Les promesses faites à Abraham

Auteur : Par un groupe de pères et de mères de familles | Ouvrage : Histoire Sainte illustrée .

Temps de lec­ture : 8 minutes

VI

Ber­nard vient d’ar­ri­ver en tapi­nois. Il ferme sans bruit la porte d’en­trée, tra­verse silen­cieu­se­ment le ves­ti­bule et lance un regard de gaie­té mali­cieuse vers le jar­din, où tout le monde semble réuni.

Bru­no fait une page d’é­cri­ture ; Nicole, Pierre, pen­chés sur de petites tables, apprennent leurs leçons.

Ber­nard cal­cule sa dis­tance, prend son élan, passe comme un bolide au-des­sus de la tête des enfants ahu­ris, fait un réta­blis­se­ment mer­veilleux au beau milieu du groupe et, les talons joints, salue.

On entend maman dire à tra­vers les rires :

— Écoute, Ber­nard, tu nous don­ne­ras des mala­dies de cœur ! Tombes-tu du ciel, décidément ?

— Tout juste, ma tante, j’en arrive, en per­mis­sion de huit jours. Il paraît que je suis fati­gué par mes der­niers vols au firmament !

— Fati­gué, peste ! qu’est-ce que ce serait si tu ne l’é­tais pas ? pro­teste Colette. Allons, assieds-toi et dis-nous un peu posé­ment d’où te vient cette aubaine.

— Il est très vrai que nous avons fait ces jours-ci une série de vols en for­ma­tion de com­bat qui ont deman­dé des efforts sérieux. Ça a très bien mar­ché. Le colo­nel est content, il a don­né des per­mis­sions. Voilà.

— Jacques ne nous en avait pas parlé.

— Mais vous savez pour­tant que je ne fais pas par­tie de l’es­ca­drille de Jacques. C’est la nôtre qui a « trin­qué » toute la semaine. Nous avons été jus­qu’à la mer. Ce golfe Per­sique, quelle beau­té ! Et puis nous avons sur­vo­lé la Chal­dée, pas­sé au-des­sus de Ur, et j’ai cru me sou­ve­nir qu’A­bra­ham avait dû naître là au temps jadis. Nous avons tra­ver­sé toute la Mésopotamie.

Les trois petits, le nez au vent, ont com­plè­te­ment oublié leurs leçons et écoutent, muets d’admiration.

Mais Nicole, comme prise d’une idée subite, inter­rompt tout à coup :

— Enfon­cée, tante Colette, enfoncée !

— Enfon­cée ?… quelle expres­sion, et pourquoi ?

— Parce que l’oncle Ber­nard y est allé avant vous, au pays de l’His­toire Sainte !

Colette ne semble nul­le­ment consternée.

— Tant pis pour lui ! Il va fal­loir qu’il vous fasse un cours à ma place.

Cha­cun s’at­ten­dait aux pro­tes­ta­tions véhé­mentes de Ber­nard. À la sur­prise géné­rale, il répond :

— Jus­te­ment. Colette a beau croire que je suis un grand fou, je n’ai tout de mème pas com­plè­te­ment per­du la tête, ni même la mémoire. Et c’est toute l’His­toire Sainte qui défi­lait sous mes yeux en sur­vo­lant ces grandes plaines. J’au­rais vou­lu vous avoir là, près de moi dans ma car­lingue, vous les petits, pour vous faire voir ce pays d’Abraham.

Carte des voyages d'Abraham, d'Ur à Canaan

Cela me parais­sait mer­veilleux de son­ger aux dis­tances qu’il par­cou­rut pour obéir à Dieu. Moi, je les sur­vo­lais en quelques heures, mais lui…

Tâchez de le suivre avec moi.

Ber­nard sort de sa poche une carte d’é­tat major et l’é­tale sur ses genoux. Arri­vez ici, les petits. Regar­dez-moi ça. Habi­ter la Chal­dée, tra­ver­ser la Méso­po­ta­mie, reve­nir à Sichem, des­cendre en Égypte, et fina­le­ment s’ins­tal­ler dans cette val­lée que vous voyez là, près d’Hé­bron, dites-moi s’il y a beau­coup d’hommes aujourd’­hui à en faire autant ?

— Mais pour­quoi qu’il a cou­ru comme ça ? ques­tionne Bru­no de son petit air posé.

— Pour obéir à Dieu. Abra­ham a été l’o­béis­sance même, l’o­béis­sance héroïque.

— Raconte alors.

— Mais oui, je raconte. Seule­ment vous ne connais­sez que le cinq cents à l’heure ! D’a­bord, il faut savoir qu’A­bra­ham était un des­cen­dant de Sem et qu’à l’é­poque où il vivait en Chal­dée, les hommes étaient presque tous deve­nus plus ou moins idolâtres.

Histoire Sainte pour les enfants : Abraham et les patriarches de la Bible
Les patriarches se dépla­çaient avec leurs tentes et tout ce qu’ils possédaient.

— Flûte ! dit Bru­no, si tu parles chi­nois ! Ido­lâtre, où as-tu pris ce mot-là ?

— Dans ma gram­maire fran­çaise, mon­sieur mon neveu, et si vous ne le connais­sez pas, c’est que vous êtes un mar­mot. Être ido­lâtre, apprends-le une bonne fois, c’est ado­rer des idoles, des faux dieux.

Or, jus­te­ment Dieu vou­lait se réser­ver un peuple qui se gar­de­rait de cette ido­lâ­trie, un peuple qui serait tout spé­cia­le­ment son peuple et qui l’a­do­re­rait Lui seul… Un peuple enfin d’où sor­ti­rait plus tard le Mes­sie, Jésus Notre-Seigneur.

