Le troupeau de Monsieur Pierre

Auteur : Dardennes, Rose | Ouvrage : À l'ombre du clocher - 1. Les sacrements .

Baptême.

 Pierre mène ses deux vaches au préJean a mené ses deux vaches au parc du Vieux-Chêne. Mains aux poches, nez au vent, il revient d’un bon pas, sif­flant avec les merles. Il fait bon res­pi­rer dans l’air frais toute la vie des matins !

Tiens ! Voi­ci le Père Pierre et ses mou­tons : une aubaine pour Jean !

— Bon­jour, Mon­sieur Pierre !

— Bon­jour, Jean !

— Vous avez de la chance d’avoir un si beau trou­peau !

Troupeau de moutons, par Aelbert Cuyp

— Je parie que tu as envie de jouer avec mes mou­tons !

— Oh ! oui… Sur­tout avec les petits : ils cabriolent si drô­le­ment autour de leur mère !

Le vieil homme, habile, sai­sit un agne­let par la patte, le maî­trise, l’apaise.

— Main­te­nant, viens ! dit-il à Jean en accom­pa­gnant son invite d’un geste ami­cal.

Jean ne se le fait pas dire deux fois. Les deux bras autour du cou de l’agneau, il frotte sa tête contre la laine douce, en riant clair.

— Tiens ! Pour­quoi a-t-il un X peint en bleu sur le dos ?

— Tous mes mou­tons sont de même : c’est leur marque, petit. A cela, je recon­nais les miens par­tout où ils sont.

— Ah ! oui… Je com­prends… Au revoir, Mon­sieur Pierre.

— Au revoir, gamin !

* * *

Jean ne siffle plus.

Il pense aux agneaux blancs et câlins, se frot­tant si gen­ti­ment au flanc de leur mère…

Jean aus­si aime les caresses de sa maman. Il fait bon, par­fois, se ser­rer ten­dre­ment contre elle.

« Elle m’aime bien, ma maman », se dit-il.

Le che­min passe devant le cal­vaire. Jean regarde le Cru­ci­fié et lève son béret.

« Vous aus­si, Jésus, vous m’aimez ».

Jean s’immobilise, sai­si. Oui, Jésus l’aime jusqu’à accep­ter la mort pour lui. Jamais il n’y avait pen­sé comme aujourd’hui.

« Jésus, pour vous remer­cier, je vais faire un très beau signe de croix ».

Un homme passe. Il voit un gamin qui reprend sa route d’un air pré­oc­cu­pé. Il pense que ce gars a quelque sou­ci. Les anges, seuls, savent qu’il parle à Jésus :

— Ce signe de croix, Jésus, c’est notre « marque » à nous…

Jean repense au trou­peau de Mon­sieur Pierre : tous ses mou­tons ont un X bleu sur le dos : c’est sa « marque » son signe : cela veut dire qu’ils sont à lui.

« Et le signe de croix, Jésus, c’est votre « marque » à vous ; votre signe. En le tra­çant sur moi, je me marque à votre nom. Je montre à tous que je suis de votre trou­peau ».

Signe de Croix

Jésus ne répond pas avec des mots. Sim­ple­ment, dans son cœur recueilli, Jean sait que Jésus est d’accord. Alors, il se tait et marche sans bruit, pour mieux écou­ter. Une alouette trille en quit­tant le sillon. Un souffle passe sur le blé.

« Jean, tu es bien plus qu’un mou­ton de mon trou­peau. Tu es de ma famille, mon petit frère… »

Nulle voix n’a trou­blé le silence, mais Jean sait que Jésus parle par­fois au fond des cœurs. Il est heu­reux. Plus heu­reux qu’à jouer avec les agneaux de Mon­sieur Pierre. Heu­reux d’un bon­heur plus rare, plus pré­cieux, plus pro­fond.

« Quelle joie d’être bap­ti­sé à votre nom, mar­qué de votre signe, mon Dieu !… »

Rose Dar­dennes.

Croix de baptême

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