Saint Paul, le propagateur de l’Évangile

Auteur : Par un groupe de pères et de mères de familles | Ouvrage : Petite Histoire de l'Église illustrée .

Temps de lec­ture : 7 minutes

∼∼ II ∼∼

Huit jours durant, le bran­le­bas est à son comble.

Enfin, un beau matin, par un soleil splen­dide, la famille s’installe au com­plet sur le navire. Le port offre le tableau le plus pit­to­resque qui soit, les groupes de pèle­rins étant aus­si divers que vivants.

Ici, la tache claire des bérets blancs, por­tés par un groupe de jeunes filles ; là, un ensemble de scouts, dont on devine les gais visages sous les cha­peaux kaki. Ce sont des Rou­tiers ; au milieu d’eux, les enfants ont vite repé­ré la sil­houette connue d’un de leurs plus sym­pa­thiques aumô­niers.

Jean chu­chote : Le Père X…

— Va lui dire bon­jour.

Cette pre­mière ren­contre devait don­ner au voyage un impré­vu et un inté­rêt que nul hier n’eût soup­çon­nés.

Toute la famille s'installe au complet sur le pont du navire.
Toute la famille s’installe au com­plet sur le pont du navire.

Tout de suite on s’installe non loin les uns des autres et, pour apprendre cette His­toire de l’Église que l’on devi­nait dif­fi­cile, rien de plus simple pour le moment. Il n’y a qu’à écou­ter, car le Père, entou­ré de sa troupe, déclare :

— Allons, Hen­ri, pre­nez la carte. Ici, à droite de la côte, Damas ; qu’est-ce que cela nous rap­pelle ?

L’interpellé, un jeune aux yeux clairs, à la phy­sio­no­mie intel­li­gente, répond : Quel dom­mage de n’avoir pu aller jusque-là, Père. Il paraît que c’est tel­le­ment joli, Damas, avec ses mai­sons silen­cieuses et closes, toute blanche au milieu d’un immense cercle de ver­dure. La ville déli­cieuse, que l’on appelle ici : la perle de l’Orient ! Oui, c’eût été bon de la visi­ter, meilleur encore de par­cou­rir cette route sur laquelle Saul fut ter­ras­sé.

— Allons ! au lieu d’aviver nos regrets, redites-nous donc un peu, pour ces petits qui nous écoutent, les sou­ve­nirs qui s’attachent à Damas.

— Il nous faut remon­ter pour cela, Père, au mar­tyre de saint Étienne, ce pre­mier diacre que les Apôtres s’étaient adjoints à Jéru­sa­lem, pour les aider dans leur mis­sion ; car les conver­sions se mul­ti­pliaient et ils ne suf­fi­saient plus à la tâche. Le cou­rage d’Étienne, son ardeur à prê­cher l’Évangile, lui avaient méri­té l’honneur d’être lapi­dé. Pen­dant son mar­tyre, Étienne, les yeux fixés sur le Ciel ouvert à son regard ravi, priait pour ses bour­reaux et pour un jeune homme qui gar­dait les vête­ments des exé­cu­teurs. Ce jeune homme s’appelait Saul.

Il était petit, d’une rare intel­li­gence et d’une rare éner­gie. Citoyen romain, Juif de nais­sance, ins­truit, let­tré, géné­reux, jouis­sant d’une vraie répu­ta­tion, il met­tait tous ses dons au ser­vice des per­sé­cu­teurs et s’acharnait à détruire l’Église nais­sante. Si bien qu’il fut char­gé d’aller à Damas pour y décou­vrir et faire arrê­ter les chré­tiens.

Or, sur la route de Jéru­sa­lem à Damas, tout à coup, une lumière étin­ce­lante venant du Ciel enve­lop­pa Saul ; aveu­glé, il se lais­sa tom­ber à terre. Alors une voix se fit entendre :

« — Saul, pour­quoi me per­sé­cutes-tu ?

« — Qui êtes-vous, Sei­gneur ?

« — Je suis Jésus que tu per­sé­cutes.

« — Sei­gneur, que vou­lez-vous que je fasse ?

« — Lève-toi, entre dans la ville, là on te dira ce que tu dois faire.

— Et n’est-ce pas, Père, il y a encore à Damas la grande rue Droite, qui forme comme un long bazar étrange ? On veut y rat­ta­cher des sou­ve­nirs de saint Paul.

