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Ouvrage : Le deuxième livre d'André

Sainte Féli­ci­té était une dame romaine de haute consi­dé­ra­tion. Elle vivait au milieu du IIe siècle, sous l’empereur Anto­nin. Vers l’an 160, elle devint veuve. Elle avait sept fils, jeunes encore : Jan­vier, Félix, Phi­lippe, Sil­vain, Alexandre, Vital et Mar­tial ; sa pié­té, ses leçons, ses exemples en firent des saints. Les…

Ouvrage : La revue des saints

Mère de saint Augustin (332 – 387)

Fête le 4 mai


C’est dans l’A­frique chré­tienne du Nord, où l’É­glise était si pros­père, que Dieu pla­ça le ber­ceau de Monique. Elle naquit à Tha­gaste en 332. Le nom de son père nous est incon­nu ; sa mère s’ap­pe­lait Faconda.

Enfance.

Grâce aux soins de ses parents, qui étaient chré­tiens, et à la sur­veillance d’une vieille ser­vante toute dévouée sa jeune maî­tresse, Monique gran­dit dans la crainte et l’a­mour de Dieu ; c’é­tait un lis de pure­té. On put entre­voir dès son enfance le degré émi­nent de sain­te­té qu’elle attein­drait un jour. Elle était encore toute petite que déjà elle sor­tait seule de la mai­son pater­nelle, pour aller prier à l’é­glise, au risque d’être répri­man­dée au retour. Quel­que­fois elle quit­tait ses com­pagnes de jeu ; on la retrou­vait à genoux der­rière un arbre. Sou­vent même, pen­dant la nuit, elle se levait et réci­tait à Dieu les prières que sa pieuse mère lui avait apprises. 

Un jour, cepen­dant, elle suc­com­ba à une ten­ta­tion de gour­man­dise. Ses parents l’a­vaient char­gée d’al­ler, avec une ser­vante, pui­ser à la cave le vin des­ti­né aux repas. Monique éprou­vait jusque-là pour le vin une cer­taine répu­gnance ; cepen­dant, par espiè­gle­rie d’en­fant, elle pro­fi­ta de sa liber­té pour en boire une gor­gée. Elle réci­di­va. Peu à peu elle s’y habi­tua et même y prit un cer­tain goût, au point, a‑t-on dit, de pas­ser son doigt le long des réci­pients pour en recueillir quelques gouttes.

Mais Dieu veillait sur elle. Il se ser­vit pour la cor­ri­ger de la ser­vante, témoin trop com­plai­sant de sa faute. Cette ser­vante, s’é­tant un jour dis­pu­tée avec sa jeune mai­tresse, lui jeta à la face cette insulte : « Buveuse de vin pur. » Monique rou­git, recon­nut la lai­deur de sa gour­man­dise, et dès ce moment elle s’en cor­ri­gea pour toujours. 

Elle en pro­fi­ta pour être désor­mais plus humble, plus atten­tive à se mor­ti­fier et à veiller sur ses sens. 

Son coeur s’ou­vrit de bonne heure aus­si à l’a­mour des pauvres. Elle ne négli­geait rien pour les secou­rir : elle don­nait tout, jus­qu’au pain qu’on lui ser­vait à table ; elle le cachait dans les plis de sa robe et le leur dis­tri­buait. C’é­tait pour elle un bon­heur de leur laver les pieds, selon l’u­sage du temps, et de les ser­vir autant qu’elle pou­vait le faire à cet âge. Enfin, on remar­quait en elle une dou­ceur et une patience inal­té­rables, ver­tus que nous lui ver­rons pra­ti­quer jus­qu’à l’hé­roïsme une fois qu’elle sera deve­nue épouse et mère. 

Mariage et épreuves. 

Sor­tie de l’a­do­les­cence, elle fut deman­dée en mariage. Patrice, né à Magots, comme Monique, et comme elle d’une famille noble, aspi­rait à sa main ; il l’ob­tint. Il parais­sait pour­tant peu digne d’une telle alliance : un païen violent, bru­tal, débau­ché, tel était le futur époux de Monique. Qu’on ajoute à cela une grande dif­fé­rence d’âge ; Monique avait à peine vingt-deux ans, et Patrice plus du double. On serait ten­té de se deman­der com­ment les parents de Monique consen­tirent à une union qui ne pré­sa­geait que des tris­tesses, si on ne savait com­bien, mal­heu­reu­se­ment, les parents, même chré­tiens, se font faci­le­ment, illu­sion quand il s’a­git de marier leurs enfants. 

