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28 avril 2026Saint Paul de la Croix, Confesseur

Paul de la Croix naquit à Uva­da, en Ligu­rie, le 3 jan­vier 1694. Dès l’en­fance, il eut une par­ti­cu­lière dévo­tion aux dou­leurs de Jésus cru­ci­fié. Enflam­mé du désir du mar­tyre, il se joi­gnit à l’ar­mée qui s’as­sem­blait à Venise pour com­battre les Turcs. Mais, s’é­tant ren­du compte que la volon­té de Dieu l’ap­pe­lait ailleurs, il lais­sa les armes, refu­sa un mariage très hono­rable et, revê­tu d’une tunique gros­sière, se mit à prê­cher. Benoît XIII vou­lut l’or­don­ner prêtre. Paul de la Croix se reti­ra ensuite dans la soli­tude du mont Argen­ta­ro, que la Bien­heu­reuse Vierge lui avait dési­gnée depuis long­temps déjà. C’est là qu’il jeta les fon­de­ments de la Congré­ga­tion des Pas­sion­nistes, dont les membres sont astreints par vœu à pro­pa­ger le sou­ve­nir de la Pas­sion du Christ. La flamme d’a­mour qui le consu­mait était telle que la par­tie de son vête­ment la plus voi­sine du cœur parut sou­vent comme brû­lée par le feu et que deux de ses côtes se sou­le­vèrent. Il fut favo­ri­sé du don de pro­phé­tie, du don des langues, du don de lire dans les cœurs. La puis­sance de sa parole était mer­veilleuse, sur­tout lors­qu’il prê­chait sur la Pas­sion. Saint Paul de la Croix mou­rut à Rome en 1775.


Ouvrage : Les bons anges | Auteur : Lelong, M.-H.

Chapitre V

MONSIEUR le Curé arri­vait, en effet, par la petite porte qui donne sur le jar­din du pres­by­tère. Il por­tait un grand panier rem­pli de roses en papier qu’il fal­lait entre­la­cer pour en faire des guir­landes — une rouge, une blanche, une rouge, une blanche. 

En un clin d’œil, la bande du « chat-per­ché » fut ras­sem­blée : ce n’est pas tous les jours qu’on a la chance de tres­ser des guir­landes de roses en papier.

— Claire vou­drait savoir, dit Mlle Gaby, si l’En­fant Jésus avait son ange gar­dien ; le caté­chisme n’en parle pas. 

— Ni l’É­van­gile non plus, répon­dit M. le Curé. 

— Natu­rel­le­ment, l’En­fant Jésus avait un ange gar­dien, dit Madeleine. 

Made­leine a beau tenir la pre­mière place du caté­chisme, M. le Curé ne croit point qu’elle soit inca­pable de se tromper. 

— Dou­ce­ment, dou­ce­ment. Que fait notre ange gardien ? 

Made­leine répond d’une seule haleine, comme on dévide une leçon de catéchisme : 

— Notre ange gar­dien nous défend, nous guide, nous conseille et prie pour nous dans les dangers. 

— Bien répon­du. Ne voyez-vous pas qu’il y a là des choses dont l’En­fant Jésus pou­vait se pas­ser ? Est-ce qu’il avait besoin d’être gui­dé et conseillé ? Non, puis­qu’il savait tout. Est-ce qu’il avait besoin qu’on prie pour lui ? Non plus, puis­qu’il était le Bon Dieu…

— Alors, l’En­fant Jésus n’a pas eu d’ange gar­dien, dit Made­leine, attris­tée et déçue. 

Visi­ble­ment, le cercle des petites filles trou­vait que c’é­tait bien dommage. 

— Atten­dez ! atten­dez ! vous allez tou­jours trop vite. Admet­tons que l’ange gar­dien de l’En­fant Jésus n’é­tait pas un ange gar­dien comme les autres. Il n’a­vait pas à envoyer de bonnes ins­pi­ra­tions, puisque tout ce qui sor­tait de Jésus était bon. Je ne sais pas, après tout, s’il devait por­ter ses mérites devant Dieu, puisque Jésus était Dieu. 

— Un seul n’au­rait pas suf­fi, il en aurait fal­lu une équipe, dit Claire. 

