La première et la dernière communion de Léon

Auteur : Diethelm, P. Walther | Ouvrage : Le plus beau cadeau .

Tan­dis que M. le Régent est en conver­sa­tion avec le nou­veau Vicaire, les gar­çons de la deuxième classe se demandent s’il sera sévère ou indul­gent, s’il don­ne­ra beau­coup ou peu de devoirs, et sur­tout, s’il racon­te­ra des his­toires ?

Histoire pour la jeunesse - pretre faisant le Catéchisme aux garçonsTout en lui remet­tant la liste des élèves, M. le Régent explique : « Il y en a 43. C’est beau­coup ! Mais je suis per­sua­dé que tous vous feront plai­sir, car ils tra­vaillent bien, et ne sont pas méchants. Il y a Léon, avec qui il fau­dra de la patience, car il est très lent à com­prendre, encore plus lent à apprendre. Par­fois, mal­gré sa bonne volon­té, il n’arrive pas à savoir sa leçon. Le pauvre gar­çon souffre des suites d’une chute très grave alors que tout petit, sa maman tra­vaillant à la fabrique, il res­tait seul à la mai­son. »

Après cette expli­ca­tion, M. le Régent intro­duit le nou­veau vicaire. 43 gar­çons se lèvent et saluent joyeu­se­ment : « Bon­jour M. le Vicaire », tout en ins­pec­tant de haut en bas le nou­vel Abbé.

Celui-ci, de son côté, exa­mine rapi­de­ment les visages de ses nou­veaux élèves, puis il s’installe au pupitre et la leçon com­mence.

* * *

Pen­dant la leçon, M. le Vicaire recon­nut bien­tôt Léon à sa taille qui dépas­sait les autres de la hau­teur de la tête. A par­tir des leçons sui­vantes, il le dis­tin­gua sur­tout à son appli­ca­tion ; car pour se pré­pa­rer à la pre­mière com­mu­nion, Léon sui­vait les leçons de caté­chisme avec ardeur. Vrai­ment on ne peut lui en vou­loir d’avoir mau­vaise mémoire. De plus, Léon est pro­fon­dé­ment pieux ; lors de visites au Saint Sacre­ment, M. le Vicaire peut consta­ter son recueille­ment En che­min déjà, il semble prier, médi­ter en silence, alors que ses cama­rades bavardent, se dis­putent même. En un mot, tout dans sa conduite prouve com­bien Léon se réjouit de pou­voir faire sa pre­mière com­mu­nion. Le pauvre gar­çon a dû attendre si long­temps le bon­heur de rece­voir Jésus, Quelques jours avant la pre­mière com­mu­nion, tout à coup, Léon tombe malade. Des dou­leurs le tour­men­taient depuis plu­sieurs jours. Mais il n’en lais­sait rien voir ; per­sonne ne remar­quait avec quelle peine il se traî­nait aux leçons de caté­chisme et aux exer­cices pré­pa­ra­toires à la pre­mière com­mu­nion. Être malade tout juste avant le jour de la pre­mière com­mu­nion ? Ah non ! Cela ne pou­vait être, main­te­nant qu’il allait enfin rece­voir Jésus ! Ain­si rai­son­nait le vaillant gar­çon.

Pen­dant deux, trois jours, Léon réus­sit à cacher son mal. Bien­tôt il n’y tint plus. Une nuit, il gémis­sait si fort, que sa maman l’entendit. Vite elle se leva et alla voir ce qui se pas­sait. Quelle ne fut pas sa frayeur en voyant que son cher Léon avait si mal ! S’inquiétant, elle appelle tout de suite le doc­teur qui constate une appen­di­cite, et ordonne l’opération, si ce n’est pas déjà trop tard !

Communion à un malade - Léon est malade ; le docteur l'examineLéon pro­teste, natu­rel­le­ment, mais en vain. En toute hâte, on le conduit à l’hôpital, pen­dant la nuit.

* * *

L’opération a lieu, mais hélas, les méde­cins se rendent compte immé­dia­te­ment qu’on ne peut plus le sau­ver. Léon, il est vrai, ne sent rien et n’a pas conscience de cet état si grave. Quand une heure plus tard, il se réveille, sa pre­mière ques­tion est : « Pour­rai-je me lever pour le jour de la pre­mière com­mu­nion ?» Le cher enfant n’avait pas oublié sa pre­mière com­mu­nion ! La garde malade racon­ta plus tard que, pen­dant l’opération, quand il était endor­mi, il avait tou­jours par­lé du jour de sa pre­mière com­mu­nion.

