Étiquette : <span>4 octobre</span>

Ouvrage : Bayard | Auteur : Sève, André | Illustration : Hi-Ta

Le Troubadour d’Assise

Saint François fait célébrer une messe dans la chapelle Notre-Dame des Anges restauré

Un an pas­sa, puis deux. Le petit maçon de Jésus avait fini de recons­truire Notre-Dame-des-Anges. Après la Chan­de­leur, le prin­temps risque un œil et les ruis­seaux recom­mencent à rire. Fran­çois avait un peu moins froid dans la petite cabane qu’il s’é­tait construit

dans le bois, près de l’é­glise. Et même, ce matin-là, le 24 février 1209, jour de Saint-Mathias, il avait tout à fait chaud au cœur et il chan­tait fort, comme juste avant qu’il vous arrive un grand bon­heur sans que vous vous en doutiez.

Le curé de Saint-Damien vint dire la messe. Il lut l’É­van­gile plus len­te­ment que d’ordinaire.

Allez et prê­chez. Dites : le royaume des cieux est proche !… N’emportez ni or, ni argent, ni sac pour la route, ni deux tuniques, ni chaus­sures, ni bâton…

Fran­çois eut comme un éblouis­se­ment. Bien des fois il avait enten­du ces paroles, mais, ce matin, il com­pre­nait qu’elles s’a­dres­saient direc­te­ment à lui. Quand Jésus lui

Saint François prêche sur les routes d'Italie
Ouvrage : Bayard | Auteur : Sève, André | Illustration : Hi-Ta

Le Troubadour d’Assise

Saint François reconstruit l'église de Saint Damien

À par­tir de ce moment, il ne se demande plus qu’une chose com­ment vais-je ser­vir Notre-Sei­gneur ? Il allait sou­vent prier dans la petite église de Saint-Damien, bâtie en pleine cam­pagne, à flanc de coteau, au milieu des oli­viers et bien en face de la plaine. Un joli coin pour pen­ser au bon Dieu.

Fran­çois aimait prier devant le grand Cru­ci­fix de bois peint qui domine l’au­tel. Et voi­là qu’un jour, la pein­ture se met à bou­ger, les yeux s’a­niment et une voix douce pro­nonce bien distinctement :

— Va, Fran­çois, recons­truis ma mai­son…, elle s’écroule.

C’est vrai, elle était bien déla­brée, la pauvre petite église de Saint-Damien. Et plus haut, dans la mon­tagne, Saint-Pierre tom­bait en ruine. Et plus bas, dans la plaine, le clo­cher de Sainte-Marie-des-Anges fai­sait pitié. Eh bien ! Fran­çois devien­dra le maçon du bon Dieu.

Oui, mais il y a quel­qu’un à qui tout cela ne plai­sait guère…

Saint François se dépouille de ses vêtements et les rend à son père, Pierre Bernardone
Ouvrage : Bayard | Auteur : Sève, André | Illustration : Hi-Ta

Le Troubadour d’Assise

François d'Assise fils d'un marchand drapier

Il y a long­temps de cela, dans une petite ville d’I­ta­lie appe­lée Assise, on par­lait beau­coup du fils d’un riche mar­chand drapier…

Il s’ap­pe­lait Fran­çois. Il était petit et maigre, mais agréable de figure, avec un sou­rire char­mant. Il fal­lait voir sur­tout ses beaux yeux noirs, à la fois vifs et doux.

C’é­tait un vrai chef au milieu des autres jeunes gens d’As­sise. Mais un chef pour l’a­mu­se­ment, et Dieu, qui lui avait don­né aus­si belle âme que beau visage, atten­dait autre chose de lui.

Il n’é­tait pas du tout avare, mais un jour, pres­sé et éner­vé parce qu’il avait beau­coup de tra­vail dans la bou­tique, il bous­cu­la un mendiant :

― Va-t’en, tu m’ennuies !

Ah ! comme le remords vient vite le mordre. Il plante là les clients, court après le pauvre, s’a­ge­nouille devant lui, demande par­don et donne sa bourse toute pleine d’é­cus. Quand on est capable de faire un geste pareil pour l’a­mour de Dieu, ça prouve qu’on est appe­lé à de grandes choses.

