clo­cher, on eût pu croire que c’étaient tou­jours les mêmes qui reve­naient, mais la mode trans­for­mait la coupe des vête­ments que por­taient les mes­sieurs et la forme des robes pour les dames.

Comme les hommes aiment le chan­ge­ment ! que de choses étranges ils inventent ! Les che­vaux, qui fai­saient son­ner sous leurs sabots le pavé des rues voi­sines, avaient peu à peu dis­pa­ru. Des voi­tures qui rou­laient toutes seules avaient rem­pla­cé les calèches ou les camions lourds qu’ils traî­naient. Voi­ci même qu’on avait trou­vé le moyen de trans­for­mer presque abso­lu­ment la nuit en jour.

Or il advint ceci.

Dans l’escalier, un beau jour, des pas reten­tirent, qui n’étaient point les pas pesants des son­neurs. Trois mes­sieurs en cha­peau rond, habillés chez le bon tailleur, accom­pa­gnaient Mon­sieur le Curé. Ils regar­dèrent les cloches de haut en bas, de long en large et en tra­vers, pro­non­cèrent des mots extra­va­gants que les cloches n’avaient jamais enten­dus et aux­quels elles ne com­pre­naient goutte : « Élec­tri­ci­té… moteur… cou­rant… trans­for­ma­teur… mise en mou­ve­ment auto­ma­tique… », puis ils sor­tirent de la poche de leur ves­ton de grandes feuilles avec des tra­cés noirs aus­si extra­va­gants que leurs paroles, et des car­nets sur les­quels ils se mirent à ins­crire des chiffres.

Auteur : Daniel-Rops | Ouvrage : Légende dorée de mes filleuls .

Temps de lec­ture : 10 minutes

Ces deux hommes sérieux qui, par un clair matin, marchent sur la voie romaine de Paris à Rouen, qui sont-ils ? À leur man­teau bleu de lin, à leur tunique de même teinte, vous recon­nais­sez des évêques, car cette cou­leur est alors réser­vée aux chefs de l’Église chré­tienne. L’un est grand et maigre, noueux comme un vieil arbre : c’est Loup, évêque de Troyes, en Cham­pagne ; l’autre, plus petit, plus mince, plus alerte, est l’é­vêque d’Auxerre, Ger­main (celui que les Pari­siens appellent saint Ger­main l’Auxer­rois). Ils ont quit­té la ville avant le jour, dési­reux d’at­teindre pour midi le bourg d’Ar­gen­teuil où l’on vénère une pré­cieuse relique de saint Denis, pre­mier évêque de Paris et glo­rieux mar­tyr. Au lever du soleil ils ont réci­té leurs prières au pied des trois grandes croix qui se dressent sur la butte raide qu’on nomme Mont Valé­rien. Puis ils ont repris le che­min, à tra­vers les belles prai­ries où paissent des trou­peaux nom­breux. C’est le prin­temps, un de ces jolis prin­temps de la région pari­sienne, plein d’air vif, de sou­rires, de chants d’oi­seaux.

Pour­tant la dou­ceur exquise de cette mati­née ne semble pas rendre bien gais ces deux pré­lats. De quoi parlent-ils donc qui les inquiète tant ? Il faut avouer qu’en cette année 432 les causes de sou­cis ne manquent pas pour qui­conque sait un peu obser­ver et réflé­chir. Depuis plus de vingt-cinq ans, toute l’Eu­rope Occi­den­tale subit une pénible épreuve : les Grandes Inva­sions ont com­men­cé. Les Ger­mains, dont depuis des siècles les légions romaines main­te­naient les tri­bus en res­pect par delà le Rhin et le Danube, ont réus­si à fran­chir les for­ti­fi­ca­tions, à ouvrir des brèches dans le front des armées et, comme d’é­normes vagues suc­ces­sives, ils ont défer­lé à tra­vers les plus belles pro­vinces de l’Em­pire. Wisi­goths, Ostro­goths, Van­dales, Bur­gondes ; les noms dif­fèrent et même les aspects, mais ce sont tou­jours des conqué­rants, des occu­pants, plus ou moins pillards, plus ou moins vio­lents, qui s’ins­tallent dans toutes les meilleures villes et réqui­si­tionnent tout ce dont ils ont envie. Jus­te­ment, sur la route, en voi­ci une troupe, des Alains sans doute, grands, blonds, aux yeux bleus, par­lant une langue rauque. Mal­heur ! L’Em­pire, le glo­rieux Empire de Rome au pou­voir de ces Bar­bares !

