Louis de Gonzague jouait à la balle au chasseur

Auteur : Daniel-Rops | Ouvrage : Légende dorée de mes filleuls .

Au châ­teau de Cas­ti­glione, en Lom­bar­die, ce 20 avril 1568, c’était grande fête. Qui donc eût pu comp­ter les noble invi­tés dont la foule se répan­dait au long des salles immenses et à tra­vers les jar­dins ? Les plus belles tapis­se­ries pen­daient au long des murs, somp­tueuses : des orchestres jouaient en vingt lieux dif­fé­rents ; dans les bas­sins du parc, les jets d’eau mon­taient, droits, comme pour riva­li­ser d’élan avec les cyprès cen­te­naires. Tout était à la joie, au bon­heur.

Pour­quoi donc ? Parce qu’on bap­ti­sait, ce jour-là, un enfant, le fils du Mar­quis et de Don­na Mar­ta, le petit Louis ce bébé minus­cule qui vagis­sait dans son ber­ceau de den­telle. Demain n’hériterait-il pas d’une immense for­tune Ne serait-il pas, comme ses ancêtres, Prince du Saint Empire, duc de Man­toue, grand d’Espagne ? Ne por­te­rait-il pas un des noms les plus célèbres de toute l’Italie ? Un grand nom, en véri­té, que celui des Gon­zague, et une famille bien née ! Depuis deux siècles et demi que l’Empereur avait don­né à leur aïeul, pour sa bra­voure, titre prin­cier et splen­dide dota­tion, il n’était géné­ra­tion de Gon­zague qui ne se fût illus­trée à la guerre, au ser­vice des Rois, ou dans l’Église. Toutes les familles, non seule­ment prin­cières, mais même royales d’Europe, étaient appa­ren­tées aux Sei­gneurs de Man­toue, et c’était pour­quoi, au bap­tême du petit Louis, on voyait tant de beau monde, et des Rois et des Ducs, et des Car­di­naux en rouge, et des ambas­sa­deurs por­tant maints uni­formes éblouis­sants, par­mi les­quels on remar­quait ceux de Sa Majes­té Phi­lippe II, roi de Naples et d’Espagne, car Don­na Mar­ta avait été dame d’honneur de la reine, Madame Éli­sa­beth de France, et son amie.

Cette joie était peut-être encore plus grande parce qu’on n’ignorait point qu’il s’en était fal­lu de peu qu’elle eût été rem­pla­cée par un grand deuil. Lorsqu’au début de mars le petit Louis était né, les méde­cins avaient trem­blé non seule­ment pour sa vie mais aus­si pour celle de sa mère. Et Don­na Mar­ta, dans cet extrême dan­ger, avait fait deux vœux. « Oh, Sainte Mère qui, du haut du Ciel, veillez sur nous, vos enfants de la terre, si mon petit vit, si j’échappe moi aus­si au péril, je jure d’aller vous prier en pèle­ri­nage, dans la basi­lique de Lorette où l’on voit votre Sainte Mai­son appor­tée du ciel par les Anges ! Et mon enfant vous sera consa­cré spé­cia­le­ment pour toute son exis­tence ! »

Aus­si quand on par­lait, par­mi les invi­tés du bap­tême, de ce que serait, plus tard, le nou­veau-né, — comme son père et ses oncles, comme le fon­da­teur de la famille dont il por­tait le pré­nom, serait-il un grand sol­dat, un vaillant capi­taine ? irait-il batailler en Alle­magne ou en France, voire jusque contre les Turcs ? — la mère, elle, dans la foi de son âme et la recon­nais­sance de son cœur, sou­hai­tait qu’il ne fût rien de moins qu’un Saint.

