Les épitres de Saint Paul

Auteur : Daniel-Rops | Ouvrage : Saint Paul, aven­tu­rier de Dieu .

VIII. A LA CONQUÊTE DE L’EUROPE

Ce fut donc par la Macé­doine que le grand Apôtre entra en Europe. La pre­mière ville où il ensei­gna le Christ fut Phi­lippes. A la façon des phi­lo­sophes grecs, il s’installa sur les bords de la rivière et se mit à par­ler à tous les pas­sants, répon­dant à toutes leurs ques­tions. Des femmes, conver­ties par lui, lui offrirent une hos­pi­ta­li­té géné­reuse. Et Paul com­men­çait peut-être à se dire que conqué­rir l’Europe à l’Évangile était beau­coup moins dif­fi­cile qu’il ne croyait, quand un inci­dent, mi-bur­lesque, mi-dra­ma­tique, mit sou­dain fin à cette confiance.

Un jour que les Apôtres s’en allaient à leur endroit habi­tuel pour par­ler, une femme se mit à pous­ser des cris. Était-ce une folle ? Pas tel­le­ment, car ce qu’elle criait était fort juste : « Ces hommes sont vrai­ment envoyés par le Ciel : ce qu’ils enseignent est le salut ! » Mais il est facile de com­prendre que Paul ne tenait pas tel­le­ment à ce qu’on le signa­lât ain­si à l’attention des auto­ri­tés, sur­tout par la voix d’une détra­quée. Il devi­na, d’un coup, que dans cette jeune esclave se cachait un redou­table démon, qui la fai­sait crier ain­si pour les faire connaître et les perdre. S’arrêtant donc, il cria :

— Démon, sors aus­si­tôt de cette femme ! Je te le com­mande au nom de Jésus-Christ !

A l’instant même, la femme rede­vint tout à fait nor­male : le démon l’avait quit­té. Mais qui fut très mécon­tent ? Le patron de cette jeune esclave. Tant qu’elle était à demi-folle, il lui fai­sait racon­ter aux badauds la bonne aven­ture, expli­quer leurs songes. Et cela lui rap­por­tait beau­coup. Furieux, il alla dénon­cer Paul et les siens. Et voi­là nos mis­sion­naires jetés en pri­son non sans avoir été sérieu­se­ment ros­sés. Mais au milieu de la nuit, la ville entière est secouée par un trem­ble­ment de terre d’une vio­lence extrême. Les portes du cachot s’effondrent : Paul est libre ! Lui et ses com­pa­gnons par­tirent de Phi­lippes avec toutes sortes d’égards, et les excuses des auto­ri­tés !

Saint Paul libéré par un tremblement de terre à Philippes - récit pour les petitsIl n’en fut point par­tout de façon aus­si agréable. Bien au contraire ! En com­bien de lieux, les mêmes ennuis qui avaient obli­gé l’apôtre à quit­ter pré­ci­pi­tam­ment les villes d’Asie Mineure, se repro­dui­sirent en Grèce… Les Juifs, — il y en avait par­tout, — dès que les chré­tiens com­men­çaient à par­ler, orga­ni­saient des mani­fes­ta­tions, les dénon­çaient aux magis­trats et les contrai­gnaient ain­si à reprendre au plus vite leur route. A Thes­sa­lo­nique, le port de la Macé­doine, un cer­tain Jason, qui bra­ve­ment avait pris le par­ti des chré­tiens, faillit payer fort cher son dévoue­ment à la bonne cause. Mais, mal­gré ces résis­tances et ces dif­fi­cul­tés, Paul conti­nuait son œuvre ; par­tout où il pas­sait des com­mu­nau­tés nais­saient, de fidèles du Christ, déci­dés à vivre selon ses com­man­de­ments et à répandre ensuite son mes­sage dans toute la contrée.

