CXXI. Jésus renvoyé à Pilate.

Auteur : Ségur, Comtesse de | Ouvrage : Évangile d’une grand’mère .

Évangile d’une grand’mère

Dès que le jour parut, Caïphe ras­sem­bla une seconde fois les Princes des Prêtres, les Anciens du peuple, les Scribes et les Pha­ri­siens. Ils inter­ro­gèrent de nou­veau Jésus, qui affir­ma encore qu’il était le Christ, le Fils de Dieu fait homme, Ils confir­mèrent la condam­na­tion à mort ; mais comme le gou­ver­neur romain pou­vait seul faire exé­cu­ter les condam­na­tions à mort, Jésus fut conduit au palais de Ponce Pilate, qui était gou­ver­neur de Jéru­sa­lem au nom de l’Empereur Tibère.

Pilate était un homme faible et égoïste ; il dési­rait plaire à tout le monde et il ne cher­chait pas à être juste dans ses juge­ments.

Il était envi­ron six heures du matin quand Jésus fut ame­né à son tri­bu­nal. Les Juifs accu­sèrent Jésus d’une foule de crimes et ils affir­mèrent qu’il se disait Roi de Judée, et qu’il mépri­sait l’autorité de César Tibère.

Pilate inter­ro­gea Jésus ; il fut frap­pé de sa majes­té et de sa dou­ceur.

« Es-tu Roi ? lui deman­da-t-il.

— Oui ; répon­dit le Sau­veur, tu l’as dit, je suis Roi ; mais mon Royaume n’est pas de ce monde. Si mon Royaume était de ce monde, je serais envi­ron­né de ser­vi­teurs qui pren­draient ma défense. Je suis venu en ce monde pour rendre témoi­gnage à la véri­té.

— Et qu’est-ce que la véri­té ? » deman­da Pilate. Mais sans attendre une réponse dont, au fond, il se sou­ciait peu, il s’avança vers les Juifs, et leur dit que ne trou­vant aucun crime en cet homme, il allait le ren­voyer à Hérode, Tétrarque de Gali­lée.

Armand. Qu’est-ce que c’est, Tétrarque ?

Grand’mère. Un Tétrarque était un Roi d’une petite pro­vince. Hérode com­man­dait la pro­vince de Gali­lée, qui était une par­tie de la Judée ou Pales­tine. Et comme Pilate venait d’apprendre que Jésus était Gali­léen, il vou­lut se faire ami d’Hérode en lui ren­voyant un homme qui était de sa pro­vince.

CXXII. Jésus devant Hérode.

Jesus devant Pilate - Récit de la Passion pour les enfants Comtesse de Ségur

Hérode, Tétrarque de Gali­lée, était un prince cruel, orgueilleux et railleur, c’est-à-dire moqueur.

Il avait enten­du par­ler de Jésus comme d’un fai­seur de miracles, et il s’attendait, ain­si que ses cour­ti­sans, à lui voir faire des pro­diges. Mais le Fils de Dieu ne dit pas une parole en sa pré­sence.

Hérode, mécon­tent et désap­poin­té, se moqua de lui, le regar­da comme un fou, et le fit revê­tir d’une robe blanche, ce qui, en Gali­lée, était le vête­ment des fous. Il lui fit mettre dans la main un long roseau en place du sceptre royal que portent les Rois, et il le ren­voya à Pilate, accom­pa­gné par une popu­lace gros­sière qui blas­phé­mait, qui l’insultait et le frap­pait.

CXXIII. Jésus ramené devant Pilate.

Les cla­meurs de ce peuple exci­té par les calom­nies des Pha­ri­siens et des Princes des Prêtres, atti­rèrent Pilate, qui inter­ro­gea de nou­veau Jésus ; mais le Sau­veur ne répon­dit plus rien.

Jacques. Pour­quoi ne répon­dit-il pas ? Il aurait peut-être convain­cu Pilate de son inno­cence.

Grand’mère. Notre-Sei­gneur voyait le fond du cœur égoïste et lâche de Pilate ; il savait que la peur de l’Empereur et des Juifs l’empêcherait d’être juste. D’ailleurs, quand Pilate lui avait deman­dé : « Qu’est-ce que la véri­té ? » il ne s’était même pas don­né la peine d’attendre la réponse du Sau­veur.

Notre-Sei­gneur gar­da donc le silence, jugeant que toute parole serait inutile.

Pilate, voyant que Jésus ne disait plus rien pour sa défense, était fort embar­ras­sé.

Louis. Il me semble qu’il n’y avait pas de quoi être embar­ras­sé. Il voyait que Jésus était inno­cent ; il devait le dire aux méchants Juifs, les chas­ser et pro­té­ger le pauvre Jésus contre leur méchan­ce­té.

