Étiquette : 29 juin

Auteur : Par un groupe de pères et de mères de familles | Ouvrage : Petite Histoire de l'Église illustrée .

∼∼ II ∼∼

Huit jours durant, le bran­le­bas est à son comble.

Enfin, un beau matin, par un soleil splen­dide, la famille s’installe au com­plet sur le navire. Le port offre le tableau le plus pit­to­resque qui soit, les groupes de pèle­rins étant aus­si divers que vivants.

Ici, la tache claire des bérets blancs, por­tés par un groupe de jeunes filles ; là, un ensemble de scouts, dont on devine les gais visages sous les cha­peaux kaki. Ce sont des Rou­tiers ; au milieu d’eux, les enfants ont vite repé­ré la sil­houette connue d’un de leurs plus sym­pa­thiques aumô­niers.

Jean chu­chote : Le Père X…

— Va lui dire bon­jour.

Cette pre­mière ren­contre devait don­ner au voyage un impré­vu et un inté­rêt que nul hier n’eût soup­çon­nés.

Toute la famille s'installe au complet sur le pont du navire.
Toute la famille s’installe au com­plet sur le pont du navire.

Tout de suite on s’installe non loin les uns des autres et, pour apprendre cette His­toire de l’Église que l’on devi­nait dif­fi­cile, rien de plus simple pour le moment. Il n’y a qu’à écou­ter, car le Père, entou­ré de sa troupe, déclare :

— Allons, Hen­ri, pre­nez la carte. Ici, à droite de la côte, Damas ; qu’est-ce que cela nous rap­pelle ?

L’interpellé, un jeune aux yeux clairs, à la phy­sio­no­mie intel­li­gente, répond : Quel dom­mage de n’avoir pu aller jusque-là, Père. Il paraît que c’est tel­le­ment joli, Damas, avec ses mai­sons silen­cieuses et closes, toute blanche au milieu d’un immense cercle de ver­dure. La ville déli­cieuse, que l’on appelle ici : la perle de l’Orient ! Oui, c’eût été bon de la visi­ter, meilleur encore de par­cou­rir cette route sur laquelle Saul fut ter­ras­sé.

— Allons ! au lieu d’aviver nos regrets, redites-nous donc un peu, pour ces petits qui nous écoutent, les sou­ve­nirs qui s’attachent à Damas.

— Il nous faut remon­ter pour cela, Père, au mar­tyre de saint Étienne, ce pre­mier diacre que les Apôtres s’étaient adjoints à Jéru­sa­lem, pour les aider dans leur mis­sion ; car les conver­sions se mul­ti­pliaient et ils ne suf­fi­saient plus à la tâche. Le cou­rage d’Étienne, son ardeur à prê­cher l’Évangile, lui avaient méri­té l’honneur d’être lapi­dé. Pen­dant son mar­tyre, Étienne, les yeux fixés sur le Ciel ouvert à son regard ravi, priait pour ses bour­reaux et pour un jeune homme qui gar­dait les vête­ments des exé­cu­teurs. Ce jeune homme s’appelait Saul.

Il était petit, d’une rare intel­li­gence et d’une rare éner­gie. Citoyen romain, Juif de nais­sance, ins­truit, let­tré, géné­reux, jouis­sant d’une vraie répu­ta­tion, il met­tait tous ses dons au ser­vice des per­sé­cu­teurs et s’acharnait à détruire l’Église nais­sante. Si bien qu’il fut char­gé d’aller à Damas pour y décou­vrir et faire arrê­ter les chré­tiens.

Auteur : Daniel-Rops | Ouvrage : Saint Paul, aven­tu­rier de Dieu .

IV. LE CHRIST EST VENU POUR TOUS

Être le témoin du Christ est chose dif­fi­cile et dan­ge­reuse. Saül allait en faire bien­tôt l’expérience. Quand il revint à Damas, il y trou­va la situa­tion très mau­vaise pour les fidèles. Les juifs avaient obte­nu des auto­ri­tés arabes, de qui dépen­dait la ville, qu’elles missent fin à leur pro­pa­gande. Et quand le gou­ver­neur apprit que Saül recom­men­çait à par­ler du Christ dans les rues, il déci­da de le faire arrê­ter. Mais Saül l’apprit et il s’enfuit.