Ville d'Athène au temps de Saint PaulAprès bien des mois dans la Grèce du Nord, Paul arri­va à Athènes. Ce n’était plus alors la capi­tale pres­ti­gieuse du temps où elle impo­sait la gloire, de ses artistes et de ses pen­seurs, mais une ville de luxe, peu­plée d’oisifs, de gens qui ne croyaient à rien. Bien mau­vais ter­rain pour essayer d’y semer l’Évangile ! Paul essaya quand même, mais sans suc­cès. Lorsqu’il vou­lut racon­ter à ses audi­teurs la Résur­rec­tion du Christ, ces Athé­niens écla­tèrent de rire : « Ça va ! on t’écoutera là-des­sus une autre fois ! » Tant il est vrai que ce ne sont pas les riches de l’argent et de la culture qui com­prennent le mieux le mes­sage du Dieu d’humilité, mais les pauvres, les petits…

Paul s’en ren­dit compte en arri­vant à Corinthe. Le grand port, ins­tal­lé sur l’isthme, comp­tait une énorme popu­la­tion de dockers, marins, arti­sans, de toutes races et de toutes langues. Ce n’était sans doute pas tou­jours des gens bien éle­vés, bien habillés, mais il y avait par­mi eux beau­coup de cœurs géné­reux. Paul entre­prit de fon­der une com­mu­nau­té chré­tienne. Il y réus­sit admi­ra­ble­ment. Très vite, de nom­breux hommes et femmes de ce petit peuple, deman­dèrent à rece­voir le bap­tême, et cette église de Corinthe devint même une des plus vivantes de toute la chré­tien­té. Les chefs en étaient deux excel­lents chré­tiens arri­vés de Rome, Aqui­las et Pris­cille, qui avaient don­né à l’apôtre l’hospitalité la plus géné­reuse. Au total, donc, un beau suc­cès !

IX. LES CÉLÈBRES LETTRES DE S. PAUL

L’éternel voya­geur du Christ allait repar­tir une fois de plus : à peine avait-il bien plan­té une église dans un endroit qu’il sen­tait le besoin d’entreprendre de nou­veau ce même labeur dif­fi­cile, de per­sua­der, de conver­tir, défri­cher, telle était sa vraie mis­sion. Mais cela ne veut pas dire qu’une fois éloi­gné de ces com­mu­nau­tés chré­tiennes qu’il avait fait naître, il les oubliât et s’en dés­in­té­res­sât. Durant ses voyages, pen­dant ses haltes en un point ou un autre, il trou­vait le temps de pen­ser à ses amis loin­tains, et il leur écri­vait des lettres, longues, détaillées, à la fois pleines d’affectueuses paroles et de sages conseils : ce sont les célèbres « épîtres » dont, aux messes du dimanche, on entend lire un frag­ment.

Repré­sen­tons-nous Paul com­po­sant une de ses lettres. Il ne les écrit pas de sa main, bien qu’il sache par­fai­te­ment écrire, mais pro­ba­ble­ment parce que sa vue est deve­nue, très vite, mau­vaise. Il les dicte à un secré­taire. La scène se passe dans un ate­lier de tis­seur de tentes, car, tout au long de sa vie de mis­sion­naire, Paul a tenu à gagner son pain afin de n’être à charge à per­sonne. C’est le soir : les métiers à tis­ser ont ces­sé de battre et, sur la trame de l’étoffe, la navette ne tire plus le fil lui­sant. La flamme d’une lampe à huile des­sine un rond de lumière jaune, dans lequel le secré­taire main­tient la feuille de papier. Debout, tan­tôt se pro­me­nant de long en large, tan­tôt s’appuyant au métier, par­fois bon­dis­sant quand le feu de sa pen­sée l’emporte, l’apôtre dicte, très tard dans la nuit. C’est ain­si que sont rédi­gés ces textes qui ont tant contri­bué à mieux faire com­prendre le mes­sage du Christ et sa doc­trine.

Saint Paul dicte ses épitres - histoire de l'Evangile pour les enfants

Car, évi­dem­ment, ce qu’il enseigne, lui, le témoin du Christ, ce n’est rien d’autre que ce que Jésus lui-même a appris au monde. Mais Paul était un homme d’une intel­li­gence mer­veilleuse, qui avait réflé­chi pro­fon­dé­ment sur les moindres paroles du Maître et qui, les ayant com­prises mieux que per­sonne, les expli­quait comme on n’avait jamais fait avant lui. Et comme, en outre, son style était admi­rable, ces lettres fami­lières, adres­sées à des groupes d’amis, sont en même temps par­mi les plus grands chefs-d’œuvre de toute la lit­té­ra­ture du monde. On aura une petite idée de la beau­té de ces textes en lisant ces quelques lignes écrites à ses amis de Corinthe :

