Étiquette : 19 mars

Auteur : Goldie, Agnès | Ouvrage : Petites Vies Illustrées pour enfants .

Alfred, n’as-tu pas son­gé à te faire reli­gieux ? demande le Curé de Saint-Césaire à son jeune parois­sien.

— Mais Mon­sieur le Curé, je ne suis qu’un igno­rant, je ne sais rien.

Peu importe ! Tous les reli­gieux ne sont pas pro­fes­seurs ; il y a les tra­vaux manuels. Qu’est-ce qui t’empêche d’être cor­don­nier, jar­di­nier, por­tier, que sais-je ?

Vous croyez vrai­ment que j’ai la voca­tion ?

Oui, Alfred, je le crois. Si tu changes si sou­vent de place, c’est que tu n’es nulle part à ta place ; pas plus au vil­lage qu’à New-York, et pas plus aux champs qu’à l’usine « Réflé­chis, prie Dieu de t’éclairer ».

Saint Joseph de Montréal QuebecMes­sire Pro­ven­çal, curé de Saint-Césaire, au Cana­da, a grand sou­ci des jeunes. Cette même année 1869, il fait construire pour eux une École com­mer­ciale qu’il confie aux Pères de Sainte-Croix. Arri­vés du Mans au Cana­da, voi­ci une ving­taine d’années, ces Pères y ont des œuvres flo­ris­santes. Alfred Bes­sette n’aurait-il pas sa place mar­quée par­mi eux ?

Son his­toire ? Il est né le 9 août 1845, à Saint-Gré­goire, aux envi­rons de Mont­réal. Son père est menui­sier comme saint Joseph ; sa mère, douce, labo­rieuse, a de quoi s’occuper avec ses dix enfants. Alfred, le sixième, a failli mou­rir à sa nais­sance et il a fal­lu l’ondoyer bien vite, avant de le por­ter à l’église pour les céré­mo­nies sup­plé­men­taires : « Ma mère, dit-il, me sachant très faible, sem­blait avoir pour moi plus d’affection et de soins que pour les autres. Elle m’embrassait plus sou­vent qu’à mon tour. Sou­vent, en cachette, elle me don­nait de petites frian­dises. Le soir, à la prière dite en famille, j’étais près d’elle et je sui­vais sur son cha­pe­let. »

Alfred a six ans quand son père meurt acci­den­tel­le­ment en abat­tant un arbre dans la forêt. La veuve peine beau­coup pour éle­ver sa famille ; atteinte de la poi­trine, elle doit dis­per­ser ses enfants ; parents, amis se les par­tagent ; quant à elle, elle est recueillie chez une de ses sœurs avec son petit Alfred. Il a douze ans quand elle meurt. Grand cha­grin ! Au retour du cime­tière, l’enfant revient chez son oncle Nadeau, lequel entend faire de ses fils et de son neveu de rudes gaillards capables de se suf­fire : « Mon oncle était un homme fort qui pen­sait que tous étaient bâtis comme lui » : « À ton âge dit-il à l’orphelin, je labou­rais et gagnais ma vie. On n’est pas riche ; j’ai pen­sé à te faire apprendre le métier de cor­don­nier. » Le cou­ra­geux petit se met à la besogne avec achar­ne­ment. Du cuir épais, il confec­tionne de solides chaus­sures appe­lées « bottes de bœuf », et il cogne, cogne ! et il se pique les doigts avec les alènes, et il souffre ter­ri­ble­ment de l’estomac.

Une pho­to le montre en com­mu­niant, avec des yeux noirs brillants. Vers la même époque, Ber­na­dette Sou­bi­rous fait à Lourdes sa pre­mière com­mu­nion. Elle a un an de plus qu’Alfred.

Auteur : Goldie, Agnès | Ouvrage : Petites Vies Illustrées pour enfants .

« Marie, êtes-vous prête ?

— Me voi­ci ! »

Et la jeune femme s’assied sur l’âne entre deux bal­lots. Il fait encore nuit… Marie et Joseph partent pour Beth­léem.

