Catégorie : <span>La revue des saints</span>

Ouvrage : La revue des saints | Auteur : Lacoste

Fondatrice de la Visitation (1872 – 1641)

Fête le 21 août

« J’ai trou­vé à Dijon, disait saint Fran­çois de Sales, ce que Salo­mon était en peine de trou­ver à Jéru­sa­lem : la femme forte, en Mme de Chan­tal. » Éloge admi­rable, confir­mé par l’É­glise et que cette Sainte a plei­ne­ment jus­ti­fié par une longue vie dont chaque pas fut un sacrifice.

Vertus naissantes.

Jeanne-Fran­çoise naquit à Dijon le 23 jan­vier 1572, de la noble famille des Fré­myot, qui occu­pait un rang consi­dé­rable au Par­le­ment de Bour­gogne. Elle n’a­vait que dix-huit mois quand sa mère mou­rut, lais­sant trois petits enfants. Dès ses pre­mières années, Jeanne mani­fes­ta une filiale ten­dresse envers la Sainte Vierge et un atta­che­ment extra­or­di­naire à la reli­gion catholique.

Un jour, à peine âgée de cinq ans, elle enten­dit un gen­til­homme pro­tes­tant, qui dis­cu­tait avec son père, nier la Pré­sence réelle. Aus­si­tôt, arrê­tant sur l’hé­ré­tique un regard ému :

— Mon­sei­gneur, lui-dit-elle, il faut croire que Jésus-Christ est au Saint Sacre­ment de l’au­tel, puis­qu’il l’a dit. Si vous ne croyez pas ce qu’il a dit, vous le faites menteur.

Le pro­tes­tant entre­prit de dis­cu­ter avec elle, mais elle l’ar­rê­ta court par la sagesse de ses réponses. Pour ter­mi­ner le débat, il lui don­na quelques bon­bons ; mais elle, sans y tou­cher, les prit dans son tablier et cou­rut les jeter au feu, en disant :

— Voyez-vous, Mon­sei­gneur, voi­là comme brû­le­ront dans le feu de l’en­fer tous les héré­tiques, parce qu’ils ne croient pas ce que Notre-Sei­gneur a dit.

M. Fré­myot, homme d’une rare ver­tu et d’un cou­rage héroïque célèbre pen­dant la Ligue, ne négli­gea rien pour déve­lop­per de si heu­reuses dis­po­si­tions. Il fit don­ner à ses enfants, par des maîtres choi­sis, une ins­truc­tion forte et brillante, tan­dis que lui-même, selon les bonnes tra­di­tions de cette époque, se réser­vait l’en­sei­gne­ment religieux.

Maîtresse de maison.

Jeanne fut bien­tôt recher­chée en mariage par les plus illustres sei­gneurs. Elle refu­sa de brillants par­tis, parce que sa foi et sa ver­tu eussent été expo­sées, disant qu’elle aime­rait mieux pour son séjour une per­pé­tuelle pri­son que le logis d’un huguenot.

Dieu récom­pen­sa cette fer­me­té et lui don­na un époux digne d’elle dans la per­sonne du baron de Chan­tal, sei­gneur de Bour­billy, qui joi­gnait à la bra­voure et à la foi d’un che­va­lier du Moyen Âge la dis­tinc­tion d’es­prit et de manières d’un gen­til­homme du XVIᵉ siècle. Le mariage eut lieu à Bour­billy, près de Semur, le 29 décembre 1592. Mais bien­tôt, Hen­ri IV man­da près de lui le baron de Chan­tal, « qu’il aimait et dont il fai­sait cas ».

Pen­dant l’ab­sence de son mari, Mme de Chan­tal se char­gea de la direc­tion de tous ses biens, et en peu de temps elle mit dans les affaires tout l’ordre que récla­mait une longue négli­gence. Son pre­mier soin fut de réta­blir la messe quo­ti­dienne au châ­teau et d’y faire assis­ter tous ses domes­tiques. Elle leur don­nait en toutes choses le bon exemple, et, avec le talent de se faire obéir, elle pos­sé­dait à un plus haut degré encore celui de se faire aimer.

Amour des pauvres.

Le ser­vice des pauvres et des malades était une de ses plus chères Occu­pa­tions. Elle por­tait elle-même des aumônes jusque dans les cabanes les plus enfu­mées, et soi­gnait les mala­dies les plus repous­santes avec une si exquise cha­ri­té que, selon la tou­chante expres­sion des pauvres de Bour­billy, « il Ꭹ avait plai­sir à être malade pour avoir les visites de la sainte baronne ».

Pen­dant la ter­rible famine de 1600, les pauvres accou­raient de six lieues à la ronde. Mme de Chan­tal n’en ren­voyait aucun. Plu­sieurs pro­fi­taient de leur grand nombre pour deman­der l’au­mône deux fois de suite. Elle n’eut jamais le cou­rage de les renvoyer :

— Mon Dieu, disait-elle, je men­die sans cesse à la porte de votre misé­ri­corde ; vou­drais-je, à la seconde ou troi­sième fois, être chas­sée ? Mille et mille fois vous souf­frez béni­gne­ment mon impor­tu­ni­té, n’en­du­re­rai-je pas celle de votre créature ?

