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| Ouvrage : 90 Histoires pour les catéchistes II, IV. Le culte de saint Joseph .

La vieille Yvonne s’assit un jour près de son rouet et nous dit :

— Oui, mes enfants, le plus grand des saints du para­dis, c’est saint Joseph. Écou­tez bien ce que je vais vous racon­ter, et vous ver­rez si je vous ai men­ti.

Nous nous appro­châmes plus près encore de mère Yvonne, et elle com­men­ça :

Histoire de saint Joseph pour les enfants - Cabane du père Joseph « Per­sonne n’aimait Joseph Mahec, dans le pays de Ker­véh qu’il habi­tait ; aus­si vivait-il soli­taire dans une cabane déla­brée. On disait que le soleil lui-même avait tel­le­ment en hor­reur Joseph Mahec, que jamais il ne pro­je­tait ses joyeux rayons sur sa mai­son­nette enfu­mée !

Un soir de mars où Joseph Mahec allait péné­trer dans sa cabane, il se sen­tit tirer légè­re­ment par le pan de son habit. Il se retour­na sur­pris, presque en colère, car il n’était point accou­tu­mé à ces manières. On le fuyait, mais on ne le tou­chait pas. Der­rière lui était un vieillard cour­bé sous le poids des années et de la misère. Des che­veux blancs, une longue barbe, des traits véné­rables pré­ve­naient en faveur de cet incon­nu, en dépit de ses pauvres habits. Mais Joseph Mahec n’avait de pitié pour per­sonne. Il regar­da à peine cet étran­ger dont le front avait pour­tant un doux rayon­ne­ment emprun­té sans doute à la rési­gna­tion de son âme.

— Que me vou­lez-vous ? deman­da-t-il brus­que­ment.

— Assis­tez-moi, dit le pauvre homme.

Mahec par­tit d’un grand éclat de rire.

Auteur : Le Braz, Anatole | Ouvrage : Autres textes .

Chapeau du recteur breton - Récit à la veillée de Noël pour les petitsLe rec­teur de ce vil­lage bre­ton, mon­sieur de l’Isle-Adam, aime à ras­sem­bler autour d’un bon repas des convives pour le plai­sir de conver­ser. Ce soir là, dans le temps qui pré­cède Noël, cha­cun des convives évoque les Noëls d’antan.

C’est ain­si que Jona­thas Mor­van, l’un des invi­tés, parle de la légende du « tré­sor de Noël » qu’il a cher­ché en vain. Mais…

Au haut bout de la table, les yeux à éclipses de M. de L’Isle-Adam brillèrent d’un éclat glauque.

– Vous l’avez cher­ché, Jona­thas, dit-il, et vous ne l’avez pas trou­vé. Je sais quelqu’un, moi, qui l’a trou­vé, pré­ci­sé­ment parce qu’il ne le cher­chait pas.

Il se fit, à ces mots, un silence presque reli­gieux. Tous les visages s’étaient tour­nés vers le rec­teur.

Il com­men­ça :

III

Le pays de Maël-Pes­ti­vien, où je suis né, est une contrée rude, pier­reuse et pauvre, située à quelque douze lieues d’ici, dans ce que vous autres, gens des basses terres, vous appe­lez la mon­tagne. Par une de ses lisières il touche à la forêt de Por­thuault, où la reine Anne, de pré­cieuse mémoire, avait jadis une de ses chasses. Moi-même, dans ma jeu­nesse, j’y allais sou­vent courre le gros gibier. Ce fut ain­si que je nouai connais­sance avec Jérôme Garel.

Jérôme Garel, mon cadet de dix-huit mois, était un beau gar­çon bien décou­plé, frais, souple et droit comme un plant de futaie. À demi bûche­ron, à demi bra­con­nier, il vivait de hasard et de liber­té. Tou­jours rôdant, tou­jours furètent, il n’y en avait pas deux à pos­sé­der comme lui le sous-bois.

Récit Noel de Bretagne - DAUBIGNY Charles François - maison à la lisière de la forêtUn soir que nous avions bat­tu les hal­liers ensemble et que, dans notre ardeur, nous nous étions lais­sé sur­prendre par la nuit, il me pro­po­sa l’hospitalité dans sa hutte. J’acceptai. Nous dor­mîmes côte à côte sur le même lit de feuilles. À par­tir de ce moment, il consi­dé­ra qu’il exis­tait entre nous un lien sacré.