Du reste, ce fut sans doute ici un effet de la Pro­vi­dence divine, qui per­mit que Monique méri­tât par d’a­mères dou­leurs l’hon­neur d’être la mère d’un fils tel que saint Augustin. 

Les épreuves ne man­que­ront pas. Elles vien­dront de Patrice lui-même, elles vien­dront aus­si de la belle-mère, païenne comme son fils et comme lui d’une humeur vio­lente, exci­tée encore contre sa belle-fille par les calom­nies des ser­vantes. Pauvre Monique ! la voi­là iso­lée, mal­heu­reuse dès les pre­miers jours de son mariage ; mais c’est pré­ci­sé­ment ici qu’elle est admi­rable. C’est dans le creu­set de la souf­france qu’on recon­naît les grandes âmes. 

Sachant qu’elle peut tout en Celui qui la for­ti­fie, elle ne recule pas devant les dif­fi­cul­tés, elle accepte dans toute leur éten­due les devoirs de son nou­vel état. Elle com­prend que Dieu l’a unie à Patrice pour le conver­tir ; elle se fait l’a­pôtre du petit monde qui l’en­toure. Sa pré­di­ca­tion, c’est l’exemple ; ses moyens de conver­sion, la dou­ceur et la prière. Et quels exemples de ver­tu, en effet, ne don­na-t-elle pas ? Exemple de dou­ceur vis-à-vis des empor­te­ments de Patrice, exemple de patience en pré­sence de ses infi­dé­li­tés ! Jamais une plainte ne sor­tit de sa bouche contre son mari, nous apprend saint Augus­tin, et pour­tant comme elle souf­frait ! Comme elle pleu­rait — et des larmes d’au­tant plus amères qu’elles étaient ver­sées en secret ! Elle se conten­tait de deman­der à Dieu la foi pour Patrice, sachant bien que les autres ver­tus suivraient. 

Cette méthode de dou­ceur, de silence et d’ab­né­ga­tion pleine de dévoue­ment, elle la conseillait à ses amies, lorsque celles-ci venaient se plaindre à elle des vio­lences de leurs maris : « Pre­nez-vous-en à votre langue », leur disait-elle. En effet, celles qui, à son exemple, rem­pla­çaient les répliques par un silence plein de dou­ceur, n’a­vaient qu’à s’en louer. Mal­gré toute son impé­tuo­si­té, jamais Patrice n’o­sa lever la main sur cet ange de bonté.

Augustin.

Ce fut au milieu de ces tris­tesses que Dieu lui don­na les joies de la mater­ni­té, en 354. Elle mit au monde cet Augus­tin qu’elle devait enfan­ter une seconde fois à la vie spi­ri­tuelle, au prix de tant de larme ; puis Navi­gius et Per­pé­tue, dont la sain­te­té devait être dépas­sé par celle de leur frère aîné. Elle leur fit boire à tous, avec son lait, le nom et l’a­mour de Jésus-Christ. De ses trois enfants, elle fera trois saints, tant est puis­sante l’in­fluence d’une mère ! Cepen­dant, selon la cou­tume de l’é­poque, le bap­tême fut ren­voyé à plus tard. Tout semble d’a­bord conspi­rer contre elle, et un père païen et une belle-mère païenne et des ser­vantes men­teuses. Mais tous ces obs­tacles sont s’é­va­nouir devant sa dou­ceur et sa rési­gna­tion. La belle-mère se rend la pre­mière. Elle recon­naît la faus­se­té des calom­nies de ses ser­vantes. Les esclaves elles-mêmes laissent gagner leur cœur. « Alors je croyais, dit saint Augus­tin, ma mère croyait aus­si, toute la mai­son croyait avec nous ; il n’y avait que mon père qui ne croyait pas. »

Ouvrage : L'Étoile noëliste

(Conte pour le temps de Noël)

☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Dans une des plus anciennes rues de Bruges-la-Morte, vivait depuis plus d’un demi-siècle Mar­tha la Modeleuse. 