Il ne res­ta bien­tôt plus qu’un ton­neau de farine. Quand il fal­lut y tou­cher, les plaintes des domes­tiques écla­tèrent. « Qu’on puise à pleines mains et qu’on donne sans comp­ter », dit Mme de Chan­tal. Ain­si fut fait, et, six mois après, ce mon­ceau de farine n’a­vait pas diminué.

Premières épreuves. — Séjour à Monthelon.

Depuis huit ans, « les deux époux offraient le modèle du plus saint mariage qu’on puisse conce­voir » et s’ai­maient « avec des ten­dresses extra­or­di­naires », quand, un jour de l’hi­ver de 1601, M. de Chan­tal fut griè­ve­ment bles­sé d’un coup d’ar­que­buse, au cours d’une par­tie de chasse. Après neuf jours d’a­go­nie, il mou­rut, à trente-cinq ans, avec la rési­gna­tion et le cou­rage d’un grand chré­tien. De six enfants, fruits de leur union bénie, quatre sur­vi­vaient, un fils et trois filles, dont la der­nière n’a­vait pas un mois. 

La dou­leur de Mme de Chan­tal fut si vio­lente qu’elle fit craindre pour sa vie ; au bout de trois mois, la mal­heu­reuse veuve était deve­nue comme un squelette.

Elle se consa­cra dès lors com­plè­te­ment au pur amour de Dieu, fit vœu de chas­te­té per­pé­tuelle. Elle rédui­sit son train de mai­son pour se dévouer à l’é­du­ca­tion de ses enfants et au sou­la­ge­ment des pauvres.

Vers la fin de 1602, le vieux baron de Chan­tal vou­lut avoir auprès de lui sa belle-fille et ses petits-enfants. Elle se ren­dit aus­si­tôt à Mon­the­lon, près d’Au­tun, où habi­tait son beau-père.

Elle y souf­frit atro­ce­ment, tant de la mau­vaise humeur de ce vieillard auto­ri­taire et maniaque que des manières impé­rieuses d’une femme de charge qui com­man­dait en maî­tresse au châ­teau. L’in­so­lence de cette ser­vante n’a­vait pas de bornes ; elle réus­sit à indis­po­ser l’es­prit du baron contre sa belle-fille, et Mme de Chan­tal fut trai­tée, pen­dant sept ans que dura ce « pur­ga­toire », comme une étran­gère qu’on admet par cha­ri­té au foyer domestique.

Son admis­sion dans le Tiers-Ordre de Saint-Fran­çois d’As­sise, le 6 avril 1603, l’ai­da à sup­por­ter avec cou­rage et humi­li­té une si longue épreuve.

Mme de Chantal et saint François de Sales.

Depuis long­temps Mme de Chan­tal deman­dait à Dieu de lui don­ner un direc­teur. Un jour, pen­dant la fer­veur de son orai­son, elle vit un prêtre en sou­tane noire, avec un rochet et un camail. En même temps, une voix lui disait : « Voi­là le guide bien-aimé de Dieu et des hommes entre les mains duquel tu dois repo­ser ta conscience. »

Ouvrage : La revue des saints

Mère de saint Augustin (332 – 387)

Fête le 4 mai


C’est dans l’A­frique chré­tienne du Nord, où l’É­glise était si pros­père, que Dieu pla­ça le ber­ceau de Monique. Elle naquit à Tha­gaste en 332. Le nom de son père nous est incon­nu ; sa mère s’ap­pe­lait Faconda.

Enfance.

Grâce aux soins de ses parents, qui étaient chré­tiens, et à la sur­veillance d’une vieille ser­vante toute dévouée sa jeune maî­tresse, Monique gran­dit dans la crainte et l’a­mour de Dieu ; c’é­tait un lis de pure­té. On put entre­voir dès son enfance le degré émi­nent de sain­te­té qu’elle attein­drait un jour. Elle était encore toute petite que déjà elle sor­tait seule de la mai­son pater­nelle, pour aller prier à l’é­glise, au risque d’être répri­man­dée au retour. Quel­que­fois elle quit­tait ses com­pagnes de jeu ; on la retrou­vait à genoux der­rière un arbre. Sou­vent même, pen­dant la nuit, elle se levait et réci­tait à Dieu les prières que sa pieuse mère lui avait apprises. 

Un jour, cepen­dant, elle suc­com­ba à une ten­ta­tion de gour­man­dise. Ses parents l’a­vaient char­gée d’al­ler, avec une ser­vante, pui­ser à la cave le vin des­ti­né aux repas. Monique éprou­vait jusque-là pour le vin une cer­taine répu­gnance ; cepen­dant, par espiè­gle­rie d’en­fant, elle pro­fi­ta de sa liber­té pour en boire une gor­gée. Elle réci­di­va. Peu à peu elle s’y habi­tua et même y prit un cer­tain goût, au point, a‑t-on dit, de pas­ser son doigt le long des réci­pients pour en recueillir quelques gouttes.

