Le vieux cordonnier

| Ouvrage : Autres textes .

Temps de lec­ture : 4 minutes

Conte de Noël : comment préparer son coeur Un soir de noël, un vieux cor­don­nier se repo­sa dans son petit maga­sin en lisant : « La visite des hommes sages à l’Enfant Jésus. »  À la lec­ture des cadeaux que les ber­gers et les rois mages appor­tèrent à la crèche, il se dit : « Si demain était le pre­mier Noël, et si Jésus devait être né ce soir dans cette ville, je sais ce que je lui don­ne­rais !  »

Il se leva et prit d’une éta­gère deux petites chaus­sures en cuir neige-blanc le plus mou, avec des boucles argen­tées lumi­neuses qu’il venait de finir : « Je lui don­ne­rais cela, mon tra­vail le plus fin. Que sa mère sera heu­reuse ! Mais je suis un vieil homme idiot, pen­sa-t-il avec un sou­rire. Le Maître n’a aucun besoin de mes pauvres cadeaux. »

Remet­tant les mignonnes chaus­sures à leur place, il souf­fla la bou­gie, et alla se repo­ser. Il fer­ma ses yeux, quand il enten­dit une voix qui appe­lait son nom. « Mar­tin ! » Intui­ti­ve­ment, il recon­nut cette voix. « Mar­tin, tu as envie de Me voir. Demain je pas­se­rai devant ta fenêtre. Si tu me vois, offre-moi ton hos­pi­ta­li­té : je serai ton invi­té et m’assiérai à ta table. »

Il ne dor­mit pas cette nuit-là à cause de la joie qu’il éprou­va. Bien avant l’aube, il se leva et ran­gea son petit maga­sin. Il net­toya et cira le par­quet, il tres­sa branches de sapin vert pour en déco­rer les poutres de sa mai­son. Il pré­pa­ra un fin gâteau, un pot de miel, un pichet de lait frais sur la table et, au-des­sus du feu, il accro­cha un pot de café.

Quand tout fut fin prêt, il se mit à la fenêtre pour être sur de voir Jésus dès qu’Il s’approcherait de sa demeure. Il était sûr qu’il recon­naî­trait le Maître.

En obser­vant le ver­glas et la pluie dans le froid, la rue aban­don­née, il pen­sa à la joie qu’il aura quand il sera assis et man­ge­ra le pain avec son Invi­té divin.

Conte de noel pour les enfants sages

Il aper­çut un vieux balayeur qui pas­sa près de là, souf­flant sur sa main mince pour les chauf­fer. « Pauvre homme ! Il doit être à moi­tié gelé » pen­sa Mar­tin. Ouvrant la porte, il lui dit « Entre, mon ami, et chauffe-toi, et boit une tasse de café chaud. » L’homme tran­si accep­ta l’invitation avec recon­nais­sance.

Une heure pas­sa, et Mar­tin vit une femme pauvre, vêtue tris­te­ment et por­tant un bébé. Elle fit une pause, d’un air fati­gué, pour se repo­ser dans l’abri de sa porte. Rapi­de­ment il ouvra sa porte : « Entrez et chauf­fez-vous, repo­sez-vous. Vous ne vous sen­tez pas bien ? » lui deman­da-t-il. « Je vais à l’hôpital. J’espère qu’ils me accep­te­ront, mon bébé et moi, expli­qua-t-elle. Mon mari est en mer, et je suis malade, sans une âme à qui deman­der de l’aide. »

« Pauvre enfant ! pleu­ra le vieil homme. Mange quelque chose et réchauffe-toi. Je vais don­ner une tasse de lait au petit. Ah ! Quel joli enfant ! Pour­quoi n’a-t-il aucune chaus­sure sur lui ! »

« Je n’ai aucune chaus­sure pour lui, » sou­pi­ra la mère.

chaussures-de-noel pour bebe jesus« Alors il aura cette belle paire que j’ai finie hier. » Et, avec un léger pin­ce­ment de cœur, Mar­tin prit les chaus­sures molles, petites, neiges blanches qu’il avait regar­dé la soi­rée aupa­ra­vant et qu’il réser­vait pour le Divin visi­teur qu’il atten­dait. Cepen­dant il les glis­sa sur les pieds de l’enfant. Elles lui allaient par­fai­te­ment. Et la jeune mère s’en alla, pleine de gra­ti­tude, Mar­tin retour­na à son poste, près de la fenêtre.

Les heures s’écoulèrent et encore d’autres per­sonnes dans le besoin par­ta­gèrent l’hospitalité du vieux cor­don­nier, mais l’Invité tant atten­du n’apparut pas.

Quand la nuit tom­ba, Mar­tin se reti­ra dans son lit avec un cœur lourd. « C’était seule­ment un rêve, sou­pi­ra-t-il. J’ai espé­ré et ai cru, mais il n’est pas venu ».

Tout à coup, la salle fut inon­dée par une nuée lumi­neuse : et le cor­don­nier vit le balayeur, la mère malade et son bébé, et toutes les per­sonnes qu’il avait aidées pen­dant la jour­née. Cha­cun lui sou­rit et dit : « Ne m’avez-vous pas vu ? Ne me suis-je pas assis à votre table ?  » et dis­pa­rut.

Alors dou­ce­ment dans le silence, il enten­dit encore la voix douce, répé­tant les vieux mots fami­liers : « Qui­conque reçoit en mon nom un de ces petits-enfants me reçois moi-même ; et qui­conque me reçoit non pas moi, mais celui qui m’a envoyé… Car j’ai eu faim, et vous m’avez don­né à man­ger ; j’ai eu soif, et vous m’avez don­né à boire, j’étais étran­ger, et vous m’avez recueilli. »

« Je vous le dis en véri­té, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ce plus petit de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. »

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2 Commentaires

  1. Pincemaille a dit :

    Hé bien, cette belle his­toire me rap­pelle un chant ancien que m’a appris, il y a bien long­temps, ma mère : « Qui frappe à la chau­mière du pauvre Jean le gueux,
    Pitié, c’est Jean misère, plus que toi mal­heu­reux…»
    C’est la même his­toire et elle se ter­mine de la même façon : »
    « Sou­dain la flamme éclaire, Jean le gueux pousse un cri,
    Il a dans Jean misère, recon­nu Jésus Christ…»!

    Mer­ci pour ce rap­pel si véri­dique en nos temps de misère maté­rielle, certes, pour beau­coup d’entre nous, mais de misère morale pour plus encore de nos contem­po­rains.
    En union de prières. Ami­tiés à tous.

    28 novembre 2015
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    • Le Raconteur a dit :

      Bon­jour madame,
      Je ne connais pas ce chant.
      Par contre cette his­toire est un arran­ge­ment d’un texte de Tol­stoï. Il aurait lui-même repris ce texte d’un autre auteur. S’agit-il d’un conte popu­laire russe repris par plu­sieurs auteurs ?
      En tout cas c’est tout à fait dans l’esprit de Noël et même de l’Avent.

      Bon Avent à tous les lec­teurs !

      30 novembre 2015
      Répondre

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