Comment Joël, fils de Michaël, prépara la Pâque

Auteur : Pautard, A. | Ouvrage : Et maintenant une histoire II, Fêtes de l'année liturgique .

Temps de lec­ture : 5 minutes

Joël réflé­chis­sait.

« Déjà, se disait-il, toute la ville reten­tit de tam­bou­rins et de flûtes. Déjà, les fours cuisent le pain sans levain, et par­tout on tue les agneaux que l’on fera rôtir. Demain, c’est la Pâque, la plus grande et la plus joyeuse de nos fêtes. Il faut aujourd’hui que je fasse quelque chose d’exceptionnel. Ce ne peut pas être un jour comme les autres. »

Récit du jeudi saint pour les enfants - JerusalemEt Joël, mâchon­nant une brin­dille, tour­nait en rond sur la ter­rasse de la mai­son, au grand soleil. Autour de lui, les innom­brables toits de Jéru­sa­lem s’étendaient, domi­nés par des tours. On enten­dait la sourde rumeur de la ville en fête.

Le gar­çon des­cen­dit et alla trou­ver son père.

« Père, lui dit-il, confiez-moi un tra­vail que je n’ai pas l’habitude de faire… Tenez, ma mère est très occu­pée aujourd’hui. Don­nez-moi à por­ter la plus grosse des jarres. Je vais aller cher­cher de l’eau à sa place. »

Le père Michaël se mit à rire.

« Tu veux donc que tout le monde se moque de toi ? Tu sais bien que pui­ser l’eau est un tra­vail de femme. Que dira-t-on quand tu arri­ve­ras à la fon­taine ? On te pren­dra pour un fou. Ça ne s’est jamais vu !

— Peut-être, répli­qua le gar­çon. Mais je veux rendre ser­vice à ma mère. Si cela me coûte quelques moque­ries, tant mieux. Je n’en serai que plus heu­reux. Rendre ser­vice, cela a beau­coup plus de valeur quand c’est dif­fi­cile ! »

Haus­sant les épaules, Michaël acquies­ça et per­mit à son fils de s’en aller vers la fon­taine, la lourde cruche sur le dos.

* * *

… Ce fut un joli suc­cès pour Joël. Les pas­sants le mon­traient du doigt. Faire un tra­vail de femme ! Était-ce rai­son­nable pour un grand gaillard comme lui ? Mais le gar­çon n’en avait cure. Il rem­plit sa jarre, au milieu des quo­li­bets, et péni­ble­ment, l’échine ployée sous son far­deau, remon­ta les ruelles en esca­lier, lais­sant der­rière lui une longue trace de gout­te­lettes que le pavé brû­lant avait tôt fait d’absorber.

Il avait déjà par­cou­ru la moi­tié du che­min, lorsqu’il croi­sa deux hommes, des Gali­léens. Ceux-ci regar­dèrent Joël, puis, après s’être mur­mu­ré quelque chose à voix basse, se mirent à le suivre. Le gar­çon les sur­veillait du coin de l’œil.

« Que me veulent-ils, ces gens-là ?… Ils marchent der­rière moi depuis la place aux oli­viers… Ce ne sont pas des mal­fai­teurs, pour­tant, mais… Bah ! Après tout, si ça les inté­resse de me voir por­ter ma cruche !… »

Il péné­tra dans la mai­son de son père et dépo­sa le réci­pient dans un angle de la cour. Des coups heur­taient la porte. Michaël alla ouvrir. Les deux étran­gers étaient là.

« La paix soit sur toi, dit le plus âgé. Je me nomme Simon-Pierre, et voi­ci Jean, mon com­pa­gnon. Le Maître nous a envoyés en disant : Vous ren­con­tre­rez un homme qui por­te­ra une cruche d’eau. Nous l’avons vu et sui­vi, et nous venons te deman­der, de la part du Maître, où est le lieu où Il doit man­ger la Pâque avec ses dis­ciples.

