Étiquette : Rome

Auteur : Glantini, M. | Ouvrage : Autres textes .

Temps de lec­ture : 9 minutes

Charité de Noël - Dans un couvent italienUn soir, dans les der­nières années du pon­ti­fi­cat de Pie IX, un vieux juif s’approchait fur­ti­ve­ment de la porte d’un des nom­breux cou­vents de femmes qui s’élevaient alors dans le dédale d’obscures ruelles s’enchevêtrant entre le Cam­po dei Fio­ri, où fut brû­lé Gior­da­no Bru­no, et la vaste place Navo­na, aimée du soleil.

C’était la veille de Noël, et dans les innom­brables églises et cha­pelles de Rome on met­tait la der­nière main aux pré­pa­ra­tifs qui pré­cèdent la solen­ni­té de la messe de minuit.

Le vieillard cogna à plu­sieurs reprises avec le poing contre la porte de fer et recu­la aus­si­tôt comme effrayé de sa har­diesse… Il vou­lait déjà même se reti­rer, lorsque la lourde porte rou­la pesam­ment sur ses gonds et il péné­tra dans un étroit cou­loir avec une porte en face, her­mé­ti­que­ment fer­mée, qui condui­sait au par­loir, et une autre de côté, munie d’un vasis­tas, ouvrant sur la cour du couvent.

Déjà le regard cour­rou­cé de la tou­rière lui­sait der­rière le treillis du vasis­tas. Ayant aper­çu le vieillard, la reli­gieuse ten­dit en avant ses deux mains d’un geste qui repous­sait et cria :

– Encore vous ?… Allez-vous en, allez-vous en !.. Vous osez venir nous trou­bler pen­dant la sainte nuit de Noël ?… Reti­rez-vous de bonne grâce, Nathan…

– J’ai à par­ler à la Mère Supé­rieure… Il faut que je la voie, dit le juif avec insis­tance… Je suis venu exprès pour cela ce soir… c’est ce soir que je dois la voir… J’ai atten­du cette nuit comme la manne du ciel… Elle ne peut pas me ren­voyer ce soir. Bonne sœur Lodo­vi­ca, ayez pitié d’un pauvre vieillard…

Il tom­ba à genoux et san­glo­ta…

Histoire pour les enfants à NoëlMais la tou­rière fer­ma le vasis­tas et der­rière la porte cria :

– Par­tez, par­tez !… Ce soir à plus forte rai­son la Mère Agnès refu­se­ra de vous rece­voir… Vous enten­dez ?… Vous voyez qu’elle est occu­pée… elle répète le chant avec les sœurs… elle se pré­pare pour la messe.

En effet, un chœur har­mo­nieux mon­tait de la cha­pelle. Nathan écou­ta avi­de­ment… Tout à coup ses yeux brillèrent de joie.

Réso­lu­ment il frap­pa au vasis­tas :

– Sœur tou­rière… je ne par­ti­rai pas d’ici sans avoir vu la Mère Supé­rieure… C’est Don Pao­lo qui m’a envoyé… Dites à la Mère Supé­rieure que je lui apporte un mes­sage de Don Pao­lo.

Auteur : Goyau, Georges | Ouvrage : À la conquête du monde païen .

Temps de lec­ture : 5 minutes

II

Saint Paul

Le Christ mou­rut, le Christ res­sus­ci­ta, et voi­ci l’ordre qu’en Gali­lée, appa­rais­sant aux onze dis­ciples, il leur don­na, pour eux et pour les autres : « Allez, ensei­gnez toutes les nations, bap­ti­sez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » Quelques années plus tôt, ces pêcheurs, ces arti­sans, qu’étaient les douze apôtres et les soixante-douze dis­ciples du Christ, heu­reux d’être le peuple élu du vrai Dieu, heu­reux de connaître ce Dieu que les païens ne connais­saient pas, étaient loin de pen­ser que ce serait un jour leur rôle, à eux, d’aller annon­cer aux païens que ce Dieu était venu sur terre, qu’ils l’avaient enten­du prê­cher, vu mou­rir, et de nou­veau, après sa mort, enten­du prê­cher, et qu’il vou­lait désor­mais être connu de tous les hommes. Rien ne les pré­pa­rait à ce rôle. Saint Pierre, qui par la volon­té du Christ était le plus éle­vé en digni­té, avait, hélas ! mal débu­té dans la car­rière d’apôtres ; il avait renié trois fois son maître divin devant les valets du magis­trat Ponce Pilate. Mais ce maître lui avait par-don­né. Et tout ce qu’il leur fal­lait à tous pour rem­plir leur fonc­tion, tout ce qu’elle exi­geait de savoir, et de com­pé­tence, et de vaillance, et de grâces, leur fut don­né, le jour de la Pen­te­côte, lorsque tom­bèrent sur eux des langues de feu, et lorsqu’ils furent ain­si « rem­plis du Saint-Esprit ». Sur l’heure ils par­lèrent toutes les langues de tous les peuples aux­quels ils auraient à prê­cher le Christ ; et sur l’heure, déjà, ils com­men­çaient à le prê­cher dans ces diverses langues.