On eût dit qu’elle avait l’âge de son logis, tant elle avait l’air vieille. On ne l’entendait jamais rire ni même se par­ler à elle-même tout haut, comme les gens qui vivent seuls en ont l’ha­bi­tude. Mais on la voyait tou­jours pen­chée sur son modeste éta­bli, façon­nant de ses mains res­tées souples de char­mants bibe­lots de cire.

La chambre où l’ouvrière tra­vaillait était bien humble, bien étroite, presque pauvre. Cepen­dant, toute la lumière du jour sem­blait s’y répandre. Dès qu’il fai­sait beau, des clar­tés mul­ti­co­lores ruis­se­laient dans la pièce, grâce à la vaste ogive, fer­mée seule­ment les jours de mau­vais temps par un très curieux vitrail.

Sur une petite éta­gère accro­chée au mur, étaient ran­gés tous les bibe­lots au fur et à mesure qu’ils étaient achevés.

Auprès des saints Michel domp­tant de for­mi­dables dra­gons, se dres­saient de minces figu­rines dra­pées de mous­se­line et de tulle.

Elles ser­vaient à déco­rer les gâteaux et les pièces mon­tées ser­vis aux repas de pre­mière Com­mu­nion, ain­si qu’aux dîners de noces du pays, et repré­sen­taient, tan­tôt des com­mu­niantes, tan­tôt de frêles petites mariées.

Il y avait aus­si sur l’étagère des che­mins de croix minus­cules et naïfs, qui ser­vaient à gar­nir les repo­soirs des jours de Fête-Dieu.

Enfin, quelques pou­pées de cire sou­te­nues par un pied de bois se tenaient sou­riantes et droites en atten­dant les acheteurs.

Mar­tha la Mode­leuse n’était sans doute qu’une simple ouvrière, sans pré­ten­tion et sans culture. Mais ses bibe­lots avaient un cachet pri­mi­tif et sin­cère qui révé­lait vrai­ment un sen­ti­ment natu­rel, inné, d’artiste.

On sen­tait que cette femme avait beau­coup souf­fert, car elle réus­sis­sait davan­tage les figures tou­chantes des saintes dou­lou­reuses, et don­nait au visage de ses Vierges tou­jours le même air éplo­ré. Un pré­lat qui était venu pour admi­rer son tra­vail et lui faire une com­mande pour une nou­velle cha­pelle qu’il venait d’inaugurer, lui en avait fait dou­ce­ment l’observation :

— Même au point de vue de la réa­li­té, votre petite sta­tue de Marie tenant Jésus n’est pas tout à fait réelle. Vous ne l’avez pas fait sou­rire à son Fils.

Marthe avait répon­du ces mots :

— Mon­sei­gneur, toutes les mères ont dans le cœur une angoisse pro­fonde en tenant leur enfant. Elles ne peuvent pas faire autre chose que de pleurer.……

Ouvrage : L'Étoile noëliste | Auteur : Vachon

VOILÀ près de deux mois que, four­bu de fatigue, les yeux encore pleins de visions de guerre, de spec­tacles affreux, il a débar­qué dans la grande ville de Lyon. 

Ce départ dans la nuit, ce wagon à bes­tiaux, où les Boches les avaient par­qués, lui et tant d’autres de Grand­pré, les coups de crosse, les injures en alle­mand, et cette angoisse : « Par­ti­ra-t-on ? Ne par­ti­ra-t-on pas ? » Quel cauchemar !

De la grande famille dont il fai­sait par­tie : le père, la mère, les six enfants, ils ne res­taient que deux, lui, le petit, et la maman. Ah ! les ban­dits, tous les autres, ils les avaient tués !… 

Tué le père, Louis Aubray, pris comme otage et qui, Fran­çais avant tout, avait refu­sé de décla­rer la cachette où se trou­vait l’or du vil­lage ; tués les deux aînés là-bas sur le front, petits fan­tas­sins ano­nymes tom­bés on ne sait où ; tuées ses deux sœurs, égor­gées par les rustres parce qu’elles ne vou­laient pas tra­vailler pour eux ; tuée la ben­ja­mine, sa jumelle, pauvre petite déjà bien frêle qui n’a­vait pu résis­ter au régime de ter­reur et de res­tric­tion ; tuée enfin la grande vieille mai­son, sa mai­son. Glo­rieu­se­ment bles­sée de tous côtés, elle résis­tait encore, mais, un jour, un obus assas­sin était venu l’at­teindre en plein cœur, et tout avait croulé.