Lorsque je m’éloignai, le matin, dans la rosée, il me dit en me secouant le poi­gnet :

– Je suis dur à l’apprivoisement, mais, quand ça y est, ça y est pour de bon.

Sur ces entre­faites, cédant un peu tard à l’appel de Dieu, je déci­dai d’entrer dans les Ordres. Je quit­tai la mai­son pater­nelle pour le sémi­naire, et ce fut seule­ment au bout de cinq années que je repa­rus à Maël-Pes­ti­vien. J’y venais célé­brer ma pre­mière messe, au grand autel de la paroisse, un dimanche, 22 juin. Par­mi les per­sonnes qui, à cette occa­sion, vou­lurent rece­voir la com­mu­nion de ma main, je dis­tin­guai immé­dia­te­ment Jérôme à son épaisse toi­son fri­sée, noire comme un buis­son de mûres et fleu­rant la sen­teur mouillée des bois.

Je comp­tais le revoir à la sor­tie de l’église, mais je ne réus­sis point à le décou­vrir : effa­rou­ché par la foule qui me fai­sait cor­tège, il avait dû s’esquiver.

Je m’arrangeai, le len­de­main, pour aller le relan­cer jusque sous les ombrages de sa forêt.

Il avait aban­don­né son ancien logis, et j’eus toutes les peines du monde à le joindre. Lorsque enfin je l’eus déni­ché dans sa nou­velle cache, bâtie au som­met d’une émi­nence d’où l’on embras­sait un large pano­ra­ma de fermes et de cultures, je remar­quai dès l’abord dans ses traits une alté­ra­tion qui, la veille, ne m’avait point frap­pé. Il avait les joues hâves, les orbites creux, le front bar­ré d’un pli. Impos­sible de dou­ter que le fier sau­va­geon en pleine pousse ne por­tât au flanc quelque bles­sure secrète par où sa sève cou­lait. Les démons­tra­tions de joie avec les­quelles il m’accueillit ne me don­nèrent pas le change.

– Ça, lui deman­dai-je brus­que­ment, qu’est-ce que tu as ? Qu’est-ce qui t’est arri­vé ?

– Moi ? fit-il en deve­nant tout pâle.

– Oui, toi, Jérôme Garel. Je suis sûr que tu as de grosses peines. Qu’attends-tu pour me les confier ?

Il bais­sa la tête ; deux larmes tom­bèrent comme deux gouttes de pluie à ses pieds.

– Ce n’est pas des choses à dire à un prêtre, mon­sieur de l’Isle-Adam.

– Tu te trompes, Jérôme : nul n’a plus que le prêtre qua­li­té pour tout entendre.

Il m’entraîna vers le seuil de la hutte et, me dési­gnant du doigt une des fermes éparses dans la val­lée :

– Vous voyez la fumée qui monte de ce toit de tuiles ? C’est pour la regar­der mon­ter ain­si, matin et soir, que j’ai éta­bli mon domi­cile sur cette hau­teur.

Alors, en phrases gauches et plain­tives, entre­cou­pées de san­glots,

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abbaye de Landevennec - Légende de Saint Guénolé et le diable Saint Gué­no­lé était en charge de l’Ile de Sein qui s’appelait à l’époque Insu­la Seid­hun. Il pro­té­geait les habi­tants qui se lais­saient influen­cer encore trop faci­le­ment aux injonc­tions des beaux par­leurs envoyés par le diable.

Il fai­sait l’aller-retour entre l’abbaye de Lan­de­ven­nec et l’île, et s’arrêtait sou­vent au Bec du Raz pour y contem­pler sa cité posée sur l’eau. Il envi­sa­geait de construire un pont entre le Bec et l’île afin de per­mettre des voyages plus confor­tables et moins dan­ge­reux par mau­vais temps entre Seid­hun et le conti­nent. Il l’avait pro­mis au capi­taine de l’île.

* * *

Il en était là dans ses réflexions quand un beau jeune homme s’approcha de lui. Mais à ses pieds four­chus et à sa langue miel­leuse, Saint Gué­no­lé recon­nu le diable en per­sonne.

— Que me veux-tu, Polig ? (Petit Paul, sur­nom du diable)

— Je veux aller sur l’île qui est au loin là-bas.

— Par ma crosse, tu ne

Auteur : France, Anatole | Ouvrage : Autres textes .

