Étiquette : Protestant

Auteur : Schnebelin, Marguerite | Ouvrage : 90 Histoires pour les catéchistes II, III. Dévotion à la Sainte Vierge .

Sor­tant de l’usine où elle a tra­vail­lé tout le jour, une femme aux traits amaigris s’engage dans l’étroit chemin qui mène hors de la ville jusqu’à une « grotte de Lour­des ». Voilà huit jours qu’elle fait ce tra­jet. L’inquiétude et la peine courbent ses épaules lass­es. Au logis, son mari est couché depuis six mois, souf­frant cru­elle­ment. De son tra­vail à elle dépend l’existence de tous. Mais la mal­heureuse, épuisée de sur­me­nage et de pri­va­tions, voit venir l’heure où la mis­ère fera suite à la gêne au foy­er désolé.

À peu de dis­tance se dresse le rocher où ray­onne la blanche stat­ue de la Sainte Vierge. Celle qui monte vers ce but s’arrête dans le sen­tier, indé­cise, l’âme angois­sée.

— Qu’est-ce que je fais !… Moi, protes­tante, venir la prier ! Qu’est-ce que j’espère ! De quel droit réclamer sa pitié ?…

Mais une voix s’élève au fond de l’âme trou­blée, une voix qui ras­sure et invite à l’espoir « Ton mari et tes enfants sont catholiques et c’est pour eux que tu viens. » « Et puis, mur­mure la pau­vre femme, j’ai fait ce que je devais : j’ai respec­té les croy­ances du père, j’ai veil­lé à ce que les petits con­nais­sent et pra­tiquent leurs devoirs… »

Auteur : Par un groupe de pères et de mères de familles | Ouvrage : Petite Histoire de l'Église illustrée .

∼∼ XXII ∼∼

La famille, de nou­veau, boucle les valis­es. Tout le monde sait que les garçons n’ont aucune dis­po­si­tion pour les opéra­tions de ce genre. Mais Bernard et Jean sont du moins très capa­bles de se débrouiller pour l’affaire du bil­let col­lec­tif à la gare, tan­dis que papa va s’occuper du visa des passe­ports. Et vite, nos deux insé­para­bles ont joint la via Nazionale, ayant la per­mis­sion, une fois leur mis­sion rem­plie, de prof­iter encore un peu des inépuis­ables tré­sors de Rome.

En effet, non loin de la gare, les Ther­mes de Dio­clé­tien les attirent ; l’église de Sainte-Marie des Anges en occupe une par­tie ; l’autre, qui avait été trans­for­mée en cou­vent des Char­treux, est main­tenant un musée. Le cloître s’ouvre sur un déli­cieux jardin, tout encom­bré de débris antiques.

Et voici les deux cousins, assis à l’ombre pour se repos­er, qui se remet­tent à philoso­pher, car décidé­ment ils y ont pris goût.

Devant ces restes d’un loin­tain passé, Jean s’étonne des folies du pagan­isme ; mais Bernard fait remar­quer :

— Dans tout ce qui nous a frap­pés en ces dernières semaines, je trou­ve surtout éton­nant que des hommes vivant depuis la venue de Notre-Seigneur dans la lumière de l’Évangile aient pu s’en détourn­er au point de som­br­er dans l’erreur. Comme le dis­ait ton père, l’autre jour, l’aveuglement de la pas­sion, l’obstination, l’orgueil surtout peu­vent seuls expli­quer ce qui, pour moi, demeure un phénomène.

— A qui pens­es-tu en me dis­ant cela ?

— A Luther, à Calvin, à tant de gens endi­a­blés, c’est le mot, qui ont mis l’Église à feu et à sang. Mon cher pro­fesseur, l’abbé G…, était pour­tant bien clair quand il résumait l’hérésie protes­tante ; cepen­dant, cette, révolte reste tou­jours comme une chose inouïe dans mon esprit.

— Je ne puis pas en dire autant, mon vieux Bernard, pour une bonne rai­son, c’est que mon esprit, à moi, n’en a jamais été fort occupé. Que racon­tait donc ton abbé G…?

— Qu’au XVIe siè­cle, les faib­less­es de plusieurs rendaient néces­saires cer­taines réformes dans l’Église. Il expli­quait les choses à peu près dans ce sens : deux sortes d’esprits désir­aient une réforme : les vrais enfants de l’Église, qui l’attendent hum­ble­ment, com­prenant qu’ils doivent com­mencer par se réformer eux-mêmes ; et puis, les esprits pleins d’orgueil, qui s’imaginent être chargés de régen­ter le monde à leur guise, au lieu de croire aux promess­es faites par Notre-Seigneur à son Église. Tel Luther, ce moine orgueilleux, tenace, qui allait faire de si affreux rav­ages. Il com­mence par sus­citer une querelle au sujet des indul­gences.

— Com­ment ne l’a-t-on pas arrêté dès le début ?

— Va donc arrêter ce dia­ble d’homme ! On a tout essayé. Le Pape Léon X lui envoie des car­dinaux pour ten­ter de l’éclairer. Il répond à tout par des grossièretés et des injures, qu’il sème ensuite dans l’Allemagne entière. Il se dit chargé d’une pré­ten­due réforme de l’Église, et le Saint-Père patiente, attend pen­dant trois ans avant de con­damn­er ses erreurs. La bulle (autrement dit l’écrit qui les con­damne enfin) est brûlée publique­ment par Luther et ses par­ti­sans ! As-tu idée de cela ?