Mais y a‑t-il encore même un Empire ? Rome, qui a été l’or­gueil du monde, est presque une ville morte ; au lieu d’un mil­lion d’âmes, à peine en compte-t-elle cin­quante mille. À Ravenne, la nou­velle capi­tale, les des­cen­dants indignes des grands Empe­reurs perdent tout leur temps dans la débauche, les intrigues, les révo­lu­tions de palais. Ce sont des chefs ger­ma­niques qui com­mandent les légions romaines ! Et les deux évêques, en évo­quant ces faits dou­loureux, se disent l’un à l’autre que tout cela a été vou­lu par la Pro­vi­dence. L’or­gueilleux Empire des Fils de la Louve, qui a cru pou­voir arrê­ter dans sa marche l’Évangile du Christ, qui a tor­tu­ré, mar­ty­ri­sé les saints de Dieu, est en train d’ex­pier ses crimes : la jus­tice du Sei­gneur le veut ain­si.

Tout est-il per­du cepen­dant ? Non. Dans ce monde qui s’é­croule une grande force demeure intacte : celle de l’Église. Sous la direc­tion de leurs évêques, et d’a­bord du pre­mier d’entre eux, le Pape, les chré­tiens, extrê­me­ment nom­breux main­te­nant, ont lut­té contre les Bar­bares, s’ap­pliquent à les conver­tir, à les civi­li­ser. Grâce à eux, un monde nou­veau est en train de naître, où Ger­mains et Romains seront récon­ci­liés, unis dans le bap­tême. Ce Ve siècle, vous le voyez, est extrê­me­ment impor­tant, et l’on com­prend que saint Loup et saint Ger­main, en dis­cu­tant de toutes ces choses, soient graves…

* * *

Comme ils des­cendent une petite côte de la route, — à peu de dis­tance la Seine déroule par­mi les prai­ries son ruban bleu, — une petite fille, qui garde ses mou­tons dans une pâture, les recon­naît à leurs vête­ments et, s’agenouil­lant aus­si­tôt, fait un grand signe de croix. Les deux évêques répondent en fai­sant dans sa direc­tion un geste de béné­diction. Et puis, ils s’ar­rêtent…

Qu’y a‑t-il donc ? Ce n’est pas la pre­mière fois qu’une pas­tou­relle se pros­terne devant eux et qu’ils la bénissent. Qu’a donc celle-ci de plus que les autres ? Sur le moment, peut-être ni Loup ni Ger­main ne pour­raient-ils le dire. Mais l’un et l’autre sont des Saints. En eux l’Es­prit de Dieu parle et il leur fait com­prendre des choses que les simples hommes ne sau­raient entendre. À l’ins­tant où la petite fille s’est age­nouillée, il s’est pro­duit en eux un élan mys­té­rieux ; ils ont enten­du comme un appel. Au-des­sus de cet enfant, le ciel est-il plus pur, plus lumi­neux ? Ger­main d’Auxerre, le plus leste des deux pré­lats, a sau­té le fos­sé qui borde la route et il s’a­vance vers la petite ber­gère.

Auteur : Par un groupe de pères et de mères de familles | Ouvrage : Petite Histoire de l'Église illustrée .

Temps de lec­ture : 5 minutes

∼∼ X ∼∼

Annie et Colette réclament éner­gi­que­ment :

— Si les gar­çons vont tou­jours avec les scouts, nous ne ver­rons rien et n’ap­pren­drons rien !

