Les Croisades, l’ordre des Templiers

Auteur : Par un groupe de pères et de mères de familles | Ouvrage : Petite Histoire de l'Église illustrée .

Temps de lec­ture : 7 minutes

∼∼ XVIII ∼∼

Infa­ti­gables, les scouts ont deman­dé à leur aumô­nier d’aller au som­met du mont Cavo, le plus éle­vé des monts Albains, à 949 mètres d’altitude, un peu au sud-est du lac d’Albano.

Sur les ins­tances du Père X…, Ber­nard et Jean ont obte­nu de se joindre à eux. Avec la troupe, ils ren­tre­ront à Rome, où la famille sera de retour, car on n’attend plus que l’audience pon­ti­fi­cale pour mettre le cap sur la France.

L’ancienne route romaine, dite voie triom­phale, conduit au som­met du mont Cavo ; elle est ombra­gée, la mon­tagne elle-même joli­ment boi­sée. Cepen­dant rien ne vaut la vue unique qui, des hau­teurs du mont, attend le voya­geur.

On découvre la côte, la mer jusqu’à Civi­ta-Vec­chia ; et puis, ce sont, à perte de vue, der­rière les monts Albains, des chaînes estom­pées et, plus proches, les ondu­la­tions mono­tones et mélan­co­liques de la cam­pagne romaine.

Maxi­min, qui est de la par­tie, se plante très droit sur un roc et n’hésite pas à décla­rer :

— Nous avons le monde à nos pieds !

— Eh ! mon bon, riposte Ber­nard, en pre­nant l’accent du Midi, on ne voit tout de même pas jusqu’à la Can­ne­bière !

C’est alors une joute impayable entre les deux gar­çons, au grand bon­heur du reste de la bande. Le petit André rit pour tout de bon, en dévo­rant Ber­nard de ses yeux trop brillants, dans son petit visage pâle.

L’aumônier, de son côté, scrute lon­gue­ment l’horizon.

— Venez près de moi ; contem­plons un peu ensemble. Cet immense pano­ra­ma, n’en déplaise à mon jeune ami, ne nous per­met pas de voir jusqu’au bout du monde, mais comme il est facile, d’ici, de s’imaginer le va-et-vient des armées à tra­vers l’Europe ; sur cette mer si bleue, on vit pas­ser jadis une flotte toute blanche que décrit le sire de Join­ville dans ses mémoires.

— Quelle flotte ?

— Reve­nons d’abord, vou­lez-vous, vers l’an 1100, et regar­dons très loin, vers l’Orient, du côté de Jéru­sa­lem.

Nous appren­drons que la ville, le Cal­vaire, le tom­beau du Christ, sont aux mains des musul­mans, dont la puis­sance de nou­veau menace la chré­tien­té.

Or, à la même époque, les sei­gneurs féo­daux sont de plus en plus tur­bu­lents. Ils sont sans cesse en luttes entre eux. Quelle belle et légi­time expan­sion à leur humeur batailleuse, qu’une ou plu­sieurs expé­di­tions pour déli­vrer les Lieux Saints.

— J’aurais aimé cela, dit Maxi­min, mais pour­tant c’est un peu fou, tant de sang répan­du, tant de sacri­fices, pour déli­vrer une pro­vince minus­cule et quelques villes.

Ber­nard bon­dit :

— Allons donc ! quand cette pro­vince est la Pales­tine, les villes Damas ou Jéru­sa­lem ? Je me serais fait hacher dix fois, cent fois, s’il eût fal­lu…

— Ber­nard, ne pre­nez pas feu ! Nous sommes tous du même avis, mais il est bien per­mis de rai­son­ner les causes qui ont entraî­né l’Europe sur les routes de Jéru­sa­lem. Elles sont mul­tiples. D’abord celles dont nous venons de par­ler, et qui eussent suf­fi, car la déli­vrance des Lieux Saints valait en effet tous les sacri­fices ; mais, de plus, l’Église et l’Europe sen­taient la menace musul­mane gran­dir et il était néces­saire de lui oppo­ser une bar­rière, sous peine d’invasions redou­tables pour le monde et pour la Foi.

Un Pape fran­çais, le bien­heu­reux Urbain II, le com­prit. C’est encore à la France qu’il deman­da du secours. C’est la France qui s’ébranle d’abord pour la pre­mière Croi­sade, au cri de « Dieu le veut ! »… Ce sont ses che­va­liers, Gode­froy de Bouillon, duc de Lor­raine, en tête, qui entrent triom­phants dans Jéru­sa­lem recon­quise. Oh ! mes enfants, que c’est joli de pen­ser que Gode­froy se fait appe­ler « l’Avoué du Saint-Sépulcre », c’est-à-dire le « res­pon­sable » ! Là où Jésus a por­té la cou­ronne d’épines, il refuse la cou­ronne royale.

Quelques années encore et, devant l’agitation nou­velle des musul­mans, un moine, à son tour, va sur­gir et prê­cher la croi­sade.

D’où vient-il ? Tour­nons-nous de nou­veau vers la France.