Il y avait dans toutes les nations de petites colo­nies de Juifs ; ces apôtres venus de Judée allaient y cher­cher une hos­pi­ta­li­té. Ils racon­taient le crime com­mis par les Juifs, Jésus cru­ci­fié sur le Cal­vaire ; ils racon­taient la revanche divine, cette revanche que de leurs propres yeux ils avaient vue : Jésus sor­ti du tom­beau. Ain­si, les apôtres com­men­çaient-ils, dans ces humbles com­mu­nau­tés juives, leur métier de pécheurs d’hommes ; et puis, se glis­sant hors de ces petits cercles, ils s’en allaient dans les grandes villes païennes, col­por­ter cet éton­nant mes­sage aux oreilles qui vou­laient l’entendre.

Les missions de Saint Paul racontées au catéchisme
Un ouvroir mis­sion­naire en Syrie musul­mane : Fabri­ca­tion de tapis.

Durant les quatre ou cinq pre­mières années qui sui­virent la mort du Christ, un Juif du nom de Saul se mon­trait achar­né contre les pre­mières com­mu­nau­tés chré­tiennes. Un jour, il che­mi­nait vers la grande ville syrienne de Damas, se pro­po­sant de rame­ner enchaî­nés à Jéru­sa­lem les chré­tiens qu’il y trou­ve­rait. Tout à coup, autour de lui, une lumière du ciel brillait, Saul tom­bait à terre, et d’en haut une voix lui disait : « Saul, Saul, pour­quoi me per­sé­cutes-tu ? Je suis Jésus que tu per­sé­cutes ; il est dur de regim­ber contre l’aiguillon. » Saul, stu­pé­fait, trem­blait. « Sei­gneur, disait-il, que vou­lez-vous que je fasse ? » Et le Sei­gneur répon­dait : « Lève-toi et entre dans la ville : là on te dira ce qu’il faut que tu fasses. » Saul avait les yeux ouverts, mais ne voyait plus rien : les hommes qui l’accompagnaient le prirent par la main, le firent entrer à Damas.

Trois jours après, Ana­nie, l’un des dis­ciples du Christ, apprit dans une vision que ce Saul, cet enne­mi de Dieu, avait été choi­si par Dieu pour por­ter son nom devant les nations. Ana­nie s’en fut trou­ver Saul, lui ren­dit la vue, en lui impo­sant les mains, le bap­ti­sa. Quelques jours plus tard, dans les syna­gogues de Damas, une voix s’élevait, pro­cla­mant que Jésus était le Fils de Dieu ; quelques mois plus tard, sous le nom de Paul, ce per­sé­cu­teur de la veille, devan­cier de tous les mis­sion­naires des siècles futurs, s’en allait par­ler du Christ aux païens.

Auteur : Par un groupe de pères et de mères de familles | Ouvrage : Petite Histoire de l'Église illustrée .

Temps de lec­ture : 6 minutes

∼∼ XIV ∼∼

— Oh ! papa, je vous en prie, venez avec nous au Pala­tin. N’allez pas vous replon­ger dans vos affreuses écri­tures.

— Le fait est, Jean­not, que j’ai tant tra­vaillé ce matin, qu’un peu d’air me fera du bien. Va donc pour le Pala­tin…

Il fait chaud, l’atmosphère est lourde après l’orage d’hier. Mais, là-haut, toute fatigue est oubliée. Des ruines, des cyprès, des fleurs ! Le Forum s’étale, aux pieds de la col­line, et de tous côtés on a la vue sur Rome.