« Frères, voi­ci un mys­tère que je vous révèle : tous, nous ne mour­rons pas : tous nous res­sus­ci­te­rons. Oui, en un clin d’œil ! au son de la der­nière trom­pette du Juge­ment der­nier : et tous les morts res­sus­ci­te­ront, et tous nous serons trans­for­més. Alors, quand notre corps mor­tel aura revê­tu l’immortalité, nous pour­rons nous tour­ner vers la Mort, et lui crier, comme il est dit dans la Sainte Écri­ture : — Mort, où es donc ta vic­toire ? où est l’aiguillon dont tu nous a per­cés ? »

X. LE TUMULTE D’ÉPHÈSE

A Ephese : un possédé chasse des faux prophètes - histoire pour le catéNous avons quit­té Paul à Corinthe. Nous le retrou­vons, deux ans plus tard, à Éphèse, autre grand mar­ché, si impor­tant par son tra­fic qu’on l’appelait « la porte de l’Asie » : c’était là que les cara­vanes venues du loin­tain des terres, déchar­geaient leurs mar­chan­dises qui étaient embar­quées sur les navires de Médi­ter­ra­née. Comme à Corinthe, tout un peuple de tra­vailleurs et de petites gens s’y tas­sait à qui l’apôtre pour­rait prê­cher l’Évangile.

Il devait y res­ter long­temps, envi­ron deux ans. Son ami Aqui­las s’y était ins­tal­lé, comme tis­seur de tentes, et Paul tra­vaillait dans son ate­lier, du petit matin jusque vers onze heures (il devait tra­vailler fort, car il rap­porte lui-même que ses mains étaient deve­nues cal­leuses). Au milieu du jour, il allait dans un bâti­ment d’école qu’il avait loué pour les heures où le pro­fes­seur, n’y ensei­gnait pas et où alors, lui, Paul, grou­pait tous ceux qui vou­laient l’entendre. Après quoi, le reste du jour, il allait rendre visite aux infirmes, aux malades. Ain­si, une com­mu­nau­té gran­dis­sait : selon la douce cou­tume des pre­miers chré­tiens, le soir, tous les bap­ti­sés se réunis­saient en un dîner fra­ter­nel, où l’on célé­brait, selon le rite ensei­gné par Jésus, l’Eucharistie par le pain et le vin.

Le Sei­gneur bénis­sait visi­ble­ment cet apos­to­lat et Éphèse deve­nait une seconde Corinthe, un centre vivant de Chris­tia­nisme. Dieu mon­trait la puis­sance de son apôtre par de nom­breux miracles : il suf­fi­sait de poser un linge qui avait tou­ché le saint sur un infirme ou un malade pour que, aus­si­tôt, il fût gué­ri. Les pro­diges furent même si écla­tants que des espèces de char­la­tans juifs ima­gi­nèrent de les imi­ter et se mirent à pro­cla­mer qu’eux aus­si ils avaient la puis­sance mira­cu­leuse de l’Apôtre. Mais, un jour, il leur arri­va une aven­ture cocasse : ils essayaient de chas­ser un démon qui était dans un homme :

— Va-t’en, nous te l’ordonnons par ce Jésus que prêche Paul !

Mais le démon, par la bouche du pos­sé­dé, leur répon­dit :

— Je sais bien qui est Jésus et je connais bien Paul, mais vous, qui êtes-vous ?

Et se pré­ci­pi­tant sur eux, il attra­pa deux des char­la­tans et les trai­ta si gen­ti­ment qu’ils durent s’enfuir nus et les côtes fort endo­lo­ries.

Le suc­cès de Paul à Éphèse était donc écla­tant. Mais, comme tou­jours, il devait pro­vo­quer une réac­tion vio­lente. La ville étant consa­crée à la déesse païenne Arté­mis. Son temple était célèbre : une des mer­veilles du monde. Tout autour, dans des cen­taines de bou­tiques, on ven­dait aux visi­teurs de petits objets en argent qui repro­dui­saient la sta­tue de la déesse ou le temple en réduc­tion. Un des mar­chands de ces objets se mit à crier comme un for­ce­né :

— Les chré­tiens nous ruinent ! Ils veulent rui­ner Éphèse ! Ils disent que notre déesse n’existe pas, que ce n’est qu’une idole ! Qu’adviendra-t-il si leur doc­trine se répand ? Per­sonne ne vien­dra plus à Éphèse ! Per­sonne n’achètera plus nos sta­tuettes d’argent, nos petits temples ! Éphé­siens, sou­le­vez-vous et arrê­tez ces mal­fai­teurs !

