Un vol à la crèche

Auteur : Aveluy, A. | Ouvrage : 90 Histoires pour les catéchistes II, II. Les sept péchés capitaux .

Temps de lec­ture : 4 minutes

L’envie

Le long de la grande allée, bor­dée d’eucalyptus, s’avance un gamin aux yeux ronds et vifs, aux che­veux lai­neux et fri­sés… C’est Yosé­fou, un gra­cieux négrillon que sa démarche ner­veuse et sac­ca­dée a fait sur­nom­mer Gui­gué, ce qui veut dire, dans la langue de sa tri­bu : la sau­te­relle.

L'église d'une mission catholique au GabonÀ l’autre bout de l’allée appa­raît une forme blanche, c’est Sœur Claire. Pour se garan­tir contre les ardeurs d’un soleil impla­cable elle porte sur son voile un grand casque dou­blé de vert.

« Où vas-tu, Yosé­fou ? » demande-t-elle à la Sau­te­relle. « Je vais à l’église saluer Mwa­na-Jésus », le Petit Jésus, répond la Sau­te­relle. « Très bien, dit Sœur Claire ; salue-le aus­si de ma part ! »

Arri­vé à l’église le jeune négrillon se pros­terne devant le taber­nacle puis, d’un brusque mou­ve­ment de jar­ret, se redresse comme s’il avait des res­sorts dans les jambes. C’est la génu­flexion habi­tuelle de la Sau­te­relle ! Aus­si­tôt après, il se dirige vers la crèche. Le voi­ci en face de Mwa­na-Jésus ! Ses yeux ronds et blancs brillent de joie et aus­si d’envie. Il est si beau ce petit Jésus et si blanc… tan­dis que lui, Yosé­fou, est noir comme l’ébène Mais Jésus regarde sur­tout la cou­leur des âmes ! Et celle de la Sau­te­relle est blanche comme un beau lys. Et parce que son petit cœur est tout à lui voi­ci que notre négrillon impro­vise une éton­nante lita­nie : « Mon Dieu, notre Père, que votre Fils est beau ! Je vous féli­cite !… Sainte Vierge Marie, que votre enfant est beau ! Je vous féli­cite !… Ber­gers, que vous êtes gen­tils d’être venus visi­ter Jésus… Je vous féli­cite !… Rois-Mages, je vous féli­cite de lui avoir appor­té des cadeaux ! »

Afrique - Enfant priant devant la crècheÀ cet ins­tant Yosé­fou se sou­vient que lui aus­si a appor­té quelque chose. Alors, sa petite main noire se tend vers la crèche. Len­te­ment il entrouvre les doigts et sur sa paume claire brille une modeste épingle double… Une der­nière fois Yosé­fou la regarde puis d’un geste réso­lu, retourne sa menotte. L’épingle glisse et va se perdre par­mi les brins de paille. « Mwa­na-Jésus, je vous donne mon épingle ; ce que j’ai de plus beau ! » Et le petit négrillon reste là, contem­plant l’Enfant en silence. Plus il le regarde, plus il l’aime… Et plus gran­dit en lui l’envie de lui confier un secret. Mais un secret ne peut se dire à haute voix !

Fina­le­ment l’envie l’emporte… Yosé­fou se penche sur la paille, tend ses deux petites mains noires vers l’Enfant-Jésus et, non sans bous­cu­ler quelque peu les agneaux, il s’empare de son pré­cieux butin… Nou­veau Saint Chris­tophe, Yosé­fou presse l’Enfant-Jésus sur son cœur puis va s’accroupir der­rière un gros pilier de bam­bou. « Oh ! Mwa­na-Jésus, lui dit-il, que vous êtes joli ! Je vous féli­cite. Mais écou­tez… J’ai grande envie de savoir quelque chose ! »

Tout à coup une bous­cu­lade se pro­duit près du béni­tier, puis des cris s’élèvent près de la crèche :

« On a volé Mwa­na-Jésus ! Il était là il n’y a pas long­temps, on l’a vu ! Qui a osé faire une sem­blable chose ? »

Enfant-Jesus dans la mainLe petit voleur n’est pas loin et on a vite fait de le décou­vrir der­rière son pilier de bam­bou ! Et les injures se mettent à pleu­voir : « Païen, voleur, sau­te­relle !

— Gar­dez-le bien, dit l’un des jus­ti­ciers, je cours pré­ve­nir la Sœur. »

Mais Sœur Claire a enten­du les cris et la voi­ci qui accourt ! Au milieu des ges­ti­cu­la­tions et des invec­tives elle finit par démê­ler la cause du tumulte. Escor­tée de Yosé­fou, rouge sous sa peau noire, elle rap­porte l’Enfant-Jésus à la crèche puis inter­roge le cou­pable :

« Pour­quoi as-tu pris Mwa­na-Jésus ? Tu sais bien qu’il est ici pour tout le monde ?

— C’est vrai… Je pro­mets de ne plus recom­men­cer !

— Et com­ment as-tu osé voler Jésus, toi un petit chré­tien ? »

Des san­glots dans la voix, des larmes pleins les yeux, la pauvre Sau­te­relle hésite :

Enfants devant la crèche de Noel chez les soeurs a Brazzaville« Il était si beau… Et puis, je l’aime tant ! Je n’ai pas vou­lu le voler, je t’assure. Je vou­lais sim­ple­ment lui deman­der une chose.

— Et quelle chose ?

— Savoir si au ciel je serai noir ou si je devien­drai blanc… comme Lui ! »

Sœur Claire, mal­gré son air sévère a envie de sou­rire mais elle se contient et conti­nue d’un ton très sérieux :

« Et que t’a-t-il répon­du ?

— Il m’a répon­du que oui… Il m’a dit que plus on le regarde plus on lui res­semble et qu’au ciel on sera tous pareils à Lui parce que nous le ver­rons tout le temps ! »

Main­te­nant c’est dans les yeux de sœur Claire qu’il y a des larmes ! Ce petit Noir de sept ans à peine a su aimer Jésus comme saint Jean. Pen­ché sur la poi­trine du Divin Maître il l’a enten­du lui dire comme jadis à l’apôtre : « Au ciel nous serons sem­blables à Dieu parce que nous Le ver­rons face à face, tel qu’Il est !»

Heu­reuse petite Sau­te­relle qui a ain­si péné­tré les secrets du cœur de Dieu ! Comme on lui par­donne son pieux lar­cin !

A. Ave­luy

Nativite de Jesus

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