— Notre-Sei­gneur a par­lé des anges qu’on ver­rait, dans le ciel ouvert, mon­ter et des­cendre au-des­sus de sa tête. Si, lors­qu’il était petit, un ange, le plus beau des anges du para­dis, a été mis à son ser­vice, plus tard il en a eu plu­sieurs, et c’est lui qui les commandait. 

— Il était le gar­dien des anges gar­diens, fit Madeleine.

— Et de tous les autres anges. Il l’a dit : Je n’au­rais qu’à faire un petit signe et plus de douze légions d’anges, c’est-à-dire douze régi­ments d’anges, se pré­ci­pi­te­raient sur les méchants. 

Made­leine, Colette, Claire, toutes leurs com­pagnes virent, dans un éclair, le régi­ment de chas­seurs à che­val qui avait can­ton­né dans le vil­lage, l’au­tomne der­nier. Douze régi­ments de chas­seurs à cheval ! 

— En tout cas, pour­sui­vit Mon­sieur le Curé, dans l’his­toire de Jésus, il est bien sou­vent ques­tion d’anges qui s’oc­cupent de lui, à com­men­cer par les anges qui ont chan­té dans la nuit de Noël : Glo­ria in excel­sis Deo.

Lorsque Hérode vou­lut tuer le petit Jésus (en ce temps-là, les anges gar­diens des Saints Inno­cents arri­vèrent très nom­breux au para­dis avec des âmes toutes blanches), un ange aver­tit saint Joseph et la Sainte Vierge qu’il fal­lait par­tir tout de suite en Égypte. « L’ange du Sei­gneur, » dit l’É­van­gile. C’est un tra­vail d’ange gar­dien que fait cet ange-là. Plus tard, après le jeûne de qua­rante jours au désert… 

— Qua­rante jours ! dit Colette, à mi-voix, sur un ton d’effroi. 

— …nous savons encore que « les anges le servaient ». 

Et l’Ange de l’A­go­nie, cet Ange du Jar­din des Oli­viers dont on ne dit pas le nom, n’est-ce pas encore un des bons anges de Jésus ? 

— Et après ? fait Thérèse. 

Ouvrage : La revue des saints | Auteur : Laboise, Chanoine L.-F.

Archevêque de Sens († 623). 

Fête le 1ᵉʳ septembre.

L’ÉTUDE des calen­driers parois­siaux de cha­cun des dio­cèses de France nous don­ne­rait la liste glo­rieuse et édi­fiante des églises et des loca­li­tés dont saint Loup, arche­vêque de Sens, est le titu­laire ou le patron. Il est, en effet, l’un des Saints dont le culte s’est éten­du bien au-delà des limites de son lieu d’o­ri­gine et de l’É­glise qu’il a gou­ver­née. La noto­rié­té qu’il a acquise rap­pelle, toutes pro­por­tions gar­dées, celle de saint Mar­tin de Tours ou de saint Ger­main d’Auxerre.

Quelle peut être la cause de cette popu­la­ri­té assez extra­or­di­naire ? Assu­ré­ment les ver­tus émi­nentes du pon­tife séno­nais jus­ti­fient le renom de sain­te­té dont il jouit dans sa ville épis­co­pale. Mais il en est de ces ver­tus comme des semences que dis­perse la tem­pête, elles portent au loin leurs fruits parce que le vent les a arra­chées à leur sol d’o­ri­gine pour les trans­plan­ter sur une terre étran­gère. C’est le souffle de la per­sé­cu­tion qui, en exi­lant saint Loup de son Église de Sens, a fait béné­fi­cier de ses ver­tus et de ses miracles plu­sieurs autres régions. Ces pays lui ont témoi­gné leur recon­nais­sance en se pla­çant sous sa céleste protection.

Naissance et premières années de saint Loup.

L’an­tique litur­gie, dont l’É­glise de Sens a repris en 1920 les offices tra­di­tion­nels, nous donne dans ses textes des notions pré­cises sur les ori­gines de son saint arche­vêque. « Il était par son père et sa mère de sang royal, et son lieu de nais­sance était situé sur les bords de la Loire, dans l’Orléanais. »

L’au­teur ano­nyme du VIIIe siècle, que suivent les Bol­lan­distes, nomme son père Bet­ton et sa mère Aus­tre­gilde ou Agia (la Sainte).

