Étiquette : Gaule

Auteur : Goyau, Georges | Ouvrage : À la conquête du monde païen .

III

Saint Martin

Saint Mar­tin fut, au IVe siècle, le grand mis­sion­naire du pays qui s’appelle aujourd’hui la France. En ce temps-là, la Gaule, pro­vince romaine, pos­sé­dait des grandes villes, comme Lyon, Tou­louse, Bor­deaux, Tours, Paris ; mais elles étaient rares, et d’immenses forêts cou­vraient le sol de France ; les terres culti­vées, les terres des pay­sans, se trou­vaient ain­si sépa­rées les unes des autres, et très iso­lées. Tan­dis que les villes étaient en grande par­tie conver­ties au chris­tia­nisme, la foi n’avait pas péné­tré assez avant dans les cam­pagnes ; elles étaient res­tées païennes pour la plu­part ; d’ailleurs, le nom de païen vient du latin paga­nus, pay­san ; cette éty­mo­lo­gie prouve la len­teur que les habi­tants des cam­pagnes met­taient à deve­nir chré­tiens.

Histoire pour les jeunes des missions en Gaule
Fran­cis­caines Mis­sion­naires de Marie. Les Cha­te­lets : Novices en récréa­tion.

En Gaule, il ne res­tait plus guère de la reli­gion des Druides que la croyance aux divi­ni­tés des fon­taines, aux arbres-fées ; les Romains avaient appor­té avec eux leurs faux dieux, leurs idoles ; les pay­sans les avaient adop­tés, mélan­gés avec leurs divi­ni­tés gau­loises ; le tout était confus, et c’étaient sur­tout des super­sti­tions
qui fai­saient le fond de la reli­gion popu­laire.

Récit des missions pour les colonies de jeunes
Fran­cis­caines Mis­sion­naires de Marie. La Cha­te­lets : Le Vieux Manoir.

Saint Mar­tin naquit de parents païens, en Pan­no­nie, pro­vince romaine des bords du Danube. Son père était offi­cier. Sa famille, un jour, quit­ta la Pan­no­nie pour s’établir en Ita­lie : Mar­tin fut éle­vé à Pavie. C’est là qu’il apprit à connaître et à aimer la reli­gion du Christ ; et, à dix ans, mal­gré l’opposition de ses parents, il alla trou­ver des prêtres chré­tiens et leur deman­da de le pré­pa­rer au bap­tême. Ceux qui dans la pri­mi­tive Église s’instruisaient en vue de ce sacre­ment por­taient le titre de chré­tiens, bien que le bap­tême ne leur fût don­né par­fois qu’après plu­sieurs années d’attente : tel fut le cas de saint Mar­tin, qui ne le reçut qu’à vingt-deux ans.

Mais dès l’âge de douze ans, il sen­tait en lui un attrait irré­sis­tible pour la vie que menaient dans le désert les moines d’Orient. Prier Dieu, vivre dans la pau­vre­té, même dans la pri­va­tion des choses les plus néces­saires à la vie, tel était son désir. Ses père et mère, scan­da­li­sés par de sem­blables goûts, le for­cèrent à entrer dans la car­rière mili­taire à l’âge de quinze ans. Il devait res­ter dans l’armée durant huit années, conscien­cieux, fai­sant son devoir de sol­dat, mais menant dans les gar­ni­sons, dans les camps, une vie qui n’était qu’un exemple constant de ver­tu et de cha­ri­té : il n’était pas de ceux qui rou­gissent de leur Dieu devant les hommes, qui craignent les moque­ries et les rica­ne­ments lorsqu’ils pra­tiquent ouver­te­ment leur reli­gion. Mar­tin était avant tout un bon sol­dat du Christ.

Auteur : Par un groupe de pères et de mères de familles | Ouvrage : Petite Histoire de l'Église illustrée .

∼∼ XII ∼∼

Tante Jeanne a appe­lé maman.

— Écoute, j’ai envie de faire une sur­prise à notre jeu­nesse, et même à toi. Ton mari m’a confié vos ennuis. Puisque les affaires dont il est char­gé vont vous obli­ger à pro­lon­ger un peu votre séjour ici, je com­prends fort bien que vous soyez effrayés par vos frais de voyage. Ceci m’explique pour­quoi vous sem­blez déci­dés à renon­cer à toute nou­velle excur­sion pour les enfants.

Mais une tante a bien le droit de faire plai­sir à ses neveux ; donc ne refuse pas. Nous par­tons tous demain matin et de très bonne heure. Faites-moi confiance. Yvon m’a pré­pa­ré le pro­gramme et j’en fais mys­tère à tout le monde. Je sais que tu joui­ras pro­fon­dé­ment du pèle­ri­nage, car c’en est un. Laisse-toi faire.

Ain­si donc, le len­de­main, c’est le branle-bas dès l’aurore, avec cette joie d’un inté­rêt spé­cial : Où va-t-on ?