— Entrez, répon­dit Michaël. Il y a ici une grande salle déjà meu­blée. Pré­pa­rez tout ce dont vous aurez besoin. Vous êtes chez vous. »

Joël, fort intri­gué, se ren­dit lui aus­si dans la pièce. C’était celle que, d’ordinaire, on réser­vait aux hôtes de pas­sage. Des lampes d’argile l’éclairaient. Autour de la table basse, les divans et les cous­sins étaient déjà ran­gés.

Histoire pour le Jeudi Saint, préparation de la PâqueIl aida Pierre et Jean. Il fit trem­per le pain sans levain dans cette sauce rouge que l’on appelle « haro­seth ». Il dres­sa, devant la place de chaque convive, les coupes où serait ver­sé le vin mêlé d’eau. Il tria les herbes par­fu­mées du thym, du lau­rier, du basi­lic, de la mar­jo­laine, qui ser­vi­raient aux sauces. Il dis­po­sa les pains et l’eau salée. Mais les deux hommes, tout en bavar­dant avec lui, ne lui per­mirent ni de décou­per l’agneau tra­di­tion­nel, ni de le faire cuire, enfi­lé sur une baguette de gre­na­dier.

* * *

Enfin, tout fut prêt à la tom­bée de la nuit. Une odeur de grillade et d’aromates flat­tait les narines de Joël. Cepen­dant, on aurait dit qu’il allait se pas­ser dans cette salle haute quelque chose de plus impor­tant qu’un ban­quet de fête… Le gar­çon se fai­sait tout petit, der­rière un divan, pour y assis­ter.

Déjà, d’autres hommes entraient, par petits groupes. Une dou­zaine, au total. Mais Michaël vint cher­cher son fils.

« Ne reste pas ici, mon gar­çon, lui dit-il. Ce ne serait pas poli. D’après nos cou­tumes, nos hôtes ne doivent être déran­gés par per­sonne. Cette mai­son, pour ce soir, est la leur et non plus la nôtre. Viens. Reti­rons-nous.

— Mais qui sont-ils, Père ? Je ne les ai jamais vus. »

A la lueur dan­sante des mèches brû­lant dans l’huile, Michaël les dési­gna à son fils, à mi-voix :

« Voi­ci Pierre, et son frère André ; Jacques et Jean, les fils de Zébé­dée. Ici, Jacques, fils d’Alphée, qui bavarde avec Simon le Cana­néen et Tho­mas. »

La ten­ture qui recou­vrait la porte se sou­le­va. Un autre homme parut, que tous saluèrent. Jean, le pre­mier, alla vers Lui.

« La paix soit avec vous », dit le nou­veau venu.

Michaël s’inclina, lui aus­si.

« Le Maître, souf­fla-t-il à son fils. Jésus le Naza­réen. Allons-nous-en. Ce ne serait pas poli de res­ter. »

Joël s’en alla alors avec son père. Il tra­ver­sa la cour noyée d’ombre et se reti­ra dans la mai­son.

Jeudi Saint- la dernière Cène

De la grande salle des hôtes, on com­men­çait à entendre la psal­mo­die qui, selon l’usage, indi­quait le début du repas de la Pâque

« … Le Sei­gneur exau­ce­ra la voix de ma prière.
Parce qu’Il a abais­sé son oreille vers moi.
Je L’invoquerai pen­dant tous les jours de ma vie… »

Et Joël se sen­tit plein d’une grande joie. Il rayon­nait à la pen­sée d’avoir fait une bonne action, au risque d’avoir paru ridi­cule aux yeux des hommes de Jéru­sa­lem, qui ne s’abaissaient jamais à por­ter une cruche. Mais, plus encore que cela, il lui sem­blait qu’un bon­heur incon­nu entrait en lui, une allé­gresse qu’il ne pou­vait s’expliquer.

A. Pau­tard.

Coloriage la Cène - institution de l'Eucharistie

 

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