Sur la col­line de la Braye, aux envi­rons d’Or­léans, s’é­le­vait le châ­teau sei­gneu­rial où naquit, vers l’an 573, l’en­fant pré­des­ti­né qui reçut le nom franc de Wolf, dont le latin a fait Lupus et le fran­çais Loup, nom sous lequel il est connu dans le pays séno­nais. À Paris et dans le nord de la France on le désigne sous le nom de Leu.

Sa mère, com­tesse de Ton­nerre, était la fille d’un de ces leudes aux­quels Clo­vis avait don­né en par­tage le ter­ri­toire orléa­nais. La tra­di­tion veut que la nais­sance de son enfant lui ait été annon­cée par un ange, qui lui pré­dit en même temps que ce fils serait évêque. Elle se fit un devoir de le nour­rir elle-même et, presque aus­si­tôt, de l’i­ni­tier à la piété.

Lorsque plus tard il fut en âge de pro­fi­ter d’autres leçons et de rece­voir une édu­ca­tion plus déve­lop­pée, que son intel­li­gence allait rendre facile, il fut confié aux soins de ses oncles mater­nels, tous deux évêques, Aus­trène d’Or­léans et Aunaire d’Auxerre. Sous cette forte direc­tion, Loup fit de rapides pro­grès. En même temps qu’il avan­çait dans l’é­tude de la lit­té­ra­ture et des sciences humaines, sa pié­té se for­ti­fiait, et un attrait mar­qué pour le ser­vice des autels, les céré­mo­nies reli­gieuses et le chant litur­gique, démon­trait en toute évi­dence une irré­sis­tible voca­tion ecclé­sias­tique. Mieux pla­cés que per­sonne pour recon­naitre ces signes, ses oncles n’hé­si­tèrent point à lui don­ner entrée dans la clé­ri­ca­ture en l’ad­met­tant à la ton­sure, et enfin à lui confé­rer, après quelques années, l’or­di­na­tion sacerdotale.

Saint Loup prêtre. — Ses vertus sacerdotales.

La fer­veur du nou­veau prêtre ne connut bien­tôt plus de bornes : il s’ap­pli­qua plus que jamais à la pra­tique des plus hautes ver­tus. L’es­prit de reli­gion qui se mani­feste par l’a­mour du culte divin ; la dévo­tion envers les églises et l’hon­neur ren­du aux tom­beaux des Saints ; le zèle des âmes et la cha­ri­té envers le pro­chain ; l’exer­cice de la mor­ti­fi­ca­tion et de la péni­tence ; en un mot, tout ce qui consti­tue l’i­déal du sacer­doce, fut l’ob­jet de ses efforts les plus constants. À son tour, Loup était mûr pour l’é­pis­co­pat. Aus­si, à la mort de l’ar­che­vêque de Sens, saint Arthème († 609), la voix du cler­gé et du peuple fut-elle una­nime pour le dési­gner, comme suc­ces­seur de l’é­vêque défunt, à la pré­sen­ta­tion royale.

L’archevêque de Sens.

Lorsque le nou­vel arche­vêque eut pris pos­ses­sion de son siège, toutes les ver­tus dont il avait don­né l’exemple jusque-là brillèrent d’un éclat d’au­tant plus vif qu’il était plus éle­vé en digni­té. C’é­tait tou­jours le même sou­ci de per­fec­tion, mais s’af­fir­mant, se déployant sur un champ plus vaste et s’am­pli­fiant dans les fonc­tions de son nou­veau minis­tère. L’é­lo­quence de ses pré­di­ca­tions et les qua­li­tés exquises de son cœur lui conci­lièrent l’es­time et l’af­fec­tion de son cler­gé et de ses dio­cé­sains qui le consi­dé­raient comme un ange envoyé du ciel.

Ses occu­pa­tions pas­to­rales ne ralen­tis­saient en rien son zèle pour la visite des églises. La nuit, il son­nait lui-même la cloche pour appe­ler les ecclé­sias­tiques char­gés de chan­ter les Matines.

