Il y a longtemps de cela, dans une petite ville d’Italie appelée Assise, on parlait beaucoup du fils d’un riche marchand drapier…
Il s’appelait François. Il était petit et maigre, mais agréable de figure, avec un sourire charmant. Il fallait voir surtout ses beaux yeux noirs, à la fois vifs et doux.
C’était un vrai chef au milieu des autres jeunes gens d’Assise. Mais un chef pour l’amusement, et Dieu, qui lui avait donné aussi belle âme que beau visage, attendait autre chose de lui.
Il n’était pas du tout avare, mais un jour, pressé et énervé parce qu’il avait beaucoup de travail dans la boutique, il bouscula un mendiant :
― Va-t’en, tu m’ennuies !
Ah ! comme le remords vient vite le mordre. Il plante là les clients, court après le pauvre, s’agenouille devant lui, demande pardon et donne sa bourse toute pleine d’écus. Quand on est capable de faire un geste pareil pour l’amour de Dieu, ça prouve qu’on est appelé à de grandes choses.
C’est au petit hameau de « Becchi », près de Turin, que naquit, le 16 août 1815, Jean Bosco qui devait être le grand bienfaiteur des enfants abandonnés. Il fut baptisé dès le lendemain de sa naissance. Ses parents, pauvres ouvriers, étaient d’excellents chrétiens. Le père, François Bosco, travaillait de toute la force de ses bras pour nourrir sa famille. Il possédait une maisonnette et quelques bouts de champs. C’était assez pour vivre heureux avec sa femme, Marguerite, pieuse et laborieuse comme lui, et ses trois petits garçons.
Ce bonheur ne dura guère. Jean atteignait à peine ses deux ans quand son père mourut brusquement. La douleur de Marguerite Bosco fut extrême. Chargée de sa belle-mère infirme et de ses trois petits, elle parvint à force de travail, de courage, de peine, à assurer le pain de la famille.
Cette simple paysanne s’occupait admirablement de ses enfants ; non seulement de leur corps, mais surtout de leur âme. Son plus grand désir était de faire de ses fils de bons chrétiens. Elle les élevait dans la pensée de Dieu et ne manquait pas une occasion de leur rappeler sa sainte présence. « Dieu nous voit, Mes petits », disait-elle. « Dieu nous voit. Moi, je puis être absente, lui est toujours là. »
Chaque matin, agenouillée avec ses enfants devant le Crucifix, elle demandait à Dieu le pain quotidien.
Au soir des rudes journées d’été, en se reposant au seuil de la maison, elle montrait à ses fils les montagnes lointaines, illuminées par le soleil couchant. « Que de merveilles Dieu a faites pour nous, mes enfants ! » Et quand les étoiles s’allumaient dans le ciel assombri : « Tous ces astres merveilleux, c’est Dieu qui les a mis là. Si le firmament est si beau, que sera-ce du Paradis ? »
La grêle venait-elle ravager l’humble vigne des Bosco : « Courbons la tête, mes enfants. Le bon Dieu nous les avait données, ces belles grappes, le bon Dieu nous les reprend. Il est le Maître. Pour nous, c’est une épreuve ; pour les méchants, c’est une punition ».
L’hiver, quand la pluie glacée battait les vitres et que la famille se serrait autour de la cheminée où flambait une grosse bûche : « Mes petits, comme nous devons aimer le bon Dieu qui nous fournit le nécessaire ! Il est vraiment notre Père, notre Père qui est aux cieux ».
Elle ne cessait de recommander à ses enfants la dévotion à Marie, en qui elle mettait une confiance sans bornes.
Marguerite Bosco pouvait réciter par cœur son catéchisme, l’Histoire sainte, la vie de Notre-Seigneur, et, tout en s’occupant à son ménage, elle cherchait à enseigner ce qu’elle savait à ses fils.
Pour eux, ce qu’elle craignait comme la peste, c’étaient les mauvais compagnons.
Jamais ses enfants ne s’éloignaient de la maison sans sa permission.
« Maman, maman, pouvons-nous aller jouer avec un tel qui nous appelle ?