L’Empereur Auguste a ordon­né de recen­ser tous les habi­tants de l’Empire Romain et ce n’est pas petite affaire, car l’Empire est vaste. Pour sim­pli­fier la besogne des agents du gou­ver­ne­ment, cha­cun doit se faire ins­crire à son lieu d’origine ; Luc, l’Évangéliste, nous le dit, et des papy­rus trou­vés récem­ment le confirment.

Pour les par­ti­cu­liers, quelle com­pli­ca­tion ! Voyez-vous qu’actuellement, on dirait aux Pari­siens d’aller se faire ins­crire dans la ville, le vil­lage, dont leur famille est ori­gi­naire ! Paris se vide­rait presque ; les trains, les cars, les voi­tures n’y suf­fi­raient pas… Joseph, lui, n’a comme moyen de loco­mo­tion qu’un âne gris. Marie est mon­tée sur l’animal, et Joseph marche à côté, tenant la bride d’une main, et de l’autre, son bâton de voyage : trois à quatre jours de marche en pers­pec­tive, vers le sud… voyage agréable vers Pâques, mais beau­coup moins en plein hiver. Il fait très froid dans les val­lées, et Joseph craint pour Marie. Pour se réchauf­fer, celle-ci des­cend de temps en temps de sa mon­ture et marche près de Joseph. Ils parlent du Mes­sie pro­mis et atten­du ; le plus sou­vent, ils prient ensemble. Plein de res­pect et d’attention, Joseph entoure Marie de pré­ve­nances ; à la halte, il récolte le baume pour le mêler à l’eau de la bois­son ; il ins­talle le cam­pe­ment sous quelque téré­binthe, et s’il fait noir, sus­pend la lan­terne à une branche… Voi­ci Jéru­sa­lem !… Encore une dizaine de kilo­mètres, et ils seront ren­dus… Le voyage est pénible dans les mon­tagnes de Judée, les sabots ner­veux de l’âne claquent sur le sen­tier…

Dessin à colorier - Pas de place - Joseph et Marie refusés

| Ouvrage : 90 Histoires pour les catéchistes II, IV. Le culte de saint Joseph .

La vieille Yvonne s’assit un jour près de son rouet et nous dit :

— Oui, mes enfants, le plus grand des saints du para­dis, c’est saint Joseph. Écou­tez bien ce que je vais vous racon­ter, et vous ver­rez si je vous ai men­ti.

Nous nous appro­châmes plus près encore de mère Yvonne, et elle com­men­ça :

Histoire de saint Joseph pour les enfants - Cabane du père Joseph « Per­sonne n’aimait Joseph Mahec, dans le pays de Ker­véh qu’il habi­tait ; aus­si vivait-il soli­taire dans une cabane déla­brée. On disait que le soleil lui-même avait tel­le­ment en hor­reur Joseph Mahec, que jamais il ne pro­je­tait ses joyeux rayons sur sa mai­son­nette enfu­mée !

Un soir de mars où Joseph Mahec allait péné­trer dans sa cabane, il se sen­tit tirer légè­re­ment par le pan de son habit. Il se retour­na sur­pris, presque en colère, car il n’était point accou­tu­mé à ces manières. On le fuyait, mais on ne le tou­chait pas. Der­rière lui était un vieillard cour­bé sous le poids des années et de la misère. Des che­veux blancs, une longue barbe, des traits véné­rables pré­ve­naient en faveur de cet incon­nu, en dépit de ses pauvres habits. Mais Joseph Mahec n’avait de pitié pour per­sonne. Il regar­da à peine cet étran­ger dont le front avait pour­tant un doux rayon­ne­ment emprun­té sans doute à la rési­gna­tion de son âme.

— Que me vou­lez-vous ? deman­da-t-il brus­que­ment.

— Assis­tez-moi, dit le pauvre homme.

Mahec par­tit d’un grand éclat de rire.

Auteur : Dardennes, Rose | Ouvrage : Et maintenant une histoire II, Quelques fêtes de saints .

Ah ! ma Mère !…

— Quoi donc, ma Sœur ? »

La jeune reli­gieuse est navrée : com­ment dire la chose à « Notre Mère » ?

« Ah ! ma Mère !… »

Jeanne Jugan, Mère superieur et fondatrice des soeurs des pauvresA son bureau, la Supé­rieure des Petites Sœurs des Pauvres s’inquiète :

« Un mal­heur est-il arri­vé, Sœur Cathe­rine ?

