La belle histoire de Saint Philippe de Néri

Auteur : Benoist de Saint Ange, H. | Ouvrage : Les amis des Saints .

Temps de lec­ture : 9 minutes

Saint Philippe de Neri par Giovanni Battista TiepoloC’est à Flo­rence, dans une riche famille bour­geoise que naquit en 1515 saint Phi­lippe Néri. Dès son plus jeune âge, il pra­ti­qua les ver­tus chré­tiennes. Sa fer­veur, son humi­li­té, sa dou­ceur et son affa­bi­li­té le firent aimer de tous et on l’appelait com­mu­né­ment « Le bon Phi­lippe ».

Un des plus savants hommes de son siècle

Il reçut une édu­ca­tion soi­gnée, et à dix-huit ans, après de sérieuses études, on l’envoya chez un de ses oncles, un très riche mar­chand qui vou­lait le faire héri­ter de tous ses biens, qui étaient consi­dé­rables. Mais, au bout de deux ans, il quit­ta son oncle se sen­tant appe­lé par une vie de per­fec­tion toute diri­gée vers Jésus-Christ. Il alla à Rome sans argent et sans but bien pré­cis. Un gen­til­homme flo­ren­tin le prit chez lui pour éle­ver ses deux fils, car il avait dis­cer­né ses bonnes manières et ses pré­cieuses ver­tus. Il n’accepta qu’une modeste chambre dans laquelle il vécut très pau­vre­ment. Le jeune homme consa­cra ses loi­sirs à l’étude de la phi­lo­so­phie et de la théo­lo­gie. C’était un esprit très culti­vé, aus­si ses com­pa­gnons d’étude recher­chaient son ami­tié avec empres­se­ment, mais il res­tait tou­jours réser­vé, crai­gnant de perdre un temps pré­cieux qu’il vou­lait employer à la prière et à la médi­ta­tion, aus­si ne leur accor­dait-il que ce que la cha­ri­té et son devoir lui com­man­daient. Il com­plé­ta ses connais­sances par l’approfondissement des Saintes Écri­tures, des Pères de l’Église et du droit canon. L’étendue de son éru­di­tion était telle que ses contem­po­rains le pre­naient pour l’un des plus savants hommes de son siècle.

Il s’élevait dans le che­min de la sain­te­té, mais ce ne fut pas sans com­bat car le démon l’assaillait par de vio­lentes ten­ta­tions d’impureté, par­fois même il lui appa­rais­sait mena­çant sous des formes hor­ribles ce qui loin d’abattre son cou­rage ne fit qu’augmenter son ardeur. La mor­ti­fi­ca­tion des sens qu’il pra­ti­quait était abso­lue et s’étendait jusqu’aux plus petites choses, il répé­tait sou­vent : Il est néces­saire de se mor­ti­fier dans les choses mêmes qui ne paraissent que baga­telles, car par là on s’accoutume à vaincre dans les grands com­bats.

Soyez gais…

A l’âge de vingt-trois ans, il ven­dit ses livres, en don­na le prix aux pauvres, dési­rant s’unir par la prière plus par­fai­te­ment à Jésus-Christ. Dans l’oraison, il rece­vait des grâces extra­or­di­naires. On l’entendait dire, dans un excès de joie : O mon Dieu, puisque vous êtes si aimable, pour­quoi ne m’avoir don­né qu’un cœur pour vous aimer ? Pour­quoi du moins ce cœur est-il si petit et si étroit ?

Vie de Saint Philippe de Neri, saint patron de Rome et des jeunesDévo­ré par le zèle apos­to­lique, Phi­lippe Néri se mit à fré­quen­ter les places publiques, et à cher­cher toutes les occa­sions de gagner des âmes à Jésus. Il avait une connais­sance de la jeu­nesse qui lui per­met­tait d’avoir beau­coup d’ascendant sur les jeunes gens. Grâce à ses bonnes manières, à son enjoue­ment, à sa fami­lia­ri­té, on le voyait dans les rues de Rome entou­ré par un bon nombre d’adolescents, il avait le mot juste pour tous. Sou­vent il les condui­sait à la cam­pagne envi­ron­nante pour les y faire jouer. Soyez gais, disait-il aux enfants, et n’ayez là-des­sus aucun scru­pule. Il opé­ra un grand nombre de conver­sions.