— C’est ici, mes enfants, que la ville a com­men­cé ; toutes ces ruines sont celles des temples et des palais construits par les empe­reurs, au fur et à mesure de la gloire et de la puis­sance gran­dis­sante de Rome. Pen­chez-vous avec moi au bord de cette ter­rasse, regar­dez ces curieux ves­tiges. C’est tout ce qui reste du fameux temple de Jupi­ter.

— J’en ai ache­té des cartes pos­tales, dit Ber­nard. Je fouille mon por­te­feuille et je vous les donne. Regar­dez.

Papa constate :

— Ces ruines sont abso­lu­ment mécon­nais­sables pour des pro­fanes de notre espèce. Par contre, devant nous, s’étagent, cette fois encore, les monu­ments chré­tiens, preuves maté­rielles de la vie conqué­rante de l’Église.

Ceci nous amène, mes enfants, à étu­dier com­ment les Papes en sont venus à pos­sé­der Rome et un cer­tain nombre de villes et d’États avoi­si­nants. Nous avons vu l’empire romain s’effondrer en Occi­dent. En Orient, des empe­reurs se suc­cé­daient encore, et ils exer­çaient un fan­tôme de pou­voir en Ita­lie, au moyen d’un exarque, sorte de gou­ver­neur, qui rési­dait à Ravenne. Au VIIIe siècle, leur pro­tec­tion est nulle. En réa­li­té l’empire n’existe plus, tan­dis qu’au contraire, le Pape est deve­nu le Chef réel et le défen­seur de Rome. Il a de grands domaines, car à ceux que lui ont don­nés les empe­reurs chré­tiens, se sont joints les dons consi­dé­rables, faits au cours des âges, par beau­coup de sei­gneurs ou de familles nobles et riches. Des fermes, des terres, des forêts, des mines, des villes consti­tuent ce qu’il est conve­nu d’appeler le « Patri­moine de Saint Pierre ». Le Pape est deve­nu un vrai prince tem­po­rel ; il admi­nistre des domaines immenses que saint Gré­goire le Grand se plai­sait à appe­ler le bien des pauvres.

Histoire des papes pour les jeunes du KT
Anciennes armoi­ries des États de l’Église.

Cepen­dant vers l’an 715, les Orien­taux vinrent assié­ger Rome. Le Pape Gré­goire II appelle alors à son secours Luit­prand, roi des Lom­bards.

— Les Lom­bards, les Lom­bards, répète Colette qui réflé­chit labo­rieu­se­ment, où donc était leur pays ?

— Regarde là-bas, Colette, vers le Nord. Les plaines de Lom­bar­die sont tra­ver­sées, tout au som­met de l’Italie, par le Pô ; tu sais assez de géo­gra­phie pour situer ce fleuve.

— Oui, papa, j’y suis.

— Je reviens donc à Luit­prand. Il déli­vra Rome et plu­sieurs autres villes, mais refu­sa de les rendre au Pape. Alors Étienne II, suc­ces­seur de  Gré­goire II, appe­la Pépin le Bref.

Après une guerre sévère et glo­rieuse, Pépin remit au Pape Étienne les vingt-deux villes qu’il avait reprises aux Lom­bards. Il en dépo­sa les clefs sur le tom­beau de saint Pierre, en y joi­gnant un acte qui en fai­sait don au Pape et à ses suc­ces­seurs.

Auteur : Par un groupe de pères et de mères de familles | Ouvrage : Petite Histoire de l'Église illustrée .

Temps de lec­ture : 5 minutes

∼∼ IX ∼∼

Jean et Ber­nard sont mélan­co­liques.

Ber­nard lit, mais l’oreille au guet.

Si ce bien­heu­reux visi­teur, qui, depuis une heure, est avec son oncle, pou­vait donc s’en aller !…

Jean, lui, pen­ché au bal­con, regarde dis­trai­te­ment.

Tout à coup, il se retourne :

— Ber­nard, viens vite, vois le Père X. et ses scouts ! Et les deux gar­çons des­cendent en trombe l’escalier, pour saluer l’aumônier.

— Que faites-vous là, jeunes pares­seux ? inter­pelle le Père X.

— Juste le contraire de ce que nous vou­drions, Père ; nous atten­dons papa, et il est occu­pé.

— Cou­rez lui deman­der de venir avec nous. Je vous enlève jusqu’au dîner.

Scouts et Guides, Histoire de l'Eglise et l'empire Romain
Ruines du Forum romain. Colonnes du Temple de Saturne.

