Sainte Félicité était une dame romaine de haute considération. Elle vivait au milieu du IIe siècle, sous l’empereur Antonin. Vers l’an 160, elle devint veuve. Elle avait sept fils, jeunes encore : Janvier, Félix, Philippe, Silvain, Alexandre, Vital et Martial ; sa piété, ses leçons, ses exemples en firent des saints.
Les prêtres des idoles furieux des conversions produites par les exemples de cette sainte famille dénoncèrent Félicité comme chrétienne à l’empereur Antonin. Le superstitieux empereur la livra au préfet Publius pour la juger. Le préfet traite d’abord cette noble dame avec tous les égards dus à son rang. Il l’invite à détourner de sa tête et de celle de ses fils les châtiments qui les menacent, en sacrifiant aux dieux de l’empire. Il ajoute que la protection de l’empereur sera le prix de son obéissance et que sa soumission ouvrira à ses fils la carrière des honneurs. Autrement, elle pouvait s’attendre à tous les supplices.
— « Ni vos supplices ne m’effraient, ni vos promesses ne me séduisent, répondit-elle ; toute ma confiance est dans l’Esprit-Saint, qui me fortifie et qui ne nous laissera vaincre ni par les caresses ni par les tourments.
— Misérable femme, va et meurs, s’écria le préfet ; mais quelle fureur te pousse à perdre aussi la vie de tes enfants ?
— Mes enfants vivront véritablement s’ils refusent de sacrifier aux idoles, dit Félicité ; mais s’ils commettent ce crime, ils périront d’une mort éternelle. »
Le lendemain, Publius fit paraître à son terrible tribunal les enfants avec la mère : la joie des cœurs innocents inondait leur visage.
Frappé de leur jeunesse et de leur beauté, le préfet, s’adressant à la mère :
— « N’avez-vous pas pitié de vos enfants ? lui dit-il. Venez, mes enfants, venez à moi, je vous ferai un sort heureux. »
À ces mots, l’héroïque chrétienne s’écria :
— « Vous voulez les perdre ! Mes enfants, voici l’heure du triomphe ; levez les yeux au ciel ; Jésus vous offre la couronne, il a donné son sang pour votre salut, donnez le vôtre pour sa gloire. »
Publius irrité de la hardiesse de la sainte femme, la fit rudement souffleter. Puis, appelant l’un des sept frères :
— « Soyez plus sage que votre mère, lui dit-il.