Grand’mère. Cer­tai­ne­ment ; c’est ce qu’il aurait fait s’il avait été un homme hon­nête, cou­ra­geux et crai­gnant de mal faire ; mais Pilate était lâche, il avait peur de se faire des enne­mis et de perdre sa place de Gou­ver­neur de la Judée ; il vou­lut donc conten­ter les Juifs, sans pour­tant com­mettre une injus­tice trop visible à l’égard de Jésus, et il crut avoir trou­vé un moyen très-habile.

Il était d’usage qu’aux fêtes de Pâques le Gou­ver­neur romain accor­dât aux Juifs la grâce d’un condam­né à mort. Il y avait dans les pri­sons de Jéru­sa­lem un bri­gand célèbre, nom­mé Bar-Abbas, condam­né à mort pour ses crimes. Pilate espé­ra qu’en le pro­po­sant au peuple avec Jésus, tout le monde pré­fé­re­rait Jésus, car ce bri­gand était fort redou­té.

Pilate rap­pe­la donc au peuple ras­sem­blé autour de son palais, quel était l’usage des fêtes de Pâques, et il leur deman­da s’ils vou­laient déli­vrer Bar-Abbas ou Jésus.

Les Pha­ri­siens exci­tèrent si bien la foule que presque tous crièrent à Pilate :

« Non, pas Jésus, mais Bar-Abbas.

— Et que ferai-je de l’autre ? dit Pilate.

— Qu’il soit cru­ci­fié ! » voci­fé­rèrent les Juifs.

Ce qui est frap­pant et ce qui n’a pas été l’effet du hasard, c’est que le nom hébreu de Bar-Abbas, signi­fie fils de roy. Jésus, Fils de Dieu, sau­vait ain­si d’une mort jus­te­ment méri­tée, le cou­pable Bar-Abbas, qui repré­sen­tait tous les cou­pables fils d’Adam, tous les fils cou­pables de notre pre­mier père.

CXXIV. Jésus flagellé.

La flagellation du Christ - Histoire de la Passion pour les enfants

Pilate hési­tait de plus en plus.

« Mais je ne trouve aucun crime en cet homme, » répé­tait-il aux Pha­ri­siens et aux Juifs.

Et pour toute réponse, tous hur­laient plus fort :

« Cru­ci­fiez-le, cru­ci­fiez-le ! »

Le lâche Pilate, effrayé de leurs voci­fé­ra­tions, crut les apai­ser en leur annon­çant qu’il allait faire fla­gel­ler le Sei­gneur ; il croyait par là satis­faire leur rage et sau­ver Jésus de la mort.

Il le livra donc aux bour­reaux qui le traî­nèrent dans la cour du Pré­toire.

Les sol­dats romains le dépouillèrent de la robe blanche qu’Hérode lui avait fait mettre par déri­sion ; ils l’attachèrent à une colonne et le fouet­tèrent avec une cruau­té inouïe.

Sa chair sacrée fut bien­tôt déchi­rée par les lanières de cuir armées de pointes de fer dont se ser­vaient les Romains pour ces cruelles exé­cu­tions. Et quand sa chair fut en lam­beaux, quand ses os furent dépouillés, quand il eut reçu plus de trois mille coups de fouets et que les infâmes bour­reaux furent las de frap­per, ils délièrent Jésus, l’assirent sur une pierre, jetèrent sur ses épaules san­glantes un man­teau de pourpre, enfon­cèrent sur sa tête une cou­ronne d’épines dont les pointes lui déchi­raient la tête et le front, et lui remirent dans les mains le sceptre de roseau.

« Salut, ô Roi des Juifs ! » disaient-ils en rica­nant et en se pros­ter­nant devant lui. Et lui arra­chant le roseau des mains, ils lui en frap­paient la tête, puis ils le souf­fle­taient et le cou­vraient de cra­chats.

Voi­là, mes chers enfants, une par­tie des souf­frances qu’a vou­lu endu­rer Notre-Sei­gneur pour rache­ter nos péchés, pour nous sau­ver du démon. Et nous, ingrats et méchants, nous oublions sa Pas­sion, nous conti­nuons à l’offenser, nous pré­fé­rons notre plai­sir à son amour, et nous nous jetons dans une vie dis­si­pée, com­mode, agréable, cou­pable par son inuti­li­té, sans réflé­chir que nous nous per­dons et que nous ren­dons les souf­frances de Notre-Sei­gneur inutiles en ce qui nous touche. Notre ingra­ti­tude, notre légè­re­té ont été une des plus grandes peines du Sau­veur, car il nous aime et il ne peut nous sau­ver ; il souffre pour nous des tor­tures affreuses, et nous repous­sons son sacri­fice. Prions les uns pour les autres, mes chers enfants, afin que tous nous soyons rem­plis de recon­nais­sance et d’amour pour ce bon Sau­veur et que nous pro­fi­tions de ce qu’il a souf­fert pour nous réunir à lui dans le bon­heur éter­nel.

Coloriage du chemin de la Passion du Christ
Source : http://www2.prierenfamille.com/itineraires-de-la-passion-dessin/

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