Dans l’un de ses voyages au domaine de ses pères, à Orléans, il vou­lut, fidèle à sa cou­tume, se rendre la nuit à l’é­glise Saint-Aignan, pour prier au tom­beau du saint évêque de cette ville. Trou­vant les portes fer­mées, il s’a­ge­nouille sur le seuil. Mais voi­là que par une inter­ven­tion céleste, les portes s’ouvrent d’elles-mêmes, lui per­met­tant ain­si de satis­faire sa dévotion.

Vitrail Saint Loup

La visite aux tom­beaux des Saints était, nous l’a­vons dit, une de ses pra­tiques favo­rites. Il eut, dans sa ville épis­co­pale si riche en tombes glo­rieuses, maintes occa­sions de s’ac­quit­ter de cet acte de pié­té. Il avait voué un culte spé­cial à la Vierge mar­tyre séno­naise sainte Colombe, et il tint à le mani­fes­ter jus­qu’au bout en deman­dant qu’a­près sa mort son corps fût trans­por­té à l’ab­baye de Sainte-Colombe pour y être inhu­mé sous la gout­tière de l’é­glise. Une pieuse habi­tude de l’ar­che­vêque de Sens, que nous allons rela­ter d’a­près les his­to­riens, est une nou­velle preuve de sa dévo­tion aux tom­beaux des Saints.

Les parents de Loup pos­sé­daient à Ton­nerre un châ­teau qui reçut bien des fois sa visite. Près de cette demeure fami­liale se trou­vait une cha­pelle qui ren­fer­mait les reliques de saint Mico­mer, dis­ciple de saint Ger­main d’Auxerre. Ce pieux per­son­nage était venu d’Ir­lande et avait sui­vi saint Ger­main lors de son voyage en Angle­terre ; reti­ré à Ton­nerre, il y était mort et l’on avait éri­gé un ora­toire sur son tom­beau. Or, c’est dans cette cha­pelle, voi­sine du châ­teau, que le fils de la prin­cesse Aus­tre­gilde aimait à célé­brer la messe, lors­qu’il venait à Tonnerre.

Sa ver­tu ne se bor­nait pas à des actes de reli­gion. En dis­ciple fidèle du Christ, il fai­sait consis­ter la cha­ri­té dans l’ac­com­plis­se­ment du double pré­cepte de l’a­mour de Dieu et de l’a­mour du pro­chain : « La mai­son d’un évêque, disait-il, doit être comme une hôtel­le­rie où les pauvres sont reçus par misé­ri­corde et les riches par courtoisie. »

Ouvrage : Les bons anges | Auteur : Lelong, M.-H.

Chapitre IV

MOI, dit Claire, la petite infirme, je suis tou­jours « perchée ». 

Elle dit cela avec un sou­rire, mais il y avait beau­coup de tris­tesse au fond de ce sourire.

Mlle Gaby, qui venait de pous­ser la voi­ture un peu plus loin, car le soleil avait tour­né, s’as­sit auprès de Claire pour la distraire. 

— Made­moi­selle, je pense sou­vent à l’ange gar­dien, dit la pauvre Claire, car j’en ai besoin bien sou­vent. Je vou­drais savoir si tout le monde a son ange gar­dien (elle son­geait aux négrillons de l’Ex­po­si­tion Colo­niale qu’elle avait vus sur les affiches car elle n’a­vait pu faire, vous le pen­sez bien, ce grand voyage de Paris — et dont on lui avait dit qu’ils n’é­taient pas baptisés). 

— Pour­quoi pas ? Le Bon Dieu aime tous ceux qui ont une âme, puisque Jésus a ver­sé son sang pour tout le monde. Aus­si, l’ange gar­dien suit le bap­tême des petits enfants, pas seule­ment en reve­nant de l’é­glise, lors­qu’on jette des sous et des dra­gées aux gamins, mais encore à l’aller. 

— Et quand ils seront grands ? inter­roge aus­si­tôt l’in­firme visi­ble­ment anxieuse de savoir si un jour ne vien­drait pas où son bon ange l’a­ban­don­ne­rait. On parle tou­jours des anges gar­diens des petits enfants, jamais des anges gar­diens des grandes personnes.