Tout d’abord, au fil de gra­cieux pay­sages, la cara­vane se voit entraî­née vers les mon­tagnes de la Sabine ; on s’arrête à Tivo­li. Des ves­tiges d’antiquité, des cas­cades, de la lumière, que tout cela est donc joli, dans la fraî­cheur exquise du matin ! Juste le temps de se res­tau­rer un peu, et la voi­ture reprend la route de la mon­tagne et même s’y enfonce de plus en plus ; l’auto monte, monte encore, un arrêt !… Tout le monde ques­tionne à la fois :

— Où sommes-nous ?

— A Subia­co.

Maman et les aînés savent main­te­nant le but de l’excursion, mais c’est à tante Jeanne qu’il faut lais­ser le plai­sir de l’expliquer. On dépasse la petite ville d’aspect encore moyen­âgeux, et l’on fait halte dans un site ombreux, char­mant, où l’on décide de se repo­ser.

— Enfin, réclame Colette, tante, vous allez tout nous dire.

— Oui. J’ai vou­lu vous don­ner la joie de connaître le lieu où s’est sanc­ti­fié l’un des plus grands saints de l’Histoire de l’Église, et cela au moment où sa vie devient par­ti­cu­liè­re­ment inté­res­sante pour vous. Je vais essayer d’enchaîner les faits, c’est-à-dire de reprendre la suite de vos der­nières conver­sa­tions avec votre oncle ou le Père X. J’espère ne pas faire d’hérésies.

— Nous for­me­rions le concile, pour condam­ner l’erreur, déclare Ber­nard rieur, seule­ment le mal­heur c’est que nous n’aurions part à aucune infailli­bi­li­té !

— Écou­tez, avant de cen­su­rer. Reve­nons, si vous le vou­lez, un peu en arrière. Pen­dant l’un de ses nom­breux exils, saint Atha­nase était venu à Rome, où il avait racon­té des choses étranges. Là-bas, dans les contrées désertes de l’Orient, des hommes appar­te­nant aux plus nobles et aux plus riches familles quit­taient tout pour s’ensevelir dans la soli­tude, et vivre pauvres et péni­tents. Saint Antoine, saint Pacôme, saint Basile, saint Jérôme avaient été sui­vis dans le désert par de nom­breux dis­ciples. Saint Augus­tin venait de don­ner sa règle de vie reli­gieuse aux moines et aux vierges chré­tiennes, qui se consa­craient com­plè­te­ment à Dieu.

Ce besoin d’être à Dieu seul, d’expier ses fautes per­son­nelles et de répa­rer pour celles d’autrui, s’empare alors de mil­liers d’âmes, belles et géné­reuses. Les alen­tours de Rome, et peu à peu le monde lui-même, se couvrent de cou­vents, d’où les moines ne sortent plus que pour prê­cher, conver­tir et sou­la­ger les mal­heu­reux.

En Gaule, saint Mar­tin, béni et encou­ra­gé par saint Hilaire, fonde le monas­tère de Ligu­gé. Tout le monde connaît l’histoire de son man­teau, que, jeune sol­dat encore, il avait cou­pé, un jour de froid, pour revê­tir un pauvre. Le pauvre était Notre-Sei­gneur.

Après Ligu­gé, c’est Mar­mou­tier, prés de Tours. Là, saint Mar­tin, deve­nu évêque, conserve sa cel­lule de moine, pour s’y réfu­gier de temps en temps dans la prière ; tan­dis que saint Hono­rat fonde le monas­tère de Lérins, et Cas­sien celui de Saint-Vic­tor, à Mar­seille. Autour des abbayes, des écoles s’organisent ; entre monas­tères on s’interroge, on s’écrit. C’est ravis­sant de pen­ser à ces ren­dez-vous que se donnent en quelque petite cha­pelle iso­lée, au milieu des forêts, des mon­tagnes ou des landes, ces saints qui sillonnent, le bâton à la main, et la Gaule et le monde. Car les abbayes vont deve­nir une véri­table pépi­nière de mis­sion­naires.

Évangélisation de la Gaule par saint Martin
Jeune sol­dat, saint Mar­tin cou­pa son man­teau avec son épée, pour en revê­tir un pauvre.
Auteur : Par un groupe de pères et de mères de familles | Ouvrage : Petite Histoire de l'Église illustrée .

∼∼ X ∼∼

Annie et Colette réclament éner­gi­que­ment :

— Si les gar­çons vont tou­jours avec les scouts, nous ne ver­rons rien et n’apprendrons rien !

Tante Jeanne, qui ter­mine une lettre, lève la tête et dit en riant :

— Au lieu de gro­gner, allez donc mettre vos cha­peaux. Je cachète cette lettre, j’appelle Jean et Ber­na­dette, et je vous emmène tous les cinq au Jani­cule. Nous y retrou­ve­rons ton papa, Colette ; je lui ai don­né là un ren­dez-vous pré­cis.

En route, Colette demande ce que c’est que ce « Jani­cule » où on va.

— L’une des col­lines qui dominent Rome. Vous ne vous dou­tez pas de la vue qui nous y attend.