Mais Dieu veillait sur elle. Il se ser­vit pour la cor­ri­ger de la ser­vante, témoin trop com­plai­sant de sa faute. Cette ser­vante, s’é­tant un jour dis­pu­tée avec sa jeune mai­tresse, lui jeta à la face cette insulte : « Buveuse de vin pur. » Monique rou­git, recon­nut la lai­deur de sa gour­man­dise, et dès ce moment elle s’en cor­ri­gea pour toujours. 

Elle en pro­fi­ta pour être désor­mais plus humble, plus atten­tive à se mor­ti­fier et à veiller sur ses sens. 

Son coeur s’ou­vrit de bonne heure aus­si à l’a­mour des pauvres. Elle ne négli­geait rien pour les secou­rir : elle don­nait tout, jus­qu’au pain qu’on lui ser­vait à table ; elle le cachait dans les plis de sa robe et le leur dis­tri­buait. C’é­tait pour elle un bon­heur de leur laver les pieds, selon l’u­sage du temps, et de les ser­vir autant qu’elle pou­vait le faire à cet âge. Enfin, on remar­quait en elle une dou­ceur et une patience inal­té­rables, ver­tus que nous lui ver­rons pra­ti­quer jus­qu’à l’hé­roïsme une fois qu’elle sera deve­nue épouse et mère. 

Mariage et épreuves. 

Sor­tie de l’a­do­les­cence, elle fut deman­dée en mariage. Patrice, né à Magots, comme Monique, et comme elle d’une famille noble, aspi­rait à sa main ; il l’ob­tint. Il parais­sait pour­tant peu digne d’une telle alliance : un païen violent, bru­tal, débau­ché, tel était le futur époux de Monique. Qu’on ajoute à cela une grande dif­fé­rence d’âge ; Monique avait à peine vingt-deux ans, et Patrice plus du double. On serait ten­té de se deman­der com­ment les parents de Monique consen­tirent à une union qui ne pré­sa­geait que des tris­tesses, si on ne savait com­bien, mal­heu­reu­se­ment, les parents, même chré­tiens, se font faci­le­ment, illu­sion quand il s’a­git de marier leurs enfants. 

Du reste, ce fut sans doute ici un effet de la Pro­vi­dence divine, qui per­mit que Monique méri­tât par d’a­mères dou­leurs l’hon­neur d’être la mère d’un fils tel que saint Augustin. 

Les épreuves ne man­que­ront pas. Elles vien­dront de Patrice lui-même, elles vien­dront aus­si de la belle-mère, païenne comme son fils et comme lui d’une humeur vio­lente, exci­tée encore contre sa belle-fille par les calom­nies des ser­vantes. Pauvre Monique ! la voi­là iso­lée, mal­heu­reuse dès les pre­miers jours de son mariage ; mais c’est pré­ci­sé­ment ici qu’elle est admi­rable. C’est dans le creu­set de la souf­france qu’on recon­naît les grandes âmes. 

Sachant qu’elle peut tout en Celui qui la for­ti­fie, elle ne recule pas devant les dif­fi­cul­tés, elle accepte dans toute leur éten­due les devoirs de son nou­vel état. Elle com­prend que Dieu l’a unie à Patrice pour le conver­tir ; elle se fait l’a­pôtre du petit monde qui l’en­toure. Sa pré­di­ca­tion, c’est l’exemple ; ses moyens de conver­sion, la dou­ceur et la prière. Et quels exemples de ver­tu, en effet, ne don­na-t-elle pas ? Exemple de dou­ceur vis-à-vis des empor­te­ments de Patrice, exemple de patience en pré­sence de ses infi­dé­li­tés ! Jamais une plainte ne sor­tit de sa bouche contre son mari, nous apprend saint Augus­tin, et pour­tant comme elle souf­frait ! Comme elle pleu­rait — et des larmes d’au­tant plus amères qu’elles étaient ver­sées en secret ! Elle se conten­tait de deman­der à Dieu la foi pour Patrice, sachant bien que les autres ver­tus suivraient. 

Cette méthode de dou­ceur, de silence et d’ab­né­ga­tion pleine de dévoue­ment, elle la conseillait à ses amies, lorsque celles-ci venaient se plaindre à elle des vio­lences de leurs maris : « Pre­nez-vous-en à votre langue », leur disait-elle. En effet, celles qui, à son exemple, rem­pla­çaient les répliques par un silence plein de dou­ceur, n’a­vaient qu’à s’en louer. Mal­gré toute son impé­tuo­si­té, jamais Patrice n’o­sa lever la main sur cet ange de bonté.

Augustin.