Un riche sei­gneur des envi­rons de Dijon a eu sept enfants. Le troi­sième porte votre nom, Ber­nard. Il est éle­vé dans les plus purs prin­cipes de la che­va­le­rie ; il aime tout ce qui enchante la jeu­nesse, et pour­tant il y renonce. De l’abbaye de Cîteaux, où il est entré, il va, sur l’ordre de ses supé­rieurs, dans une val­lée étroite et sombre, fon­der un autre monas­tère, celui de Clair­vaux. Tous ses frères l’y sui­vront. Son père lui-même y vien­dra pieu­se­ment mou­rir.

Admi­rable de ver­tu, de cou­rage et d’éloquence, saint Ber­nard aura sur les hommes de son temps une influence extra­or­di­naire.

« Lorsqu’il prêche la croi­sade, le feu de sa parole élec­trise les peuples, même ceux qui ne com­prennent pas sa langue ; » ain­si en Alle­magne, dont il met toute l’élite en branle.

Pen­dant deux siècles, la cause des Lieux Saints entraî­ne­ra l’Angleterre, l’Allemagne, l’Italie, toute la chré­tien­té, sur les pas de la France vers l’Orient. Ce sera sou­vent sans suc­cès appa­rent, mais en réa­li­té les croi­sades ont sou­le­vé l’Occident dans un grand souffle de Foi et conte­nu les ambi­tions des Turcs. Saint Louis eut la gloire et la peine des deux der­nières expé­di­tions.

Cet admi­rable prince est trop connu de vous pour que nous nous arrê­tions lon­gue­ment à son sujet. Il a su réa­li­ser l’idéal de la sain­te­té jusque sur le trône ; pauvre dans l’opulence (il a vou­lu mou­rir éten­du sur la cendre), juste dans la puis­sance, équi­table dans la richesse, patient dans l’adversité, géné­reux dans le par­don, indomp­table dans les devoirs de sa charge poli­tique, comme dans les obli­ga­tions de sa Foi catho­lique, il est deve­nu, vous le savez, l’arbitre de l’Europe, preuve de ce que peut une âme, quand Dieu seul en est maître.

Je regrette que votre petite sœur ne soit pas ici, Ber­nard, nous lui aurions par­lé du rôle des femmes chré­tiennes au moyen âge. Aleth, la mère de saint Ber­nard, « fut la châ­te­laine idéale,
telle que la conce­vaient nos aïeux… Elle visi­tait elle-même les pauvres, les malades sans famille et ne dédai­gnait pas de laver leur vais­selle et de faire leur cui­sine. »

Les femmes durant les croisades : Sainte Elisabeth de Hongrie
Le miracle des roses.

Pen­dant les Croi­sades, les femmes ont été très cou­ra­geuses. Beau­coup d’entre elles ont gou­ver­né leurs domaines ou même leurs États, avec une sagesse et une viri­li­té magni­fiques. Pour plu­sieurs, l’absence de leur époux les lais­sait sans défense contre les traîtres et les ambi­tieux, qui demeu­raient dans leur voi­si­nage. Priant, tra­vaillant, filant, enlu­mi­nant leurs vieux mis­sels, dans l’embrasure de leurs fenêtres à meneaux, tristes, elles regar­daient par delà le pont-levis et la cam­pagne silen­cieuse, atten­dant fidè­le­ment, par­fois héroï­que­ment, celui qui ne reve­nait pas tou­jours.

L’une d’elles, Éli­sa­beth de Hon­grie, avait épou­sé le duc de Thu­ringe ; il fut tué pen­dant la croi­sade, et sa femme, chas­sée de ses États avec ses petits enfants par un cou­pable beau-frère. Autre­fois, pour don­ner plus lar­ge­ment aux mal­heu­reux, Éli­sa­beth avait paru à la cour avec une pauvre robe de laine, et Dieu, dit-on, avait fait un miracle : aux yeux de la foule exta­siée, la douce prin­cesse sem­blait vêtue de bro­cart et d’or fin ! Un autre jour, sur­prise par son époux, alors qu’elle por­tait du pain aux pauvres, Dieu per­mit qu’en ouvrant son tablier, on n’y trou­vât que des roses.

Mais la grande faveur de la Pro­vi­dence sera sur­tout de sou­te­nir la sainte duchesse de sa force divine, pour lui faire sup­por­ter sans se plaindre les pires dou­leurs, après la mort de son mari.

Quand, enfin, jus­tice lui sera ren­due, elle lais­se­ra son fils à la cour de Thu­ringe et s’en ira, riche de sa sain­te­té, mou­rir sur le gra­bat d’un hôpi­tal.

Ber­nard ne peut s’empêcher de pen­ser tout haut :

— Quelle époque, tout de même, Père, que de belles choses !

C’est Maxi­min qui répond :

— Bien mêlées, je trouve, Ber­nard, puisqu’il y avait des hommes pour per­sé­cu­ter une sainte, une veuve et des orphe­lins.

Mais, en dépit de cette affir­ma­tion, l’expression de « Tar­ta­rin » est celle d’une atten­tion pas­sion­née. Un pli sérieux barre le front et donne à sa phy­sio­no­mie, habi­tuel­le­ment joviale, quelque chose de viril.

