Les XIXe et XXe siècle.

Auteur : Par un groupe de pères et de mères de familles | Ouvrage : Petite Histoire de l'Église illustrée .

∼∼ XXVIII ∼∼

C’est le der­nier soir. Tante Jeanne, Annie, Ber­nard partent demain matin ; la vie va reprendre, régu­lière, stu­dieuse, dans la petite mai­son claire, jusqu’à l’époque redou­tée du retour à Bey­routh.

Après dîner, pour trou­ver un peu de fraî­cheur, la jeu­nesse se trans­porte aux abords du petit bois. Pas un souffle d’air, mais l’ombre est douce ; entre les troncs d’arbres, filtrent encore les rayons lumi­neux du soleil cou­chant. Ils courent, dorant une branche, rou­gis­sant le sol, dis­pa­rais­sant ici, se retrou­vant là… Le groupe les suit des yeux. Ces filets de soleil, prêts à s’éteindre, font son­ger à tant de jours heu­reux qui main­te­nant sont pas­sés. Un peu de tris­tesse enva­his­sante gagne les enfants, mais aucun ne veut l’avouer.

Dans le silence, une voix bien connue résonne :

— Ber­nard, Colette, seriez-vous, comme la femme de Loth, chan­gés en sta­tue de sel ?

Du coup, tout le monde a retrou­vé son aplomb, et l’on accueille cha­leu­reu­se­ment le vieil ami des bons et des mau­vais jours. Autour de lui, le cercle se reforme.

— Cau­sons, mon­sieur le Curé, cau­sons, dit Ber­nard. C’est le der­nier soir. Qu’allez-vous nous dire ?

— J’ai tra­vaillé pour vous tan­tôt. Je ne vou­lais pas que vous vous sépa­riez sans une étude finale de cette His­toire de l’Église, que vous avez si bien sui­vie, et dont l’époque contem­po­raine est fer­tile en évé­ne­ments d’importance.

— Oui, mais que vou­lez-vous nous expli­quer, en une heure, mon­sieur le Curé, quand il s’agit de tout le der­nier siècle ?

— Je ne vous expli­que­rai rien du tout. En revanche, j’ai la pré­ten­tion de pen­ser que j’éveillerai votre curio­si­té, au point de vous don­ner à tous le désir de reve­nir sérieu­se­ment sur ces ques­tions. Votre père est là pour les reprendre quelque jour avec vous.

Les Zouaves Pontificaux défendent le pape
Les Zouaves Pon­ti­fi­caux

— Il nous l’a pro­mis, dit Colette.

— J’en étais sûr. Donc, repor­tons-nous aux der­niers jours de la Révo­lu­tion. L’histoire de France vous a appris com­ment Bona­parte, l’ayant mâtée, s’en est ser­vi pour deve­nir le chef du gou­ver­ne­ment appe­lé Consu­lat, puis empe­reur sous le nom de Napo­léon. Je vous ai dit qu’il avait com­pris la néces­si­té de rendre la paix à l’Église de France en signant avec le Pape Pie VII un concor­dat. Mais vers la fin de son règne, il eut d’injustes pré­ten­tions et le Pape Pie VII refu­sa d’y céder. Alors le Saint-Père fut emme­né de Rome à Savone, puis trans­por­té à Fon­tai­ne­bleau « avec une bar­bare pré­ci­pi­ta­tion ». Il y endu­ra de ter­ribles souf­frances morales.

Peu après, la puis­sance de Napo­léon flé­chit. En 1814, Pie VII rentre à Rome triom­phant. Selon le mot pro­non­cé autre­fois par saint Augus­tin : « Le lion est vain­cu en com­bat­tant, l’agneau a vain­cu en souf­frant. »

Cet admi­rable Pie VII, si doux et si fort, sera le seul de tous les sou­ve­rains d’Europe à par­ler en faveur de Napo­léon, pri­son­nier un peu plus tard à Sainte-Hélène.