Saint Paul s'enfuit de Damas dans un panierSon éva­sion de Damas fut extrê­me­ment pit­to­resque. La grande ville était tout entière cein­tu­rée de hauts murs, per­cés de portes for­ti­fiées, gar­dées avec soin. Com­ment déjouer cette sur­veillance ? Heu­reu­se­ment, par­mi les amis de Saül, il y en avait un dont la mai­son, construite sur le rem­part, avait un bal­con au-des­sus du vide. On fit asseoir Saül, qui était de petite taille, dans un de ces larges paniers dont on se ser­vait au mar­ché pour appor­ter les pois­sons ou les légumes. Le panier fut atta­ché à une corde et glis­sa le long de la muraille avec son pré­cieux paquet ! Saül trou­vait cela peu glo­rieux, mais il était libre.

Après cette fuite mou­ve­men­tée, l’évadé se deman­da où il irait. Il pen­sa à Jéru­sa­lem ; c’était évi­dem­ment dan­ge­reux, car il ris­quait fort, dans la Ville Sainte, de tom­ber sur un de ses anciens amis Pha­ri­siens qui le consi­dé­re­rait comme un traître et le ferait arrê­ter. Mais Saül, s’il vou­lait vrai­ment se consa­crer au ser­vice du Christ, devait prendre contact avec les Apôtres, ceux que Jésus lui-même avait char­gés d’évangéliser le monde en son nom.

A Jéru­sa­lem, il fut tout d’abord fort mal reçu, aus­si mal qu’il l’avait été dans la com­mu­nau­té de Damas. Par­mi les fidèles du Christ, on avait gar­dé le sou­ve­nir du jeune fana­tique qui avait joué un rôle dans le mar­tyre d’Étienne. Les Apôtres com­men­cèrent par s’arranger pour ne pas le voir. Cette his­toire d’apparition, d’aveuglement et de vue retrou­vée sem­blait incroyable.

Heu­reu­se­ment, par­mi la petite troupe d’amis qui entou­raient les Apôtres, se trou­vait un homme de grande sagesse : Bar­na­bé. Au cours d’un voyage, il était pas­sé par Damas, et il y avait enten­du racon­ter ce qui concer­nait Saül. Il put donc assu­rer que tout était vrai de l’étonnante his­toire, et que l’ancien per­sé­cu­teur avait cou­ra­geu­se­ment don­né témoi­gnage au Christ dans la ville syrienne. Ain­si Saül fut-il admis dans la com­mu­nau­té des fidèles et vit-il les Apôtres. Ce fut alors que se posa une grave ques­tion. Le Sei­gneur, avant de remon­ter auprès du Père, a dit à ses dis­ciples : « Allez et évan­gé­li­sez tous les Peuples ! » Mais, pour les Apôtres, il était très dif­fi­cile d’obéir à cet ordre. C’étaient des petites gens de Pales­tine, des ouvriers, des pêcheurs. Ils n’étaient jamais sor­tis de leur pays et, pour la plu­part, ne devaient pas par­ler le grec, la langue usuelle d’alors. Com­ment feraient-ils pour s’en aller dans de loin­tains pays ensei­gner la doc­trine du Maître ? Aus­si cer­tains d’entre eux se disaient-ils : « Com­men­çons par prê­cher l’Évangile par­mi nos frères de race. Fai­sons-leur com­prendre que Jésus est le Mes­sie… »

Auteur : Daniel-Rops | Ouvrage : Saint Paul, aven­tu­rier de Dieu .