Ce fut au milieu de ces tris­tesses que Dieu lui don­na les joies de la mater­ni­té, en 354. Elle mit au monde cet Augus­tin qu’elle devait enfan­ter une seconde fois à la vie spi­ri­tuelle, au prix de tant de larme ; puis Navi­gius et Per­pé­tue, dont la sain­te­té devait être dépas­sé par celle de leur frère aîné. Elle leur fit boire à tous, avec son lait, le nom et l’a­mour de Jésus-Christ. De ses trois enfants, elle fera trois saints, tant est puis­sante l’in­fluence d’une mère ! Cepen­dant, selon la cou­tume de l’é­poque, le bap­tême fut ren­voyé à plus tard. Tout semble d’a­bord conspi­rer contre elle, et un père païen et une belle-mère païenne et des ser­vantes men­teuses. Mais tous ces obs­tacles sont s’é­va­nouir devant sa dou­ceur et sa rési­gna­tion. La belle-mère se rend la pre­mière. Elle recon­naît la faus­se­té des calom­nies de ses ser­vantes. Les esclaves elles-mêmes laissent gagner leur cœur. « Alors je croyais, dit saint Augus­tin, ma mère croyait aus­si, toute la mai­son croyait avec nous ; il n’y avait que mon père qui ne croyait pas. »

Ouvrage : La revue des saints

Apôtre et martyr (Iᵉʳ siècle).

Fête le 21 décembre.

Lorsque Notre-Sei­gneur, après avoir pas­sé trente ans dans l’humilité d’une vie obs­cure, inau­gu­ra sa mis­sion publique et com­men­ça à révé­ler au monde les mys­tères du royaume des cieux, il choi­sit, en tra­ver­sant les bour­gades de la Pales­tine, des dis­ciples qui l’accompagnèrent dans ses courses apos­to­liques. Douze d’entre eux furent plus inti­me­ment asso­ciés à son minis­tère : il les ins­trui­sit avec pré­di­lec­tion, il les envoya prê­cher en son nom, il en fit ses mes­sa­gers, ses amis, ses apôtres. Par­mi ces pri­vi­lé­giés qui recueillirent de plus près les sublimes ensei­gne­ments du Maître et les secrets de son cœur si aimant, se trou­vait saint Thomas.

Si l’on en croit d’anciens docu­ments, son vrai nom était Judas ; et c’est sans doute à cause de l’emploi très com­mun de ce nom chez les Juifs que, pour le dis­tin­guer de ses homo­nymes, on l’aurait dési­gné sous le sur­nom de Tho­mas, signi­fiant jumeau, comme le nom grec de Didyme par lequel le désigne aus­si l’évangéliste saint Jean. D’après une tra­di­tion, il serait né à Antioche, et des écrits apo­cryphes racontent qu’il avait une sœur jumelle nom­mée Lydie. Mais il faut ouvrir l’Évangile pour trou­ver des épi­sodes d’une authen­ti­ci­té indis­cu­table de la vie de saint Thomas.

Courageuse fidélité au Maître.

À l’époque où il enten­dit l’appel de Jésus, Tho­mas devait mener en Gali­lée, comme la plu­part des autres apôtres, une humble exis­tence de pêcheur. Plus tard, en effet, après la Résur­rec­tion du Christ, nous le trou­vons par­mi les dis­ciples qui, ayant repris leur ancien métier, jetaient leurs filets dans les eaux du lac de Tibé­riade et qui, favo­ri­sés d’une appa­ri­tion du Sau­veur res­sus­ci­té, durent à sa parole de faire une pêche mira­cu­leuse. Son carac­tère se révèle dans trois faits que raconte saint Jean.

C’est d’abord un épi­sode où l’apôtre se montre géné­reu­se­ment dévoué au Maître et pousse la fidé­li­té jusqu’à vou­loir affron­ter la mort. Notre-Sei­gneur avait publi­que­ment ensei­gné aux Juifs qu’il était égal au Père et Dieu comme lui, et ses audi­teurs avaient ramas­sé des pierres pour le lapi­der comme un blas­phé­ma­teur ; mais il s’était déro­bé à leur fureur, car l’heure de souf­frir pour la Rédemp­tion du monde n’était pas encore venue. Quand cette heure appro­cha, il dit à ses dis­ciples : « Retour­nons en Judée. » Ces paroles les effrayèrent. « Maître, s’écrièrent-ils, il y a quelques jours, les Juifs vou­laient vous lapi­der, et vous vou­lez retour­ner dans ce pays ! » Ils redou­taient, dans un double sen­ti­ment d’amour et de crainte, les mau­vais trai­te­ments qui étaient réser­vés à leur Maître et à eux-mêmes. C’est alors que Tho­mas, sur­mon­tant toute crainte, encou­ra­gea ses com­pa­gnons à res­ter fidèles à Jésus jusqu’à la mort. Il leur dit ces cou­ra­geuses paroles : « Allons nous aus­si et mou­rons avec lui. Eamus et nos et moria­mur cum illo. » En cette cir­cons­tance, comme le remarque saint Vincent Fer­rier, il mon­tra plus de cha­ri­té que les autres apôtres, car il n’y a pas de plus grand amour que de don­ner sa vie.

