Étiquette : Accident

Auteur : Falaise, Claude | Ouvrage : À l'ombre du clocher - 1. Les sacrements .

Pénitence

Fred jeta un coup d’œil à la pen­du­lette du tableau de bord. La grande aiguille allait pas­ser sur la petite, à la ver­ti­cale.

— Minuit, dans un ins­tant ! Je ne suis pas en avance !

Le jeune homme appuya sur l’accélérateur, la voi­ture fit un bond en avant, cepen­dant que les aiguilles dan­saient fol­le­ment sur le cadran du comp­teur.

140 kilomètres/​heure, 142… 145…

Il n’y eut pas de 146… Seule­ment une embar­dée ter­rible, un choc, une masse inerte sur la route.

Les freins avaient à peine fini de cris­ser que, de nou­veau, Fred écra­sait du pied la pédale qui à nou­veau le pro­pul­sait à toute vitesse.

Un ins­tant, il avait sen­ti avec force qu’il lui fal­lait s’arrêter ; que rien d’autre n’était à faire ; que celui qu’il avait ren­ver­sé — un vieillard autant qu’il avait pu en juger — n’était peut-être que bles­sé ; qu’un secours immé­diat pour­rait en ce cas le sau­ver…

Mais Fred, en même temps que la sil­houette du pas­sant acci­den­té, avait main­te­nant devant l’esprit cet autre drame qui l’attendait, lui :

— J’ai eu tort d’emprunter la voi­ture de grand-mère sans son auto­ri­sa­tion. Elle devait renou­ve­ler son assu­rance ces jours-ci. L’avait-elle fait ? Ou bien, ne sor­tait-elle plus parce qu’elle n’était pas en règle ? S’il en est ain­si, je suis per­du.

140… 145… 146…

Fred n’ira jamais assez vite, pense-t-il, pour fuir cette ter­rible res­pon­sa­bi­li­té qu’il laisse der­rière lui, sur la Natio­nale où gît un homme bles­sé, ensan­glan­té.

149 kilomètres/​heure !…

Non,

Auteur : Diethelm, P. Walther | Ouvrage : Le plus beau cadeau .

Ils s’appelaient Robi… et Bobi… Les noms se res­sem­blaient et les deux gar­çons aus­si. Ils étaient jumeaux. À l’école, ils se trou­vaient l’un à côté de l’autre, et c’est à peine si on pou­vait les dis­tin­guer. Cepen­dant, si on les connais­sait bien, on savait que Bobi avait une touffe de che­veux qui se dres­sait un peu plus har­die. Avec le temps on consta­tait qu’il était quel­que­fois un peu plus tran­quille que son frère. Quel­que­fois ! car en géné­ral, ils étaient tout aus­si taquins et étaient très unis dans la joie comme dans la peine, sur­tout s’il s’agissait de jouer un bon tour et de rece­voir la puni­tion méri­tée.

Catéchisme, préparation à la première communion des enfantsEn ce moment, ils se pré­pa­raient à leur pre­mière com­mu­nion. C’était une vraie joie de les voir se don­ner tant de peine. Tous deux vou­laient être prêts pour le grand jour, ils étaient, comme le sont en géné­ral les gar­çons, au dehors, gais et exu­bé­rants, mais, leur cœur était, au dedans, un sanc­tuaire qu’ils embel­lis­saient fidè­le­ment.

Je ne vous par­le­rai pas de ce zèle pour l’instant. Rap­pe­lons sim­ple­ment que, dans la semaine avant la pre­mière com­mu­nion, M. le curé avait don­né à tous les enfants le conseil de bien pro­fi­ter des pre­miers ins­tants après la com­mu­nion. Il leur avait dit : « Ce moment, où pour la pre­mière fois, Jésus est pré­sent dans votre cœur, est le plus riche de grâces de toute votre vie. Confiez bien au divin Maître votre plus grand désir. »

Cette remarque avait frap­pé Bobi et Robi. Ils ren­trèrent à la mai­son tout silen­cieux après cette leçon de caté­chisme.

Ils réflé­chis­saient. Cha­cun s’interrogeait pour connaître son plus grand désir,

Auteur : Mainé, Marie-Colette | Ouvrage : À l'ombre du clocher - 1. Les sacrements .

Ordre

Bonjour père Mat­thias ! ça va ?

— Bon­jour petiot ! Tu parais bien gai ce matin ?…

— C’est la ren­trée après-demain, voi­là pour­quoi je suis heu­reux !

— Ah ça ! tu es le contraire des autres alors !… dit le vieux tout sur­pris.