— J’y suis allé jadis, répond le Père, et j’ai vu la cha­pelle sou­ter­raine, qui fut peut-être la demeure d’Ananie. C’est cet Ana­nie qui enten­dit le Sei­gneur lui dire : « Lève-toi, va dans la rue qu’on appelle Droite et cherche dans la mai­son de Jude un nom­mé Saul de Tarse, car il est en prière. » Et comme Ana­nie pro­tes­tait, rap­pe­lant à Dieu que Saul était un per­sé­cu­teur, le Sei­gneur ordon­na : « Va, car cet homme est un ins­tru­ment que j’ai choi­si pour por­ter mon nom devant les nations. »

Récit pour les scouts : Saint Paul sur le chemin de Damas
Saint Paul sur le che­min de Damas

Vous savez tous com­ment Ana­nie obéit, alla vers Saul, lui ren­dit la vue, le bap­ti­sa et lui impo­sa les mains.

Colette, Jean et leur entou­rage ne perdent pas un mot de cette conver­sa­tion. Jean s’est assis en tailleur sur le pont, tout contre l’un des plus jeunes scouts, dont l’expression rieuse l’a atti­ré. A sa grande joie, ce gai voi­sin se mêle à la dis­cus­sion.

— Dites, Père, saint Paul est res­té long­temps à Damas ?

— Saint Paul, ayant décla­ré, dans les Syna­gogues de la ville, qu’il recon­nais­sait Jésus-Christ pour le Mes­sie, exci­ta contre lui la colère des Juifs. Il demeu­ra alors peu de temps à Damas et par­tit pour l’Arabie où il pas­sa un an ou deux dans la prière et la péni­tence. C’est là qu’il fut favo­ri­sé de grandes révé­la­tions, et que Jésus-Christ lui-même l’instruisit et lui mon­tra un coin du ciel. Ensuite, il retour­na vers Damas, sans crainte de ses enne­mis. Mais entre temps il « mon­ta à Jéru­sa­lem », selon son expres­sion, « pour voir Pierre, » et il pas­sa quinze jours avec lui.

Coloriage pour les momes : martyre de saint Etienne
Le cou­rage d’Étienne, son ardeur à prê­cher l’Évangile lui méri­te­ront l’honneur d’être lapi­dé.

Ici, mes enfants, je m’arrête pour vous faire un peu mali­cieu­se­ment remar­quer que saint Paul nous donne un fameux exemple.

Il est conver­ti par un miracle. Il pour­rait bien se croire inves­ti d’une mis­sion immé­diate, et, au lieu de cela, il se pré­pare pen­dant des mois dans le silence et la prière.

Quelques figures se rem­bru­nissent, et le Père sou­rit.

— Je pen­sais bien que pareille atti­tude ne vous sem­ble­rait pas très attrayante, à vous, jeu­nesse du XXe siècle, qui enten­dez tout mener en qua­trième vitesse, avant même d’avoir votre per­mis de conduire !

Un éclat de rire géné­ral répond cette fois au Père.

— Atten­dez, je n’ai pas fini. Autre exemple : saint Paul, ins­truit direc­te­ment par Dieu, va-t-il en pro­fi­ter pour légi­fé­rer à son aise ?

Pas du tout, il a recours à l’autorité ; il va à Jéru­sa­lem trou­ver saint Pierre. C’est bien là la meilleure preuve qu’il était vrai­ment éclai­ré d’en haut. Il recon­naît ain­si la pri­mau­té de celui à qui Jésus a dit : Tu es Pierre, et sur cette pierre, etc… Ensuite seule­ment, il va entre­prendre ses grandes pré­di­ca­tions au péril de sa vie.

— Oui, à Damas, pour le sau­ver, les chré­tiens l’ont des­cen­du la nuit dans une cor­beille le long des rem­parts.

Il avait beau être petit, il a fal­lu que la corde soit solide !

— Certes ! dit le Père, qui rit à son tour.

J’ajoute qu’il fal­lait sur­tout que la Pro­vi­dence veillât sur celui qui gagne­rait tant d’âmes au Christ. Sui­vons-le ; si nous repre­nons la carte, nous voyons que nous appro­chons d’Antioche. Nous visi­te­rons la ville. C’est là que les pre­miers chré­tiens furent conver­tis par saint Bar­na­bé, là que saint Paul éta­blit en quelque sorte son quar­tier géné­ral. Dieu l’avait par­ti­cu­liè­re­ment des­ti­né à la conver­sion des païens. Pour les ame­ner à la Foi du Christ, saint Paul accep­te­ra tout : voyages, pri­va­tions, souf­frances de toutes sortes. Tan­tôt obli­gé de tem­po­ri­ser et d’attendre, ce qui devait faire ter­ri­ble­ment souf­frir l’ardeur de son zèle, tan­tôt par­cou­rant la Syrie, l’île de Chypre, l’Asie Mineure, la Grèce, où il fonde les chré­tien­tés de Phi­lippes, Thes­sa­lo­nique et Corinthe.