Amour de la vérité.

Réso­lu à suivre le Christ jusque sur le che­min du sup­plice, Tho­mas était, on n’en peut dou­ter, très atten­tif aux ensei­gne­ments divins, et il vou­lait les bien com­prendre. Peu enclin à croire sans se rendre compte et défiant devant toute affir­ma­tion que n’appuyaient pas des preuves solides, il aimait la véri­té et s’y atta­chait avec ardeur, dès qu’elle s’imposait à son esprit. Loin d’être naï­ve­ment cré­dule, il rai­son­nait sur ce qu’il enten­dait et ne se ren­dait qu’à une doc­trine lumi­neuse et cer­taine. Deux épi­sodes mettent en relief cette atti­tude d’âme.

Trans­por­tons-nous au Cénacle, où le Sei­gneur prend avec ses dis­ciples son der­nier repas, ce repas pas­cal où, après leur avoir don­né son Corps et son Sang par l’institution de la sainte Eucha­ris­tie, il leur livre les plus sublimes ensei­gne­ments qui n’aient jamais frap­pé oreille humaine. Comme il est sur le point de s’offrir à la mort, il console ses apôtres qu’afflige la pen­sée de la sépa­ra­tion pro­chaine, en leur annon­çant qu’il va leur pré­pa­rer une place dans la mai­son de son Père, et en leur disant : « Lorsque je m’en serai allé et que je vous aurai pré­pa­ré une place, je revien­drai et je vous pren­drai avec moi, afin que là où je suis, vous y soyez aus­si ; et vous savez où je vais et vous en connais­sez le che­min. » Mais Tho­mas l’interrompt : « Sei­gneur, nous igno­rons où vous allez ; com­ment pou­vons-nous en savoir le che­min ? » Par ces mots, il avoue hum­ble­ment que la doc­trine du Maître tou­chant le terme de sa mis­sion a dépas­sé la por­tée de son esprit, et il demande à en être mieux ins­truit. Et Jésus de lui répondre par ces paroles qui sou­lignent si magni­fi­que­ment son œuvre rédemp­trice : « Je suis la Voie, la Véri­té et la Vie ; nul ne va au Père que par moi… » Aucun apôtre, sans doute, n’écoute alors avec plus d’attention la doc­trine de véri­té et de vie que conti­nue à expo­ser le Sauveur.

L’heure du doute et l’heure de la foi.

Parce qu’il aimait la véri­té, l’apôtre Tho­mas la vou­lait pure ; il se met­tait en garde contre l’illusion et l’imagination qui la tra­ves­tissent. Il y avait chez lui, jusqu’à l’excès, une sorte de pru­dence intel­lec­tuelle qui l’empêchait d’ajouter foi à tout témoi­gnage humain dont il ne tou­chait pas les preuves incon­tes­tables. C’est ce qui appa­raît dans l’épisode évan­gé­lique si connu, où il subit une heure de doute, et même d’incrédulité, avant l’heure exquise de la foi ras­su­rée et indéfectible.

Jésus-Christ, après sa Résur­rec­tion, appa­rut aux dis­ciples qui, par crainte des Juifs, s’étaient enfer­més au Cénacle. Tho­mas, à ce moment, ne se trou­vait pas avec eux. À son retour, ils l’entourèrent et lui dirent : « Nous avons vu le Sei­gneur. » Quelque sur­pre­nant que fût le fait de la Résur­rec­tion glo­rieuse du Sau­veur, l’apôtre aurait dû s’incliner devant l’affirmation una­nime des dis­ciples. Il n’en fît rien : il crai­gnait qu’ils eussent été vic­times d’une illu­sion. « Si je ne vois dans ses mains, dit-il, la marque des clous, et si je ne mets mon doigt à la place des clous, et ma main dans son côté, je ne croi­rai point. »

Huit jours après, comme les dis­ciples étaient encore réunis au Cénacle et qu’ils avaient Tho­mas par­mi eux, Jésus leur appa­rut de nou­veau en leur disant : « Paix avec vous ! » Puis, s’adressant à Tho­mas et lui mon­trant ses plaies, il lui dit : « Mets ici ton doigt, et regarde mes mains ; approche aus­si la main, et mets-la dans mon côté ; et ne sois pas incré­dule, mais croyant. » L’apôtre tou­cha-t-il les cica­trices du Sau­veur ? Le texte sacré ne le dit pas, et on peut croire qu’il suf­fit à Tho­mas d’entendre le témoi­gnage ren­du par Jésus à la réa­li­té de sa Résur­rec­tion pour repous­ser tout doute et toute incré­du­li­té, et pour expri­mer sa foi, désor­mais lumi­neuse et ardente, dans ce cri plein de res­pect et d’amour : « Mon Sei­gneur et mon Dieu ! » Jésus reprit : « Parce que tu m’as vu, Tho­mas, tu as cru. Heu­reux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru ! » Pour tout reproche, il oppo­sait à la sou­mis­sion tar­dive de son apôtre le mérite et le bon­heur des âmes qui croient en lui sans exi­ger de le voir.