Sous la Res­tau­ra­tion en 1817, c’est lui qui conclut des accords avec le roi de France, Louis XVIII, remon­té sur le trône de ses pères ; en 1821, il condamne de nou­veau la Franc-Maçon­ne­rie ; en 1823, il meurt pai­si­ble­ment, répé­tant ces deux mots, qui sans doute résu­maient pour lui les plus grandes épreuves de sa vie : « Savone, Fon­tai­ne­bleau ! »

— C’est déses­pé­rant, dit le petit André… Je me rends à peine compte de ce dont vous par­lez, mon­sieur le Curé.

— Ne te désole pas, mon petit homme, tu res­te­ras ici et tu ver­ras comme je t’apprendrai bien ton his­toire ; déjà, tu retien­dras bien des choses, j’en suis cer­tain, par­mi les noms et les faits que je cite ce soir.

Ain­si, il faut savoir que le roi Louis XVIII a, par un décret, don­né aux évêques le droit de fon­der des petits sémi­naires. C’est dans plu­sieurs de ces ins­ti­tu­tions, alors diri­gées par les Jésuites, que toute une élite va s’instruire. Cette élite don­ne­ra à l’Église et à la France des prêtres et aus­si des chefs de famille de pre­mier ordre.

Car la lutte n’est pas finie. La vague de sang est pas­sée, mais les prin­cipes révo­lu­tion­naires demeurent dans les idées ; il faut les com­battre. Les Papes Léon XII, Pie VIII, Gré­goire XVI entre­prennent cou­ra­geu­se­ment la lutte contre le libé­ra­lisme révo­lu­tion­naire.

— Oh ! dit Colette, qu’est-ce que c’est encore que cette affaire-là ?

— Grave affaire, en effet, reprend en riant le bon Curé : c’est une manière fausse de com­prendre la liber­té. Il m’est impos­sible, mes enfants, de faire sai­sir aux plus jeunes, et en quelques minutes, l’explication d’une erreur assez com­pli­quée. Je vous dirai seule­ment ceci : « Lâchez des mou­tons et des loups dans un bois, et dites-leur qu’ils sont libres de s’arranger entre eux, que vous res­pec­tez trop leur liber­té pour inter­ve­nir en faveur des uns ou des autres. » Qu’est-ce qui arri­ve­ra ?

— Eh ! tiens ! les mou­tons seront dévo­rés par les loups !

— Conclu­sion : il n’est jamais per­mis d’accorder une même liber­té aux mau­vais et aux bons, à l’erreur et à la véri­té. Per­sonne n’a ce droit, pas même l’État. Il est donc faux de dire que l’État doit don­ner une pro­tec­tion égale aux francs-maçons et aux catho­liques, aux mau­vaises écoles et aux bonnes, etc., etc., pas plus qu’il n’est per­mis à votre père de vous lais­ser libres de prendre du poi­son, si vous le pré­fé­rez fol­le­ment à la saine nour­ri­ture fami­liale.

C’est ce prin­cipe de fausse liber­té, avec des consé­quences que vous êtes trop jeunes pour soup­çon­ner, qui a semé tant de divi­sions et cau­sé les plus sérieuses dif­fi­cul­tés aux Papes suc­ces­sifs du XIXe siècle.

De grands écri­vains catho­liques, qui se nomment de Maistre, de Bonald et Louis Veuillot, un grand évêque, le Car­di­nal Pie, un saint reli­gieux, Dom Gué­ran­ger (qui réta­blit en France l’ordre béné­dic­tin), et bien d’autres ont sou­te­nu avec intré­pi­di­té l’effort des Papes, pour défendre à ce sujet la véri­té.

D’autres excel­lents chré­tiens, âmes géné­reuses, cou­ra­geuses, enthou­siastes, se sont lais­sé entraî­ner par le mirage d’une liber­té de rêve, irréa­li­sable, dont la beau­té, croyaient-ils, don­ne­rait aux « loups » dont nous par­lions tout à l’heure assez de rai­son pour ne pas dévo­rer les « mou­tons ». Quelques-uns avaient été les dis­ciples de l’abbé de Lamen­nais. Celui-ci fut d’abord un véri­table génie chré­tien et ren­dit à l’Église de grands ser­vices, puis son orgueil l’entraîna de chute en chute dans la révolte.