Carte des voyages de Saint Paul

De nou­veau il revint en Asie. A Césa­rée, la pri­son l’attendait. Il y demeu­ra deux ans. C’est de là que, sans ces­ser d’être pri­son­nier, il fut conduit à Rome, car étant citoyen romain, il en avait appe­lé à César. Quoique enchaî­né à un sol­dat, le grand apôtre rece­vait et évan­gé­li­sait dans sa demeure.

L’année sui­vante, il com­pa­rut devant Néron et fut libé­ré. C’est alors que la mis­sion de saint Paul revêt toute sa gran­deur. Il évan­gé­lise non seule­ment le centre, mais encore les grandes pro­vinces de l’Empire. Enfin, c’est à Rome qu’il a trou­vé le mar­tyre à côté de saint Pierre.

Ten­dant le petit livre des Actes des Apôtres, le Père ajoute :

— Tenez, Hen­ri, pour mieux nous faire com­prendre à tra­vers quels dan­gers et quelles peines saint Paul cou­rut le monde, lisez-nous ça.

Alors, de sa voix chaude et claire, le jeune scout com­mence :

« A Phi­lippes, la foule se sou­le­va contre eux et les Magis­trats, ayant fait arra­cher leurs vête­ments, ordon­nèrent qu’on les bat­tît de verges.

« Après qu’on les eut char­gés de coups, ils les firent mettre en pri­son, en recom­man­dant au geô­lier de les gar­der sûre­ment.

« Le geô­lier, ayant reçu cet ordre, les mit dans un des cachots inté­rieurs, et enga­gea leurs pieds dans les ceps.

« Vers le milieu de la nuit, Paul et Silas, s’étant mis en prière, chan­taient les louanges de Dieu et les pri­son­niers les enten­daient.

« Tout à coup, il se fit un trem­ble­ment de terre si violent, que les fon­de­ments de la pri­son en furent ébran­lés ; au même ins­tant, toutes les portes s’ouvrirent et les fers de tous les pri­son­niers tom­bèrent.

« Le geô­lier, s’étant éveillé et voyant les portes de la mai­son ouvertes, tira son épée et allait se tuer, pen­sant que les pri­son­niers avaient pris la fuite. Mais Paul cria d’une voix forte : « Ne te fais point de mal, nous sommes ici. »

« Alors le geô­lier, ayant deman­dé de la lumière, entra pré­ci­pi­tam­ment et se jeta tout trem­blant aux pieds de Paul et de Silas ; puis il les fit sor­tir et dit : « Sei­gneur, que faut-il que je fasse pour être sau­vé ? »

« Ils répon­dirent : « Crois au Sei­gneur Jésus et tu seras sau­vé, toi et ta famille. »

« Et ils lui annon­cèrent la parole du Sei­gneur, ain­si qu’à tous ceux qui étaient dans sa mai­son.

« Les pre­nant avec lui à cette heure de la nuit, il lava leurs plaies, et aus­si­tôt après il fut bap­ti­sé, lui et tous les siens. »

Dans le groupe des scouts, on eût enten­du une mouche voler.

Mais un brusque com­man­de­ment reten­tit sur le pont, et le Père X regarde sa montre :

— Ceci nous annonce l’escale. Quel dom­mage de ne pas conti­nuer cette lec­ture admi­rable ! Résu­mons, mes enfants. Toute la mis­sion de saint Paul tient en ces mots : « L’amour de Jésus-Christ nous presse. »

— Oui, Père, répond Hen­ri en redres­sant ins­tinc­ti­ve­ment la tête. Cet amour a tant pres­sé l’apôtre, qu’il a pu écrire aux fidèles de Corinthe : « Cinq fois j’ai reçu des Juifs qua­rante coups de fouet moins un.

« Trois fois j’ai été bat­tu de verges ; une fois j’ai été lapi­dé ; trois fois j’ai fait nau­frage ; j’ai pas­sé un jour et une nuit dans l’abîme…

« Labeurs, peines, veilles nom­breuses, faim, soif, jeûnes mul­ti­pliés, « froid, nudi­té, j’ai tout souf­fert. »

C’est Jean, cette fois, qui souffle à Colette :

— Il sait ses épîtres par cœur. Peste ! c’est un as !…


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