— Ras­sure-toi, Claire. Tu n’as qu’à bien faire atten­tion, et tu sen­ti­ras tou­jours ton bon ange auprès de toi. Les grandes per­sonnes s’oc­cupent de beau­coup trop de choses et n’ont plus le temps de pen­ser au Bon Dieu. Elles croient que leur bon ange les oublie, mais c’est elles, bien plu­tôt, qui oublient leur bon ange. La preuve, c’est qu’elles le retrouvent, lors­qu’elles ont un peu plus de temps, au moment de la mort. La Sainte Écri­ture cite même des cas où les anges, — les anges gar­diens, bien enten­du — se sont occu­pés de l’en­ter­re­ment des grands Saints. Ce qui est cer­tain, c’est que Mon­sieur le Curé, chaque fois qu’il conduit quel­qu’un au cime­tière, met la tombe sous la garde de l’ange du défunt. 

— C’est pour cela qu’il est si tran­quille, le cime­tière, et qu’il y fait si bon, dit l’in­firme. Alors, c’est fini ? l’ange n’a plus rien à faire ? 

— Il n’a plus rien à faire si cette âme tombe en enfer. Là, les bons anges n’entrent pas, parce que s’ils entraient, ce ne serait plus l’en­fer. Mais ils accom­pagnent leurs pro­té­gés au Pur­ga­toire, et ils sont bien contents lorsque, sans tache aucune, abso­lu­ment pareils à eux, ils les pré­sentent enfin à Dieu. 

Quel­que­fois, ils font le ser­vice des âmes, direc­te­ment de la terre au ciel. C’est le cas des petits enfants que le Bon Dieu rap­pelle à lui. 

Il y eut un silence. Claire son­geait au petit frère qui était par­ti si vite, un matin de prin­temps où les ceri­siers étaient en fleurs. Elle pen­sa : on pleure beau­coup, et pour­tant, il n’y a pas que du cha­grin dans ces larmes. Mais elle ne sut pas le dire. Les petites filles comme Claire pensent à une foule de choses qu’elles ne savent pas dire. 

Mlle Gaby, qui, elle, sait très bien racon­ter et qui a dû voir beau­coup de pays, expli­qua ce qui se passe en Espagne. 

Ouvrage : Les bons anges | Auteur : Lelong, M.-H.

Chapitre III

L’ARRIVÉE de Thé­rèse, sœur aînée de Colette, condui­sant par la main son petit frère qu’on appelle Mimi, accor­da tout le monde. 

Thé­rèse a 12 ans. Mimi a 4 ans. 

Thé­rèse est une grande fille qui sait com­ment il faut faire pour rece­voir une dame en visite, lorsque maman n’a pas fini de recueillir les œufs dans le pou­lailler. Elle fait entrer, prie gen­ti­ment de s’as­seoir, ali­mente la conver­sa­tion (par­fois, elle l’a­li­mente beau­coup trop), ce qui fait dire : « Elle est avan­cée pour son âge ». 

Michel — Mimi, si vous vou­lez — est un gros gar­çon avec des genoux éter­nel­le­ment sales et de beaux yeux noirs. Au goût des pompes litur­giques il joint le culte de l’au­to­mo­bile. Depuis le pas­sage de Mon­sei­gneur en tour­née de confir­ma­tion, il a déci­dé d’être ensemble évêque et chauf­feur. Pour l’ins­tant, c’est à peu près tout ce qu’on peut en dire. Il est encore petit. 

Il est admis, le jeu­di, à la sec­tion des filles du patronage. 

Il arrive à petits pas, son nez rose tout humide encore d’a­voir été débarbouillé. 

Quand on vit grande Thé­rèse mar­cher, comme une maman, auprès du tout petit Mimi, le sou­le­ver pour lui faire des­cendre les trois marches, il n’y eut qu’un cri dans le groupe des fillettes : « Voi­là l’ange gar­dien ! Voi­là l’ange gardien ! » 

— Et Mimi, dit Colette, sera le petit gar­çon de l’ange gardien. 

Au fait, per­sonne n’y avait son­gé. Des anges gar­diens, on en trouve plus qu’on en veut, mais il faut bien qu’ils gardent quelque chose, ces anges, et qui vou­drait se lais­ser gar­der et renon­cer à être un ange ? 

Toute la bande est debout, on entoure Mimi, on lui fait fête, on l’acclame. 