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Louis de Gonzague enfant vénerant la Vierge MarieIl faut avouer que, dès sa plus petite enfance, Louis — Lui­gi comme on dit en ita­lien, — sem­bla bien être des­ti­né à se mon­trer un chré­tien excep­tion­nel, en même temps qu’il parut très spé­cia­le­ment pro­té­gé de Dieu. À peine savait-il mar­cher qu’il se diri­geait vers la sta­tue de la Sainte Vierge, devant laquelle Don­na Mar­ta renou­ve­lait les fleurs les plus belles en fai­sant sans cesse brû­ler douze cierges, et là, immo­bile, étran­ge­ment sage, il regar­dait… À peine savait-il par­ler que déjà il réci­tait des prières et que ses mots les plus fami­liers étaient : Jésus ! Marie ! Dès qu’il eut l’âge de rai­son, on le vit mul­ti­plier les exer­cices de pié­té, avec une appli­ca­tion si éton­nante pour son âge que son père, un peu inquiet, crai­gnant que son aîné, au lieu de le rem­pla­cer à la tête de ses états, se fît moine, par­fois venait l’interrompre dans ses prières et ordon­nait à quelque écuyer de le mettre sur son petit che­val pour l’emmener faire quelque bonne pro­me­nade à tra­vers la cam­pagne et lui chan­ger les idées.

Louis, si petit qu’il fût, avait déjà son inten­tion bien arrê­tée. Il aimait à répé­ter : « Ce que le Bon Dieu veut, il le fait : il n’y a qu’à avoir confiance ! » Recon­nais­sons que cette confiance était bien pla­cée et que le Tout-Puis­sant y répon­dait ! Car, à plu­sieurs reprises il fut évident que Dieu lui-même le pro­té­geait, ayant sur lui des vues sans aucun doute. Ain­si, par exemple, lorsqu’il avait cinq ans, il regar­dait un sol­dat char­ger un mous­quet ; la charge de poudre écla­ta tout à coup en pleine figure de l’enfant ; on le pen­sa brû­lé, défi­gu­ré, aveugle ; mais il s’essuya tran­quille­ment le visage où aucune trace ne se voyait. Une autre fois, avec ses cama­rades, il s’amusait à manœu­vrer un petit canon qu’on lui avait don­né comme jouet ; l’un d’eux s’étant trop pres­sé de mettre le feu à la mèche, le recul de la pièce heur­ta Lui­gi en pleine poi­trine et le ren­ver­sa, mais tan­dis qu’on se pré­ci­pi­tait, le croyant mort, il se rele­vait en riant.

Confiance, confiance en Dieu ; faire ce que veut le Christ et s’en remettre à lui de tout ; tels étaient ses prin­cipes, qu’il ne ces­sait de répé­ter avec une obs­ti­na­tion douce. Cette confiance, il l’exprima un jour dans une réponse si jolie qu’il ne faut pas la lais­ser perdre. Il jouait dans la cour avec quelques gar­çons à ce jeu qu’on appelle « la balle au chas­seur ». Mon­sei­gneur l’aumônier, qui était char­gé de sur­veiller son édu­ca­tion reli­gieuse, s’approcha de lui et lui dit :

— Louis, écou­tez-moi ! Sup­po­sez qu’à ce moment même on vienne vous dire que la fin du monde va avoir lieu dans un ins­tant, que vous allez paraître devant Dieu, que vous serez jugé par le Juge suprême et que, de son arrêt, se déci­de­ra votre éter­ni­té. Que feriez-vous ?

C’était, il faut l’avouer, une ques­tion bien grave à poser à un gar­çon qui était en train de ren­voyer aler­te­ment une balle à ses com­pa­gnons de jeu ! Mais Louis de Gon­zague ne se mon­tra nul­le­ment démon­té. Simple et calme comme à son ordi­naire, il répon­dit :

— Eh bien, je conti­nue­rais à jouer à la balle au chas­seur !

Mer­veilleuse réponse… Qu’aurait-il pu faire de mieux ? Il savait que, depuis sa nais­sance, il avait tou­jours aimé Dieu, l’avait tou­jours ser­vi dans la mesure de ses forces. Dans le Père Tout-Puis­sant il avait pla­cé son espé­rance. Pour­quoi eût-il eu peur de paraître devant Sa Face ? Et l’aumônier s’écarta, admi­rant la leçon de sur­na­tu­relle confiance qu’une fois de plus l’enfant lui avait don­née.

