Étiquette : <span>10 juillet</span>

Ouvrage : Le deuxième livre d'André

Sainte Féli­ci­té était une dame romaine de haute consi­dé­ra­tion. Elle vivait au milieu du IIe siècle, sous l’empereur Anto­nin. Vers l’an 160, elle devint veuve. Elle avait sept fils, jeunes encore : Jan­vier, Félix, Phi­lippe, Sil­vain, Alexandre, Vital et Mar­tial ; sa pié­té, ses leçons, ses exemples en firent des saints.

Les prêtres des idoles furieux des conver­sions pro­duites par les exemples de cette sainte famille dénon­cèrent Féli­ci­té comme chré­tienne à l’empereur Anto­nin. Le super­sti­tieux empe­reur la livra au pré­fet Publius pour la juger. Le pré­fet traite d’a­bord cette noble dame avec tous les égards dus à son rang. Il l’in­vite à détour­ner de sa tête et de celle de ses fils les châ­ti­ments qui les menacent, en sacri­fiant aux dieux de l’empire. Il ajoute que la pro­tec­tion de l’empereur sera le prix de son obéis­sance et que sa sou­mis­sion ouvri­ra à ses fils la car­rière des hon­neurs. Autre­ment, elle pou­vait s’at­tendre à tous les supplices. 

— « Ni vos sup­plices ne m’ef­fraient, ni vos pro­messes ne me séduisent, répon­dit-elle ; toute ma confiance est dans l’Es­prit-Saint, qui me for­ti­fie et qui ne nous lais­se­ra vaincre ni par les caresses ni par les tourments.

— Misé­rable femme, va et meurs, s’é­cria le pré­fet ; mais quelle fureur te pousse à perdre aus­si la vie de tes enfants ?

— Mes enfants vivront véri­ta­ble­ment s’ils refusent de sacri­fier aux idoles, dit Féli­ci­té ; mais s’ils com­mettent ce crime, ils péri­ront d’une mort éternelle. »

Le len­de­main, Publius fit paraître à son ter­rible tri­bu­nal les enfants avec la mère : la joie des cœurs inno­cents inon­dait leur visage.

Frap­pé de leur jeu­nesse et de leur beau­té, le pré­fet, s’a­dres­sant à la mère : 

— « N’a­vez-vous pas pitié de vos enfants ? lui dit-il. Venez, mes enfants, venez à moi, je vous ferai un sort heureux. »

À ces mots, l’hé­roïque chré­tienne s’écria : 

— « Vous vou­lez les perdre ! Mes enfants, voi­ci l’heure du triomphe ; levez les yeux au ciel ; Jésus vous offre la cou­ronne, il a don­né son sang pour votre salut, don­nez le vôtre pour sa gloire. »

Publius irri­té de la har­diesse de la sainte femme, la fit rude­ment souf­fle­ter. Puis, appe­lant l’un des sept frères : 

— « Soyez plus sage que votre mère, lui dit-il.

Ouvrage : Autres textes | Auteur : Vaultier, Roger

epuis des siècles, les culti­va­teurs des dif­fé­rentes pro­vinces de France invoquent un cer­tain nombre de bien­heu­reux, aux spé­cia­li­tés bien défi­nies, pour la pro­tec­tion et la pros­pé­ri­té de leur bétail, de leur basse-cour et de leurs ani­maux domes­tiques. Ces dévo­tions assez par­ti­cu­lières, mais fort tou­chantes, donnent lieu à des cou­tumes pit­to­resques, dont nous dési­rons aujourd’­hui pré­sen­ter quelques exemples à nos lecteurs.

Dans le Nord de la France, à Dom­pierre, le pèle­ri­nage de saint Etton est en renom depuis des siècles. Le jour de l’As­cen­sion, vers 1890, envi­ron six mille per­sonnes se ren­daient dans cette petite loca­li­té, située non loin d’A­vesnes. Dès l’aube, une foule de fer­miers obs­truaient les rues du vil­lage. Cha­cun était por­teur d’une baguette de cou­drier dont l’é­corce avait été décou­pée en spi­rale avec le plus grand soin. Ils fai­saient trois fois le tour de l’é­glise en l’hon­neur, disait-on, de la sainte Tri­ni­té — en réa­li­té, pour suivre une tra­di­tion nul­le­ment chré­tienne. Puis, après avoir tra­ver­sé le haut de la grande nef, ils tou­chaient de leur brin de bois toute la super­fi­cie de la sta­tue du bon saint Etton, de la plante des pieds au som­met de la tête, et conti­nuaient leur marche. Le troi­sième périple ache­vé, ils se fai­saient ins­crire à la confré­rie, se fai­saient dire l’é­van­gile du jour et allaient, d’un pas allègre, trem­per leur brin­dille dans l’eau mira­cu­leuse de la fon­taine voi­sine. Au retour de leur pieux voyage, leur pre­mier soin était de se rendre dans leurs étables et de pro­me­ner sur le dos de leurs bêtes la baguette bénite afin d’ob­te­nir qu’elles fussent pré­ser­vées des acci­dents et des maladies.

Les pay­sans visi­taient aus­si le sanc­tuaire de Bien­vil­lers-au-Bois où ce saint, peu connu dans l’his­toire, était éga­le­ment prié ; ils chan­taient un long can­tique dont voi­ci un extrait :

Vaches, che­vaux et bre­bis,
Par­tout ce saint est notre appui,
De loin comme de près,
Il peut par­tout nous pré­ser­ver …

Saint Etton protecteur du bétail

Un autre pas­sage de ce pieux poème nous dévoile les buts de ce pèlerinage :

À Bien­vil­lers-au-Bois,
Vil­lage du quar­tier d’Ar­ras,
Là où est saint Etton,
Pro­tec­teur de tous ces can­tons,
Un nombre de gens vont infi­ni­ment (sic)
En dévo­tion ser­vir saint Etton,
Offrant leur cœur à Dieu,
Au nom de ce saint glo­rieux,
D’a­pai­ser les fléaux
Qui règnent sur les animaux …

Ouvrage : Le Saint du Jour | Auteur : Berthet, Abbé Henri