Luther, Calvin et les hérésies protestantes

Auteur : Par un groupe de pères et de mères de familles | Ouvrage : Petite Histoire de l'Église illustrée .

Temps de lec­ture : 5 minutes

∼∼ XXII ∼∼

La famille, de nou­veau, boucle les valises. Tout le monde sait que les gar­çons n’ont aucune dis­po­si­tion pour les opé­ra­tions de ce genre. Mais Ber­nard et Jean sont du moins très capables de se débrouiller pour l’affaire du billet col­lec­tif à la gare, tan­dis que papa va s’occuper du visa des pas­se­ports. Et vite, nos deux insé­pa­rables ont joint la via Nazio­nale, ayant la per­mis­sion, une fois leur mis­sion rem­plie, de pro­fi­ter encore un peu des inépui­sables tré­sors de Rome.

En effet, non loin de la gare, les Thermes de Dio­clé­tien les attirent ; l’église de Sainte-Marie des Anges en occupe une par­tie ; l’autre, qui avait été trans­for­mée en couvent des Char­treux, est main­te­nant un musée. Le cloître s’ouvre sur un déli­cieux jar­din, tout encom­bré de débris antiques.

Et voi­ci les deux cou­sins, assis à l’ombre pour se repo­ser, qui se remettent à phi­lo­so­pher, car déci­dé­ment ils y ont pris goût.

Devant ces restes d’un loin­tain pas­sé, Jean s’étonne des folies du paga­nisme ; mais Ber­nard fait remar­quer :

— Dans tout ce qui nous a frap­pés en ces der­nières semaines, je trouve sur­tout éton­nant que des hommes vivant depuis la venue de Notre-Sei­gneur dans la lumière de l’Évangile aient pu s’en détour­ner au point de som­brer dans l’erreur. Comme le disait ton père, l’autre jour, l’aveuglement de la pas­sion, l’obstination, l’orgueil sur­tout peuvent seuls expli­quer ce qui, pour moi, demeure un phé­no­mène.

— À qui penses-tu en me disant cela ?

— À Luther, à Cal­vin, à tant de gens endia­blés, c’est le mot, qui ont mis l’Église à feu et à sang. Mon cher pro­fes­seur, l’abbé G…, était pour­tant bien clair quand il résu­mait l’hérésie pro­tes­tante ; cepen­dant, cette révolte reste tou­jours comme une chose inouïe dans mon esprit.

— Je ne puis pas en dire autant, mon vieux Ber­nard, pour une bonne rai­son, c’est que mon esprit, à moi, n’en a jamais été fort occu­pé. Que racon­tait donc ton abbé G…?

— Qu’au XVIe siècle, les fai­blesses de plu­sieurs ren­daient néces­saires cer­taines réformes dans l’Église. Il expli­quait les choses à peu près dans ce sens : deux sortes d’esprits dési­raient une réforme : les vrais enfants de l’Église, qui l’attendent hum­ble­ment, com­pre­nant qu’ils doivent com­men­cer par se réfor­mer eux-mêmes ; et puis, les esprits pleins d’orgueil, qui s’imaginent être char­gés de régen­ter le monde à leur guise, au lieu de croire aux pro­messes faites par Notre-Sei­gneur à son Église. Tel Luther, ce moine orgueilleux, tenace, qui allait faire de si affreux ravages. Il com­mence par sus­ci­ter une que­relle au sujet des indul­gences.

— Com­ment ne l’a-t-on pas arrê­té dès le début ?

— Va donc arrê­ter ce diable d’homme ! On a tout essayé. Le Pape Léon X lui envoie des car­di­naux pour ten­ter de l’éclairer. Il répond à tout par des gros­siè­re­tés et des injures, qu’il sème ensuite dans l’Allemagne entière. Il se dit char­gé d’une pré­ten­due réforme de l’Église, et le Saint-Père patiente, attend pen­dant trois ans avant de condam­ner ses erreurs. La bulle (autre­ment dit l’écrit qui les condamne enfin) est brû­lée publi­que­ment par Luther et ses par­ti­sans ! As-tu idée de cela ?

Désor­mais, vois-tu, c’est fini, Luther nie tout ce qui le gêne, traîne une vie lamen­table, se marie. C’est une abo­mi­na­tion !

— Mais enfin, com­ment l’a-t-on sui­vi ?

— C’est cela que j’ai peine à com­prendre. Que veux-tu, la vie était facile avec sa reli­gion nou­velle. Pour­vu qu’on croie, on est sau­vé, et d’ailleurs on croit ce qu’on veut, car cha­cun peut expli­quer la Bible à sa façon. Il n’y a d’autres Sacre­ments que le Bap­tême et la Cène, donc plus de confes­sion, c’est si gênant ! plus de pur­ga­toire, plus de culte de la Sainte Vierge ni des Saints.

— Alors, qu’est-ce qui reste ?