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Plus il gran­dit, plus ses qua­li­tés reli­gieuses et spi­ri­tuelles se mani­fes­tèrent avec éclat. À huit ans, atteint d’une mala­die très grave qui le fai­sait beau­coup souf­frir, il se sen­tait si faible qu’il ne pou­vait même pas tenir son livre de prières : aus­si deman­da-t-il à sa mère ou à quelqu’une de per­sonnes qui le soi­gnaient, de les lui lire à voix haute, pour qu’au moins il les enten­dît. Avait-il dix ans quand il s’adonnait à de longues péni­tences, demeu­rant des heures au pied d’un cru­ci­fix, soit à genoux, soit pros­tré la face contre le sol ? Ou, quand sa mère ne pou­vait l’en empê­cher, s’il lui arri­vait de com­mettre la moindre petite faute, de se frap­per lui-même avec un fouet de corde qu’il s’était confec­tion­né ? Le vœu que Don­na Mar­ta avait pro­non­cé en son nom, lors de sa nais­sance, il l’avait répé­té au secret de son cœur : il consa­cre­rait à Dieu sa vie entière ; il serait prêtre du Sei­gneur.

Louis de Gonzague malade Legende Doree de mes filleuls
Il deman­dait qu’on lui lût les plus belles pages des saints qu’il aimait.

Déjà la répu­ta­tion de cet enfant se répan­dait. Non seule­ment dans les domaines de son père, mais assez loin alen­tour, on racon­tait maintes anec­dotes sur le petit saint des Gon­zague. A tel point qu’un des plus célèbres évêques du temps, l’archevêque de Milan, Charles Bor­ro­mée, que le Pape avait jadis fait Car­di­nal à vingt trois ans, et qui, durant sa longue vie, avait été un des guides de la chré­tien­té, vou­lut le voir. Les deux futurs saints, le vieillard et le petit gar­çon, s’entretinrent lon­gue­ment et l’on ne sait pas trop ce qu’ils se dirent : l’archevêque racon­ta seule­ment que Louis lui avait deman­dé, comme une faveur très rare, de faire sa Pre­mière Com­mu­nion sans attendre l’âge, et qu’il le lui avait accor­dé. Et comme le Mar­quis, père de Louis, avouait sa mau­vaise humeur de voir son fils aîné s’intéresser si peu aux choses de son rang et se com­por­ter en tout comme un moi­nillon, le car­di­nal lui répon­dit : « Plus que par les armes cet enfant ren­dra illustre le nom des Gon­zague. Dieu se l’est réser­vé pour la troupe des saints ! »

Première communion de Louis de Gonzague enfant par Charles BorroméeIl faut savoir qu’alors l’Église catho­lique était en plein épa­nouis­se­ment. Après la dure crise qu’elle avait tra­ver­sée, lorsque Luther, Cal­vin et les autres « pro­tes­tants » s’étaient sépa­rés de Rome, — ce qui avait été dou­lou­reux à tous les cœurs fidèles, — l’Église, sous la direc­tion de ses Papes, avait pris des mesures très sages pour se réor­ga­ni­ser et se défendre. Un grand « Concile », c’est-à-dire une réunion des plus savants prêtres du temps, s’était tenu à Trente et ses tra­vaux, qui n’avaient pas duré moins de dix-huit ans, avaient énor­mé­ment ser­vi à mieux faire com­prendre la doc­trine catho­lique. Tout sem­blait glo­rieux pour la Sainte Mère Église : à Rome, la basi­lique Saint-Pierre s’achevait, dres­sant dans le ciel, au-des­sus du tom­beau de l’Apôtre, sa pro­di­gieuse cou­pole ; la musique admi­rable du grand Pales­tri­na réjouis­sait les oreilles et exal­tait les âmes ; quelques années plus tôt, dans le golfe de Lépante, la flotte de tous les pays d’Europe coa­li­sés en une suprême croi­sade avait détruit la flotte des Turcs infi­dèles, libé­rant d’un coup plus de quinze mille chré­tiens cap­tifs. N’était-il pas exal­tant pour un cœur de jeune gar­çon de se vouer, lui aus­si, à la gloire de l’Église, de ser­vir, à sa façon, ce rayon­ne­ment ?