Renversé par un carrosse…

Il visi­ta les hôpi­taux, soi­gna les malades. Les larmes lui venaient aux yeux lorsqu’il consi­dé­rait le refroi­dis­se­ment de la cha­ri­té par rap­port aux pauvres malades. Il assis­tait aus­si les mal­heu­reux dans les dif­fé­rents quar­tiers de la ville. Il vou­lait faire l’aumône secrè­te­ment. Une nuit selon sa cou­tume, il por­tait quelques pro­vi­sions de vivres. Il ren­con­tra un car­rosse sur son che­min et, vou­lant lui faire place, il tom­ba dans une fosse assez pro­fonde, mais son ange veillait sur lui, Dieu ne per­mit pas qu’il fût bles­sé dans sa chute.

Au secours des pèlerins

A cette époque on venait de toute l’Europe chré­tienne à Rome pour prier sur les tom­beaux des pre­miers papes et des mar­tyrs. C’était une très rude épreuve pour les pèle­rins qui par­cou­raient à pieds de longues étapes par tous les temps, ne trou­vant pas tou­jours sur leur che­min des vivres et des gîtes. Cer­tains mou­raient en cours de route, ceux qui arri­vaient étaient tou­jours épui­sés et avaient besoin de refaire leurs forces. C’est à leur inten­tion et à celle de tous les autres mal­heu­reux qu’il fon­da la confré­rie de la Sainte Tri­ni­té : œuvre cha­ri­table qui se déve­lop­pa très rapi­de­ment dans des locaux de plus en plus grands. On ne se bor­na pas à don­ner l’hospitalité aux pauvres étran­gers, mais on accueillit les conva­les­cents, qui, sor­tant des hôpi­taux, n’avaient pas la nour­ri­ture conve­nable pour se réta­blir tout à fait. Il pour­vut à tout avec une sagesse admi­rable. Quel lieu pri­vi­lé­gié pour faire de l’apostolat ! Tout en soi­gnant et ser­vant les corps il s’occupait des âmes. Il fai­sait des dis­cours de pié­té. Chaque jour il tenait des confé­rences spi­ri­tuelles qui pro­dui­sirent des fruits mer­veilleux, un grand nombre de pécheurs se conver­tirent, d’autres furent affer­mis dans la foi. Il fit construire plus tard un hôpi­tal très impor­tant où des car­di­naux et des princes ain­si que de nom­breux chré­tiens lavaient les pieds des pèle­rins et les ser­vaient ensuite avec affec­tion. Des dames riches et nobles venaient éga­le­ment appor­ter des soins aux malades. Quelques années après sa mort, durant le jubi­lé de 1600, l’œuvre a pu accueillir et nour­rir pen­dant trois jours plus de quatre cent mille pèle­rins.

Une messe qui dure deux heures…

Son humi­li­té le por­tait à pas­ser toute sa vie à l’état laïque mais son confes­seur, Per­sian Rosa, lui dit un jour : Phi­lippe, il faut main­te­nant que vous pen­siez à la prê­trise.

Mais je n’en suis pas digne !

Qui en est digne ? Prêtre vous ser­vi­rez encore plus uti­le­ment l’Église de Jésus-Christ.

C’était un ordre. Par obéis­sance il reçut la prê­trise à l’âge de trente-six ans. Après son ordi­na­tion, il se reti­ra dans la com­mu­nau­té des prêtres de Saint-Jérôme. Pen­dant sa pre­mière messe son âme reçut des conso­la­tions extra­or­di­naires, son émo­tion était telle, sur­tout à l’élévation et à la com­mu­nion, que ses mains et tout son corps trem­blaient. Pour ne pas défaillir, il dut s’appuyer sur l’autel. Sou­vent il avait des extases, sa messe alors durait deux heures, pour cette rai­son, à la fin de sa vie il se déter­mi­na à célé­brer dans une cha­pelle pri­vée.