À ce peuple, il fal­lait un chef sur la terre. Pour ce rôle magni­fique, Dieu choi­sit Abra­ham et, lui étant appa­ru, lui don­na l’ordre de quit­ter son pays et la mai­son de son père, et d’al­ler dans la terre qu’il lui montrerait.

Trou­vez-vous cet ordre si drôle que ça ?

Nicole secoue la tête.

— Com­ment a‑t-il fait pour empor­ter ses affaires ?

— C’est qu’en effet, il en avait des affaires !

Les ser­vi­teurs sui­vaient, trans­por­tant ses tentes, pous­sant les trou­peaux. Ce ne devait pas être un petit déplacement.

Com­bien de mois a duré le voyage ? En pas­sant au-des­sus de ces plaines immenses et déser­tiques qui séparent la Chal­dée de la Pales­tine, j’i­ma­gi­nais ces cara­vanes extra­or­di­naires, avec leurs cha­meaux, leurs bœufs, leurs mou­tons… et, la nuit, les bêtes féroces qui rôdaient autour, empor­tant de temps en temps une pauvre brebis.

Mais Abra­ham n’a pas cal­cu­lé les dif­fi­cul­tés de la route. Il est par­ti sur l’ordre de Dieu avec son père, sa femme Sara et son neveu Loth, se diri­geant vers cette terre de Cha­naan, que Dieu leur dési­gnait et qui cor­res­pond à la Pales­tine d’aujourd’hui.

Pour récom­pen­ser Abra­ham du rude sacri­fice qu’il accom­plis­sait ain­si, Dieu lui dit : « Je te béni­rai, tu seras le père d’une grande nation, et toutes les familles de la terre seront bénies en toi. »

— C’est‑y arri­vé ? demande Bruno.

Nicole est indignée :

— Tiens, puisque le Bon Dieu l’a pro­mis, et je sais com­ment, moi !

— Hé bien, ma nièce, alors veuillez l’ex­pli­quer à mon­sieur votre frère, dit Ber­nard avec un grand geste professoral.

— Ce n’est pas difficile !

Toute la famille sou­rit, mais n’in­ter­rompt pas.

— Maman m’a dit qu’a­vant que Jésus vienne sau­ver le monde et lui faire com­prendre toute la vraie reli­gion, les hommes pou­vaient avoir plu­sieurs femmes. Alors Abra­ham en avait deux : Sara et Agar. Seule­ment Sara c’é­tait celle qui devait être la vraie maman des enfants bénis d’Abraham.

Agar, qui était Égyp­tienne, avait bien un petit gar­çon, Ismaël, mais lui s’en irait loin ; il serait le père des Arabes.

Abra­ham avait de la peine parce que Sara était vieille et qu’elle n’a­vait pas encore d’en­fant. Pour­tant le Bon Dieu avait pro­mis à Abra­ham que ses enfants et ses petits-enfants et encore ses autres petits-enfants seraient nom­breux comme les étoiles du ciel. Alors Abra­ham pen­sait : « Com­ment ça arrivera-t-il ? »

Ici une petite pause.

Nicole est à bout de souffle. Elle avale conscien­cieu­se­ment sa salive et reprend :

— Mais voi­là qu’un jour, trois beaux anges tout en lumière viennent trou­ver Abra­ham pour lui dire : « Dans un an, ta femme Sara sera la maman d’un petit gar­çon. Tu l’ap­pel­le­ras Isaac. C’est celui-là que Dieu t’a pro­mis et qui sera le père de tous les autres.

Abraham et les trois anges - Sara

— Et c’é­tait vrai ? réclame de nou­veau Bru­no, l’incrédule.

— Imbé­cile ! riposte Nicole, qui ne sup­porte pas qu’on mette sa science en doute. Puisque je te dis que le Bon Dieu l’a­vait promis.

— La paix ! fait Ber­nard, ne vous insul­tez pas. Viens ici, petit père. Et, met­tant Bru­no à che­val sur l’une de ses longues jambes, Ber­nard plonge son regard dans les yeux clairs du petit homme et dit très sérieusement :

— Nicole a rai­son, Bru­no. Quand le Bon Dieu parle, il n’y a qu’à croire ce qu’Il dit, même si cela nous semble impos­sible à comprendre.

Mais Bru­no s’en­tête. Il fronce les sour­cils en signe de bataille et , de sa voix tran­quille, déclare :

— J’aime pas croire une affaire, si je la com­prends pas.

— Nigaud ! Com­prends-tu com­ment est construit mon avion, et crois-tu oui ou non qu’il existe ?

Posé­ment, Bru­no quitte sa posi­tion de cava­lier, tourne le dos à Ber­nard et souffle, à moi­tié bas :

— Tu m’ennuies !

— Non, mon bon­homme, ce n’est pas moi qui t’en­nuie, c’est ta sot­tise. Voyez-vous ce mar­mot qui veut tout com­prendre et qui n’a pas six ans, alors que de vieux savants, comme le célèbre Hen­ri Poin­ca­ré, avouent tran­quille­ment qu’ils n’en savent pas bien long !

Bru­no, dra­pé dans sa digni­té, s’é­loigne à pas comp­tés ; il a l’air très occu­pé à régler un porte-mine pro­vi­den­tiel­le­ment trou­vé dans sa poche, mais il songe sur­tout à mettre un peu de dis­tance entre sa famille et son amour-propre froissé.

Coloriage pour le catéchisme : Abraham-et-les-trois-anges


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