Au contraire, ses amis, comme M. de Mon­ta­lem­bert, le Père Lacor­daire, domi­ni­cain, etc., se sou­mirent cou­ra­geu­se­ment aux direc­tives venues de Rome. Le Père Lacor­daire eut la gloire de com­men­cer à Notre-Dame de Paris ces confé­rences pour les hommes que tant d’orateurs de talent devaient conti­nuer après lui. La T. S. F. vous les fait entendre actuel­le­ment chaque dimanche, pen­dant le Carême.

C’est à Mon­ta­lem­bert que revient l’honneur d’avoir obte­nu la liber­té de l’enseignement pour les catho­liques en 1850. Depuis la révo­lu­tion, ce droit d’enseigner que pos­sède l’Église lui était à tout moment dis­pu­té, soit bru­ta­le­ment, soit d’une manière sour­noise et per­fide.

Cette fois, la vic­toire, quoique incom­plète, reste aux catho­liques. C’est d’ailleurs, alors, en France, un vrai renou­veau de Foi. Beau­coup d’œuvres sur­gissent. Oza­nam fonde celle des Confé­rences de Saint-Vincent de Paul, apos­to­lat de péné­tra­tion cha­ri­table, confié aux jeunes gens et aux hommes, et qui fait un bien pro­fond. Nous ne sommes pas d’ailleurs, à cette époque, les seuls à lut­ter pour la défense des prin­cipes catho­liques.

Vers 1873, en Prusse et en Suisse, une per­sé­cu­tion nou­velle est diri­gée contre les évêques. « L’archevêque de Cologne et celui de Lau­sanne se couvrent de gloire par leur résis­tance. »

D’autre part, depuis quelque temps, la révo­lu­tion monte en Ita­lie.

— Encore la révo­lu­tion ! dit Jean avec un geste excé­dé.

— Crois-tu que le démon, qui la dirige, veuille ces­ser de s’en ser­vir ? Elle oblige le nou­veau Pape Pie IX à s’éloigner de Rome. Il ne rentre dans sa ville que sous la pro­tec­tion de l’armée fran­çaise, tan­dis que de graves évé­ne­ments se pré­parent.

Car le roi de Pié­mont est séduit par la pen­sée de réunir en un seul État tous les petits États d’Italie. Il a, à son ser­vice, un ministre fort habile, Cavour, qui conduit tout en des­sous, dans ce but. Il accepte l’aide d’un chef de bande, Gari­bal­di. Les États du Pape vont être enva­his. C’est, depuis Char­le­magne, un patri­moine sacré, qui sau­ve­garde la liber­té même de l’Église. Pie IX sait que sa conscience l’oblige à les défendre. Il fait donc appel à ses enfants. Il en accourt de par­tout : Belges, Hol­lan­dais, Espa­gnols, Irlan­dais, Cana­diens, rejoignent à Rome des cen­taines de Fran­çais, et cette armée de volon­taires est com­man­dée par le géné­ral de Lamo­ri­cière. On se bat pour le Pape et pour l’honneur, car l’armée pon­ti­fi­cale est une héroïque poi­gnée d’hommes, qu’écrasent les troupes enne­mies à Cas­tel­fi­dar­do en 1860. Mais la lutte dure quand même : les Zouaves Pon­ti­fi­caux se reforment et sont glo­rieu­se­ment vain­queurs, à Men­ta­na, en 1867.

Cepen­dant, aucune de ces angoisses ne détourne le saint Pape Pie IX du gou­ver­ne­ment spi­ri­tuel de l’Église. Le 8 décembre 1854, il pro­clame le dogme de l’Immaculée Concep­tion, qui oblige tous les chré­tiens à croire la Sainte Vierge exempte du péché ori­gi­nel.

Colette prend son ton de confi­dence :

Histoire de l'église pour les jeunes : Bannière des zouaves
Ban­nière des Zouaves Pon­ti­fi­caux à Loi­gny (1870).

