CXXXII. Résurrection et triomphe du Christ.

Auteur : Ségur, Comtesse de | Ouvrage : Évangile d’une grand’mère .

Évangile d’une grand’mère

Qua­torze fois dans le temps de ses pré­di­ca­tions Notre-Sei­gneur avait annon­cé qu’après sa Pas­sion et sa mort, il res­sus­ci­te­rait le troi­sième jour, et il pré­sen­tait d’avance cette résur­rec­tion comme le signe évident et défi­ni­tif auquel, non-seule­ment les Apôtres, mais les Juifs infi­dèles eux-mêmes, pour­raient recon­naître qu’il était le Fils de Dieu, égal à Dieu son Père.

Les enne­mis du Sau­veur connais­saient si bien cette pro­phé­tie et en com­pre­naient tel­le­ment l’importance, que leur pre­mier soin, aus­si­tôt que Jésus eut été enle­vé de la croix et dépo­sé au Saint Sépulcre, fut d’y mettre des gardes, et de fer­mer la porte du tom­beau avec les grands sceaux publics.

Mise au tombeau Rembrandt - Récit de la Résurrection pour les petits

Par cette méfiance des vues des Apôtres, par ces pré­cau­tions exces­sives, ils ren­dirent eux-mêmes plus cer­taine la résur­rec­tion de Notre-Sei­gneur dont tous les gardes du tom­beau furent témoins.

Valen­tine. Com­ment ! C’est devant eux tous que Jésus sor­tit vivant du tom­beau ?

Grand’mère. Oui, devant tous, à leur grande frayeur, comme je vais vous le racon­ter tout à l’heure.

Saint Jean et saint Pierre avaient accom­pa­gné Marie au Cénacle aus­si­tôt après que Notre-Sei­gneur fut dépo­sé dans le tom­beau ; ils pleu­raient et ils priaient avec elle.

Marie-Thé­rèse. Qu’est-ce qu’on appe­lait le Cénacle ?

Grand’mère. Le Cénacle était la salle où Jésus avait sou­pé le jeu­di soir avec ses dis­ciples et où il avait ins­ti­tué la sainte Eucha­ris­tie.

Saint Jean avoue lui-même dans son Évan­gile qu’ils avaient tous oublié la pro­phé­tie de Jésus tou­chant sa résur­rec­tion ; excep­té la Sainte Vierge, ils avaient tous per­du la foi en la Divi­ni­té de Notre-Sei­gneur. Ils étaient comme hors d’eux-mêmes et ne savaient plus que croire. La Sainte Vierge seule connais­sait ce qui devait arri­ver ; mais alors, comme pen­dant la vie de son Divin Fils, elle conser­vait toutes ces choses dans son cœur.

Les autres Apôtres s’étaient dis­per­sés depuis le jeu­di soir, peu après l’arrestation de leur Maître. Ils avaient pas­sé le ven­dre­di et le same­di dans l’abattement, presque dans le déses­poir. Tho­mas Dydime, l’un des douze Apôtres, sai­si d’une ter­reur panique, s’était même enfui au loin, hors de Jéru­sa­lem.

Les Apôtres, réduits au nombre de dix, à cause de la tra­hi­son de Judas et de la fuite de Tho­mas, s’enfermèrent dans le Cénacle. Leur esprit était bou­le­ver­sé et ils n’avaient qu’un seul sen­ti­ment, la peur des Juifs.

Depuis le ven­dre­di soir, les gardes s’étaient suc­cé­dé près du tom­beau ; ils étaient plu­sieurs ensemble pour mieux le gar­der.

Les saintes femmes, en ren­trant à Jéru­sa­lem, s’étaient hâtées d’acheter cent livres de par­fums pour ache­ver le len­de­main de la Pâque, l’embaumement du corps de Jésus. N’ayant pu sor­tir le jour du sab­bat, elles igno­raient, comme les Apôtres, que les Princes des Prêtres eussent envoyé des sol­dats pour veiller près du sépulcre.

Au moment où le jour com­men­çait à luire, le tom­beau Divin fut ébran­lé tout à coup. Un Ange brillant comme l’éclair appa­rut au milieu des gardes, qui, dans leur effroi, tom­bèrent à la ren­verse. La porte scel­lée du tom­beau se bri­sa et fut lan­cée au loin.

Le Fils de Dieu était res­sus­ci­té.

