Sainte Félicité était une dame romaine de haute considération. Elle vivait au milieu du IIe siècle, sous l’empereur Antonin. Vers l’an 160, elle devint veuve. Elle avait sept fils, jeunes encore : Janvier, Félix, Philippe, Silvain, Alexandre, Vital et Martial ; sa piété, ses leçons, ses exemples en firent des saints. Les…
Catégorie : <span>Le deuxième livre d'André</span>
I
Près du portail de la cathédrale de Saint-Jean, de Lyon, on remarquait un vieux pauvre qui venait, depuis vingt-cinq ans, s’asseoir régulièrement tous les jours à la même place. Sous les haillons et les lambeaux de la misère qui le couvraient, perçait une apparence de dignité qui annonçait que ce n’était pas un pauvre ordinaire. Il avait reçu une éducation supérieure à celle qui accompagne généralement la misère. Aussi jouissait-il parmi les autres pauvres d’une certaine considération.

C’était lui qui apaisait les querelles, et on le chargeait souvent de distribuer les aumônes. Sa vie et ses malheurs étaient un mystère pour tout le monde. Jean-Louis (c’était son nom) ne mettait jamais le pied dans l’église, et Jean-Louis était catholique.
Au moment des offices, le vieux pauvre se sentait entraîné à confondre sa prière avec celle des fidèles. Le chant sacré, la lumière, des cierges, l’appareil de l’autel[1], l’harmonie de l’orgue, le recueillement de la foule, tout le frappait d’admiration.
Des ruisseaux de larmes coulaient à travers les rides de son visage. Un grand malheur ou un profond remords semblaient agiter son âme. Un prêtre, l’abbé Sorel, se rendait chaque matin à Saint-Jean pour célébrer la messe, il était fort charitable ; Jean-Louis, son pauvre privilégié, recevait chaque jour sa petite aumône.
II
Un jour, Jean-Louis n’était pas à sa place accoutumée. L’abbé Sorel, jaloux de ne pas perdre le fruit de son aumône, s’informe du pauvre, cherche sa demeure, la trouve enfin, et quelle est sa surprise de voir, au lieu d’un misérable réduit, un riche appartement, et dans un coin, au milieu de la richesse, un misérable grabat sur lequel gisait le vieux mendiant.
La présence du prêtre ranima le vieillard dans ses douleurs ; et d’une voix pleine de reconnaissance, il s’écria :
« Monsieur l’abbé, vous daignez vous souvenir d’un malheureux tel que moi !
- [1] L’appareil de l’autel : la solennité et la pompe qui s’y déploient.↩
I. Le fait suivant s’est passé non loin d’Orléans, pendant la guerre franco-allemande. Le pays aux environs d’Orléans, était couvert de hordes prussiennes, et le 24 novembre 1870, un régiment de hulans[1] , avant-garde de l’armée du prince Frédéric-Charles, arrivait à B***. Le maire du bourg demanda un homme de bonne volonté : il désirait lui confier la mission de prévenir sans retard l’armée française cantonnée à Bellegarde, sur la lisière de la forêt d’Orléans. Mais les Allemands étaient aux aguets, ils avaient cerné le village et ne laissaient sortir personne.
C’est alors qu’un brave et gentil garçon de douze ans, à l’œil vif, au pied alerte, vint trouver le maire et s’offrit.
« — C’est toi, Alexandre, qui veux te charger de prévenir l’armée française ?
— Oui, Monsieur le Maire.
— Te sens-tu le cœur solide ?
— Comme un roc.
— Tu es audacieux ?
— Comme un Parisien.
— Eh bien ! dit le maire en l’embrassant, va à Bellegarde, tu demanderas le général Billot et tu lui donneras ce petit cahier de papier à cigarettes. Il contient tons les renseignements qui peuvent permettre à l’armée française de surprendre l’ennemi. Lis-le au préalable, et retiens dans ta mémoire ce qu’il contient, afin de pouvoir le redire si tu étais obligé de le faire disparaître.
— Ce sera fait, Monsieur le Maire.
— Ne te laisse pas prendre par les Prussiens, au moins, ils te tueraient.
— Je le sais, mais ne craignez rien, je mangerais ma langue plutôt que de dire, quoi que ce soit. »
Alexandre s’éloigna et gagna les dernières maisons du village. Les sentinelles ne firent pas attention à cet écolier qui s’en allait jouant. Dès qu’il se trouva un peu l’écart, l’enfant prit la fuite.
Les sentinelles l’aperçurent alors et firent feu sur le gamin qui dévalait dans la plaine. On lança contre lui une dizaine de cavaliers, mais le petit courait toujours ; il choisissait les bouquets de bois, les taillis, les terres labourées, sachant bien que les chevaux ne pouvaient l’y suivre.
- [1] Hulans : ou uhlans : espèce de lanciers.↩