I. LA PISTE DU DÉSERT.

C’était un jour d’été, aux abords de midi. Sur la piste sablon­neuse qui menait à Damas, une petite cara­vane se hâtait : quelques gardes, deux ou trois secré­taires, accom­pa­gnant un jeune homme de peu de mine, à qui, cepen­dant, tous mar­quaient beau­coup de res­pect. A leur cos­tume, à leur lan­gage, on recon­nais­sait des Israé­lites, et le petit homme roux appar­te­nait à la classe des « Doc­teurs de la Loi », qui ensei­gnaient la reli­gion. Tous sem­blaient pres­sés d’arriver à la capi­tale syrienne. De temps en temps, le petit homme par­lait à ses com­pa­gnons de voyage, et l’on sen­tait, à l’entendre, qu’il était pos­sé­dé d’une étrange fureur.

Saint Paul sur le chemin de Damas

Cette scène se pas­sait en l’année 36 de notre ère. Trois ans plus tôt, à Jéru­sa­lem, sur le Gol­go­tha, un homme était mort, cru­ci­fié entre deux ban­dits. On l’appelait Jésus de Naza­reth. Pen­dant plus de trente mois, il avait par­lé à des foules, ensei­gnant une doc­trine d’amour, de misé­ri­corde, gué­ris­sant les malades, fai­sant de grands miracles, et par­mi ceux qui l’avaient accom­pa­gné, beau­coup avaient pro­cla­mé qu’il était le Mes­sie, le Dieu fait homme, et que ce serait lui le Sau­veur d’Israël. Or, c’était cela que ne vou­laient pas admettre les Princes du Peuple Juif et les prêtres : qu’un homme sor­ti de rien, fils d’un char­pen­tier de Naza­reth, fût vrai­ment le Porte-Parole du salut, non, non, cela ne leur parais­sait pas pos­sible. Et puis, que devien­draient-ils, eux, si ce Jésus et sa bande triom­phaient ? Et c’était pour­quoi un com­plot avait été mon­té ; des pièges avaient été ten­dus au soi-disant Mes­sie ; un traître même avait été payé pour qu’il le fît arrê­ter. Condam­né par les prêtres, on avait bien vu que ce Jésus n’était pas le Mes­sie ! Il était mort sur la croix comme un mal­fai­teur, et les siens n’avaient même pas levé un doigt pour le sau­ver.

Et, cepen­dant, un bruit étrange s’était répan­du dans tout Jéru­sa­lem. Les dis­ciples de Jésus avaient pro­cla­mé que, trois jours après sa mort, il était res­sus­ci­té ! Le tom­beau où l’on avait pla­cé son corps avait été trou­vé vide. Qua­rante jours de suite, cer­tains l’avaient vu paraître, et non pas un seul, mais des dizaines, des cen­taines peut-être ; l’un de ses anciens dis­ciples l’avait même tou­ché ! Du coup, rele­vant la tête, ses par­ti­sans se répan­daient sur les places, triom­phants. Si Jésus était res­sus­ci­té, alors tout ce qu’il avait dit était vrai ; il était réel­le­ment le Christ, le Dieu fait homme. Les Princes du Peuple et les prêtres avaient com­mis un crime abo­mi­nable, en le condam­nant à mort. Il fal­lait répé­ter son mes­sage au monde. Et, ain­si, des noyaux de fidèles de Jésus se consti­tuaient dans la Pales­tine et même au dehors.

Auteur : Daniel-Rops | Ouvrage : Légende dorée de mes filleuls .

Rab­bi Gama­liel fit un signe et se tut. Le cours était fini. Les dix ou douze ado­les­cents qui l’entouraient se levèrent, s’ébrouèrent, com­men­cèrent à par­ler avec ani­ma­tion. Depuis près de trois heures qu’ils étaient là, assis en tailleur sur leurs petits tapis, les jambes croi­sées sous eux, et qu’ils écou­taient de toutes leurs oreilles les paroles de leur maître, ils avaient bien le droit de prendre un peu de mou­ve­ment. C’étaient des jeunes gens de seize à dix-huit ans ; tous por­taient des vête­ments sombres et sans orne­ments aux­quels se recon­nais­saient les plus pieux des Juifs, les Phari­siens, et, accro­chés à leurs vête­ments, des sortes de petites boîtes qui conte­naient, reco­piés sur un mince rou­leau de par­che­min, quelques ver­sets de la Loi de Dieu.

