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Auteur : Picard, Claude | Ouvrage : Et maintenant une histoire II, Les fêtes civiles .

Fête des Mères

 

Histoire de la fête des mères - Guilbert Narcisse - Jardin au printemps« Vite, vite » chante le vent, en se fau­fi­lant entre les branches.

« Dépê­chez-vous ! » se chu­chotent les roses des buis­sons.

« C’est bien­tôt ! bien­tôt ! bien­tôt ! » carillonnent les clo­chettes des muguets.

« Dans quinze jours ! » grogne Médor qui se couche en rond devant sa niche.

« Mais quoi ?… Quoi ?… Quoi donc ?… Quoi donc ?… Pour­quoi faut-il se dépê­cher et qu’arrive-t-il dans quinze jours ? » ques­tionne Pipiou, le moi­neau étour­di, en sau­tillant des rosiers aux muguets, et des muguets à la niche de Médor.

« Ne t’agite donc pas comme cela ! inter­vient le vieux pom­mier. Viens te per­cher sur une de mes branches. Tiens-toi tran­quille ; écoute, étour­neau : com­ment ne sais-tu pas que dans quinze jours c’est la fête de Madame Ladou­ceur, dame et maî­tresse de la vil­la Clair­joye, si bien nom­mée, et maman de Pau­line, Denis, Jean-Guy, Florent et de la toute petite Chris­telle ?

- Ah ! c’est la fête, chic alors ! Il y aura des gâteaux et on me don­ne­ra les miettes.

- Il n’y a pas seule­ment à son­ger aux pâtis­se­ries, rétorque sévè­re­ment le pom­mier ; mais à fêter digne­ment Madame Ladou­ceur.

- Pour­quoi donc faut-il se dépê­cher ?

- Pour les cadeaux, par­di ! Pau­line, Denis, Jean-Guy, Florent et même Chris­telle veulent cha­cun offrir un pré­sent à leur maman.

- Quel pré­sent ?

- Curieux ! Eh bien ! va voir ; tous tra­vaillent dans le jar­din. »

Aimer sa mamant - moineauLe moi­neau s’envole, inté­res­sé. Il va rendre visite à la toute petite Chris­telle qui, assise sous la ton­nelle, tire un petit bout de langue rose en reco­piant le com­pli­ment qu’elle réci­te­ra. Puis, tout en sau­tillant, il suit Jean-Guy dans ses allées et venues le long de la haie.

Le gar­çon se pro­mène à grands pas, en fai­sant des gestes impé­tueux et en lan­çant vers le ciel de prin­temps des phrases bizarres… Chut ! dou­ce­ment… Pipiou s’éloigne, ne trou­blons pas Jean-Guy ! il com­pose un poème.

Vole­tant de-ci de-là, l’oiseau est atti­ré par un fruit splen­dide, un fruit comme jamais dans sa courte vie de moi­neau il n’en a vu de sem­blable.

Aus­si gour­mand qu’étourdi, Pipiou fonce à tire-d’aile vers l’objet de sa convoi­tise qui repose doré, appé­tis­sant, sur un tapis vert.

Hor­reur !! Une énorme ombre noire et ges­ti­cu­lante vient sou­dain bou­cher l’horizon du moi­neau,

Effrayé, Pipiou ne doit qu’à la rapi­di­té de ses réflexes d’exécuter le virage sur l’aile qui lui per­met d’échapper à la col­li­sion. Le cœur encore bat­tant, il vient se réfu­gier sur le toit du vieil appen­tis. Les yeux tout ronds du moi­neau s’étirent de stu­peur : ce qu’il pre­nait pour un fruit posé sur la mousse est une plaque de car­ton que Denis, le pre­mier fils Ladou­ceur, bran­dis­sant un drôle de petit balai, zèbre de coups rageurs.

C’est amu­sant à voir faire, et très ins­truc­tif !…

Denis tient sur le bras une grande assiette brune, cou­verte de petits tas de cou­leurs ; de l’autre main, avec son petit balai, le gar­çon prend un peu de cette cou­leur et la pose sur le car­ton ; avec cela, il fait des fruits, des feuilles, des fleurs.

« Vrai­ment curieux ! songe Pipiou. Dom­mage seule­ment que ce jeune homme ne puisse tra­vailler en silence : il ne cesse de sif­fler, et de sif­fler faux. »

Rien n’est plus hor­rible pour un moi­neau que d’entendre sif­fler faux ; Pipiou n’y peut tenir long­temps. Il s’envole. Du reste, il lui faut encore cher­cher dans les taillis Pau­line et Florent.

Pipiou se met à la recherche de Florent. Entre nous, le troi­sième fils Ladou­ceur est le pré­fé­ré de Pipiou.

Ima­gi­nez-vous que ce petit Florent n’a jamais