Mais com­ment ? C’était ce que le petit Lui­gi de Gon­zague n’avait pas encore déci­dé. Sans doute atten­dait-il que le Sei­gneur lui-même lui fît entendre ses ordres…

* * *

La vocation de saint Louis de Gonzague - Le Guerchin 1650Or il y avait exac­te­ment un demi-siècle, le 15 août 1534, sur une col­line de Mont­martre qui domine Paris, dans une vieille et modeste église, s’était pro­duit un fait en appa­rence très ordi­naire, mais qui avait eu, par la suite, une grande impor­tance. Quelques catho­liques, inquiets des pro­grès du Pro­tes­tan­tisme, s’étaient réunis autour d’un prêtre et avaient fait le ser­ment de consa­crer leur vie au ser­vice des âmes. Celui qui les avait entraî­nés à cette réso­lu­tion était un ancien offi­cier du roi d’Espagne, Ignace de Loyo­la. Griè­ve­ment bles­sé au cours d’une bataille, il avait, durant de longs mois de souf­frances, médi­té sur les ques­tions de la reli­gion. Un livre remar­quable était sor­ti de ses médi­ta­tions : « les Exer­cices spi­ri­tuels ». Ce qu’Ignace de Loyo­la avait conclu de ses réflexions était ceci : les anciens ordres reli­gieux, soit contem­pla­tifs comme les Béné­dic­tins, soit voués à la pré­di­ca­tion comme les Domi­ni­cains, ne lui parais­saient plus adap­tés à la lutte contre les héré­sies. Il était néces­saire de trou­ver quelque chose de nou­veau, une Com­pa­gnie d’hommes tota­le­ment dévoués à L’Église et ne rele­vant que du Pape, déci­dés à réfor­mer par­mi les chré­tiens ce qui deman­dait à être cor­ri­gé, et qui, par l’exemple de leur vie, par l’enseignement, par leurs écrits, par leurs pré­di­ca­tions, tra­vaille­raient à faire connaître la vraie doc-trine catho­lique.

Cette idée d’Ignace de Loyo­la, le vieux pape Paul III l’avait approu­vée et, en 1540, il avait auto­ri­sé la créa­tion de la « Com­pa­gnie de Jésus ». Ses membres, les « Jésuites », sous les ordres de leur Géné­ral, obéis­saient comme de vrais sol­dats aux ordres de la Sainte Église, — comme des sol­dats, car ce n’était pas en vain qu’Ignace avait été offi­cier. — La dis­ci­pline par­mi eux était rigou­reuse ; les études longues et dif­fi­ciles ; pour qu’aucun ne pût se glo­ri­fier per­son­nel­le­ment de ses suc­cès, sans cesse on les chan­geait de rési­dence, les obli­geant à vivre dans tous les milieux, à ensei­gner chez les riches et chez les pauvres tour à tour, et dans les pro­vinces les plus éloi­gnées. Le suc­cès avait cou­ron­né ces efforts et, au moment où Louis de Gon­zague eut envi­ron seize ans, la Com­pa­gnie d e Jésus était déjà pros­père et très influente. La rigueur de la dis­ci­pline n’était pas pour effrayer cet enfant qui, à dix ans, s’était déjà don­né le fouet. Ce fut donc comme Jésuite qu’il rêvait de ser­vir Dieu.

Un jour que, durant la messe, il deman­dait à la Sainte Vierge de l’éclairer sur ce qu’il devait faire, car il savait bien que son père serait fort oppo­sé à cette réso­lu­tion, une voix inté­rieure lui dit : « Jésuite, tu dois être Jésuite… » Et le 25 novembre même de cette année 1585, il entra dans la Com­pa­gnie : il avait alors dix-sept ans.