Les Pères de l’Église se sont plu à mon­trer com­bien l’incrédulité pas­sa­gère du dis­ciple a tour­né à l’avantage du chris­tia­nisme, en ôtant tout sujet de dou­ter de la Résur­rec­tion, et par consé­quent de la divi­ni­té de Jésus. Saint Gré­goire le Grand écrit : « L’incrédulité de saint Tho­mas a plus fait pour affer­mir notre foi que la foi des dis­ciples qui avaient cru. »

Saint Thomas s'écrie : « Mon Seigneur et mon Dieu »
Saint Tho­mas s’é­crie : « Mon Sei­gneur et mon Dieu »

L’adieu de Jésus et la venue de l’Esprit.

Après la scène qui vient d’être racon­tée, le nom de l’apôtre Tho­mas n’apparaît que deux fois dans le Nou­veau Tes­ta­ment (Jean, XXI, 2 ; Actes, 1, 13) ; et c’est d’abord dans une cir­cons­tance où le Sau­veur res­sus­ci­té appa­rut encore à plu­sieurs des siens pour leur faire de tou­chants adieux avant de retour­ner à son Père, puis dans la réunion des dis­ciples au Cénacle, où ils per­sé­vé­raient dans la prière et où ils reçurent l’Esprit-Saint.

Ouvrage : La revue des saints | Auteur : Lacoste

Prince des apôtres et premier Pape (+ 67) 

Fête le 29 juin.

Le pre­mier Pape, saint Pierre, était un pauvre pêcheur juif, né à Beth­saï­da, sur les bords du lac de Géné­sa­reth, et éta­bli à Caphar­naüm, chez la mère de sa femme. Sans for­tune, sans ins­truc­tion, ce fils de pay­san gali­léen gagnait sa vie de son modeste métier. C’est tout ce qu’on sait de lui avant son appel à l’apostolat.

Vocation à l’apostolat.

La pre­mière ren­contre de Simon-Pierre avec le divin Maître eut lieu sur les bords du Jour­dain, où Jean le pré­cur­seur baptisait.

Son frère, André, ser­vit d’intermédiaire. Il dit à Simon : « Nous avons trou­vé le Mes­sie. » Et il ame­na son frère à Jésus. Le Maître, arrê­tant son regard sur Simon, lui dit : « Tu es Simon, fils de Jonas, tu seras appe­lé Céphas » (c’est-à-dire Pierre). Par ce chan­ge­ment de nom Jésus prend en quelque sorte pos­ses­sion de ce nou­veau dis­ciple et le fait l’un des siens. Pierre et André s’attachèrent à Jésus. Mais la voca­tion défi­ni­tive pré­cise, nomi­na­tive, n’aura lieu que plus tard à Caphar­naüm, après le miracle par lequel Jésus gué­rit la belle-mère de saint Pierre d’une grosse fièvre.

Pierre et André net­toyaient et rac­com­mo­daient leurs filets sur les rives du lac, pen­dant que le Sau­veur prê­chait à la foule qui le pres­sait de toute part. Il mon­ta sur la barque de Pierre et lui deman­da de s’éloigner un peu du rivage ; puis, s’asseyant, il adres­sa plus com­mo­dé­ment la parole à cette mul­ti­tude. Après quoi il dit à Pierre : « Avance au large et jetez vos filets pour la pêche. »

C’est ce qu’ils avaient fait toute la nuit, sans rien prendre. Pierre le fait remar­quer à Jésus, mais il ajou­ta : « Sur votre parole, je jet­te­rai le filet. » Cette fois la pêche fut si abon­dante que les filets se rom­paient. Pierre et André durent héler une autre barque que mon­taient Jacques et Jean avec leur père Zébé­dée, et les deux barques revinrent char­gées de pois­sons. Ce miracle les rem­plit de stu­peur. Pierre effrayé dit au Maître : « Éloi­gnez-vous de moi, Sei­gneur, car je suis un homme pécheur. » Non seule­ment Notre-Sei­gneur ne se sépa­ra pas d’eux, mais il dit à Pierre : « Ne crains pas, ce seront désor­mais des hommes que tu pren­dras. » Puis il dit à tous les quatre : « Sui­vez-moi, je vous ferai pêcheurs d’hommes. » Alors ils quit­tèrent tout et le suivirent.

Saint Pierre marche sur les eaux. – Le pain de vie.

Le soir du jour où le Sau­veur avait mul­ti­plié les pains pour ras­sa­sier la foule, les douze apôtres prirent sans lui la voie de mer pour pas­ser de l’autre côté.