— Le Pape l’a dit à tout le monde, mon­sieur le Curé, et puis la Sainte Vierge est venue, elle-même, le redire à Ber­na­dette, à Lourdes. Pauvre petite Ber­na­dette avec son capu­let ! Qui aurait jamais pu pen­ser, quand elle ramas­sait son bois mort, que la Reine du Ciel allait lui par­ler et qu’elle devien­drait une vraie sainte, mais vraie, vraie, cano­ni­sée !

— C’est que, sous le capu­let et la petite robe de bure, il y avait une âme ravis­sante, que la Sainte Vierge connais­sait bien, Colette. Tu as joli­ment rai­son de nous rap­pe­ler son sou­ve­nir ! Cepen­dant il faut reprendre la suite de ce que je vous disais :

C’est encore un 8 décembre 1869, sous la pro­tec­tion de la Vierge Marie, que le Pape Pie IX ouvre le concile du Vati­can, dix-neu­vième œcu­mé­nique.

Colette cette fois a le regard inquiet :

— Qu’est-ce qu’on y a déci­dé, mon­sieur le Curé ? Tous ces conciles ne sont pas faciles à rete­nir, vous savez ! à la fin on va tout embrouiller.

— Non, tu n’embrouilleras rien cette fois, car le concile du Vati­can pro­clame l’infaillibilité du Pape et tu n’as qu’à réci­ter la for­mule du caté­chisme pour t’en sou­ve­nir.

Jean prend un air d’importance en regar­dant sa sœur ; il ques­tionne :

— Quand le Pape est-il infaillible, made­moi­selle ?

Mais Colette lui tourne le dos et, s’adressant à M. le Curé, récite, imper­tur­bable : « Lorsqu’en sa qua­li­té de doc­teur ou de pas­teur de tous les chré­tiens, il enseigne ou défi­nit un point de doc­trine concer­nant la Foi ou la morale. »

— Voi­là qui est très bien, ma petite fille. Le len­de­main de cette défi­ni­tion, la guerre de 1870 éclate entre la France et la Prusse ; bien­tôt les Zouaves Pon­ti­fi­caux, qui ont pris le nom de Volon­taires de l’Ouest, vont accou­rir sous les ordres de Cha­rette et de Sonis, se jeter au plus fort du péril, et ten­ter à leur tour d’arrêter la ruée alle­mande. Le dra­peau du Sacré-Cœur à la main, ils se font hacher à Loi­gny et à Patay.

Ber­nard, tout vibrant, inter­rompt :

— Oh ! ça, j’en sais tous les détails, mon­sieur le Curé. Sonis, qui com­mu­niait sou­vent, disait : « J’ai mon Dieu dans ma poi­trine et mon Dieu ne recule pas ! » Les Zouaves se sont fait tuer, mais ils n’ont pas recu­lé. Seule­ment je n’y suis plus ! Ils n’avaient pour­tant pas aban­don­né le pape ?

Catéchèse pour les jeunes - Histoire de l'église
Le Saint Sacre­ment recueilli et trans­por­té à tra­vers le désert.

— Tu oublies sim­ple­ment que, le 20 sep­tembre 1870, les troupes pié­mon­taises sont aux portes de Rome. Pie IX, voyant qu’il est désor­mais impos­sible de se défendre, sort une der­nière fois du Vati­can, pour aller à Saint-Jean de Latran, et mon­ter à genoux la Sca­la San­ta.

— L’escalier qui rap­pelle la Pas­sion de Jésus ? Oh ! je me sou­viens, dit Colette émue.

— Le len­de­main, le saint pon­tife fai­sait his­ser le dra­peau blanc. Rome enva­hie, le Pape et ses suc­ces­seurs res­te­ront pri­son­niers du Vati­can, jusqu’au jour, tout récent, où Pie XI signe­ra, avec le gou­ver­ne­ment ita­lien, les accords du Latran.

Les années qui suivent offrent à l’Église, au milieu de ses dou­leurs, de belles conso­la­tions. Le pré­sident de la Répu­blique de l’Équateur, Gar­cia More­no, est assas­si­né par les francs-maçons, mais il tombe en criant : « Dieu ne meurt pas ! » Les évêques et les catho­liques alle­mands résistent éner­gi­que­ment à la per­sé­cu­tion reli­gieuse de Bis­marck ; puis, de nou­veau, les catho­liques de France vont don­ner un bel exemple d’énergie, quand le gou­ver­ne­ment de la Répu­blique expul­se­ra les reli­gieux en 1880, au nom de l’enseignement laïque, neutre et obli­ga­toire.