De fait, à l’arrivée, la jeu­nesse pousse de vrais cris d’admiration. Appuyé contre un arbre magni­fique, papa, qui est déjà là depuis un moment, fait signe :

— Venez jusqu’ici, et regar­dez. Toute la ville est sous nos yeux. La lumière est d’une telle trans­pa­rence, que nous pou­vons tout dis­tin­guer : Les sept col­lines de Rome, les monu­ments, que l’on dirait très près de nous.

— Et ces plans de mon­tagnes tout au fond, qui se pro­filent par delà la plaine… C’est ravis­sant ! crie Jean enthou­sias­mé.

— Oui, mon petit, c’est admi­rable, et comme ce que nous avons là devant nous, nous rap­pelle faci­le­ment la puis­sance de l’ancienne Rome ! Elle était deve­nue comme un obser­va­toire, d’où la vue s’étendait sur le monde, qu’elle tenait encore sous ses lois.

Pour­tant il y avait, au Nord et à l’Est, des peuples sau­vages qui gran­dis­saient en nombre. Rome sui­vait leurs mou­ve­ments avec inquié­tude, comme le capi­taine d’un navire s’inquiète des gros nuages qui pré­cèdent la tem­pête.

Dès le Ier siècle de notre ère, la menace était grave, mais, au IIIe et au IVe siècle, l’avalanche se déclen­cha. La Bal­tique avait débor­dé, repous­sant les habi­tants des forêts voi­sines vers le Sud. Ces hommes abso­lu­ment sau­vages, ter­ribles par leur force bru­tale et leur féro­ci­té, des­cendent vers les fron­tières romaines, abso­lu­ment comme une marée immense et irré­sis­tible. Rien ne les arrête ; ils sont tel­le­ment nom­breux que, vain­cus presque tou­jours par les armées romaines, ils se reforment sans cesse et reprennent leur marche en avant, brû­lant, dévas­tant, rui­nant, semant la ter­reur et la mort.

Rome avait d’abord espé­ré trans­for­mer ces bar­bares en sol­dats, elle en enrôle un grand nombre dans ses légions, leur offre des avan­tages maté­riels qu’ils igno­raient jusqu’alors, et pense qu’elle va réus­sir à en faire des auxi­liaires dis­ci­pli­nés. Mais l’empire romain, vous le savez, s’affaiblissait tous les jours. Quand les Huns et les Goths vont jeter contre lui leurs masses effroyables, il s’écroulera. Qui me dira lequel de ces deux peuples bar­bares laisse une trace sécu­laire et fonde un empire ?

— Les Goths, mon oncle.

— Pour­quoi, Ber­nard ?

— Parce que les Huns, après la défaite défi­ni­tive d’Attila et sa mort, n’étaient plus de force pour rien fon­der.

Les Goths, au contraire, ont indé­fi­ni­ment renou­ve­lé leurs pous­sées.

Rome a tran­si­gé d’abord, puis Théo­dose les a main­te­nus dans l’obéissance ; mais un de leurs jeunes rois, Ala­ric, finit par enva­hir l’Italie et prendre Rome (en 410, si je ne me trompe).

Refou­lés, après avoir tout rui­né, les Goths se sont ins­tal­lés en Aqui­taine, sous le nom de Visi­goths.

De même ori­gine ont été les Bur­gondes, qui ont occu­pé le bas­sin du Rhône et de la Saône ; les Hérules, dont le chef Odoacre ren­verse le der­nier empe­reur romain et règne en Ita­lie ; les Ostro­goths, qui détruisent à leur tour, avec Théo­do­ric, le royaume d’Odoacre. Enfin les Van­dales des­cendent du Rhin, passent sur le tout, à tra­vers Gaule et Espagne, pour s’arrêter seule­ment dans l’Afrique du Nord.

Tante Jeanne sou­rit à son ben­ja­min.

— J’aime, Ber­nard, t’entendre pré­ci­ser ain­si.

— Pour­tant, dit Ber­na­dette avec malice, tu as oublié un peuple bar­bare et un fameux.

— Pas du tout, ma chère cou­sine,… et Ber­nard s’incline révé­ren­cieu­se­ment. Tu veux par­ler des Francs ? C’est une tri­bu bar­bare, c’est vrai, qui s’installe au Nord de la Gaule et s’étend petit à petit, mais elle ne ravage pas tout, ses chefs sont cou­ra­geux et droits.

— Enfin, dis-le tout de suite, conclut Ber­na­dette en riant, il ne faut pas qu’ils aient de défauts, puisque nous en des­cen­dons !

— Sans rien exa­gé­rer, reprend son père, il est exact que leur race était autre, et qu’aucun peuple bar­bare ne fut plus apte à se lais­ser gagner par la Foi chré­tienne. Car jusqu’ici, mes enfants, nous avons regar­dé les Bar­bares en face de Rome ; contem­plons main­te­nant l’attitude de l’Église envers eux.

Histoire de France et de l'Eglise pour la jeunesse
Sainte Gene­viève retient, à Lutèce, le peuple qui veut fuir.