Catégorie : À l’ombre du clocher – 1. Les sacrements

Auteur : Dardennes, Rose | Ouvrage : À l'ombre du clocher - 1. Les sacrements .

Pénitence.

Non, pour sûr, ils ne l’auront pas ! Elle est à nous : nous la gar­de­rons ! affirment les gens de Durhaut en des­cen­dant la côte.

— Non, pour sûr, ils ne l’auront pas ! clament les gens de Dur­bas en mon­tant la côte.

Récit pour illustrer le pardon - Menhir de Roche-BruneDepuis vingt ans, les deux vil­lages se dis­putent la pos­ses­sion d’un grand men­hir roux, plan­té aux confins des deux ter­ri­toires. Jamais ils n’ont pu s’arranger. Aujourd’hui, pour la der­nière fois, ils vont s’assembler autour de cette trop fameuse Roche-Brune pour essayer de régler le litige : ain­si l’ont deman­dé maires et curés dans les deux vil­lages. Mais, en route, les vieilles ran­cunes se raniment.

— Ceux de Dur­bas nous ont trai­tés de voleurs, de canailles ! Les voleurs, ce sont eux qui veulent nous prendre le men­hir ! ron­chonnent les Dur-hau­tains.

— Plu­tôt ! explosent les Dur­bas­siens. Ils vont voir de quel bois nous nous chauf­fons, ces Dur-hau­tains, ces malo­trus, voleurs de rochers ! Ah ! on va voir ce qu’on va voir !…

Hélas ! « on va voir » cer­tai­ne­ment des choses tristes et laides…

Les délé­gués des deux com­munes se rangent au-tour du men­hir. Durhant au-des­sus ; Dur­bas en des­sous.

— Roche-Brune est à nous !

— Men­songe ! elle nous appar­tient !

— Voleurs !

— Canailles !

Auteur : Dardennes, Rose | Ouvrage : À l'ombre du clocher - 1. Les sacrements .

Extrême-onction

histoire pour les enfants - accident dans un cerisierIl y avait du soleil plein le ciel, des chants d’oiseaux plein le ver­ger. Et Jean-Paul chan­tait aus­si sa joie de vivre en cueillant à plein panier les cerises ruti­lantes du beau ceri­sier…

Sou­dain, un cra­que­ment, un double cri : Jean-Paul tom­bait du ceri­sier sur la terre dure, et sa mère accou­rait, épou­van­tée.

Ce fut aus­si­tôt un grand affai­re­ment : bran­card, coups de télé­phone, méde­cin… Et le ter­rible diag­nos­tic, cou­rant de bouche en bouche : « Il est per­du… il ne lui reste plus qu’une heure à vivre… »

Pâle sur son lit, souf­frant atro­ce­ment, Jean-Paul sent bien lui aus­si que sa vie s’en va. Alors il appelle sa maman :

— Je vais mou­rir, dit-il dou­ce­ment, mais il ne fau­dra pas pleu­rer : je vais au ciel.

Puis il ajoute :

— Les copains du « caté » vont sûre­ment venir avec Mon­sieur le Curé. Dis, tu les lais­se­ras entrer ?

Les parents de Jean-Paul ne sont pas « gens à curé », comme ils disent. Mais refu­se­raient-ils une der­nière joie à leur enfant ?

Jean-Paul, lui, attend. Car au caté­chisme, le jour où ils ont ensemble décou­vert que la mort est une mer­veilleuse pro­ces­sion de la terre au ciel, ils s’étaient pro­mis d’être tous avec le prêtre autour du pre­mier qui par­ti­rait…

* * *

« Toc-toc !… »

C’est un rap­pel d’espérance dans la mai­son bru­ta­le­ment éprou­vée. Les gens qui ne savent pas, pleurent et fris­sonnent parce que la mort est là. Mais les cinq gars à la porte de Jean-Paul savent, eux, qu’ils apportent joie et paix : pour venir, ils ont mis leurs beaux habits, comme pour une fête, une fête grave, bien sûr, et dou­lou­reuse à leur cœur ému mais tout de même la fête de tout le ciel qui va venir au-devant de Jean-Paul, et ses amis seront là, comme pour une noce.

D’abord, le prêtre est entré seul, pour don­ner la der­nière abso­lu­tion.

Les forces de Jean-Paul s’écoulent très vite. Sous le par­don de Dieu, il a fer­mé les yeux. Il les rouvre seule­ment pour remer­cier d’un regard ses cama­rades qui entrent.

Auteur : Falaise, Claude | Ouvrage : À l'ombre du clocher - 1. Les sacrements .

Pénitence

Fred jeta un coup d’œil à la pen­du­lette du tableau de bord. La grande aiguille allait pas­ser sur la petite, à la ver­ti­cale.

— Minuit, dans un ins­tant ! Je ne suis pas en avance !

Le jeune homme appuya sur l’accélérateur, la voi­ture fit un bond en avant, cepen­dant que les aiguilles dan­saient fol­le­ment sur le cadran du comp­teur.