Mais voi­là qu’un vent violent s’élève et met la barque en péril. Vers 3 heures du matin, comme ils ramaient péni­ble­ment, un homme leur appa­rut mar­chant sur les flots. Bou­le­ver­sés, ils dirent : « C’est un fan­tôme », et pous­saient des cris d’effroi. Mais Jésus, car c’était lui, leur adres­sa la parole : « Ras­su­rez-vous, c’est moi, n’ayez pas peur. — Sei­gneur, si c’est vous, répon­dit Pierre, ordon­nez-moi de venir à vous sur les eaux. — Viens », lui dit Jésus.

Pierre s’élance vers son Maître, mais le vent redouble, Pierre tremble et s’enfonce. Il s’écrie : « Sei­gneur, sau­vez-moi ! » Aus­si­tôt Jésus lui tend la main, le sai­sit et lui dit : « Homme de peu de foi, pour­quoi as-tu dou­té ? » Puis Jésus monte dans la barque et le vent cesse instantanément.

Quand Jésus annon­ça aux dis­ciples qu’il leur don­ne­rait sa chair à man­ger et son sang à boire, la plu­part dirent : « C’est inac­cep­table ». Et ils se reti­rèrent. Jésus ne res­ta qu’avec les Douze. Il leur dit : « Et vous, vou­lez-vous aus­si vous reti­rer ? — Sei­gneur, répond aus­si­tôt Pierre, à qui irions-nous ? Vous avez les paroles de la vie éter­nelle. Nous avons cru et nous savons que vous êtes le Christ, le Fils de Dieu. » Ses pen­sées étaient, évi­dem­ment, d’un autre ordre que celles de la foule ; elles ne lui venaient pas de la terre, mais du ciel. De là, son pro­fond amour pour le divin Maître, et les pré­ro­ga­tives dont il va être investi.

Ouvrage : La revue des saints

Vierge et martyre à Nicomédie (+235)

Fête le 4 décembre.

SAINTE Barbe (Bar­ba­ra, dans les langues orien­tales Var­va­ra) n’ac­com­plit sur terre qu’une bien courte mis­sion, car elle avait à peine seize ans quand, vrai­sem­bla­ble­ment en 235, elle fut mar­ty­ri­sée. Elle n’en jouit pas moins, dans la suite des siècles, d’une immense, d’une mer­veilleuse popu­la­ri­té, et elle est encore l’ob­jet d’une dévo­tion universelle.

Origine illustre de sainte Barbe.

En dépit de cer­taines com­pé­ti­tions, il paraît dif­fi­cile de ne pas admettre que sainte Barbe naquit, vécut, et fut mise à mort à Nico­mé­die, capi­tale de la Bithy­nie (aujourd’­hui Ismidt, en Tur­quie d’A­sie), bien plu­tôt qu’à Hélio­po­lis d’É­gypte (ou de Syrie) et, sur­tout, qu’en Toscane.

Les docu­ments les plus auto­ri­sés la pro­clament issue d’une tige royale. D’a­près un Mis­sel du Mans et le Bré­viaire de la col­lé­giale de Beaune, elle des­cen­dait, comme Marie et Jésus, de la race de Jes­sé, et, selon une chro­nique des Char­treux de Cologne, sa mère était la fille aînée d’une Romaine, Repé, et de Théo­phile, fils de Mar­cel­lus, fils lui-même d’A­gap, un roi qui, au temps de la ruine de Jéru­sa­lem par Ves­pa­sien et Titus, avait épou­sé Esther, jeune Juive d’une grande beauté.

Quant à son père, Dios­core (en grec, fils de Jupi­ter), c’é­tait un riche satrape, païen très ardent, com­plè­te­ment inféo­dé à l’empereur Maxi­min, le per­sé­cu­teur. Aus­si, doit-on tenir pour fan­tai­siste l’é­pi­sode gra­vé sur une image ancienne de Confré­rie avec cette légende : « Sainte Barbe est donée à une nou­risse chrestienne. »

Les auteurs dépeignent Barbe comme une ado­les­cente aux che­veux blonds, joi­gnant tous les charmes phy­siques à tous les dons de l’esprit.

Barbe devient chrétienne.

Dési­reux qu’elle ne fit pas trop vite son choix par­mi les sei­gneurs qui convoi­taient sa main et vou­lant la sous­traire au pro­sé­ly­tisme des chré­tiens, Dios­core séques­tra sa fille dans un châ­teau fort pour­vu, d’ailleurs, de tout le luxe que com­por­tait sa haute condi­tion. Il y ajou­ta une pis­cine dont il sui­vit la construc­tion avec un soin jaloux, fixant lui-même l’o­rien­ta­tion des deux fenêtres qui devaient l’éclairer.

En outre, pour culti­ver les brillantes qua­li­tés intel­lec­tuelles qui flat­taient sa vani­té pater­nelle, il assu­ra à Barbe les leçons des maîtres les plus répu­tés, qui lui firent étu­dier les poètes, les ora­teurs et les philosophes.