La per­mis­sion en poche, nos deux gar­çons se joignent au groupe.

— Où allez-vous, mon Père ?

— Au Forum.

— Quelle chance !

— Nous allons faire comme les anciens Romains, qui s’y ren­con­traient à tout pro­pos. Là se tenait la jus­tice et se trai­taient les affaires. Là, les faux dieux avaient des temples. Là encore on se pro­me­nait entre citoyens romains, dis­cu­tant gra­ve­ment nou­velles poli­tiques, art ou lit­té­ra­ture, tout… comme aujourd’hui.

En grandes enjam­bées, la troupe arrive au Forum ; mais elle s’arrête inter­dite devant cette étrange val­lée toute semée de ruines, jusqu’au Coli­sée. Un grand rou­tier, un peu pâle, parle le pre­mier :

— Que cela a donc dû être beau ! Que c’est même beau encore !

Auteur : Par un groupe de pères et de mères de familles | Ouvrage : Petite Histoire de l'Église illustrée .

Temps de lec­ture : 7 minutes

∼∼ VI ∼∼

Joie du revoir, récits inter­mi­nables et fatigue com­bi­nés plongent la jeu­nesse dans un, som­meil invin­cible. Vers 9 heures du matin, Jean, qui couche dans la chambre de Ber­nard, éprouve la sen­sa­tion de secousses extra­or­di­naires, rêve que c’est la tem­pête, que le bateau sombre, et se réveille en sur­saut, pour se trou­ver à moi­tié hors de son lit, en face de son cou­sin qui, les bras croi­sés, le contemple en riant :

— Hé bien, mon vieux Jean ! Voi­là cinq minutes que je te secoue comme un pru­nier, tu geins, tu fais des gestes, mais tu dors tou­jours.

— Où diable suis-je ? Pas sur mer pour­tant !

— Mais non, mon bon. Tu es à Rome, dans ma chambre, ne t’en déplaise, et je vou­drais bien que tu consentes à déjeu­ner.

La pro­po­si­tion est accueillie d’enthousiasme.

Moins d’un quart d’heure plus tard, un petit coup dis­cret se fait entendre à la porte.

Deux for­mi­dables « Entrez ! » répondent. La porte s’entr’ouvre. Un petit bout de nez et des che­veux blonds s’y encadrent et Colette lance à la volée :

— Quand ces mes­sieurs seront tout à fait réveillés, ils vou­dront bien des­cendre. Tout le monde les attend.

Histoire de l'Église raconté aux jeunes
Deux for­mi­dables « Entrez ! » répondent.

La tête dis­pa­raît, la porte se referme, on entend de petits pas cou­rir dans le cor­ri­dor…

— La mâtine ! dit Ber­nard. C’est pire qu’un feu fol­let. Allez donc attra­per ça ! Des­cen­dons, mais, pour sau­ver ma répu­ta­tion, tu avoue­ras à la famille que, sans mon éner­gie, tu dor­mi­rais encore.

Au salon, les gais bon­jours échan­gés, la jeu­nesse aper­çoit une table cou­verte de livres, cartes, plans, etc. Ber­nard ques­tionne :

— Qu’est-ce que c’est que tout ça ?

Yvon, pen­ché sur la table, répond :

— Tout ça, c’est ce que nous avons pré­pa­ré ce matin, mon oncle et moi, pour faci­li­ter votre séjour ici. Expli­quez, mon oncle.

— Eh bien, voi­là.

Il faut d’abord bien réa­li­ser, mes enfants, que Rome est le centre de la Chré­tien­té. Il s’agit de pro­fi­ter de notre séjour ici pour regar­der se dérou­ler devant nous, comme dans un beau film, toutes les époques de l’Histoire de l’Église. Ce n’est pas en quelques jours évi­dem­ment que nous pour­rons tout étu­dier. Il y fau­drait des mois. Réflé­chis­sez. Une tra­ver­sée de dix jours vous a per­mis de revivre, en quelque sorte sur place, les Actes des Apôtres et donc l’histoire de la fon­da­tion de l’Église. Il nous reste, pour ter­mi­ner cette pre­mière époque, à étu­dier les mar­tyres de saint Pierre et de saint Paul et les per­sé­cu­tions. Ce sera le pro­gramme d’aujourd’hui.

Allez cher­cher vos cha­peaux, et en route !