Le mystère de la Sainte Trinité

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Récit de catéchisme - Statue de la Sainte TrinitéJe me sou­viens d’une his­toire qui m’a été racon­tée il y a bien long­temps, car j’étais encore au col­lège à Sto­ny­hurst, dans le nord de l’Angleterre ; là, ceux qui nous ensei­gnaient avaient un art mer­veilleux pour se faire écou­ter par des enfants, alors même qu’ils par­laient des choses les plus graves et les plus sublimes.

Les pères de Sto­ny­hurst res­sem­blaient à ces jésuites mis­sion­naires au Cana­da, qui, pour atti­rer les peu­plades sau­vages autour de la croix qu’ils por­taient au désert, avaient avec eux des harpes et des cithares ; et quand ils voguaient avec quelques néo­phytes sur les grands fleuves, ils se met­taient à chan­ter des can­tiques, en s’accompagnant d’accords suaves et har­mo­nieux ; l’attrait de cette musique ame­nait à eux des natu­rels du pays, et sou­vent, pour mieux entendre les hommes de la chair blanche, on voyait de ces sau­vages qui se jetaient à la nage, et qui venaient se sus­pendre aux bords de la pirogue pour écou­ter ces hommes qui avaient appris leur langue et accou­raient, à tra­vers les mers et les dan­gers, leur par­ler de Dieu.

Histoire pour la fête de la Sainte Trinité - Jacques Marquette - missionnaire jésuite, mort au Canada à 37 ans.Nos maîtres de Sto­ny­hurst n’avaient ni cithares ni harpes ; mais ils avaient des his­toires qu’ils savaient mêler à tous leurs ensei­gne­ments. En voi­ci une que l’un des pères nous racon­ta à l’instruction du matin, le dimanche de la Tri­ni­té.

Un saint doc­teur, un homme qui avait cher­ché la soli­tude pour pou­voir se livrer, loin de tout bruit et de toute dis­trac­tion, à la prière et à la médi­ta­tion, un jour se pro­me­nait seul sur les bords de la mer ; là, livré à ses graves pen­sées, tan­tôt il regar­dait le ciel, tan­tôt il por­tait ses yeux sur l’immensité des flots.

La vue du ciel avec son azur et ses nuages, la vue de la mer avec son mou­ve­ment et ses vagues, sont deux grands aspects qui plaisent aux âmes médi­ta­tives ; il y a de l’infini dans ces deux spec­tacles, et l’infini mène à Dieu.

Ce qui pré­oc­cu­pait le saint dans sa pro­me­nade soli­taire, c’était le mys­tère de la Tri­ni­té. Accou­tu­mé dans sa retraite aux plus pro­fondes médi­ta­tions, bien des choses qui nous arrê­te­raient n’étaient plus des obs­tacles pour lui. La sain­te­té de sa vie et l’habitude de la prière lui avaient, pour ain­si dire, don­né des ailes qui l’emportaient sou­vent dans de hautes régions… Aus­si, ce jour là, man­quant d’humilité, il ne recu­la pas devant le plus impé­né­trable des mys­tères ; il crut que le savoir humain pour­rait com­prendre le Dieu en trois per­sonnes et expli­quer la Tri­ni­té… Pen­sée d’orgueil ! Il s’était dit : mon génie va me révé­ler ce qui n a pas été appris aux autres hommes ; moi, créa­ture, je vais mesu­rer le Créa­teur…

Déjà, par les idées qui se suc­cé­daient lucides et claires dans son esprit, il croyait se faire comme des éche­lons pour aller voir dans le ciel les mys­tères sacrés. Mais tout à coup comme des ver­tiges lui vinrent, et, renon­çant à regret à mon­ter si haut, humi­lié, il regar­da la terre… Alors, à quelques pas de lui, il aper­çut tout à coup un jeune et joli enfant assis sur le rivage. Cet enfant avait creu­sé près de lui un trou dans le sable, et chaque fois que la vague arri­vait à ses pieds, avec une coquille rose et nacrée, il pre­nait de l’eau de la mer et la ver­sait dans le creux qu’il avait fait avec ses petites mains. Le sable buvait cette eau. Mais à la pro­chaine vague, il en pre­nait d’autre, et tou­jours ain­si.

