Un matin d’octobre, en 1815, papa réveille ses petits en pleurant.
— Venez vite dire adieu à votre mère ! dit-il.
Zoé s’arrête sur le seuil, toute interdite. Maman ne bouge pas, on dirait qu’elle dort ! De grands cierges solennels l’entourent, ses mains jointes tiennent un chapelet, elle semble sourire au milieu des fleurs que l’on apporte par brassées.
Puis elle s’en va, laissant un grand vide dans le cœur de ceux qui l’aiment. Zoé souffre, mais garde le silence. Il y a tant de chagrin tout autour, les yeux rougis de papa lui font tellement mal, qu’elle n’ose se plaindre. Les voisines hochent la tête : « Elle est trop petite pour comprendre ».
Un jour la servante entre sans bruit, ayant sur le seuil quitté ses sabots, et s’arrête pétrifiée.
La sage Zoé est en train d’escalader le buffet ! Pour voler des friandises ? Nenni ! La voici qui se hausse sur les pointes des pieds pour mieux étreindre la statue de la Sainte Vierge. La tête blottie contre son coeur, d’une voix gonflée de larmes, elle murmure :
« C’est vous, maintenant, qui serez ma Mère » !
La servante se retire doucement, émue jusqu’aux larmes.
Ah, si tous les orphelins savaient qu’ils ont au ciel la plus tendre des mamans !
Zoé le sait. À partir de ce jour les liens qui l’unissent à la Sainte Vierge deviennent plus étroits. Naïvement, elle lui conte ses joies, ses peines et dépose à ses pieds des gerbes de chapelets. Car elle prie comme elle respire, tout simplement.
Son instruction laisse plus à désirer. L’école des filles est à trois kilomètres de la maison, trop loin pour ses petites jambes. Après la mort de Mme Labouré, sa tante Marguerite l’emmène chez elle, mais n’a guère le temps de lui donner des leçons. Lorsqu’à douze ans Zoé retournera à Fain pour sa première communion, elle ne saura guère lire ni écrire. Toute sa vie, elle fera des fautes d’orthographe…
Un joyeux son de cloche : Ding-Dong !… C’est le baptême d’Anna-Maria Giannetti, née le 29 mai 1769.
Ajaccio-Corse.
Ding-Dong !… C’est le baptême de Napoléon Bonaparte, né comme Anna de parents Toscans, le 15 août 1769.
Qui se douterait que le petit sera Empereur et que l’autre, son aînée de deux mois, aura un rôle à jouer près de lui ?
Pietro Giannetti, pharmacien à Sienne, est tout content d’être grand-père ; il s’intéresse à cette gamine qui, dès qu’elle peut trotter, « joue parmi les oliviers et les cyprès, les espaliers de vignes et de roses qui couvrent le haut plateau aux remparts rouges. »
Le grand-père meurt. Son fils, qui a fait ses études de pharmacie, le remplace, et bientôt se ruine. Où cacher sa misère ? Louis décide de gagner Rome. Annette, six ans, fera le voyage à pied, emportant sa charge de hardes… Ils arrivent au quartier populaire des Monts. Pendant huit ans, ils y rencontreront souvent le français Benoît Labre, un jeune qui s’est fait pèlerin et pauvre volontaire, pour expier le luxe de son temps. On l’aperçoit en prière aux pieds de la Vierge miraculeuse de Notre-Dame des Monts. À trente-cinq ans, il meurt ; la mère d’Annette aide à la dernière toilette, tandis que les enfants crient à travers les rues : « E morio il santo : Le saint est mort ! »
En arrivant à Rome, les Giannetti ont dû chercher du travail. Luigi a fini par accepter de faire des ménages. La petite va à l’école des Sœurs de la Via Graziosa ; une épidémie fait licencier les classes, et après deux ans seulement d’étude, la fillette entre en apprentissage chez deux bonnes demoiselles. Elle dévide la soie, apprend à tailler et à coudre, ce qui, un jour, lui sera bien utile dans sa nombreuse famille. Le soir, de retour au logis de la rue de la Vierge, Annette lave le linge, prépare la polenta. Tout n’est pas rose à la maison ! Le père, qui regrette Sienne et sa pharmacie, s’aigrit tous les jours un peu plus et décharge sa mauvaise humeur sur sa fille. Il va jusqu’à la maltraiter.
Maria Santa, la maman, est au contraire fière de son Annette qu’elle appelle un peu trop souvent : « ma toute belle ».
