À partir de ce moment, il ne se demande plus qu’une chose comment vais-je servir Notre-Seigneur ? Il allait souvent prier dans la petite église de Saint-Damien, bâtie en pleine campagne, à flanc de coteau, au milieu des oliviers et bien en face de la plaine. Un joli coin pour penser au bon Dieu.
François aimait prier devant le grand Crucifix de bois peint qui domine l’autel. Et voilà qu’un jour, la peinture se met à bouger, les yeux s’animent et une voix douce prononce bien distinctement :
— Va, François, reconstruis ma maison…, elle s’écroule.
C’est vrai, elle était bien délabrée, la pauvre petite église de Saint-Damien. Et plus haut, dans la montagne, Saint-Pierre tombait en ruine. Et plus bas, dans la plaine, le clocher de Sainte-Marie-des-Anges faisait pitié. Eh bien ! François deviendra le maçon du bon Dieu.
Oui, mais il y a quelqu’un à qui tout cela ne plaisait guère…
Dès que Jésus fut né, les Anges chantèrent dans le ciel, illuminant la nuit de leurs clartés. Ils s’adressèrent alors à des bergers qui gardaient leurs troupeaux, et leur dirent : « Allez à Bethléem. Il vous est né un Sauveur, que vous trouverez enveloppé de langes et posé dans une crèche !…
Il y avait un riche et un pauvre. Le riche faisait bonne chère ; le pauvre, nommé Lazare, était couché à sa porte, couvert d’ulcères que les chiens venaient lécher ; mais le riche ne lui donnait rien à manger. Ce dernier mourut et fut envoyé en enfer. Lazare aussi mourut, et…
Près du portail de la cathédrale de Saint-Jean, de Lyon, on remarquait un vieux pauvre qui venait, depuis vingt-cinq ans, s’asseoir régulièrement tous les jours à la même place. Sous les haillons et les lambeaux de la misère qui le couvraient, perçait une apparence de dignité qui annonçait que ce n’était pas un pauvre ordinaire. Il avait reçu une éducation supérieure à celle qui accompagne généralement la misère. Aussi jouissait-il parmi les autres pauvres d’une certaine considération.
Près du portail de la cathédrale de Saint-Jean…
C’était lui qui apaisait les querelles, et on le chargeait souvent de distribuer les aumônes. Sa vie et ses malheurs étaient un mystère pour tout le monde. Jean-Louis (c’était son nom) ne mettait jamais le pied dans l’église, et Jean-Louis était catholique.
Au moment des offices, le vieux pauvre se sentait entraîné à confondre sa prière avec celle des fidèles. Le chant sacré, la lumière, des cierges, l’appareil de l’autel[1], l’harmonie de l’orgue, le recueillement de la foule, tout le frappait d’admiration.
Des ruisseaux de larmes coulaient à travers les rides de son visage. Un grand malheur ou un profond remords semblaient agiter son âme. Un prêtre, l’abbé Sorel, se rendait chaque matin à Saint-Jean pour célébrer la messe, il était fort charitable ; Jean-Louis, son pauvre privilégié, recevait chaque jour sa petite aumône.
II
Un jour, Jean-Louis n’était pas à sa place accoutumée. L’abbé Sorel, jaloux de ne pas perdre le fruit de son aumône, s’informe du pauvre, cherche sa demeure, la trouve enfin, et quelle est sa surprise de voir, au lieu d’un misérable réduit, un riche appartement, et dans un coin, au milieu de la richesse, un misérable grabat sur lequel gisait le vieux mendiant.
La présence du prêtre ranima le vieillard dans ses douleurs ; et d’une voix pleine de reconnaissance, il s’écria :
« Monsieur l’abbé, vous daignez vous souvenir d’un malheureux tel que moi !
Dans la terre de Hus, vivait un homme très riche, Job, simple, droit et craignant Dieu. Il avait dix enfants, sept filles et trois fils, possédait 7.000 moutons et 3.000 chameaux et des bœufs et des ânes en grande quantité. 11 était dans la joie lorsque Satan demanda à Dieu de l’éprouver pour savoir si, dans la misère, il continuerait de bénir le Seigneur. Soudain, ses enfants moururent tous. Ses biens
furent tous perdus et lui-même dévoré d’ulcères, s’assit sur un tas de fumier, il enlevait avec des débris de pot le pus qui coulait de ses plaies. Malgré son immense misère, il prononça cette parole sublime : « Le Seigneur m’avait tout donné, Il m’a tout enlevé, que son Saint Nom soit béni ».