Saint Augustin et l'enfant - vitrailLe saint, après l’avoir exa­mi­né long­temps, lui dit : « Mon enfant, que faites-vous là ? je vous vois tout en sueur ; quel est ce jeu ? A la constance que vous y met­tez, on dirait un tra­vail que vous vous êtes impo­sé.

— Aus­si est-ce un tra­vail, répli­qua l’enfant sans dis­con­ti­nuer.

—Et quel est ce tra­vail ?

— Je veux vider la mer.

—Vider la mer ! où met­trez-vous ses eaux ?

— Dans ce creux que j’ai fait là.

— Mon enfant, repo­sez-vous, votre tra­vail est folie.

— Folie ! repar­tit l’enfant, moins folie que le tra­vail que vous fai­siez tout à l’heure dans votre pen­sée…

— Com­ment ?

— Oui, tout à l’heure vous cher­chiez à com­prendre le mys­tère de la Tri­ni­té, et, en véri­té, je vous le dis, j’aurai plus tôt vidé la mer et mis toutes ses eaux dans le creux que j’ai fait là ; j’aurai plus tôt comp­té tous ces grains de sable, tous ces débris de coquillages qui bordent l’Océan et que roulent les vagues, que vous n’aurez conçu le mys­tère que, dans votre orgueil, vous pré­ten­diez expli­quer »

Après ces mots, le jeune enfant déploya deux petites ailes qui jusqu’alors étaient res­tées invi­sibles, et, s’élevant du rivage, remon­ta au ciel.

Le soli­taire s’humilia alors, et se pros­ter­na à la place où il avait vu le ché­ru­bin, et ado­ra avec foi et sim­pli­ci­té de cœur.

La Sainte Trinité expliquée au catéchisme - Gaspard Dughet - St Augustin et le Mystère de la Trinité


 

 
La sainte Tri­ni­té a été invo­quée sur nous à notre nais­sance.
La sainte Tri­ni­té sera invo­quée sur nous à notre mort. Aux fonts bap­tis­maux, le prêtre nous a dit : Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, allez et mar­chez dans la vie.
Aux portes de la tombe, quand nous serons éten­dus défaillants sur notre lit d’agonie, le prêtre nous dira : Par­tez, âme chré­tienne, au nom du Père qui vous a créée, au nom du Fils qui a souf­fert pour vous, au nom du Saint-Esprit qui vous a sanc­ti­fiée !
Ain­si, c’est entre deux invo­ca­tions à la Tri­ni­té que la reli­gion a pla­cé tous les jours de l’homme ; et comme ces jours, sem­blables à des flots qui s’égarent, auraient pu perdre de leur pure­té en ne cou­lant plus sous les yeux de Dieu, le catho­li­cisme a vou­lu que le sou­ve­nir de la Tri­ni­té nous revînt, non-seule­ment dans toutes les cir­cons­tances graves de la vie, mais encore sou­vent dans la même jour­née.
Les sacre­ments qui se trouvent entre le bap­tême et l’extrême onc­tion sont tous admi­nis­trés au nom de Dieu en trois per­sonnes, et l’Église tient tel­le­ment à ce que les chré­tiens ne perdent pas de vue ce mys­tère, qu’elle le mêle à ses prières du matin et du soir, à ses pré­di­ca­tions, à ses hymnes et à son sacri­fice. Sur la terre elle répète : Gloire au Père, gloire au Fils, gloire au Saint-Esprit ! comme les Séra­phins, dans leurs éter­nelles extases, répètent : Saint ! Saint ! Saint ! Le Dieu des armées ! Gloire au plus haut des cieux !
Le Glo­ria Patri, c’est l’hosanna des hommes, l’hymne sans fin de ce monde.