Il crée les prêtres de l’Oratoire

Il rêva de par­tir dans les loin­taines mis­sions d’Extrême-Orient. Ayant pour cela consul­té un saint reli­gieux, il reçut de lui cette réponse : « Phi­lippe ne doit cher­cher les Indes qu’à Rome, et c’est là que Dieu le des­tine, lui et ses fils, à sau­ver les âmes. » Il fut char­gé par ses supé­rieurs du soin d’entendre les confes­sions des fidèles. Il pas­sait des jour­nées entières au confes­sion­nal ; très doux pour les incroyants, très indul­gent pour les héré­tiques, il en rame­na un grand nombre à Dieu. Sou­vent, il lui arri­vait de péné­trer mira­cu­leu­se­ment dans le fond des cœurs. Il disait à ceux qui man­quaient de sin­cé­ri­té : « Hâtez-vous de vous déli­vrer de ce poi­son par un humble aveu. » Il disait, pour mon­trer l’importance de la confes­sion : « Quand je serais aux portes du para­dis, si j’apprenais qu’un seul pécheur eût besoin de mon minis­tère, je lais­se­rais là la cour céleste, et je redes­cen­drais sur terre pour l’entendre.»

Vie des saints pour le catéchisme Fondation de l'Oratoire : Saint Philippe de NeriC’est pour la conver­sion des pécheurs qu’il entre­prit les « confé­rences spi­ri­tuelles ». Elles connurent un tel suc­cès, qu’il fon­da les « Prêtres de l’Oratoire » pour mon­trer l’importance de l’oraison. Le pape Gré­goire XIII éri­gea cette socié­té en congré­ga­tion en 1575. Ses dis­ciples, qu’on appe­la les ora­to­riens, devaient tra­vailler de toutes leurs forces à prê­cher, à ins­truire les igno­rants, leur ensei­gnant les prin­cipes de la doc­trine chré­tienne, tout en conti­nuant de des­ser­vir l’hôpital des pèle­rins de la Sainte Tri­ni­té. Saint Phi­lippe fut supé­rieur de cette com­mu­nau­té jusqu’à la fin de sa vie, mais il s’associa quelques-uns de ses fils spi­ri­tuels pour l’aider dans ses confé­rences. Bien­tôt, la congré­ga­tion de l’Oratoire éta­blit des mai­sons dans les prin­ci­pales villes d’Italie. Il entre­te­nait par­mi ses dis­ciples l’esprit d’obéissance et de renon­ce­ment à la volon­té propre disant : C’est là le plus court et le plus sûr moyen d’arriver à la per­fec­tion.

A cette époque l’hérésie de Luther fai­sait des ravages dans une grande par­tie de l’Europe. Pour arrê­ter le fléau et répondre à la cam­pagne contre le dogme, il deman­da à Baro­nius de faire une œuvre consi­dé­rable, en repre­nant toute l’histoire de l’Église depuis Jésus-Christ, résu­mant les actes des mar­tyrs, les vies des Saints, les écrits des Pères. Le modeste Ora­to­rien recu­lait devant l’immensité de la tâche : On ne manque pas d’hommes plus savants et plus capables que moi ! Le saint lui répli­qua : Faites ce qui vous est ordon­né, lais­sez le reste. L’ouvrage vous paraît-il dif­fi­cile ? Espé­rez en Dieu, et lui-même le fera.

C’est ain­si qu’ont été écrites les célèbres Annales ecclé­sias­tiques.