Petite histoire de la Résurrection

Il venait d’accomplir la pré­dic­tion qu’il avait faite :

Je quille ma vie pour la reprendre ; per­sonne ne me la ravit ; c’est par ma propre volon­té que je l’abandonne. J’ai le pou­voir de la quit­ter et j’ai le pou­voir de la reprendre. C’est le com­man­de­ment que j’ai reçu de mon Père.

La mort était vain­cue et Notre Sau­veur venait de recon­qué­rir pour nous tout ce qu’Adam avait per­du par le péché.

Jacques. Com­ment, par qui la mort a-t-elle été vain­cue ? Et com­ment peut-on vaincre la mort ? Pour vaincre il faut com­battre ; et la mort n’est pas un homme avec lequel on puisse se battre.

Grand’mère. C’est Notre-Sei­gneur qui a vain­cu la mort par sa Résur­rec­tion ; c’est-à-dire que par son expia­tion des péchés des hommes, il a don­né à leur âme la pos­si­bi­li­té de vivre de la vie éter­nelle, dans le bon­heur éter­nel. La mort n’a pas de corps comme un homme, mais elle est un mal ter­rible qui existe bien réel­le­ment. On dit sou­vent : vaincre ses mau­vais pen­chants ; vaincre la mala­die ; vaincre sa paresse. C’est de même que Notre-Sei­gneur a vain­cu la mort, en se mon­trant plus fort qu’elle, puisqu’il a repris sa vie. En outre, vaincre la mort signi­fie vaincre la mort et l’enfer.

Lorsque les gardes furent reve­nus de leur ter­reur, ils s’enfuirent vers la ville et allèrent racon­ter à Caïphe et aux Princes des Prêtres ce qui venait d’arriver. Ceux-ci, per­sis­tant dans leur mau­vaise foi, dans leur haine et dans leur incré­du­li­té, s’endurcirent dans le crime en don­nant aux sol­dats une somme d’argent consi­dé­rable, afin qu’ils ne par­lassent pas de ce qu’ils avaient vu, et qu’ils répan­dissent le bruit que pen­dant la nuit, les dis­ciples de Jésus, pro­fi­tant du som­meil des gardes, étaient venus et avaient enle­vé le corps.

Jeanne. Est-ce qu’on les a crus ?

Grand’mère. Per­sonne ne pou­vait y croire, car il était trop évident : d’abord, que les gardes n’avaient pu tous dor­mir à la fois, et si pro­fon­dé­ment que le bruit cau­sé par le bri­se­ment de la pierre du tom­beau, et par la chute de cette pierre énorme, n’en eût pas éveillé un seul.

Ensuite, per­sonne ne put croire que ces dis­ciples si timides, qui s’étaient enfuis au pre­mier dan­ger, sans avoir ten­té de défendre leur maître, fussent deve­nus assez intré­pides et auda­cieux pour com­battre les hommes armés qui gar­daient le sépulcre et qu’ils devaient s’attendre à trou­ver éveillés, prêts à défendre l’entrée du tom­beau.

Et dans quel but auraient-ils ris­qué leur vie ?

Pour reti­rer d’un sépulcre le cadavre d’un homme qui les aurait trom­pés en leur fai­sant croire qu’il était Dieu et qu’il res­sus­ci­te­rait.

Enfin, si les gardes s’étaient réel­le­ment endor­mis et s’étaient lais­sés jouer de la sorte par les dis­ciples dont ils se méfiaient et dont on leur avait ordon­né de se méfier, les Princes des Prêtres, au lieu de payer aux gardes leur silence, les auraient fait pour­suivre et juger, les auraient fait com­pa­raître et par­ler en public pour confir­mer l’imposture de Jésus et la jus­tice de sa condam­na­tion.

Per­sonne à Jéru­sa­lem ne crut aux paroles des sol­dats et des Princes des Prêtres. Le bruit de la résur­rec­tion de Notre Sei­gneur se répan­dit par­tout et ce fut là ce qui pré­pa­ra des mil­liers de conver­sions qui sui­virent tes pre­mières pré­di­ca­tions de saint Pierre et des Apôtres.

Coloriage pour les enfants : icone de la Résurrection


Navigation dans Évangile d’une grand’mère
« CXXI. Jésus ren­voyé à Pilate.

Soyez le premier à commenter

    Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

    *