Chanson enfantine de Saint NicolasSaint Nico­las, évêque de Myre en Lycie, vivait à l’époque de Constan­tin le Grand. Les plus anciens et les plus graves auteurs qui aient par­lé de lui célèbrent ses ver­tus, ses tra­vaux, ses mérites ; ils donnent de sa sain­te­té des preuves abon­dantes ; mais aucun d’eux ne rap­porte le miracle du saloir. Il n’en est pas fait men­tion non plus dans La Légende dorée. Ce silence est consi­dé­rable : pour­tant on ne se résout pas volon­tiers à mettre en doute un fait si célèbre, attes­té par la com­plainte uni­ver­sel­le­ment connue :

Il était trois petits enfants qui s’en allaient gla­ner aux champs…

Ce texte fameux dit expres­sé­ment qu’un char­cu­tier cruel mit les inno­cents « au saloir comme pour­ceaux » . C’est-à-dire appa­rem­ment qu’il les conser­va, cou­pés par mor­ceaux, dans un bain de sau­mure. En effet, c’est ain­si que s’opère la salai­son du porc : mais on est sur­pris de lire ensuite que les trois petits enfants res­tèrent sept ans dans la sau­mure, tan­dis qu’à l’ordinaire on com­mence au bout de six semaines envi­ron à reti­rer du baquet, avec une four­chette de bois, les mor­ceaux de chair. Le texte est for­mel : ce fut sept années après le crime que, selon la com­plainte, le grand saint Nico­las entra dans l’auberge mau­dite. Il deman­da à sou­per.

L’hôte lui offrit un mor­ceau de jam­bon.

— Je n’en veux pas ; il n’est pas bon.

— Vou­lez-vous un mor­ceau de veau ?

— Je n’en veux pas ; il n’est pas beau.

— Du p’tit salé je veux avoir

— Qu’y a sept ans qu’est dans le saloir.

Quand le bou­cher enten­dit c’la,

Hors de la porte il s’enfuya.

Aus­si­tôt, par l’imposition des mains sur la saloir, l’homme de Dieu res­sus­ci­ta les tendres vic­times.

Tel est, en sub­stance, le récit du vieil ano­nyme ; il porte en lui les carac­tères inimi­tables de la can­deur et de la bonne foi. Le scep­ti­cisme semble mal ins­pi­ré quand il s’attaque aux sou­ve­nirs les plus vivants de la conscience popu­laire. Aus­si n’est-ce pas sans une vive satis­fac­tion que j’ai trou­vé moyen de conci­lier l’autorité de la com­plainte avec le silence des anciens bio­graphes du pon­tife lycien. Je suis heu­reux de pro­cla­mer le résul­tat de mes longues médi­ta­tions et de mes savantes recherches. Le miracle du saloir est vrai, du moins en ce qu’il a d’essentiel ; mais ce n’est pas le bien­heu­reux évêque de Myre qui l’a opé­ré ; c’est un autre saint Nico­las, car il y en a deux : l’un, comme nous l’avons dit, évêque de Myre en Lycie ; l’autre, moins ancien, évêque de Trin­que­balle en Ver­vi­gnole. Il m’était réser­vé d’en faire la dis­tinc­tion. C’est l’évêque de Trin­que­balle qui a tiré les trois petits gar­çons du saloir ; je l’établirai sur des docu­ments authen­tiques et l’on n’aura pas à déplo­rer la fin d’une légende.

J’ai été assez heu­reux pour retrou­ver toute l’histoire de l’évêque Nico­las et des enfants res­sus­ci­tés par lui. J’en ai fait un récit qu’on lira, j’espère, avec plai­sir et pro­fit.

I

Nico­las, issu d’une illustre famille de Ver­vi­gnole, don­na dès l’enfance des marques de sain­te­té et fit vœu, à l’âge de qua­torze ans, de se consa­crer au Sei­gneur. Ayant embras­sé l’état ecclé­sias­tique, il fut éle­vé, jeune encore, par l’acclamation popu­laire et le vœu du cha­pitre, sur le siège de saint Cro­ma­daire, apôtre de Ver­vi­gnole et pre­mier évêque de Trin­que­balle. Il exer­çait pieu­se­ment son minis­tère pas­to­ral, gou­ver­nait ses clercs avec sagesse, ensei­gnait le peuple et ne crai­gnait pas de rap­pe­ler les grands à la jus­tice et à la modé­ra­tion.