— Oh ! c’est fati­gant, déclare Colette. C’est tout le temps à recom­men­cer.

— Quand tu seras plus vieille, tu com­pren­dras le cou­rage de ceux qui ont ain­si sans cesse « recom­men­cé ».

Il y eut des hommes comme Ches­ne­long, Lucien Brun, de Mun, qui lut­tèrent pied à pied pen­dant le règne glo­rieux du Pape Léon XIII.

Ce Pape, vous le savez, a répan­du dans l’Église de grandes lumières, par d’incomparables ency­cliques.

— Pour le coup, dit timi­de­ment André, voi­là un mot auquel je ne com­prends rien.

— Une ency­clique est une lettre adres­sée à toute l’Église.

— Ah ! bon. Est-ce que les enfants peuvent aus­si les lire ?

— Oui, mais c’est sur­tout quand vous serez plus vieux qu’il fau­dra les étu­dier sérieu­se­ment, parce qu’alors vous les com­pren­drez.

À la mort de Léon XIII, Pie X fut élu Pape.

— C’est le Pape des petits enfants, crie Colette.

— C’est avant tout le Pape de l’Eucharistie. Il a ren­ver­sé à tout jamais les bar­rières dres­sées par le Jan­sé­nisme entre les âmes et Notre-Sei­gneur. Il a vou­lu que tous, nous puis­sions com­mu­nier et com­mu­nier sou­vent, pour y pui­ser la force de nous cor­ri­ger et de deve­nir meilleurs.

Le règne de Pie X a été dou­lou­reux. En 1902, de nou­velles lois laïques met­taient en dan­ger l’Église de France. Il fal­lait choi­sir entre la ser­vi­tude ou la ruine maté­rielle. Tous les évêques fran­çais, sur le conseil du Saint-Père, choi­sirent en effet la liber­té de l’Église au prix de sa pau­vre­té. Pie X dit alors : « Si j’ai chan­té en pleu­rant le « Mise­rere » pour les mal­heurs de l’Église de France, quand je pense aux sacri­fices sup­por­tés par les fidèles fran­çais, pour l’amour de l’Église, c’est tou­jours le « Te Deum » de l’allégresse et de l’action de grâces qu’il me faut chan­ter. »

Pie X eut à condam­ner des erreurs venues d’un peu par­tout, dont il a dit « qu’elles étaient comme le ren­dez-vous de toutes les héré­sies ».

Cepen­dant, en France, les catho­liques relèvent leurs ruines et mul­ti­plient, envers et contre tout, les écoles libres, qu’ils construisent et sou­tiennent entiè­re­ment à leurs frais.

Un magni­fique cou­rage chré­tien s’empare des âmes. La jeu­nesse des grandes écoles affirme splen­di­de­ment sa Foi. On le ver­ra bien, pen­dant la grande guerre qui éclate, le 2 août 1914.

Ber­nard s’écrie :

— Oh ! mon­sieur le Curé, maman nous a gar­dé les lettres que mon père lui écri­vait du front. Elles sont si belles ! chaque fois que je les relis, j’en suis bou­le­ver­sé. En fait de cou­rage chré­tien, à qui don­ner le prix ? Je me le suis sou­vent deman­dé. Aux prêtres, aux reli­gieux, qui tan­tôt se bat­taient comme des héros, et tan­tôt por­taient Dieu jusque sous le feu de l’ennemi ? aux offi­ciers, aux sol­dats, qui don­naient leur vie pour l’Église de France, comme papa l’a fait, après avoir com­mu­nié au fond de sa tran­chée ?

— C’est au ciel, Ber­nard, que nous sau­rons cela ; mais dès main­te­nant rete­nons bien que des pages d’histoire magni­fiques se sont écrites pen­dant cette guerre ter­rible. N’oubliez jamais, mes enfants, le geste de la Bel­gique, sou­le­vée par son Roi-che­va­lier dans un véri­table sur­saut d’honneur, et qui s’est sacri­fiée, pour tenir la parole don­née !