La vocation religieuse expliquée aux enfants - Guy à bicycletteMais déjà Guy Régnier saute sur son vélo et s’éloigne en riant. A peine a-t-il dépas­sé les der­nières mai­sons du vil­lage que le gar­çon ralen­tit, il roule dou­ce­ment dans la cam­pagne tout en savou­rant sa joie.

Mais oui, père Mat­thias, c’est la ren­trée qui rend Guy si joyeux, seule­ment voi­là : le gar­çon ne rentre pas à l’école du vil­lage, il part à la ville ; déjà sa malle est prête por­tant l’étiquette sur laquelle est ins­crite l’adresse du sémi­naire.

Il y a déjà très long­temps que « l’idée » est née dans l’esprit et le cœur de Guy. Il y son­geait, l’oubliait, y reve­nait encore… En gran­dis­sant, quand il dis­cu­tait de l’avenir, de « quand ils seraient grands… » avec ses cama­rades, « l’idée » reve­nait encore. Fina­le­ment, Guy a réflé­chit, puis en a par­lé à sa mère :

— Maman ! quand je serai grand, je vou­drais être prêtre…

— Mon petit gar­çon, a-t-elle dit. c’est très beau, mais très sérieux ! En as-tu par­lé à Mon­sieur le Curé ?…

Non, Guy n’avait pas son­gé à cela, il le dit et ajou­ta pru­dem­ment :

— Tu com­prends, je ne suis pas encore bien sûr…

— Jus­te­ment, ripos­ta Madame Régnier, il faut que tu connaisses la route sur laquelle tu veux mar­cher, et qui, mieux que Mon­sieur le Curé, pour­rait t’expliquer tout cela ?… Parle-lui sim­ple­ment de ton « idée », dis­cute avec lui et si tu te sens plus sûr de toi, nous en par­le­rons à papa !

Vocation - Saint curé d'Ars montrant le chemin du ciel
Copy­right : Laurent DUBOIS

Fina­le­ment, Guy avait trou­vé le conseil fort sage. Il alla trou­ver Mon­sieur le Curé, et encore une fois le temps pas­sa…

Mais l’an der­nier à la même époque, Guy s’était sen­ti prêt à par­ler. Et, très sérieu­se­ment, Mon­sieur Régnier a écou­té puis, fixant son fils qui, guet­tait ça réponse, il dit :

— Écoute Guy ! c’est pour la famille un très grand hon­neur si Dieu te choi­sit pour son ser­vice, mais vois-tu, c’est très grave ! Je te demande donc d’attendre un an pour bien réflé­chir et aus­si pour te pré­pa­rer ; au bout de ce temps, si tu as tou­jours le même désir, tu entre­ras au sémi­naire.

L’année avait pas­sé, ter­ri­ble­ment longue pour le gar­çon impa­tient, mais il avait su en faire une vraie pré­pa­ra­tion, et main­te­nant, c’est la grande

Auteur : Dardennes, Rose | Ouvrage : À l'ombre du clocher - 1. Les sacrements .

Extrême-Onction

« Ton père va mieux ?

— Oui, il est reve­nu de l’hôpital. Même, il désire te voir, je venais te le dire.

— Me voir ? Moi ?…

Gui­laine est intri­guée. Que peut lui vou­loir le père de Colette ? Elle a peur aus­si de le voir encore dans le sang et avec des pan­se­ments, comme le jour de l’accident. Il y a trois semaines de cela, mais elle en est encore impres­sion­née. couvreurElle jouait à la marelle, avec Josette. Elles enten­daient, sans y prendre garde, le toc-toc léger d’un mar­teau de cou­vreur sur les ardoises sonores.

— Tiens ! dit Gui­laine, le père de Colette est sur le toit de votre grange.

Elles le regar­dèrent une minute aller et venir sur le vieux toit, arra­chant ici un cous­sin de mousse, pous­sant là une ardoise…

— Brr !… je n’aimerais pas être à sa place…

— Sur­tout sur le bord…

Der­rière elles, une voix les fit sur­sau­ter :

— S’il n’y avait que des as de votre trempe, il pleu­vrait sur votre lit, je pense !

Le fac­teur avait enten­du leurs dires et les regar­dait en riant. Gui­laine ouvrit la bouche pour lui répondre que les fillettes ne vont pas sur les toits. Mais la phrase s’étrangla… un cra­que­ment, une ef­froyable dégrin­go­lade d’ardoises, un cri, figèrent tout le monde…

— Ah ! mon Dieu !…

Le cou­vreur n’était plus sur le toit. A sa place on voyait un