* * *

Saint Louis de Gonzague et Saint Ignace de Loyola en Adoration devant le Divin Coeur de JesusRêvait-il de consa­crer sa vie à l’enseignement chré­tien comme tant d’excellents Pères qui, dès lors, for­maient les élites des royaumes d’Europe ? Ou d’être confes­seur d’un prince afin de le conseiller et de le gui­der dans la voie du Sei­gneur ? Ou d’écrire des livres, comme le grand saint Ignace lui-même, ou comme ce Pierre Cani­sius dont le caté­chisme avait tant aidé à lut­ter contre les doc­trines pro­tes­tantes ? Peut-être aus­si les belles aven­tures de saint Fran­çois Xavier, le Jésuite mis­sion­naire, l’évangélisateur des Indes et du Japon, exal­tèrent-elles en lui de juvé­niles ardeurs. Mais Dieu avait pour lui d’autres inten­tions…

Tout de suite, dans cette Com­pa­gnie de Jésus où la fer­veur et l’austérité étaient cepen­dant fort cou­rantes, Louis se fit remar­quer par son aus­té­ri­té et sa pié­té excep­tion­nelles. On ne le voyait, dans les cou­loirs, que la tête bais­sée et priant. À tout ins­tant de récréa­tion, il dis­pa­rais­sait et l’on savait qu’il était dans la cha­pelle, médi­tant. Bien qu’il fût d’apparence très frêle et de san­té médiocre, ses jeûnes étaient ter­ribles et il conti­nuait à se punir lui-même, par le fouet, des nou­velles fautes, alors même que ses confes­seurs n’avaient rien à lui repro­cher. De tout l’argent qui lui appar­te­nait et que sa mère lui trans­met­tait, il ne gar­dait évi­dem­ment rien, don­nant tout aux pauvres. Nul gar­çon de son âge n’avait jamais été si doux, si simple, si humble, si géné­reux dans sa cha­ri­té.

Les Anciens disaient que ceux qui meurent jeunes sont bénis des Dieux, et, peut-être est-ce vrai si l’on songe à ce que tant d’hommes font de leur vie, à la somme des crimes et des péchés qu’ils accu­mulent durant de longues années. Louis de Gon­zague ne serait ni pro­fes­seur ni écri­vain, ni mis­sion­naire : Dieu, en qui il avait mis toute sa confiance, en avait autre­ment déci­dé.

Durant son séjour à Naples, il tom­ba malade, gué­rit, mais il en res­ta fort affai­bli. À ce moment écla­ta dans la ville une épi­dé­mie de peste, ce qui n’était pas chose rare dans le grand port médi­ter­ra­néen où arri­vaient tant de bateaux d’Orient, ayant à bord des rats infec­tés par le ter­rible mal. Aus­si­tôt Louis se leva et annon­ça qu’il irait soi­gner les malades. On eût beau essayer de lui repré­sen­ter que sa médiocre san­té ren­dait encore plus périlleuse cette entre­prise. Rien n’y fit. La cha­ri­té du Christ l’appelait. Il obéit. Quelques jours plus tard, il était lui-même atteint…

Il mit de longs jours à mou­rir, dans un calme sublime. Celui en qui il avait tou­jours pla­cé toute sa confiance, com­ment aurait-il peur de se pré­sen­ter devant lui ? N’était-ce pas le moment de faire appel à sa bon­té, à sa misé­ri­corde ? N’était-ce pas le moment de « jouer à la balle au chas­seur » ? Ses souf­frances s’accrurent ; il ne se plai­gnait pas. Il deman­dait qu’on lui lût les plus belles pages des saints qu’il aimait, saint Augus­tin, saint Ber­nard, saint Ignace. Il était si admi­rable que le repré­sen­tant du Géné­ral, venu le voir, s’écria en le quit­tant : « Louis est un saint : on pour­rait le cano­ni­ser vivant. »

Louis de Gonzague soignant la peste à NaplesAux der­niers ins­tants de sa jeune vie, un Père Jésuite qui se tenait près de son lit, pour lui per­mettre de mieux contem­pler le cru­ci­fix, lui rele­va la tête et, ce fai­sant, le bon­net de laine qu’on avait mis au malade tom­ba. Le Père vou­lut le lui remettre et dit :

— Frère Louis, l’air du soir pour­rait vous faire du mal…

Et le petit saint mori­bond de répondre, d’une voix faible comme un souffle :

— Jésus avait la tête décou­verte quand il mou­rut pour nous en croix.

Ce furent ses der­niers mots. Quelques ins­tants après, dans le Ciel où l’avait mené son espé­rance, Louis de Gon­zague entrait, glo­rieux.

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