140 kilomètres/​heure, 142… 145…

Il n’y eut pas de 146… Seule­ment une embar­dée ter­rible, un choc, une masse inerte sur la route.

Les freins avaient à peine fini de cris­ser que, de nou­veau, Fred écra­sait du pied la pédale qui à nou­veau le pro­pul­sait à toute vitesse.

Un ins­tant, il avait sen­ti avec force qu’il lui fal­lait s’arrêter ; que rien d’autre n’était à faire ; que celui qu’il avait ren­ver­sé — un vieillard autant qu’il avait pu en juger — n’était peut-être que bles­sé ; qu’un secours immé­diat pour­rait en ce cas le sau­ver…

Mais Fred, en même temps que la sil­houette du pas­sant acci­den­té, avait main­te­nant devant l’esprit cet autre drame qui l’attendait, lui :

— J’ai eu tort d’emprunter la voi­ture de grand-mère sans son auto­ri­sa­tion. Elle devait renou­ve­ler son assu­rance ces jours-ci. L’avait-elle fait ? Ou bien, ne sor­tait-elle plus parce qu’elle n’était pas en règle ? S’il en est ain­si, je suis per­du.

140… 145… 146…

Fred n’ira jamais assez vite, pense-t-il, pour fuir cette ter­rible res­pon­sa­bi­li­té qu’il laisse der­rière lui, sur la Natio­nale où gît un homme bles­sé, ensan­glan­té.

149 kilomètres/​heure !…

Non,

Auteur : Falaise, Claude | Ouvrage : À l'ombre du clocher - 1. Les sacrements .

Confirmation

 

« Vou­lez-vous m’annoncer à Mon­sei­gneur… s’il vous plaît, » ajou­ta après coup Basile.

Le secré­taire de Mon­sei­gneur demeu­ra un ins­tant muet de stu­pé­fac­tion en face du jeune gar­çon aux allures ath­lé­tiques et désin­voltes qui lui deman­dait de l’introduire dans le bureau de son Évêque.

« J’en ai déjà vu pas mal de drôles, son­gea l’abbé Char­pente ; mais des petits gars aus­si sûrs d’eux que celui-ci… jamais, bien sûr ! »

— C’est à quel sujet ? inter­ro­gea le prêtre, dési­reux d’éviter à son supé­rieur toute visite sus­cep­tible d’être reçue aus­si effi­ca­ce­ment par l’un des ser­vices de l’évêché.

— Affaire stric­te­ment per­son­nelle, répon­dit Basile.

évêché où Basile sollicite l'évêque pour recevoir la confirmation

L’abbé Char­pente res­ta sans voix. Déci­dé­ment ce jeune sol­li­ci­teur savait ce qu’il vou­lait, et le vou­lait avec force.

La manière per­sua­sive, la droi­ture de son regard, sa pres­tance en impo­saient.

« Voi­ci que je me laisse inti­mi­der par un gamin ! » se gron­da l’abbé ; mais il frap­pa quand même à la porte de Mon­sei­gneur et intro­dui­sit l’étonnant visi­teur.

Basile entra sans hési­ta­tion, tra­ver­sant avec aisance la vaste pièce aux meubles vieillots.

L’évêque s’était levé. Il ne le fai­sait pas pour tous les visi­teurs, étant presque impo­tent ; mais l’entrée de ce moins de quinze ans en ce salon où défi­laient sur­tout des gens âgés et impor­tants appor­tait une telle bouf­fée de fraî­cheur et de jeu­nesse que le vieil homme s’avança vers l’arrivant avec une tendre joie.

— Mon enfant, mon cher enfant ! Vous avez dési­ré voir votre Évêque ?

— Oui, Mon­sei­gneur.

— Et pour­quoi avez-vous besoin de votre Évêque, mon fils ?

— C’est pour une confir­ma­tion, dit Basile avec assu­rance. Vous pou­vez y aller : je suis à jeun, ajou­ta-t-il, tra­his­sant du pre­mier coup par ce détail son igno­rance, et le côté abso­lu­ment anor­mal de sa démarche !

Auteur : Dardennes, Rose | Ouvrage : À l'ombre du clocher - 1. Les sacrements .

Baptême.

 Pierre mène ses deux vaches au préJean a mené ses deux vaches au parc du Vieux-Chêne. Mains aux poches, nez au vent, il revient d’un bon pas, sif­flant avec les merles. Il fait bon res­pi­rer dans l’air frais toute la vie des matins !

Tiens ! Voi­ci le Père Pierre et ses mou­tons : une aubaine pour Jean !

— Bon­jour, Mon­sieur Pierre !

— Bon­jour, Jean !

— Vous avez de la chance d’avoir un si beau trou­peau !

Troupeau de moutons, par Aelbert Cuyp

— Je parie que tu as envie de jouer avec mes mou­tons !

— Oh ! oui… Sur­tout avec les petits : ils cabriolent si drô­le­ment autour de leur mère !

Le vieil homme, habile, sai­sit un agne­let par la patte, le maî­trise, l’apaise.

— Main­te­nant, viens !