Moqueries et railleries

La vie des grands saints est tou­jours semée d’épreuves, celles-ci ne lui ont pas été ména­gées. L’envie ne put sup­por­ter long­temps l’éclat de ses ver­tus. On se moquait de son visage rayon­nant de lumière pen­dant l’oraison, on tour­nait en ridi­cule la manière dont il disait la messe. Il trou­vait la porte de la sacris­tie fer­mée, le Mis­sel ou les orne­ments dis­pa­rus ; des per­son­nages oisifs le cou­vraient de plai­san­te­ries gros­sières. La calom­nie, l’équivoque, les pro­pos ten­dan­cieux ten­tèrent de noir­cir sa per­sonne et ter­nir sa répu­ta­tion. Le saint était l’objet de la raille­rie et du mépris des autres. Loin de se plaindre et de se jus­ti­fier, il souf­frait avec dou­ceur et séré­ni­té. On l’accusa aus­si d’orgueil et d’ambition et l’on débi­tait par­tout que c’était un hypo­crite. Le car­di­nal-vicaire de Rome lui-même, cir­con­ve­nu par des accu­sa­teurs lui inter­dit d’entendre des confes­sions pen­dant quinze jours et de prê­cher jusqu’à nou­vel ordre. C’est pour la gloire de Dieu que j’ai com­men­cé ces exer­cices, répond hum­ble­ment le ser­vi­teur de Dieu ; pour la gloire de Dieu, je les ces­se­rai. Le car­di­nal étant mort subi­te­ment, le pape Paul IV, appe­lé à juger la cause, don­na au saint prêtre l’ordre de reprendre ses exer­cices. La per­sé­cu­tion s’éteignit d’elle-même, elle ne ser­vit qu’à for­ti­fier son œuvre.

Sa mort

Saint Philippe de Neri en extasePhi­lippe opé­ra des miracles. Il res­sus­ci­ta le jeune prince Mas­si­mo juste le temps néces­saire pour se confes­ser.

De nom­breux témoins virent le saint fré­quem­ment en extase, les genoux éle­vés au-des­sus du sol. Et pour­tant, le fon­da­teur de l’Oratoire recom­man­dait aux confes­seurs de ne pas croire trop légè­re­ment aux révé­la­tions ou extases que pré­tendent avoir leurs péni­tents. Il fai­sait allu­sion à ses extases qu’il appe­lait « ses folies ». Qui­conque, s’écrit-il, cherche les extases et les visions, ne sait pas ce qu’il cherche ! Il disait encore : J’ai eu une péni­tente qui fut favo­ri­sée long­temps d’extases. Quand croyez-vous qu’elle me parut la plus admi­rable ? C’est lorsque je l’ai vue ren­trer dans la voie com­mune.

Mal­gré sa faible consti­tu­tion, le saint arri­va à un âge avan­cé, il fut l’objet de la véné­ra­tion de tous ceux qui l’entouraient. Ayant appris par une révé­la­tion qu’il allait bien­tôt mou­rir, il don­na sa démis­sion de prieur et fit élire Baro­nius à sa place. Le jour de la Fête-Dieu, le 25 mai 1595, il pas­sa sa mati­née à confes­ser ses enfants, recom­man­da aux uns la fré­quen­ta­tion des sacre­ments, aux autres la dévo­tion envers la Très Sainte Vierge, comme moyen cer­tain de salut. Il fut pris de vomis­se­ments de sang. Sachant sa mort proche, il fit venir tous ses com­pa­gnons.

Baro­nius, le prieur géné­ral de l’Oratoire s’approcha du lit en disant : Père, vous nous quit­tez sans une parole, du moins bénis­sez-nous ! A ces mots, Phi­lippe Néri ouvrit les yeux, les tour­na vers le ciel, puis, sans autre mou­ve­ment, les abais­sa sur tous ses fils age­nouillés. Il expi­ra dans la nuit du 25 au 26 mai, à l’âge de quatre-vingts ans. Il reçut la récom­pense d’une vie extrê­me­ment bien rem­plie. Son corps fut expo­sé quelques jours dans une église, il y eut de nom­breux miracles, notam­ment la gué­ri­son ins­tan­ta­née d’un ulcère qui ron­geait le cou d’un malade jugé incu­rable par les méde­cins.

Le culte de Saint Phi­lippe Néri est très popu­laire à Rome. Son tom­beau est véné­ré par de très nom­breux fidèles.

récit pour les jeunes de la vie de Saint Philippe de Neri

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