Maison détruite par la guerre

Et puis, un soir d’au­tomne, la seule qui lui res­tait de toute la famille, celle qui disait avec une pro­fonde aver­sion en par­lant des Alle­mands, en voyant pas­ser des prisonniers :

— Jean, sou­viens-toi. Ce sont ceux-là qui ont égor­gé ceux de chez nous ; ce sont ceux-là qui ont brû­lé nos récoltes, abat­tu nos grands arbres… Ah ! plus tard, quand tu seras grand, sou­viens-toi !… Sou­viens-toi !… Tu dois être le ven­geur de notre mai­son assas­si­née ; cette mère que la dou­leur avait ren­due avide de ven­geance, celle-là aus­si était morte. La lame avait usé le four­reau ; les cha­grins, loin de l’a­battre, avaient exas­pé­ré sa flamme patrio­tique, elle était cer­taine de la défaite des Boches, et ardem­ment elle sou­hai­tait voir le jour de la victoire. 

Hélas ! les pri­va­tions endu­rées avaient ache­vé cette consti­tu­tion déli­cate, et, un beau jour, elle était allée rejoindre les autres là-haut, le lais­sant seul sur­vi­vant des Aubray. 

Seul, il était donc seul, à qua­torze ans, sans sou­tien, sans amis, dans un pays qui n’é­tait pas le sien, per­du dans la grande cité. Il n’a­vait donc per­sonne à qui confier sa peine… Mais si, il a encore quel­qu’un, quel­qu’un de chez lui, quel­qu’un qui per­son­ni­fie la vieille mai­son écrou­lée, et de sa poche, avec véné­ra­tion, il sort une sta­tuette de la Vierge. 

Il revoit l’emplacement de cette sta­tue. Pla­cée dans une niche au-des­sus de la porte d’en­trée, elle sem­blait dire au passant :

Ouvrage : Petites Vies Illustrées pour enfants | Auteur : Goldie, Agnès

Dans le pays d’U­na­mio, entre les terres rive­raines de l’O­céan Indien, alors sujettes du Sul­tan de Zan­zi­bar, vivait au siècle der­nier la petite Suéma. 

Il est beau le pays de Sué­ma : immenses plaines cou­vertes d’arbres frui­tiers, tra­ver­sées par de jolis ruis­seaux. Les indi­gènes y récoltent magnoc, ignames, patates, maïs et presque tous les légumes d’Europe. 

Au delà des plaines, d’im­menses forêts rem­plies de tigres, d’hyènes, de pan­thères, de lions, dont les rugis­se­ments, réper­cu­tés par les échos, semblent la nuit des rou­le­ments de ton­nerre. Là, paissent d’in­nom­brables élé­phants dont les défenses four­nissent un bel ivoire, prin­ci­pale res­source et richesse du pays.

Les Afri­cains de cette région vivent en grande par­tie de la chasse. 

« Père, puis-je aller chas­ser avec toi ? » a deman­dé sou­vent la petite Suéma. 

— Non. Quand tu seras plus grande ! » 

Aujourd’­hui, le père a répon­du : « viens ! »

La pre­mière opé­ra­tion consiste à creu­ser, dans divers endroits de la forêt, des fosses pro­fondes que l’on recouvre de bran­chages et de hautes herbes. Ce tra­vail ter­mi­né, hommes, femmes et enfants se réunissent pour la bat­tue. Comme Sué­ma se sent en sécu­ri­té entre son père, sa mère et ses sœurs, mal­gré ses sept ans, elle se montre très brave. 

Arri­vée à la lisière du bois, la troupe des chas­seurs forme la chaîne, puis, au signal don­né, s’en­fonce dans la forêt, res­ser­rant son cercle à mesure qu’elle marche et pous­sant des cris aigus afin d’é­pou­van­ter et de délo­ger le gibier. Quelques hommes char­gés d’arcs et de sagaies pré­cèdent la bande ; d’autres, dis­per­sés, veillent autour des trappes et pour­chassent les ani­maux qui, par ins­tinct ou par adresse évitent les pièges en sau­tant par dessus. 