L’aumônier ne s’y trompe pas.

— Il y a eu des misé­rables dans tous les temps, dit-il sim­ple­ment. Et, comme il fait mine de don­ner le signal du départ, Ber­nard sup­plie :

— Oh ! Père, ne rajus­tez pas votre sac, ne par­tons pas encore. Vous ne nous avez rien dit des ordres mili­taires. Je les aime, moi, les che­va­liers de Saint-Jean de Jéru­sa­lem, et de Rhodes, et de Malte.

— Si vous les connais­sez, ce n’est pas la peine que je vous en parle.

— Si, si, pro­testent tous les scouts ensemble.

— Les ordres mili­taires sont nés des Croi­sades, vous le devi­nez bien.

En l’an 1048, de riches mar­chands avaient fon­dé un hôpi­tal à Jéru­sa­lem, pour y recueillir les pèle­rins malades. Les Croi­sés, après la prise de la ville sainte, prièrent les hos­pi­ta­liers de conti­nuer leurs ser­vices ; quelques années plus tard, Ray­mond du Puy, leur grand maître, trans­for­ma son ordre en ordre mili­taire, pour la défense du Saint-Sépulcre contre les Turcs, et le Pape Inno­cent II l’approuva.

Les croisades expliquées aux jeunes
Che­va­lier de l’ordre des Tem­pliers.

Cepen­dant, mal­gré tous les efforts, les Turcs reprennent la ville. Alors les che­va­liers de Saint-Jean se réfu­gient à Acre, puis dans l’île de Rhodes et les îles voi­sines. Là, avec une bra­voure sans pareille, ils tiennent la mer, oppo­sant une héroïque bar­rière aux flottes turques. En 1444, Jean de Las­tic sou­tient dans Rhodes un siège de qua­rante-deux jours. Et Vil­liers de l’Ile-Adam, avec 5000 che­va­liers, repousse les 300 bateaux du Turc Soli­man, qui jettent devant Rhodes 300000 hommes ! Sans le traître Andréa d’Amaral qui livra la place, Soli­man se reti­rait déses­pé­ré.

— Quel ban­dit ! quel lâche ! quel…

Et le Père est inter­rom­pu par les invec­tives les plus indi­gnées et les plus pit­to­resques à l’adresse d’Andréa.

— Eh ! oui, mes pauvres enfants, il y eut un  traître ! C’est alors que les che­va­liers de Saint-Jean ont fui vers Malte, d’où la Révo­lu­tion, puis Bona­parte, les ont défi­ni­ti­ve­ment dis­per­sés.

Citons encore les che­va­liers Teu­to­niques et arrê­tons-nous un ins­tant devant le grand ordre des Tem­pliers.

Eux aus­si avaient été fon­dés à Jéru­sa­lem sous le nom de che­va­liers du Temple et pen­dant long­temps ils ren­dirent à l’Église de magni­fiques ser­vices.

Reti­rés à Chypre après la chute de Saint-Jean d’Acre, ils vivaient pauvres et fiers, quand, par suite de dons et de pri­vi­lèges, leur for­tune s’accrut immen­sé­ment. Comme presque tou­jours la grande richesse atti­ra avec elle un flé­chis­se­ment des ver­tus reli­gieuses.

Phi­lippe le Bel en pro­fi­ta d’une manière indigne. Tan­dis que le Pape Clé­ment V sup­pri­mait leur ordre, Phi­lippe le Bel accu­sa le der­nier grand-maître, Jacques Molay, de crimes que rien ne prou­vait et le fit brû­ler vif.

— Brrr…, dit Ber­nard en secouant les épaules, ne res­tons pas sur ce sou­ve­nir, Père.

— Non, mes enfants. Son­geons seule­ment que les ordres mili­taires ont écrit des pages d’histoire d’une beau­té et d’une gran­deur bien dif­fi­ciles à éga­ler.

 

 

 


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2 Commentaires

  1. Pincemaille a dit :

    On peut résu­mer tout cela en disant que nos ancêtres ont orga­ni­sé ces expé­di­tions à hauts risques afin d’éviter, à leur époque, ce qui nous arrive main­te­nant !!!
    Ami­tiés à tous.

    6 avril 2015
    Répondre
    • Le Raconteur a dit :

      Il ne me semble pas que les croi­sades soient des guerres pour stop­per l’expansion des musul­mans. Les croi­sades visaient sim­ple­ment à rendre l’accès aux lieux saints. Cela fai­sait un cer­tain temps que les musul­mans avaient conquis la terre sainte ; ce qui a moti­vé les croi­sades, c’est lorsque les musul­mans ont inter­dit l’accès à ces lieux de pèle­ri­nage.

      Charles Mar­tel a stop­pé l’expansion de l’islam ; par la Recon­quis­tas, les Espa­gnols ont aus­si arrê­té cette expan­sion. Les Grecs puis les Autri­chiens se sont heur­tés aux guerres de conquêtes isla­miques. Et il doit y en avoir bien d’autres.

      Je ne suis pas his­to­rien et ce n’est que les sou­ve­nirs que j’ai de ces périodes.

      7 avril 2015
      Répondre

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