— Oui, mes petits. »
Ils couraient alors tout joyeux. Si c’était « non », l’idée ne leur venait même pas de désobéir.
Marguerite ne gâtait pas ses enfants, ne passait aucun caprice, et quand elle donnait un ordre, elle voulait être obéie. Jean aimait si tendrement sa chère maman que la crainte de la peiner suffisait à le rendre sage.
Elle tenait aussi à faire de ses fils des travailleurs. Il fallait se lever de bonne heure et s’occuper selon ses forces. Très jeune, Jean sut couper du bois, puiser de l’eau, éplucher les légumes, balayer la chambre.
Le jeudi, avant de porter au marché son beurre et ses œufs, la maman distribuait une tâche à ses garçons. Au retour, si elle jugeait le travail bien fait, elle tirait de son panier un morceau de brioche pour chacun.
On était pauvre chez les Bosco, et pourtant les malheureux qui frappaient à la porte trouvaient toujours un bon accueil et une assiette de soupe chaude. Jean apprit ainsi la charité. Son cœur, du reste, était excellent et très sensible.
Ce petit garçon à la démarche vive, à la tête ronde et frisée, parlait peu et observait beaucoup. Son imagination ne restait jamais en repos. Intelligent et sérieux, ardent et volontaire, on pouvait se demander pour quelle tâche Dieu le douait si remarquablement.
Pendant douze ans, de 1956 à 1968, au cours de nombreux séjours à San Giovani Rotondo, nous avons eu l’avantage de beaucoup approcher le Padre Pio et de parler avec des personnes qui avaient été l’objet de ses bienfaits. On ne pourra jamais, sans doute, tellement ils sont nombreux, les raconter tous. Des livres ont déjà été écrits sur le P. Pio. Voici quelques traits authentiques qui ne sont pas dans les livres. Ils nous ont été racontés par les intéressés eux-mêmes.
Les parfums du Padre Pio
Monsieur D.N. de Bolzano prenait ses vacances à Rimini, sur les rives de l’Adriatique. Sa femme, désireuse de le ramener à la pratique religieuse, lui avait donné à lire le livre de Maria WinoskaLe vrai visage du Padre Pio, paru en français chez Fayard et traduit en italien. Se promenant sur la plage, M. D.N. lisait l’excellent petit livre. Soudain, il arrive au chapitre consacré aux parfums du P. Pio. De nombreuses personnes affirmaient avoir senti ces parfums inexplicables et délicieux, d’une façon inattendue, soit à San Giovanni Rotondo, soit ailleurs dans le monde : attention surprenante du P. Pio à leur endroit. Monsieur D.N. parcourut tous les témoignages et conclut : « C’est tout de même malheureux, en plein XXe siècle, de lire de pareilles sottises. » Sans barguigner, il jette le livre à la mer.
Sa femme, cependant, insista pour qu’il la conduisît à San Giovani Rotondo. Il finit par céder et fit en voiture plus de quatre cents kilomètres.
À son arrivée, seul un frère capucin se trouvait devant l’église. Il saisit le voyageur au débarqué : « Voulez-vous faire bénir votre voiture par le P. Pie ? Vous passerez par la porte du jardin. » Monsieur D.N. accepta et rendez-vous fut pris.
À l’heure dite, le P. Pio vint en effet, bénir la voiture. Mais il ne dit pas un seul mot à son chauffeur qui s’étonna fort, auprès du frère. « Si vous voulez parler au P. Pio vous n’avez qu’à vous confesser à lui. » Monsieur D.N. médita quelque temps l’astucieuse réponse. Il finit par se décider et prit son tour au confessionnal. Le moment venu, il s’agenouilla devant le P. Pio et fit sa confession. Celui-ci lui dit « Je te donnerai l’absolution dans trois mois, si tu reviens ! » Monsieur D. N. explosa ! mais je viens de faire plus de quatre cents kilomètres et ma femme m’attend dans l’église pour communier avec moi ! » Le Padre Pio maintint sa décision. Le ton monta de part et d’autre. Finalement M. D.N. se leva et partit.