Belle, elle l’était en effet, l’écolière au fichu rouge, et elle l’est encore plus de quatorze à seize ans.
Et Napoléon, lui, que devient-il ? — Il est à l’école militaire de Brienne. Il n’a pas quinze ans que, d’un ton sans réplique, il réclame de l’argent à son père : « Monsieur, … je suis las d’afficher l’indigence… Et quoi, monsieur, votre fils sera continuellement le plastron de quelques nobles paltoquets…? Non mon père ; non ! Si la fortune se refuse absolument à l’amélioration de mon sort, arrachez-moi de Brienne ; donnez-moi, s’il le faut, un état mécanique. »
C’est la mère qui répond. Elle a de trop grandes ambitions pour son fils pour en faire un simple mécano ! Ajaccio — 2 juin 1784 — « Si je reçois jamais une pareille épître de vous, je ne m’occupe plus de Napoléon ! Où avez-vous appris, jeune homme, qu’un fils s’adressât à son père comme vous l’avez fait ?… Vous deviez être convaincu qu’une impossibilité absolue de venir à votre secours était la seule cause de notre silence. »
Les deux familles ne sont pas riches, mais Annette, mieux que Napoléon, accepte sa pauvreté ; elle ne serait tout de même pas fâchée de se mettre « à gagner ». Son père est maintenant en service au palais Mutti. La Senora Serra, sa patronne, cherche une jeune femme de chambre. Annette, qui a seize ans, quitte l’ouvroir et va avec sa mère s’installer dans deux pièces du palais.
Hâtée d’avoir une jolie soubrette, Maria Serra, qui n’a elle-même que trente ans, ne tarit pas d’éloges sur sa petite servante. Les parents, comme Perrette, échafaudent mille châteaux en Espagne. Leur Annette, comme une Cendrillon, a passé de la ruelle obscure aux galeries pleines de musique et de lumière. Ne laissera-t-elle pas sa pantoufle à quelque prince charmant ? à quelque riche garçon qui rendra son lustre à la famille ? — Mais non ! Annette a les goûts simples. Une seule chose la préoccupe : fonder un foyer chrétien. Justement, elle a souvent l’occasion de rencontrer un employé du palais Chigi, Doménico Talgi, un peu fruste, disons même assez rustre, grossier même, difficile de caractère, mais droit, honnête, foncièrement bon. Annette a vingt ans quand le mariage se célèbre le 7 janvier 1790. Tous communient, puis il y a dîner, chants et danses.
Pietro Giannetti est tout content d’être grand-père…
Napoléon fait aussi son chemin. Le voici lieutenant d’artillerie à seize ans, général à vingt-quatre, commandant en chef de l’armée d’Italie à vingt-six, premier Consul à trente, Empereur à trente-cinq, distribuant couronnes et principautés à neuf de ses frères, beaux frères et parents …
Après son mariage, Anna va vivre au palais Chigi, actuel ministère des affaires étrangères… immense palais aux trois cents fenêtres, garnies aux étages inférieurs d’épaisses grilles de fer. À l’intérieur, enfilades de larges couloirs, d’escaliers de marbre, de salons… Tout au fond, sur la ruelle de la Glissière, deux pièces d’habitation pour le ménage.
Le dimanche, joie de sortir ensemble ! Pour faire plaisir à son mari, Anna-Maria fait toilette : robe de soie rouge, que lui a offerte son Doménico, pendants d’oreilles et colliers de perles qui s’ajoutent au collier corail et or, donné par Maria Serra. Est-ce trop pour une Italienne jolie, joyeuse, portée à rire, à chanter, à se distraire ? Ce qui ne l’empêche pas d’être très fidèle à sa messe du dimanche et souvent à la messe en semaine ; très fidèle au chapelet qu’à genoux elle dit chaque soir avec Doménico.
Pour se préparer au Vendredi saint, voici une activité de découpage et de coloriage à réaliser : Cliquer sur ce lien pour télécharger le modèle à imprimer : Maquette 7 – 10 ans – Voici ta Mère. Source : http://www.vienslevetoi.com/
Le pape Pie X eut la visite, un jour, d’un très riche Américain, qui comptait ses millions comme d’autres leurs écus. Au cours de la conversation, le Pape tira sa montre pour voir l’heure.