Mais, mes pauvres enfants, comme le temps passe. Il fait presque nuit. Ren­trons. Je vous accom­pagne jusqu’à la mai­son, avant de retour­ner moi-même au pres­by­tère.

Dire qu’il faut renon­cer à vous par­ler de Benoît XV, qui est mort en offrant sa vie pour la paix du monde ! Impos­sible même d’effleurer le règne du grand Pape Pie XI.

— Cela vaut mieux, mon­sieur le Curé. Il est trop impor­tant pour ne pas l’étudier sérieu­se­ment.

— J’aurais pour­tant vou­lu vous dire quelque chose de ses dou­leurs et de ses joies : com­ment, ayant convié le monde à rendre hom­mage à la royau­té du Christ, Pie XI apprit que les mar­tyrs de la per­sé­cu­tion au Mexique mou­raient en criant : « Vive le Christ-Roi ! » Com­ment la plus grande gloire de son règne sera sans doute l’expansion, presque incroyable, qu’il a don­née aux Mis­sions catho­liques. Les Mis­sions ! il faut aus­si renon­cer à vous les dépeindre. Mis­sions de Chine, du Daho­mey, du Sud-Afri­cain, des Glaces polaires, etc… Une jour­née n’y suf­fi­rait pas. Pour­tant, vou­lez-vous, avant de tour­ner la der­nière page de nos sou­ve­nirs, que nous disions un mot, un seul, du Père de Fou­cauld ?

Histoire des missions pour les jeunes du KT
Mis­sion­naire en Chine.

— Je crois bien ! C’est mon ami ! déclare Ber­nard. Un offi­cier de cava­le­rie, deve­nu ermite au Saha­ra, pour le salut des Arabes ! Com­ment vou­lez-vous que je ne sache pas son his­toire et que je ne l’aime pas ?

— Et si, plus tard, tu es obli­gé, pour une rai­son ou pour une autre, de tra­ver­ser le désert de l’Afrique du Nord, tu mesu­re­ras ce qu’il a sacri­fié et ce qu’il a souf­fert. Il est mort mar­tyr, comme il l’avait rêvé. Les Fel­la­gas, qui l’ont tué, avaient bou­le­ver­sé son pauvre ermi­tage et son humble cha­pelle. Un jeune offi­cier, accou­ru trop tard, hélas ! « décou­vrit dans le sable, au milieu des débris, un tout petit osten­soir conte­nant la sainte Hos­tie. »

Res­pec­tueu­se­ment, il le prit, « le mit devant lui sur la selle de son méha­ri et fit ain­si les cin­quante kilo­mètres qui séparent Taman­ras­set de Fort-Moty-lins­ki. » Le grand écri­vain catho­lique René Bazin a dit déli­cieu­se­ment : « Ce fut à tra­vers le Saha­ra la pre­mière pro­ces­sion du Saint-Sacre­ment. »

Res­tons sur cette vision : un offi­cier de France por­tant le Bon Dieu à tra­vers le désert musul­man ! Elle rap­pelle les plus belles pages de cette « che­va­le­rie » que vous aimez tant. Et main­te­nant, arrê­tons-nous.

Regar­dez là-bas ces quelques gros nuages d’orage qui assom­brissent un coin du ciel. Ils s’en vont tout dou­ce­ment. Der­rière eux, quelle beau­té, quelle lim­pi­di­té, quelle paix !

Ain­si dans la vie de l’Église. — Héré­sies, schismes, révo­lu­tions, nuages par­fois lourds de sang… Ils passent… et la lumière de Véri­té luit inlas­sa­ble­ment…

Mais ne faut-il pas que le der­nier mot reste à Colette ? Elle inter­rompt, ardente :

— Comme cette étoile, là-haut, qui appa­raît, brillante et si jolie, dans le ciel du Bon Dieu !

 

FIN 

 

 


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« Révo­lu­tion et résis­tance catho­lique

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