Heu­reu­se­ment sa maman répon­dit à sa ques­tion et le conso­la : « Non, mon petit Léon, je ne crois pas que tu seras assez bien jusqu’à ce jour-là, mais ne pleure pas, mon pauvre petit ! car si tu ne peux pas aller à Jésus, Jésus vien­dra à toi. Si tu le veux, tu peux déjà faire ta pre­mière Com­mu­nion aujourd’hui même ! Jésus ne veut pas te faire attendre plus long­temps ; il a vu que tu dési­rais si fort le rece­voir. Et il est si content de toi que peut-être il te pren­dra tout de suite avec lui au ciel. Cela ne te fait-il pas plai­sir, mon cher petit ? »

Un autre enfant aurait peut-être été effrayé de ces paroles, mais Léon en fut enchan­té. Rece­voir Jésus déjà aujourd’hui, et même aller au ciel avec lui ! Y avait-il quelque chose de plus beau à sou­hai­ter ?

Léon sou­rit mal­gré ses souf­frances, joi­gnit les mains et dit à sa maman : « Oh ! oui, si je peux, j’aimerais bien rece­voir Jésus déjà aujourd’hui. »

Per­sonne ne sachant com­bien de temps l’enfant avait encore à vivre, la maman aver­tit M, le Vicaire qui mieux que tout autre prêtre connais­sait Léon, car l’enfant s’était confes­sé à lui pour la pre­mière fois, voi­là deux semaines. Le prêtre arrive en toute hâte ; Léon se confesse encore une fois, comme le fait un bon pre­mier com­mu­niant, qui veut avoir le cœur bien pur pour la visite de Jésus.

Puis Léon a le bon­heur de faire sa pre­mière com­mu­nion. Les cloches de l’église ne sonnent pas ; il ne porte pas ses beaux habits neufs, mais il a l’âme en fête. Les sœurs infir­mières ont pour la cir­cons­tance trans­for­mé sa chambre en une petite cha­pelle ; des gerbes de fleurs blanches ornent le petit autel, tout comme à l’église le jour d’une pre­mière com­mu­nion.

Le papa et la maman de Léon sont à genoux près du lit, quand M. le Vicaire apporte Jésus. Le pauvre enfant, trop faible pour se sou­le­ver, fait tout son pos­sible pour répé­ter les prières dites par le prêtre. Il s’était don­né tant de peine pour les apprendre par cœur, mais il n’y était jamais arri­vé ; main­te­nant il les dit de tout son cœur n’ayant qu’à les répé­ter mot à mot.

coloriage pour la première communion

Avec une grande fer­veur Léon reçoit Jésus pour la pre­mière et… pour la der­nière fois de sa vie.

Dans sa chambre de malade tout est silen­cieux comme à l’église ; comme à l’église aus­si, Jésus parle dou­ce­ment à son âme.

Quand M. le Vicaire quit­ta Léon, celui-ci lui dit : « J’ai pu com­mu­nier avant mes com­pa­gnons ; j’ai deman­dé à Jésus de les bénir. » II ne sait com­ment mon­trer sa joie ; et pour­tant il sait qu’il va bien­tôt mou­rir. Savoir qu’il peut aller tout de suite auprès de Jésus, c’est pour lui un grand bon­heur.

La sœur garde-malade racon­ta à M. le Vicaire com­ment, le len­de­main, Jésus vint cher­cher son cher Léon. N’ayant plus toute sa connais­sance, dans son délire, il chan­tait et priait. Ses paroles révé­laient bien les pen­sées des der­niers temps de sa vie ; on le sen­tait mûr pour le ciel.

C’est en chan­tant : « Jésus, doux et humble de cœur, pre­nez mon cœur, qu’il soit bien vôtre », que Léon a ter­mi­né sa vie et qu’il est allé voir Jésus. Son ardent désir était enfin réa­li­sé.

* * *

L’enterrement a eu lieu la veille de la pre­mière com­mu­nion parois­siale. Léon repo­sait dans un cer­cueil tout blanc, entou­ré de fleurs blanches. Et quand le cer­cueil fut des­cen­du dans la tombe, cha­cun de ses com­pa­gnons lan­ça encore un petit bou­quet blanc. Toute cette blan­cheur sym­bo­li­sait à mer­veille l’innocence et la pure­té de l’âme du cher enfant. Rien d’étonnant que Jésus l’ait choi­si pour son ciel dès sa pre­mière visite.

Ce départ si rapide pour le ciel d’un des pre­miers com­mu­niants mit dans le cœur des enfants tant de recueille­ment que la fête de la pre­mière com­mu­nion fut plus belle que les autres années.

Léon, qui n’avait été qu’un pauvre gar­çon, le der­nier à l’école et par­tout, deve­nait la béné­dic­tion de ses com­pa­gnons, car il avait été grand devant le Bon Dieu, grand par sa bonne volon­té, sa pié­té sin­cère et son désir de rece­voir Jésus. Main­te­nant qu’il voyait Jésus dans toute sa gloire, il n’oubliait pas ceux qui, pour la pre­mière fois, le rece­vaient dans leur cœur.

Première communion et communion des malades - La Cène, Fra Angelico, 1452

Soyez le premier à commenter

    Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

    *

    Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.