Tante Jeanne, qui ter­mine une lettre, lève la tête et dit en riant :

— Au lieu de gro­gner, allez donc mettre vos cha­peaux. Je cachète cette lettre, j’ap­pelle Jean et Ber­na­dette, et je vous emmène tous les cinq au Jani­cule. Nous y retrou­ve­rons ton papa, Colette ; je lui ai don­né là un ren­dez-vous pré­cis.

En route, Colette demande ce que c’est que ce « Jani­cule » où on va.

— L’une des col­lines qui dominent Rome. Vous ne vous dou­tez pas de la vue qui nous y attend.

De fait, à l’ar­ri­vée, la jeu­nesse pousse de vrais cris d’ad­mi­ra­tion. Appuyé contre un arbre magni­fique, papa, qui est déjà là depuis un moment, fait signe :

— Venez jus­qu’i­ci, et regar­dez. Toute la ville est sous nos yeux. La lumière est d’une telle trans­pa­rence, que nous pou­vons tout dis­tin­guer : Les sept col­lines de Rome, les monu­ments, que l’on dirait très près de nous.

— Et ces plans de mon­tagnes tout au fond, qui se pro­filent par delà la plaine… C’est ravis­sant ! crie Jean enthou­sias­mé.

— Oui, mon petit, c’est admi­rable, et comme ce que nous avons là devant nous, nous rap­pelle faci­le­ment la puis­sance de l’an­cienne Rome ! Elle était deve­nue comme un obser­va­toire, d’où la vue s’é­ten­dait sur le monde, qu’elle tenait encore sous ses lois.

Pour­tant il y avait, au Nord et à l’Est, des peuples sau­vages qui gran­dis­saient en nombre. Rome sui­vait leurs mou­ve­ments avec inquié­tude, comme le capi­taine d’un navire s’in­quiète des gros nuages qui pré­cèdent la tem­pête.

Dès le Ier siècle de notre ère, la menace était grave, mais, au IIIe et au IVe siècle, l’a­va­lanche se déclen­cha. La Bal­tique avait débor­dé, repous­sant les habi­tants des forêts voi­sines vers le Sud. Ces hommes abso­lu­ment sau­vages, ter­ribles par leur force bru­tale et leur féro­ci­té, des­cendent vers les fron­tières romaines, abso­lu­ment comme une marée immense et irré­sis­tible. Rien ne les arrête ; ils sont tel­le­ment nom­breux que, vain­cus presque tou­jours par les armées romaines, ils se reforment sans cesse et reprennent leur marche en avant, brû­lant, dévas­tant, rui­nant, semant la ter­reur et la mort.

Rome avait d’a­bord espé­ré trans­for­mer ces bar­bares en sol­dats, elle en enrôle un grand nombre dans ses légions, leur offre des avan­tages maté­riels qu’ils igno­raient jus­qu’a­lors, et pense qu’elle va réus­sir à en faire des auxi­liaires dis­ci­pli­nés. Mais l’empire romain, vous le savez, s’af­fai­blis­sait tous les jours. Quand les Huns et les Goths vont jeter contre lui leurs masses effroyables, il s’é­crou­le­ra. Qui me dira lequel de ces deux peuples bar­bares laisse une trace sécu­laire et fonde un empire ?

— Les Goths, mon oncle.

— Pour­quoi, Ber­nard ?

— Parce que les Huns, après la défaite défi­ni­tive d’At­ti­la et sa mort, n’é­taient plus de force pour rien fon­der.

Les Goths, au contraire, ont indé­fi­ni­ment renou­ve­lé leurs pous­sées.

Rome a tran­si­gé d’a­bord, puis Théo­dose les a main­te­nus dans l’o­béis­sance ; mais un de leurs jeunes rois, Ala­ric, finit par enva­hir l’I­ta­lie et prendre Rome (en 410, si je ne me trompe).

Refou­lés, après avoir tout rui­né, les Goths se sont ins­tal­lés en Aqui­taine, sous le nom de Visi­goths.