Au comble de la fureur, il ramène sa femme à l’hôtel, se plaint véhémentement de l’affront qui lui a été fait. Et la pauvre femme effondrée se disait : « Hélas, que j’ai peiné pour rien ! » Monsieur D.N. décide le dépars immédiat et réclame la note. Un bel éclat !
Un joyeux son de cloche : Ding-Dong !… C’est le baptême d’Anna-Maria Giannetti, née le 29 mai 1769.
Ajaccio-Corse.
Ding-Dong !… C’est le baptême de Napoléon Bonaparte, né comme Anna de parents Toscans, le 15 août 1769.
Qui se douterait que le petit sera Empereur et que l’autre, son aînée de deux mois, aura un rôle à jouer près de lui ?
Pietro Giannetti, pharmacien à Sienne, est tout content d’être grand-père ; il s’intéresse à cette gamine qui, dès qu’elle peut trotter, « joue parmi les oliviers et les cyprès, les espaliers de vignes et de roses qui couvrent le haut plateau aux remparts rouges. »
Le grand-père meurt. Son fils, qui a fait ses études de pharmacie, le remplace, et bientôt se ruine. Où cacher sa misère ? Louis décide de gagner Rome. Annette, six ans, fera le voyage à pied, emportant sa charge de hardes… Ils arrivent au quartier populaire des Monts. Pendant huit ans, ils y rencontreront souvent le français Benoît Labre, un jeune qui s’est fait pèlerin et pauvre volontaire, pour expier le luxe de son temps. On l’aperçoit en prière aux pieds de la Vierge miraculeuse de Notre-Dame des Monts. À trente-cinq ans, il meurt ; la mère d’Annette aide à la dernière toilette, tandis que les enfants crient à travers les rues : « E morio il santo : Le saint est mort ! »
En arrivant à Rome, les Giannetti ont dû chercher du travail. Luigi a fini par accepter de faire des ménages. La petite va à l’école des Sœurs de la Via Graziosa ; une épidémie fait licencier les classes, et après deux ans seulement d’étude, la fillette entre en apprentissage chez deux bonnes demoiselles. Elle dévide la soie, apprend à tailler et à coudre, ce qui, un jour, lui sera bien utile dans sa nombreuse famille. Le soir, de retour au logis de la rue de la Vierge, Annette lave le linge, prépare la polenta. Tout n’est pas rose à la maison ! Le père, qui regrette Sienne et sa pharmacie, s’aigrit tous les jours un peu plus et décharge sa mauvaise humeur sur sa fille. Il va jusqu’à la maltraiter.
Maria Santa, la maman, est au contraire fière de son Annette qu’elle appelle un peu trop souvent : « ma toute belle ».
Belle, elle l’était en effet, l’écolière au fichu rouge, et elle l’est encore plus de quatorze à seize ans.
Et Napoléon, lui, que devient-il ? — Il est à l’école militaire de Brienne. Il n’a pas quinze ans que, d’un ton sans réplique, il réclame de l’argent à son père : « Monsieur, … je suis las d’afficher l’indigence… Et quoi, monsieur, votre fils sera continuellement le plastron de quelques nobles paltoquets…? Non mon père ; non ! Si la fortune se refuse absolument à l’amélioration de mon sort, arrachez-moi de Brienne ; donnez-moi, s’il le faut, un état mécanique. »
C’est la mère qui répond. Elle a de trop grandes ambitions pour son fils pour en faire un simple mécano ! Ajaccio — 2 juin 1784 — « Si je reçois jamais une pareille épître de vous, je ne m’occupe plus de Napoléon ! Où avez-vous appris, jeune homme, qu’un fils s’adressât à son père comme vous l’avez fait ?… Vous deviez être convaincu qu’une impossibilité absolue de venir à votre secours était la seule cause de notre silence. »
Les deux familles ne sont pas riches, mais Annette, mieux que Napoléon, accepte sa pauvreté ; elle ne serait tout de même pas fâchée de se mettre « à gagner ». Son père est maintenant en service au palais Mutti. La Senora Serra, sa patronne, cherche une jeune femme de chambre. Annette, qui a seize ans, quitte l’ouvroir et va avec sa mère s’installer dans deux pièces du palais.