François d'Assise part en guerre contre Pérouse
Ouvrage : Autres textes | Auteur : André-Delastre, Louise

Par­mi les fêtes chré­tiennes, Noël avait toutes les pré­fé­rences de saint Fran­çois [d’As­sise] (il n’est pas le seul) ! Ce jour, qui nous a don­né le Sau­veur, ne pou­vait à ses yeux appor­ter assez de joie aux créa­tures, même à leur corps, ce « Frère Âne » qu’il trai­tait si mal d’or­di­naire. Une année que Noël tom­bait un ven­dre­di, les frères déli­bé­raient pour savoir si l’on ferait maigre ce jour-là. Fran­çois pro­teste : « Ne par­lez pas de ven­dre­di ni de maigre [1] un jour pareil, le jour où l’En­fant-Dieu est né. Je vou­drais qu’en ce jour les murs mêmes puissent man­ger de la viande, ou du moins qu’on les frotte de graisse puis­qu’ils ne peuvent manger ».

Il deman­dait aux riches de réga­ler les pauvres en l’hon­neur de la fête et de don­ner aux bœufs et aux ânes, com­pa­gnons de Jésus dans l’é­table, double ration d’a­voine et de foin. — « Si je connais­sais l’Em­pe­reur, disait-il encore, je le sup­plie­rais de faire une loi ordon­nant de semer du grain sur les routes pour le régal des petits oiseaux, et sur­tout de nos sœurs les Alouettes. » Ces alouettes, qui montent si haut dans le ciel en chan­tant, devaient lui rap­pe­ler les anges de Bethléem.

Bref, notre saint aimait tant Noël que, trois ans avant sa mort, lui vint à ce sujet une belle idée. Il fait appe­ler Mes­sire Jean, noble riche, ins­truit et chré­tien plus fervent encore. — « Rends-toi à Grec­cio si tu le veux bien, lui dit-il ; nous y célé­bre­rons la pro­chaine fête du Sei­gneur. Pars dès main­te­nant et occupe-toi des pré­pa­ra­tifs que je vais t’indiquer… »

Ici, nous ne tra­hi­rons pas le secret que, lon­gue­ment, Fran­çois confie à l’o­reille de Jean. Celui-ci accepte aus­si­tôt et se met en route.

La grande Nuit arrive. On a convo­qué les Frères de plu­sieurs cou­vents des envi­rons et le peuple se presse, nom­breux, avec des torches et des cierges. Tous sont fort intri­gués : il y aura une sur­prise, paraît-il. Le lieu, déjà, étonne. Une messe de minuit en plein bois, dans une grotte, une cabane ? Un frère ras­sure les scru­pu­leux : la per­mis­sion de dres­ser cet « autel por­ta­tif » — comme nous dirions — a été obte­nue de Rome. Elle était alors très rare­ment don­née, mais le Pape véné­rait beau­coup Frère François.

  1. [1] Faire maigre est se pri­ver de viande, par péni­tence, le ven­dre­di et cer­tains jours de l’Avent et du Cueille ou les veilles de grandes fêtes. L’É­glise a adou­ci ce com­man­de­ment, mais beau­coup de fidèles conti­nuent à l’ob­ser­ver ; c’est tout de même une bien petite pri­va­tion !↩
Ouvrage : Petite Histoire de l'Église illustrée | Auteur : Par un groupe de pères et de mères de familles

∼∼ XIX ∼∼

Allo ! la Jeu­nesse. Nous venons de déci­der notre départ dans cinq jours ; mais nous n’a­vons pas le cou­rage de quit­ter Rome et l’I­ta­lie sans avoir été jus­qu’à Assise. Je comp­tais ache­ter ici quelques sou­ve­nirs qui auraient embel­li « la mai­son des vacances » ; à la réflexion, vos mamans et moi pré­fé­rons nous en pri­ver, pour pou­voir mon­ter à Assise. Qu’en dites-vous ?

— Quel bon­heur ! papa, crie Colette, en bon­dis­sant comme un cha­mois, tan­dis que le reste de la bande répond avec un enthou­siasme tout aus­si joyeux, quoique moins exubérant.

Et l’on prend la route qui mène à Assise, à tra­vers les monts de l’Om­brie. Le site où repose la petite ville est d’une beau­té char­mante, silen­cieuse, recueillie. C’est la patrie de saint François.

— Est-il né ici ? demande Annie.

— Oui, et savez-vous que, tout petit, il s’ap­pe­lait Jean. Plus tard, on l’a sur­nom­mé Fran­çois, à cause de son amour de la langue fran­çaise, peut-être aus­si de la France tout court.

Saint François d'Assise et les Franciscains
« Oiseaux, mes frères !… »

Comme le Bon Dieu l’a bien envoyé au bon moment ! Tout le long des siècles, nous l’a­vons dit cent fois, l’É­glise voit les pauvres hommes qui la com­posent tom­ber dans quelque faute. Les chré­tiens ne sont pas des anges, hélas ! Ce qui est admi­rable, c’est que Dieu donne sans cesse à son Église juste les secours ou les exemples néces­saires pour cor­ri­ger ses enfants.