« Quelle piètre montre avez-vous là, Saint Père », s’étonna le millionnaire. « Elle n’est pas digne d’un pape. »
La montre en question était vraiment quelque chose de grossier, en nickel et de forme démodée. « En Amérique on pourrait certainement acheter une montre de ce genre pour un dollar », dit le visiteur, avec un sourire. En même temps, il tirait de son gousset une lourde montre en or ornée de diamants. « Celle-ci a coûté mille dollars. » Le millionnaire pressa sur un petit bouton en perle fine, et l’heure sonna.
« C’est réellement une montre remarquable », approuva le pape.
« Eh ! bien », proposa le millionnaire. « J’aimerais tant un souvenir de Votre Sainteté ; donnez-moi votre montre en nickel si bon marché.
« Vite, vite » chante le vent, en se faufilant entre les branches.
« Dépêchez-vous ! » se chuchotent les roses des buissons.
« C’est bientôt ! bientôt ! bientôt ! » carillonnent les clochettes des muguets.
« Dans quinze jours ! » grogne Médor qui se couche en rond devant sa niche.
« Mais quoi ?… Quoi ?… Quoi donc ?… Quoi donc ?… Pourquoi faut-il se dépêcher et qu’arrive-t-il dans quinze jours ? » questionne Pipiou, le moineau étourdi, en sautillant des rosiers aux muguets, et des muguets à la niche de Médor.
« Ne t’agite donc pas comme cela ! intervient le vieux pommier. Viens te percher sur une de mes branches. Tiens-toi tranquille ; écoute, étourneau : comment ne sais-tu pas que dans quinze jours c’est la fête de Madame Ladouceur, dame et maîtresse de la villa Clairjoye, si bien nommée, et maman de Pauline, Denis, Jean-Guy, Florent et de la toute petite Christelle ?
- Ah ! c’est la fête, chic alors ! Il y aura des gâteaux et on me donnera les miettes.
- Il n’y a pas seulement à songer aux pâtisseries, rétorque sévèrement le pommier ; mais à fêter dignement Madame Ladouceur.
- Pourquoi donc faut-il se dépêcher ?
- Pour les cadeaux, pardi ! Pauline, Denis, Jean-Guy, Florent et même Christelle veulent chacun offrir un présent à leur maman.
- Quel présent ?
- Curieux ! Eh bien ! va voir ; tous travaillent dans le jardin. »
Le moineau s’envole, intéressé. Il va rendre visite à la toute petite Christelle qui, assise sous la tonnelle, tire un petit bout de langue rose en recopiant le compliment qu’elle récitera. Puis, tout en sautillant, il suit Jean-Guy dans ses allées et venues le long de la haie.
Le garçon se promène à grands pas, en faisant des gestes impétueux et en lançant vers le ciel de printemps des phrases bizarres… Chut ! doucement… Pipiou s’éloigne, ne troublons pas Jean-Guy ! il compose un poème.
Voletant de-ci de-là, l’oiseau est attiré par un fruit splendide, un fruit comme jamais dans sa courte vie de moineau il n’en a vu de semblable.
Aussi gourmand qu’étourdi, Pipiou fonce à tire-d’aile vers l’objet de sa convoitise qui repose doré, appétissant, sur un tapis vert.
Horreur !! Une énorme ombre noire et gesticulante vient soudain boucher l’horizon du moineau,
Effrayé, Pipiou ne doit qu’à la rapidité de ses réflexes d’exécuter le virage sur l’aile qui lui permet d’échapper à la collision. Le cœur encore battant, il vient se réfugier sur le toit du vieil appentis. Les yeux tout ronds du moineau s’étirent de stupeur : ce qu’il prenait pour un fruit posé sur la mousse est une plaque de carton que Denis, le premier fils Ladouceur, brandissant un drôle de petit balai, zèbre de coups rageurs.
C’est amusant à voir faire, et très instructif !…
Denis tient sur le bras une grande assiette brune, couverte de petits tas de couleurs ; de l’autre main, avec son petit balai, le garçon prend un peu de cette couleur et la pose sur le carton ; avec cela, il fait des fruits, des feuilles, des fleurs.
« Vraiment curieux ! songe Pipiou. Dommage seulement que ce jeune homme ne puisse travailler en silence : il ne cesse de siffler, et de siffler faux. »
Rien n’est plus horrible pour un moineau que d’entendre siffler faux ; Pipiou n’y peut tenir longtemps. Il s’envole. Du reste, il lui faut encore chercher dans les taillis Pauline et Florent.
Pipiou se met à la recherche de Florent. Entre nous, le troisième fils Ladouceur est le préféré de Pipiou.