Hâtée d’avoir une jolie soubrette, Maria Serra, qui n’a elle-même que trente ans, ne tarit pas d’éloges sur sa petite servante. Les parents, comme Perrette, échafaudent mille châteaux en Espagne. Leur Annette, comme une Cendrillon, a passé de la ruelle obscure aux galeries pleines de musique et de lumière. Ne laissera-t-elle pas sa pantoufle à quelque prince charmant ? à quelque riche garçon qui rendra son lustre à la famille ? — Mais non ! Annette a les goûts simples. Une seule chose la préoccupe : fonder un foyer chrétien. Justement, elle a souvent l’occasion de rencontrer un employé du palais Chigi, Doménico Talgi, un peu fruste, disons même assez rustre, grossier même, difficile de caractère, mais droit, honnête, foncièrement bon. Annette a vingt ans quand le mariage se célèbre le 7 janvier 1790. Tous communient, puis il y a dîner, chants et danses.
Pietro Giannetti est tout content d’être grand-père…
Napoléon fait aussi son chemin. Le voici lieutenant d’artillerie à seize ans, général à vingt-quatre, commandant en chef de l’armée d’Italie à vingt-six, premier Consul à trente, Empereur à trente-cinq, distribuant couronnes et principautés à neuf de ses frères, beaux frères et parents …
Après son mariage, Anna va vivre au palais Chigi, actuel ministère des affaires étrangères… immense palais aux trois cents fenêtres, garnies aux étages inférieurs d’épaisses grilles de fer. À l’intérieur, enfilades de larges couloirs, d’escaliers de marbre, de salons… Tout au fond, sur la ruelle de la Glissière, deux pièces d’habitation pour le ménage.
Le dimanche, joie de sortir ensemble ! Pour faire plaisir à son mari, Anna-Maria fait toilette : robe de soie rouge, que lui a offerte son Doménico, pendants d’oreilles et colliers de perles qui s’ajoutent au collier corail et or, donné par Maria Serra. Est-ce trop pour une Italienne jolie, joyeuse, portée à rire, à chanter, à se distraire ? Ce qui ne l’empêche pas d’être très fidèle à sa messe du dimanche et souvent à la messe en semaine ; très fidèle au chapelet qu’à genoux elle dit chaque soir avec Doménico.
C’est le dernier soir. Tante Jeanne, Annie, Bernard partent demain matin ; la vie va reprendre, régulière, studieuse, dans la petite maison claire, jusqu’à l’époque redoutée du retour à Beyrouth.
Après dîner, pour trouver un peu de fraîcheur, la jeunesse se transporte aux abords du petit bois. Pas un souffle d’air, mais l’ombre est douce ; entre les troncs d’arbres, filtrent encore les rayons lumineux du soleil couchant. Ils courent, dorant une branche, rougissant le sol, disparaissant ici, se retrouvant là… Le groupe les suit des yeux. Ces filets de soleil, prêts à s’éteindre, font songer à tant de jours heureux qui maintenant sont passés. Un peu de tristesse envahissante gagne les enfants, mais aucun ne veut l’avouer.
Dans le silence, une voix bien connue résonne :
— Bernard, Colette, seriez-vous, comme la femme de Loth, changés en statue de sel ?
Du coup, tout le monde a retrouvé son aplomb, et l’on accueille chaleureusement le vieil ami des bons et des mauvais jours. Autour de lui, le cercle se reforme.
— Causons, monsieur le Curé, causons, dit Bernard. C’est le dernier soir. Qu’allez-vous nous dire ?
— J’ai travaillé pour vous tantôt. Je ne voulais pas que vous vous sépariez sans une étude finale de cette Histoire de l’Église, que vous avez si bien suivie, et dont l’époque contemporaine est fertile en événements d’importance.
— Oui, mais que voulez-vous nous expliquer, en une heure, monsieur le Curé, quand il s’agit de tout le dernier siècle ?