— Un grand mal­heur, oui, ma Mère.

— Mais encore ?

— Bayard, ma Mère…

— Bayard ?… Qu’a-t-il fait ?

— Il est mort. »

Bayard, c’était le vieux che­val noir des Petites Sœurs. On l’attelait chaque jour à la car­riole et, « fouette cocher », — Sœur Cathe­rine s’en allait de porte en porte avec son grand sac :

« Bon­jour, Madame la frui­tière ; avez-vous quelque chose pour nos chers vieux, ce matin ?

— Mais oui, ma Sœur : voi­ci trois choux. »

A côté, c’était une pièce jaune ou un billet, ailleurs des pommes de terre, ou un savon à barbe ; un mor­ceau de viande chez le bou­cher, des légumes au mar­ché, du bou­din à la char­cu­te­rie… Et la car­riole, chaque midi, ren­trait pleine. Et les Petites Sœurs ravies disaient : « Saint Joseph est bon : nos cinq cents vieillards man­ge­ront encore demain ».

Auteur : Des Brosses, Jean | Ouvrage : Et maintenant une histoire II, Quelques fêtes de saints .

Catéchisme : récit de menuiserie pour la fête de Saint JosephIl pleu­vait depuis bien­tôt trois jours, mais cela n’empêchait point Tho­mas, Jacques et Mathieu, les trois appren­tis du sieur Bille, maître ébé­niste en la com­mune d’Auteuil-en-Parisis, d’avoir la joie au cœur. La fête de l’illustre cor­po­ra­tion des Arti­sans Char­pen­tiers-Menui­siers-Ebé­nistes était proche. On la célé­bre­rait le len­de­main avec tout l’éclat accou­tu­mé. Pour les trois jeunes gar­çons qui, depuis trois ans, œuvraient en appren­tis­sage sous la direc­tion de Maître Bille, cette jour­née était d’importance. Ils allaient pré­sen­ter à Mes­sieurs les Syn­dics de la Cor­po­ra­tion leurs « chefs-d’œuvre ». Une accep­ta­tion ou un refus, et nos trois appren­tis se voyaient accé­der à la digni­té de « com­pa­gnons », ou bien ils demeu­raient encore, au moins pour une année, d’humbles appren­tis sans gages ni renom.

Pour l’heure, Tho­mas, Jac­quot et Mathieu s’appliquaient avec entrain, sous l’œil de Maître Bille, à orner la bou­tique de toutes sortes de guir­landes fleu­ries et de jolies ver­dures.

* * *

coiffeuse louis xv poudreuse Enfin, sur le coup de cinq heures, tout fut bien asti­qué, ser­ré et ordon­né. Au dehors, la pluie tom­bait tou­jours. On était à la mi-mars, et le prin­temps, en cette année 1784, sem­blait déci­dé­ment vou­loir se faire dési­rer.

C’était alors la tra­di­tion que chaque appren­ti avant de deve­nir com­pa­gnon, puis plus tard chaque com­pa­gnon avant de deve­nir patron, pré­sente à la cor­po­ra­tion à laquelle il appar­te­nait un modèle de tra­vail exé­cu­té exclu­si­ve­ment par lui et qu’on appe­lait « le chef-d’œuvre »

« Eh bien ! vite, s’exclama Maître Bille, mon­trez-moi main­te­nant les mer­veilles que vous avez conçues, mes petits, et qui, je n’en veux point dou­ter, feront l’honneur de ma devan­ture. »
Fort ému, cha­cun des appren­tis dépo­sa devant son patron la boîte ver­nis­sée conte­nant son chef-d’œuvre. Tho­mas, le pre­mier, ouvrit la sienne. Il en sor­tit une ravis­sante petite table coif­feuse à deux corps de mar­que­te­rie à la rose, pou­vant conte­nir en ses innom­brables petites cases tant de par­fums et de coli­fi­chets… de quoi faire pâmer d’aise la plus enra­gée coquette,

« Voi­là qui est fort joli et bien condi­tion­né, approu­va sin­cè­re­ment Maître Bille. Ajou­te­rais-je que tu as gran­de­ment