Ne soup­çon­nant aucun dan­ger, Sué­ma sau­tille joyeu­se­ment entre sa mère et ses sœurs ; elle s’a­muse tant qu’elle se croit à une par­tie de plai­sir. Heu­reux et fier de sa fille, le père marche en avant, tenant une flèche toute prête sur la corde de son arc.

Les chas­seurs se rap­prochent de la ligne des trappes ; ils n’en sont plus sépa­rés que par un bos­quet touf­fu quand sort de ce bos­quet un rugis­se­ment si rauque, si pro­lon­gé, que tous en res­tent pétri­fiés. Le sang se fige dans les veines ; un silence de mort rem­place les cris de la bat­tue, mais lais­sons Sué­ma nous racon­ter elle-même la suite : « Tan­dis que les échos répé­taient ce rugis­se­ment du lion, j’a­per­çus ce ter­rible ani­mal qui, les yeux flam­boyants, la cri­nière héris­sée, bat­tait la terre de sa longue queue. Il approche… sa marche un peu oblique le conduit direc­te­ment vers nous… Il passe à côté de mon père puis s’ar­rête, prêt à bon­dir sur mes sœurs et sur moi. À ce moment même, il rugit d’une façon ter­rible. Mon père com­prend qu’il n’y a pas un moment à perdre ; il s’é­lance et attaque l’a­ni­mal ; ses flèches et ses sagaies tou­jours si sûres, manquent cette fois leur but. Alors, le cou­teau de chasse à la main, il se jette sur le lion et, avec ses bras cris­pés, sai­sit la cri­nière de l’animal. 

« La frayeur m’a tel­le­ment gla­cée que je ne vois plus ce qui se passe ; c’est à peine si j’a­per­çois, dans un tour­billon de sang, une masse rouge qui roule à terre et dis­pa­raît dans la forêt. » Le lion, furieux, bles­sé, a empor­té le père de la petite Suéma. 

La bat­tue cesse ; la forêt devient soli­taire ; seuls les san­glots de la veuve et de ses filles inter­rompent le silence. La nuit les trouve au même endroit et les rugis­se­ments de l’hyène rap­pellent à la pauvre mère son der­nier-né, res­té à la maison. 

Ce soir-là, pour la pre­mière fois, la case fut sans feu, triste et silen­cieuse. « Oh ! ajou­tait Sué­ma, comme on souffre quand on ne connaît pas Dieu et qu’on ne sait pas le prier ! » 

Les parents de Sué­ma n’a­vaient pas reçu comme nous les lumières de la foi ; mais fidèles à la loi natu­relle, ins­crite par Dieu en tout homme, ils fai­saient sim­ple­ment leur devoir. Comme la jeune Afri­caine par­lait avec bon­heur des jours de son enfance ! des bon­tés de son père, des soins dont l’en­tou­rait sa mère, de l’af­fec­tion mutuelle qui les unis­sait tous : « J’en­ten­dais dire aux enfants des voi­sins : « Voi­là l’heu­reuse Sué­ma qui mange tous les jours de la viande et du sel ! » J’é­tais fière de ces paroles parce qu’elles fai­saient l’é­loge de mon père. »

« On disait aus­si quel­que­fois, en me voyant pas­ser : « Voi­là Sué­ma la propre, aux che­veux bien tres­sés. J’é­tais contente de ces paroles qui étaient l’é­loge de ma mère. » Mais reve­nons aux tristes jours qui sui­virent la mort du chef de famille. 

Quelques hommes armés d'arcs et de sagaies
Quelques hommes armés d’arcs et de sagaies

Main­te­nant Sué­ma a autre chose à faire que de rire et de chan­ter en gar­dant les bre­bis avec les enfants de son âge ; elle cultive la terre avec ses aînées. Hélas, sur les récoltes s’a­bat un nuage de sau­te­relles ; ces insectes dévorent les plantes jus­qu’à la racine et les arbres jus­qu’à l’é­corce. Ceux qui ont des réserves de sel ramassent des sau­te­relles et les mettent au saloir. Chez Sué­ma, impos­sible ! Le père est mort sans avoir dit où il pre­nait les plantes dont il extra­yait ce sel si pré­cieux parce que si rare en ce pays. Ces plantes existent-elles encore ? Les sau­te­relles ont tout dévoré !