Vie de Saint Paul pour les enfants - Ecole juive : Eleves écoutant le RabbitLa Loi de Dieu ! c’était elle qu’ils étu­diaient, à lon­gueur de jour­née, avec une atten­tion infa­ti­gable. A cette époque, dans l’enseignement, on uti­li­sait peu de livres, mais, par contre, on fai­sait beau­coup appel à la mémoire. « Un bon élève, assu­rait un dic­ton, est comme une citerne sans fis­sures ; il ne laisse rien perdre de ce que son Maître a ver­sé en lui. » Donc, à lon­gueur de jour­nées, durant des années, les futurs « rab­bis » ou « doc­teurs de la Loi » écou­taient un Maître leur réci­ter des pas­sages du Livre Saint, puis les com­men­ter en citant tout ce que les anciens avaient pu dire à leur pro­pos. Tour à tour, ils appre­naient l’histoire des Patriarches et celle des Rois ; ils chan­taient en chœur les admi­rables Psaumes ; ils s’enthousiasmaient à recher­cher, dans les écrits pro­di­gieux des Pro­phètes, les textes qui annon­çaient la venue du Sau­veur du monde, du Roi glo­rieux qui tire­rait Israël de sa misère, du Mes­sie. Et quand Rab­bi Gama­liel avait fini de par­ler, —comme il par­lait bien ! comme il était savant !— cha­cun des étu­diants devait se répé­ter en soi-même les phrases enten­dues pour être capable de les redire à son tour.

Ils s’éloignèrent par groupes, sor­tant de l’esplanade du Temple, sous le por­tique duquel ils avaient assis­té au cours, se dis­per­sant à tra­vers Jéru­sa­lem par les petites rues en pente, cou­pées de marches. L’un d’eux, cepen­dant, demeu­ra seul. Quelques ins­tants il sem­bla médi­ter pro­fon­dé­ment. Puis, il sor­tit à son tour de l’esplanade mais, au lieu de des­cendre en ville, s’en alla vers la porte for­ti­fiée, se diri­geant vers la cam­pagne. Quel âge avait-il ? On n’aurait guère pu le dire. Son visage était déjà si grave, déjà si creu­sé pour un ado­lescent ! Il n’était pas bien beau : de médiocre sta­ture, tra­pu, les jambes torses, l’air malingre ; sur sa tête les che­veux roux se clair­se­maient ; pour­tant pour qui consi­dé­rait son visage, aux sour­cils touf­fus et joints, au nez bom­bé, au regard d’une extrême viva­ci­té, il parais­sait bien évident que ce jeune homme était d’une intel­li­gence extra­or­di­naire. Pour faire ses études de Rab­bi, il était venu de la loin­taine ville où il avait vu le jour, Tarse en Cili­cie, et nul, depuis deux ans, par­mi les élèves du Maître Gama­liel, n’était plus assi­du au labeur, ni plus atten­tif, plus avide d’apprendre et de com­prendre. Ce jeune homme tou­jours soli­taire se nom­mait Saul.

* * *

Comme il venait de sor­tir de la ville, se diri­geant vers un bois d’oliviers où il avait des­sein de s’étendre pour réflé­chir et se répé­ter la leçon du jour, des cris le firent retour­ner. Une foule hur­lante jaillis­sait par la porte forte, ges­ti­cu­lant, fré­né­tique. Elle entou­rait un homme, un grand gar­çon mince, au regard fier, qui sem­blait extra­or­di­nai­re­ment calme au milieu de ce déchaî­ne­ment. Saul le vit et un violent mou­ve­ment se pro­dui­sit dans son cœur, de colère et de haine.

Encore un de ces gens-là ! Alors, cela n’avait donc pas suf­fi qu’on eût mis à mort, —et de quelle façon infa­mante !— leur fameux pro­phète ! Depuis six ans que tout Jéru­sa­lem avait pu le voir pen­du à une croix, comme un voleur ou un assas­sin, ils ne ces­saient de