Et voi­là qu’éclate une véri­table émeute anti-chré­tienne. Dans le théâtre, noir de monde, deux auxi­liaires de Paul sont entraî­nés, et la foule veut leur faire un mau­vais par­ti. Paul essaie de se lan­cer dans la bagarre : on le retient de peur qu’il ne lui arrive mal­heur. Des heures durant la ville entière fut en ébul­li­tion, et le Maire, en per­sonne vint annon­cer au peuple que l’affaire serait exa­mi­née par les magis­trats muni­ci­paux, qui juge­raient si les chré­tiens étaient ou non cou­pables. Une fois de plus se véri­fiait l’annonce faite par le Christ : son mes­sage était bien un « signe de contra­dic­tion ».

 Saint Paul et les émeutes antichrétienne à Ephèse - Caté des jeunes

XI. LA ROUTE DU SACRIFICE

Les mois de nou­veau ont pas­sé. Paul a repris le bâton d’infatigable mar­cheur du Christ. Il a revu encore plu­sieurs de ses églises en Asie et en Europe ; il est même retour­né voir ses chers enfants de Corinthe. La mère de toutes les com­mu­nau­tés, celle de Jéru­sa­lem, étant de plus en plus livrée au dénue­ment, à la per­sé­cu­tion, il a orga­ni­sé une vaste col­lecte pour elle par­mi les églises de la chré­tien­té. Main­te­nant le voi­ci sur un navire qui fait voile vers la Pales­tine, où il remet­tra aux Apôtres le résul­tat de la quête fra­ter­nelle.

Mais il sent en lui, le cou­ra­geux mis­sion­naire, un pres­sen­ti­ment tra­gique. Il devine qu’à Jéru­sa­lem une épreuve nou­velle l’attend, plus grave que celles qu’il a connues. Peut-être la mort. Mais il ne renon­ce­ra pas à faire route vers la Terre Sainte : au contraire ! il sait bien que son témoi­gnage ne sera com­plet que lorsqu’il aura don­né sa vie pour le Christ, qu’il sera mort mar­tyr…

Quand il fait halte à Milet, ses amis d’Éphèse envoient une délé­ga­tion pour le saluer, et il leur parle :

— Je sais que des tri­bu­la­tions et des souf­frances m’attendent, mais je ne fais aucun cas de ma vie pour­vu que je puisse rem­plir la mis­sion que m’a confiée le Maître. Et vous, mes amis, je vous confie au Sei­gneur : qu’il vous donne votre part d’héritage dans son royaume, avec ses Saints !

Plus loin, à l’escale de Tyr, tout le petit noyau de chré­tiens le sup­plie de res­ter avec eux, mais il refuse : l’Esprit-Saint l’appelle ; il ne déso­béi­ra pas… Et quand le navire s’éloigne, tous les chré­tiens, assem­blés sur le rivage, s’agenouillent, cepen­dant que, debout à l’arrière, l’Apôtre les bénit…

Agabus prophétise les persécutions de Saint Paul.

Et voi­ci que le voyage touche à sa fin. Paul a gagné Césa­rée. Il voit venir à lui un per­son­nage bizarre, vêtu de peaux de bêtes, la barbe et la che­ve­lure hir­sutes, il se nomme Aga­bus, et il est pro­phète, comme l’étaient jadis Isaïe, Jéré­mie ou Jean-Bap­tiste. Dès qu’il est en pré­sence de l’Apôtre, Aga­bus s’empare de sa cein­ture, s’en lie les mains et les pieds en criant :

— Voi­là com­ment sera lié, à Jéru­sa­lem, par les Juifs, celui à qui appar­tient cette cein­ture ! Et il sera livré au pou­voir des païens !

En enten­dant Ces paroles pro­phé­tiques, les chré­tiens, en pleu­rant, sup­plient l’Apôtre de renon­cer à son pro­jet :

Saint Paul quitte et bénit les chrétiens de Césarée— Pour­quoi pleu­rer ain­si, reprend Paul, et me bri­ser le cœur ? Je suis prêt, quant à moi, non seule­ment à être lié, mais à être tué pour le Christ… Et devant le calme cou­rage de cet homme de foi sublime, les fidèles ne peuvent que mur­mu­rer :

— Que la volon­té du Sei­gneur s’accomplisse !

(A suivre)


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