Mimi ne com­prend pas, mais il est visi­ble­ment heu­reux qu’on s’oc­cupe tel­le­ment de lui, et il s’as­so­cie à l’en­thou­siasme général. 

Hélas ! ce fut autre chose quand il fal­lut répéter. 

— Tu vois, Mimi, Thé­rèse fera comme ça (Thé­rèse met sa main gauche sur l’é­paule de Mimi et montre le ciel de l’in­dex de la main droite) et toi, tu feras comme ça (on joint les menottes de Mimi) et tu mar­che­ras bien sagement. 

Mimi, joindre les mains et mar­cher sagement !

Le voi­là, d’un seul coup, assis sur le gazon. L’ange gar­dien doit le cajo­ler pour le faire consen­tir à se remettre debout. 

L'ange gardien
L’ange gar­dien

— Il faut être un bon petit gar­çon, dit Mlle Gaby, autre­ment le bon ange va pleurer. 

Le bon ange se cache la figure et fait sem­blant de pleurer. 

Mimi, qui aime bien son bon ange, se remet en marche, mais il oublie vite que les bons anges pleurent lorsque les petits gar­çons déso­béissent, et il s’arrête. 

Mlle Gaby lui fait un petit sermon. 

— J’aime autant ne pas être un ange gar­dien, se dit plus d’une petite fille. 

Enfin, le groupe de l’ange gar­dien se remet en route. 

Pour­quoi faut-il qu’un papillon, un beau papillon noir et feu, vol­tige tout près ? Le petit gar­çon de l’ange gar­dien court après le papillon. Tant pis pour le petit gar­çon, il marche dans les orties et se pique les mol­lets. Il pleure et il faut que son bon ange le console : « Voi­là ce qui arrive aux déso­béis­sants qui courent après les papillons ». 

Les piqûres d’or­ties, les larmes, les paroles de l’ange gar­dien, font leur effet et le tour de la cour s’ac­com­plit sans autre inci­dent. Et même, sur un mot du bon ange, Mimi va cueillir un bou­ton d’or qui avait pous­sé contre le mur et l’offre gen­ti­ment à l’in­firme qui sou­rit dans sa voiture. 

— C’est tout à fait cela, dit Mlle Gaby. L’ange gar­dien conduit l’en­fant dont il est char­gé, il l’empêche de se faire piquer par toutes les méchantes choses qui poussent de tous côtés sur la terre et quand on lui déso­béit on se fait mal. Le bon ange, qui est bon, comme son nom l’in­dique, nous console et il est content lors­qu’on fait un petit plai­sir aux autres,comme Mimi qui vient de don­ner une fleur à Claire. 

L'ange gardien consolateur
L’ange gar­dien consolateur

Bra­vo pour Mimi et son bon ange ! 

— Bra­vo ! bra­vo ! acclament les petites filles. 

— Et nous, qu’est-ce qu’on fera, à la pro­ces­sion ? disent les autres. 

— Vous, vous sui­vrez le groupe de l’ange gardien. 

— N’im­porte com­ment ? demande Françoise. 

— Comme à la sor­tie de la grand’­messe, alors, ajoute Jeannette. 

— Pas du tout, répond Mlle Gaby. Les anges ne sont pas mélan­gés, il n’y a jamais désordre chez les anges. Il y en a qui sont en tête, et d’autres après. 

— Je veux être en avant, dit Yvette. 

— Made­moi­selle Yvette, dit Mlle Gaby, sachez que chez les anges ceux qui sont après ne veulent jamais la place de ceux qui sont avant. Ils sont très contents d’être là, parce que ce n’est pas la paresse qui les y a mis, mais le Bon Dieu. Tout le monde ne peut pas être pre­mier. Ceux qui sont pre­miers aiment beau­coup ceux qui viennent ensuite et sont tou­jours gen­tils pour eux. Les plus beaux anges aident tou­jours les autres. 

— Com­bien y a‑t-il de places, Made­moi­selle ? demande la petite fille à robe écos­saise. (Celle-là n’aime pas beau­coup l’ef­fort et aime autant être aidée par les autres). 

— Bon, dit Mlle Gaby, je vois que tu veux faire le der­nier chœur, c’est enten­du. (Puis s’a­dres­sant à toutes) 3 ran­gées de 3 chœurs d’anges, 3 fois 3… 

— 9, chan­tonnent les enfants. 