Illustration du mystère de la Trinité - La Trinité entourée de chérubins

Le grand mys­tère de la Tri­ni­té écrase tel­le­ment l’esprit, que, pour en par­ler avec conve­nance, il faut se ser­vir des paroles que les saints ont dites avant nous ; sans cette pru­dence, vous cou­rez risque de vous éga­rer. La gloire de Dieu en trois per­sonnes vous éblouit et vous trouble ; aus­si nous, pro­fanes, nous bor­ne­rons-nous à répé­ter l’admirable sym­bole de saint Atha­nase ; le voi­ci dans toute sa sublime sim­pli­ci­té.
« Qui­conque veut être sau­vé doit, avant toutes choses, embras­ser la foi catho­lique et s’y tenir.
« Et qui­conque ne la conser­ve­ra pas entière, invio­lable, péri­ra pour l’éternité.
« Or, la foi catho­lique consiste à ado­rer un Dieu en trois per­sonnes, et trois per­sonnes en un seul Dieu ;
« Sans confondre les per­sonnes, sans sépa­rer la sub­stance.
« Car, autre est la per­sonne du Père, autre est la per­sonne du Fils, autre est la per­sonne du Saint-Esprit.
« Mais la divi­ni­té du Père et du Fils et du Saint-Esprit est une ; leur gloire égale leur co-éter­nelle majes­té.
« Tel qu’est le Père, tel est le Fils, tel est le Saint-Esprit.
« Le Père est incréé, le Fils est incréé, le Saint-Esprit est incréé.
« Le Père est immense, le Fils est immense, immense est le Saint-Esprit.
« Le Père est éter­nel, le Fils est éter­nel, le Saint-Esprit est éter­nel.
« Et néan­moins ce ne sont pas trois éter­nels, mais un seul Éter­nel.
« Comme aus­si ce ne sont pas trois incréés, trois immenses, mais un seul immense, un seul incréé.
« De même le Père est tout-puis­sant, le Fils est tout-puis­sant, le Saint-Esprit est tout-puis­sant.
« Ain­si, le Père est Dieu, le Fils est Dieu, le Saint-Esprit est Dieu.
« Ain­si, le Père est le Sei­gneur, le Fils est le Sei­gneur, le Saint-Esprit est le Sei­gneur.
« Car, ain­si que la véri­té chré­tienne nous oblige de recon­naître et de confes­ser que cha­cune des trois per­sonnes est Dieu et Sei­gneur, aus­si la reli­gion catho­lique nous défend de dire trois Dieux ou trois Sei­gneurs.
« Le Père n’a été fait, ni créé, ni engen­dré d’aucun autre.
« Le Fils n’a été fait, ni créé, mais engen­dré du Père seul.
« Le Saint-Esprit n’a été ni fait, ni créé, ni engen­dré, mais il pro­cède du Père et du Fils.
« Il n’y a donc qu’un seul Père, et non trois Pères ; un Fils, et non trois Fils ; un Saint-Esprit, et non trois Saint-Esprits ; « Et, dans cette Tri­ni­té, il n’y a ni plus ancien, ni moins ancien ; ni plus grand, ni moins grand ; mais les trois per­sonnes sont co-éter­nelles et égales entre elles.
« De sorte qu’en tout, comme il a été dit, on doit ado­rer l’unité dans la Tri­ni­té, et la Tri­ni­té dans l’unité. »
Quand saint Atha­nase a écrit ces paroles, il était ins­pi­ré de la lumière d’en haut ; aus­si l’Église, qui veut que le dogme de la sainte Tri­ni­té reste immuable par­mi nous, fait un devoir aux prêtres de répé­ter ce sym­bole tous les dimanches.
 
Un évêque de Liège, Étienne, dès l’année 920, avait com­po­sé un office en l’honneur de la sainte Tri­ni­té.
Le concile d’Arles ordonne, en 1620, la célé­bra­tion de la fête de la Tri­ni­té ; mais ce ne fut qu’au qua­tor­zième siècle, sous le pon­ti­fi­cat de Jean XXII, que cette solen­ni­té devint géné­rale dans toute la chré­tien­té.

 

Extrait des Tableaux poé­tiques des Fêtes Chré­tiennes par M. le Vicomte Walsh

 

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