De même ori­gine ont été les Bur­gondes, qui ont occu­pé le bas­sin du Rhône et de la Saône ; les Hérules, dont le chef Odoacre ren­verse le der­nier empe­reur romain et règne en Ita­lie ; les Ostro­goths, qui détruisent à leur tour, avec Théo­do­ric, le royaume d’O­doacre. Enfin les Van­dales des­cendent du Rhin, passent sur le tout, à tra­vers Gaule et Espagne, pour s’ar­rê­ter seule­ment dans l’A­frique du Nord.

Tante Jeanne sou­rit à son ben­ja­min.

— J’aime, Ber­nard, t’en­tendre pré­ci­ser ain­si.

— Pour­tant, dit Ber­na­dette avec malice, tu as oublié un peuple bar­bare et un fameux.

— Pas du tout, ma chère cou­sine,… et Ber­nard s’in­cline révé­ren­cieu­se­ment. Tu veux par­ler des Francs ? C’est une tri­bu bar­bare, c’est vrai, qui s’ins­talle au Nord de la Gaule et s’é­tend petit à petit, mais elle ne ravage pas tout, ses chefs sont cou­ra­geux et droits.

— Enfin, dis-le tout de suite, conclut Ber­na­dette en riant, il ne faut pas qu’ils aient de défauts, puisque nous en des­cen­dons !

— Sans rien exa­gé­rer, reprend son père, il est exact que leur race était autre, et qu’au­cun peuple bar­bare ne fut plus apte à se lais­ser gagner par la Foi chré­tienne. Car jus­qu’i­ci, mes enfants, nous avons regar­dé les Bar­bares en face de Rome ; contem­plons main­te­nant l’at­ti­tude de l’É­glise envers eux.

Histoire de France et de l'Eglise pour la jeunesse
Sainte Gene­viève retient, à Lutèce, le peuple qui veut fuir.
Auteur : Baussan, Charles | Ouvrage : Autres textes .

Temps de lec­ture : 5 minutes

Il était 11 heures du matin.

Histoire pour les enfants - pèlerinage d'un basque - Agent de police à ParisÀ Paris, l’agent n° 217 reve­nait pour la cin­quan­tième ou la soixan­tième fois, le long du trot­toir, rue de la Cité, quand il aper­çut au milieu du par­vis Notre-Dame un ras­sem­ble­ment déjà énorme et qui gros­sis­sait tou­jours.

– Encore un acci­dent ! pen­sa-t-il.

Et, prêt à tirer son car­net pour le pro­cès-ver­bal, il quit­ta le trot­toir de son pas tran­quille et tra­ver­sa la foule. Au milieu, un homme était à genoux, la figure tour­née vers Notre-Dame.

Il avait une culotte courte, des guêtres de drap, une veste brune, et ser­rait dans ses mains un gour­din plan­té devant lui et coif­fé d’un béret. À côté de lui, une grande mule blanche har­na­chée de pom­pons rouges, le poi­trail enguir­lan­dé de gre­lots qui tin­taient, levait la tête, dres­sait les oreilles.

L’agent mit sa main sur l’épaule de l’homme :

— Levez-vous, que faites-vous là ? Com­ment vous appe­lez-vous ?

L’homme se retour­na, vit le képi, l’uniforme. Il se rele­va et mit son béret.

Récit pour les jeunes du catéchisme - Mule du pèlerin basqueIl était petit, mais tout car­ré, car­ré de tête, car­ré d’épaules. La mule ten­dit le cou, et, répon­dant à cette avance, il lui don­na une petite tape d’amitié qui fit carillon­ner les gre­lots. Après quoi, il dit à l’agent :

— Je m’appelle José Irri­goyen. Je suis mule­tier à Elhio­ga­ra, à trois lieues de Saint-Jean-de-Luz ; il y a deux mois, ma femme a eu de mau­vaises fièvres, et j’ai pro­mis, si elle gué­ris­sait, de venir faire ma prière, avec ma mule, à Paris, devant la grand’porte de Notre-Dame. Ma femme a gué­ri, et me voi­là. Je fais ma prière.

— Vous faites un ras­sem­ble­ment.

— Moi ? Je ne ras­semble rien du tout. Je n’ai besoin de per­sonne, et