— 9 chœurs d’anges. Cha­cun a un nom que je vais vous dire. Ce nom sera ins­crit en lettres de papier doré, sur une écharpe. Vous mar­che­rez donc sur 3 rangs de 3. Au pre­mier rang viennent d’a­bord les Séra­phins et les Chérubins.

Les Séra­phins sont les pre­miers anges de la Cour céleste. 

Ouvrage : Les bons anges | Auteur : Lelong, M.-H.

Chapitre II

EST-IL besoin de dire que, bien avant trois heures, des cris de petites filles qui jouent se firent entendre der­rière le jar­din du presbytère ? 

Il y a là un enclos qu’on appelle « le patro­nage ». On y trouve, dans un coin, une balan­çoire, et, de l’autre côté, une baraque en planches où l’on s’a­brite en cas de pluie. 

Le bruit gran­dit, devient assour­dis­sant, des cla­meurs reten­tissent. Il est temps que Made­moi­selle Gaby arrive. 

Made­moi­selle Gaby est une grande jeune fille très douce qui passe les mois de vacances chez sa grand’­mère. Elle est de Paris. Elle est savante, mais les gens du vil­lage l’aiment beau­coup parce que, disent-ils, « elle n’est pas fière ». Elle embrasse les plus mor­veux des mar­mots du mar­chand de peaux de lapins, ce qui n’est pas peu dire. Elle parle quel­que­fois de la Zone, qui est un endroit de Paris où les habi­tants construisent leurs mai­sons avec de vieilles caisses de pru­neaux et des bidons d’es­sence. Il pleut dedans. Mlle Gaby va faire le caté­chisme dans ce pays-là. Ici, elle est le « bras droit » de Mon­sieur le Curé. 

Jus­te­ment, la voici.

La voi­ci, et elle n’a pas sitôt fran­chi l’en­trée de la cour du patro­nage qu’elle est entou­rée, assaillie, bom­bar­dée de : Made­moi­selle, on va faire les anges ! Made­moi­selle, on aura de grandes ailes ! Made­moi­selle, je veux faire celui du coin ! Non ! c’est moi, Made­moi­selle ! je l’ai retenu… 

Dire que ces petites filles qui crient et se bous­culent font pen­ser aux anges du vitrail de la Sainte Vierge serait men­tir. On pen­se­rait plu­tôt à de petits diables. 

— Ne par­lez pas toutes à la fois, dit Mlle Gaby, on ne s’en­tend plus. Pour com­men­cer, allons nous asseoir là-bas. 

L'ange à la Couronne d'Épine

Vous avez vu les bandes d’é­tour­neaux s’a­battre dans un champ, c’est à peu près ce que firent nos « anges ». 

À l’ombre d’un bou­quet de noi­se­tiers, les petites filles sont assises dans l’herbe. 

Il y a là une jeune infirme, dans sa voi­ture, qu’une voi­sine a conduite jus­qu’i­ci, et qui rit tout le temps. 

Si vous appro­chiez dou­ce­ment, der­rière la haie, vous pour­riez entendre la voix de Mlle Gaby :

— Des anges ! Toutes vous vou­lez faire les anges à la pro­ces­sion. C’est très joli, mais il fau­drait d’a­bord savoir ce que c’est qu’un ange, com­ment c’est fait. 

— Il y a des ailes tout plein des caisses, Made­moi­selle, s’é­crie Colette. 

— Natu­rel­le­ment, il faut des ailes pour repré­sen­ter les anges. Sur les images, les anges n’ont pas tou­jours des ailes, mais tous les anges de la pro­ces­sion auront une belle paire d’ailes toutes neuves, c’est enten­du, on ne peut pas faire autre­ment. Vous aurez des ailes pour que les gens sachent bien que vous êtes des anges. Mais les vrais anges, com­ment sont-ils faits ?

Cette fois tout le monde se tait. Per­sonne ne répond. 

— Per­sonne ne sait parce que per­sonne n’en a vu. Et pour­quoi ne voit-on jamais d’anges pas­ser dans la rue ? 

— Parce qu’ils vont très vite, répond aus­si­tôt une petite fille qui porte un tablier à carreaux.