L’es­prit péné­trant de l’a­do­les­cente fut frap­pé de l’ab­sur­di­té des ensei­gne­ments du paga­nisme sur la plu­ra­li­té des dieux et dis­tin­gua très vite, par­mi ces gros­sières erreurs, les véri­tés fon­da­men­tales des tra­di­tions pri­mi­tives, qui l’é­le­vèrent à la notion d’un Dieu unique et sou­ve­rain. Consciente de l’i­na­ni­té de tout ce dont on l’en­tou­rait, Barbe se refu­sa à s’in­cli­ner plus long­temps devant les divi­ni­tés dont on lui van­tait la puis­sance, et, pres­sée par sa foi nais­sante, elle trou­va le moyen de faire par­ve­nir au célèbre Ori­gène un mes­sage pour le sup­plier de venir la fortifier.

Impa­tiem­ment atten­due, la réponse du grand doc­teur d’A­lexan­drie fut appor­tée par un de ses dis­ciples, qui fut reçu avec les plus grands égards et par­vint à pré­pa­rer la néo­phyte au bap­tême sans être inquié­té par l’en­tou­rage de celle-ci, car on le consi­dé­ra comme un méde­cin appe­lé de l’é­tran­ger pour lui don­ner des soins.

Une tra­di­tion res­pec­table veut que ce sacre­ment ait été admi­nis­tré à Barbe avec un concours de cir­cons­tances mira­cu­leuses. Tan­dis qu’elle était en prières, deman­dant à être puri­fiée de ses fautes, une source abon­dante aurait jailli devant elle, se divi­sant en quatre par­ties avec la forme d’une croix. Saint Jean-Bap­tiste lui aurait alors appa­ru et l’au­rait bap­ti­sée, comme il fit autre­fois pour les Juifs dans les eaux du Jour­dain. Puis, Jésus-Christ l’au­rait favo­ri­sée de sa pré­sence, lui pré­sen­tant une palme et un anneau d’or et lui disant : « Je viens au nom de mon Père vous prendre pour mon épouse. » 

Plu­sieurs de ceux que leur foi condui­sit à cette source y trou­vèrent, dit-on, la gué­ri­son de leurs maux.

Dios­core était au loin, ayant été char­gé par l’empereur du com­man­de­ment d’une impor­tante expé­di­tion mili­taire. La nou­velle chré­tienne put à son aise mani­fes­ter son mépris pour les faux dieux en ren­ver­sant et en bri­sant les idoles qui peu­plaient sa demeure. Elle attes­ta la viva­ci­té de ses croyances en tra­çant du pouce de sa main droite le signe de la croix sur une colonne de marbre où s’en serait conser­vée l’empreinte, tan­dis que la marque de son pied droit res­tait visible sur une dalle. Dans son enthou­siasme pour la Sainte Tri­ni­té, elle contrai­gnit même, affirme-t-on, les ouvriers à per­cer dans la muraille de sa pis­cine une troi­sième fenêtre.

En même temps, elle s’a­don­nait à toutes les pra­tiques de la charité.

Le martyre.

Au retour de son expé­di­tion, Dios­core s’in­quié­ta de ces bou­le­ver­se­ments. Il apprit que tout s’é­tait fait par l’ordre de sa fille qu’il som­ma de lui expli­quer sa conduite. Celle-ci en prit occa­sion pour s’af­fir­mer chré­tienne ; pour lui expo­ser avec une cou­ra­geuse fran­chise la vani­té du paga­nisme ; pour lui dire la subli­mi­té des mys­tères de la reli­gion qu’elle venait d’embrasser ; pour lui décla­rer que les trois fenêtres qui lui don­naient la clar­té d’un même soleil repré­sen­taient les trois Per­sonnes de la Tri­ni­té, source unique de la vraie lumière. Barbe rai­son­nait avec tant de grâce et de sim­pli­ci­té que son père ten­ta d’a­bord de la dou­ceur pour la détour­ner du chris­tia­nisme, lui pro­po­sant un brillant mariage si elle retour­nait au paga­nisme. Elle lui répon­dit qu’elle pré­fé­rait la beau­té incom­pa­rable de la vir­gi­ni­té, qu’elle s’é­tait pro­mise au Christ, qu’elle ne vou­lait que lui comme époux, et que toutes les cou­ronnes de la terre ne valaient pas celle qui l’at­ten­dait là-haut.

Trans­por­té de colère, Dios­core vou­lut immé­dia­te­ment immo­ler son enfant à ses dieux : tirant son épée il se pré­ci­pi­ta sur elle. Elle par­vint à s’é­chap­per ; dans sa fuite, à tra­vers la cam­pagne, un rocher s’en­tr’ou­vrit pour lui per­mettre de trou­ver asile dans une grotte, dont des ronces mas­quaient l’entrée.

Mais cette retraite fut indi­quée par un ber­ger qui, du reste, en châ­ti­ment de sa tra­hi­son, fut chan­gé en un bloc de marbre tan­dis que ses bre­bis étaient trans­for­mées en sauterelles.