— Le droit de vivre à sa guise, et c’est joli­ment com­mode ! Les États du nord de l’Allemagne embrassent d’un seul coup cette pré­ten­due réforme. Cepen­dant, en Angle­terre, le roi Hen­ri VIII pro­teste éner­gi­que­ment contre les folies de Luther, et le Pape Léon X lui donne le titre glo­rieux de défen­seur de la Foi.

— Qu’est-ce que tu racontes ? Mais c’est Hen­ri VIII qui a entraî­né l’Angleterre dans l’hérésie.

— Par­fai­te­ment, les deux choses sont vraies. Hen­ri VIII, d’abord excellent, a vou­lu ensuite obte­nir du Pape la per­mis­sion de rompre son mariage avec Cathe­rine d’Aragon, pour épou­ser Anne de Boleyn. Le Saint-Père a refu­sé, comme c’était son devoir. Alors, Hen­ri VIII a trou­vé plus com­mode de pas­ser à l’hérésie, de se décla­rer chef suprême de l’Église d’Angleterre, et d’épouser, ren­voyer, sup­pri­mer, sept ou huit femmes, les unes après les autres !

— Écoute, c’est abo­mi­nable !

— Bien sûr, c’est abo­mi­nable ! Tu t’imagines la dou­leur des Papes qui voient se détour­ner de l’Église des peuples entiers. Heu­reu­se­ment que la France tient bon.

Le protestantisme raconté aux enfants - Jean Calvin et Genève
Jean Cal­vin

— Pour­quoi ?

— Ça ! Jean, c’est notre gloire. Nous sommes pétris de chris­tia­nisme. Il est en nous comme le levain dans la pâte.

Les princes, l’Université et tout le bon peuple de France ont résis­té. La famille fran­çaise était trop atta­chée à la Foi des aïeux. Il y eut des défec­tions, c’est évident. Un Fran­çais exi­lé, Cal­vin, dis­ciple de Luther, ensei­gnait à Genève. De là, il fai­sait l’impossible pour intro­duire l’hérésie en France. Il a fal­lu tra­ver­ser des heures dures, sur­tout pen­dant les guerres de Reli­gion ; mais on a tenu, comme on tien­dra plus tard, mal­gré les écha­fauds de la Révo­lu­tion.

— Pauvre Angle­terre ! dit Jean, d’un ton réflé­chi. Com­ment n’en a-t-elle pas fait autant ?

— Elle a eu des mar­tyrs admi­rables, tu sais, et des catho­liques fidèles, dont les biens ont été confis­qués, qui se sont vu reti­rer toutes leurs charges, et qui ont vécu dans la misère, per­sé­cu­tés, hon­nis, mais fidèles et fiers.

La reine Éli­sa­beth a été peut-être plus cruelle et plus odieuse encore qu’Henri VIII. On n’imagine pas tous ceux qu’elle a fait empri­son­ner, rui­ner, mas­sa­crer. Te sou­viens-tu du chan­ce­lier d’Angleterre, Tho­mas Morus ?

— Vague­ment.

— C’est un de mes héros pré­fé­rés. Il a don­né sa démis­sion pour ne pas s’associer à la poli­tique d’Henri VIII, qui entraî­nait l’Angleterre à sa perte.

Saint Thomas More qui s'oppose à l'Anglicanisme.
Tho­mas Morus (1478–1535), d’après une gra­vure de l’époque.

Ne pou­vant le gagner, le roi le fait enfer­mer dans un cachot, dans la Tour de Londres. Ses biens confis­qués, sa femme et ses filles réduites à la misère, rien ne le fait flé­chir. Inter­ro­gé, pres­sé de toutes parts (par l’évêque pré­va­ri­ca­teur), il répond : « Pour un évêque de votre opi­nion, j’ai une cen­taine de saints de la mienne ; pour votre par­le­ment, j’ai tous les conciles ; pour un royaume, j’ai la France et tous les royaumes catho­liques ! »

Condam­né à mort, il va au sup­plice le front serein. Comme il sent l’échafaud bran­ler sous ses pieds, il dit au lieu­te­nant : « Aidez-moi à mon­ter sain et sauf, je vous en prie ; pour la des­cente, je m’en tire­rai tout seul. »

Après avoir renou­ve­lé sa pro­fes­sion de Foi catho­lique, il embrasse le bour­reau et met lui-même sa tête sur le billot, non sans avoir soi­gneu­se­ment ran­gé sa barbe pour que la hache la tran­chât bien. Il avait 57 ans.

— Splen­dide ! déclare Jean. Et bien anglais aus­si, avec cet humour.

Ah ! si l’abbé G… était là, quelle pein­ture il nous ferait de cette pré­ten­due réforme, qui, venue d’un moine apos­tat, a arra­ché à Dieu des mil­liers d’âmes !

— Oui, inter­rompt Jean, mais je songe, tu viens de le dire, qu’elle a don­né aus­si à l’Église des mar­tyrs. Nous l’avons bien vu ici, aux Cata­combes et ailleurs, le sang des mar­tyrs n’est jamais per­du.


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