— Je ne vous expliquerai rien du tout. En revanche, j’ai la prétention de penser que j’éveillerai votre curiosité, au point de vous donner à tous le désir de revenir sérieusement sur ces questions. Votre père est là pour les reprendre quelque jour avec vous.
Les Zouaves Pontificaux
— Il nous l’a promis, dit Colette.
— J’en étais sûr. Donc, reportons-nous aux derniers jours de la Révolution. L’histoire de France vous a appris comment Bonaparte, l’ayant mâtée, s’en est servi pour devenir le chef du gouvernement appelé Consulat, puis empereur sous le nom de Napoléon. Je vous ai dit qu’il avait compris la nécessité de rendre la paix à l’Église de France en signant avec le Pape Pie VII un concordat. Mais vers la fin de son règne, il eut d’injustes prétentions et le Pape Pie VII refusa d’y céder. Alors le Saint-Père fut emmené de Rome à Savone, puis transporté à Fontainebleau « avec une barbare précipitation ». Il y endura de terribles souffrances morales.
Peu après, la puissance de Napoléon fléchit. En 1814, Pie VII rentre à Rome triomphant. Selon le mot prononcé autrefois par saint Augustin : « Le lion est vaincu en combattant, l’agneau a vaincu en souffrant. »
Cet admirable Pie VII, si doux et si fort, sera le seul de tous les souverains d’Europe à parler en faveur de Napoléon, prisonnier un peu plus tard à Sainte-Hélène.
Sous la Restauration en 1817, c’est lui qui conclut des accords avec le roi de France, Louis XVIII, remonté sur le trône de ses pères ; en 1821, il condamne de nouveau la Franc-Maçonnerie ; en 1823, il meurt paisiblement, répétant ces deux mots, qui sans doute résumaient pour lui les plus grandes épreuves de sa vie : « Savone, Fontainebleau ! »
— C’est désespérant, dit le petit André… Je me rends à peine compte de ce dont vous parlez, monsieur le Curé.
— Ne te désole pas, mon petit homme, tu resteras ici et tu verras comme je t’apprendrai bien ton histoire ; déjà, tu retiendras bien des choses, j’en suis certain, parmi les noms et les faits que je cite ce soir.
Ainsi, il faut savoir que le roi Louis XVIII a, par un décret, donné aux évêques le droit de fonder des petits séminaires. C’est dans plusieurs de ces institutions, alors dirigées par les Jésuites, que toute une élite va s’instruire. Cette élite donnera à l’Église et à la France des prêtres et aussi des chefs de famille de premier ordre.
Car la lutte n’est pas finie. La vague de sang est passée, mais les principes révolutionnaires demeurent dans les idées ; il faut les combattre. Les Papes Léon XII, Pie VIII, Grégoire XVI entreprennent courageusement la lutte contre le libéralisme révolutionnaire.
— Oh ! dit Colette, qu’est-ce que c’est encore que cette affaire-là ?
— Grave affaire, en effet, reprend en riant le bon Curé : c’est une manière fausse de comprendre la liberté. Il m’est impossible, mes enfants, de faire saisir aux plus jeunes, et en quelques minutes, l’explication d’une erreur assez compliquée. Je vous dirai seulement ceci : « Lâchez des moutons et des loups dans un bois, et dites-leur qu’ils sont libres de s’arranger entre eux, que vous respectez trop leur liberté pour intervenir en faveur des uns ou des autres. » Qu’est-ce qui arrivera ?
— Eh ! tiens ! les moutons seront dévorés par les loups !
— Conclusion : il n’est jamais permis d’accorder une même liberté aux mauvais et aux bons, à l’erreur et à la vérité. Personne n’a ce droit, pas même l’État. Il est donc faux de dire que l’État doit donner une protection égale aux francs-maçons et aux catholiques, aux mauvaises écoles et aux bonnes, etc., etc., pas plus qu’il n’est permis à votre père de vous laisser libres de prendre du poison, si vous le préférez follement à la saine nourriture familiale.