La Création

Auteur : Par un groupe de pères et de mères de familles | Ouvrage : Histoire Sainte illustrée .

Temps de lec­ture : 13 minutes

I.

— Nicole, Bru­no, j’ai quelque chose à vous dire.

Bru­no, qui est en train de démon­ter posé­ment les ailes d’un gros papillon méca­nique, répond sans tour­ner la tête :

— Ça sera-t‑y inté­res­sant ?

— Tu n’en sau­ras rien si tu n’é­coutes pas.

Tou­jours immo­bile, le papillon en mains, Bru­no dit :

— J’é­coute.

— Ah mais ! pas comme ça… Et Colette, qui rit mal­gré elle, sai­sit dans ses bras le petit homme et le plante sur ses genoux.

— Que diriez-vous, Nicole et toi, si je vous fai­sais la classe ?

— Toi tante Colette ? Quelle veine !

— Et une fameuse classe encore. Je vous appren­drais l’His­toire Sainte.

— Oh ! dit Nicole, tu nous achè­te­ras des livres neufs. Est-ce qu’ils auront des images ?

— Bien mieux que ça. Je ne me ser­vi­rai pas de livre, mais de l’a­vion de papa.

Les deux enfants ouvrent de grands yeux qui disent qu’ils ne croient pas un mot de cette « blague-là »…

Colette s’en amuse.

— C’est la pure véri­té. Je vais com­men­cer par grim­per un de ces jours dans l’Oi­seau-Bleu, pour aller voir, de mes yeux, le vrai pays de l’His­toire Sainte. En ren­trant, je vous racon­te­rai tout, et, si vous êtes sages, peut-être qu’un jour ou l’autre, je vous emmè­ne­rai aus­si.

Nicole empoigne par les épaules son petit frère muet d’é­ton­ne­ment et lui fait faire deux ou trois pirouettes éche­ve­lées… aux­quelles Colette met un terme en disant :

— Atten­dez un peu ! Avant de com­men­cer ces leçons mer­veilleuses, il faut que vous me disiez ce que vous savez déjà. Asseyons-nous là, sous les lau­riers-roses. Je vais te poser, Nicole, une drôle de ques­tion. Dis-moi, le monde a‑t-il tou­jours exis­té ?

— Oh ! non.

— Alors, qu’est-ce qu’il y avait avant ?

— Rien.

— Rien, si tu veux par­ler des choses créées, des astres, des plantes, des ani­maux, des hommes, etc… Mais il y avait Dieu, Dieu qui est éter­nel, c’est-à-dire qui n’a pas eu de com­men­ce­ment et qui n’au­ra pas de fin.

Bru­no écar­quille des yeux tout ronds et, de sa voix pla­cide demande :

— Alors, si nous, on est mort, le Bon Dieu, Lui, est encore vivant ?

Dieu créa le monde

— Oui, mon ché­ri, le Bon Dieu est vivant depuis tou­jours et pour tou­jours. Vois-tu, Il est le maître de la vie et de la mort. C’est Lui qui en dis­pose, Lui qui crée la vie, c’est-à-dire qui la donne à qui Il lui plaît ; Lui qui la retire à notre corps quand ça Lui convient. Lui seul est éter­nel. Sa puis­sance est si grande, son bon­heur si com­plet, que rien au monde ne peut y ajou­ter. Seule­ment ce n’est pas tout. Si le Bon Dieu est infi­ni­ment heu­reux, il est aus­si infi­ni­ment bon. Il a pen­sé : Si je don­nais un peu de mon bon­heur à quel­qu’un ?

Pour cela, je vais créer, c’est-à-dire, je vais don­ner la vie, et les êtres que j’au­rai créés, je les ren­drai heu­reux comme moi. Et Dieu, dans sa bon­té, a déci­dé de créer les hommes, et Il a com­men­cé par leur faire un beau palais.

— Un palais, quelle espèce de palais ? réclame Nicole, dont les yeux en amande disent le pro­di­gieux inté­rêt.

L’ex­pres­sion frappe Colette, qui réflé­chit un ins­tant et dit :

— Un palais magni­fique, seule­ment je vou­drais que tu le com­prennes bien, sans ris­quer d’i­ma­gi­ner des bêtises. Et pour cela, j’ai peur moi-même de ne pas t’ex­pli­quer comme il faut. Venez tous les deux. Allons trou­ver maman.

Maman, c’est le refuge uni­ver­sel. Mais elle est aux prises, pour l’ins­tant, avec ses deux fils, quand arrive Colette sui­vie des petits.

Jean a une fois de plus déva­li­sé la biblio­thèque du col­lège et entend ins­tal­ler ses livres sur les rayons d’une toute petite pièce, pom­peu­se­ment bap­ti­sée : salle d’é­tudes. Pierre pré­tend qu’on n’a que faire de tous ces bou­quins encom­brants. Ils empiètent sur ce coin, le coin… qui lui est réser­vé !

D’un coup d’œil, Colette juge la situa­tion. Il y a de l’o­rage dans l’air : Maman ne pour­ra pas s’oc­cu­per d’elle, mais après tout, rien n’empêche de lui dire pour­quoi on vient, et Colette raconte son affaire.

À son grand éton­ne­ment, avant que sa mère ait pu répondre, Jean s’é­crie :

— L’His­toire de la Créa­tion ! Mais c’est pas­sion­nant ! Si maman s’en mêle, je reste à écou­ter.

Pierre hausse les épaules :

— Cette pose ! Comme si tu ne savais pas ça par cœur, à ton âge.

Mais Jean ne suit pas son frère sur ce ter­rain :

— Je main­tiens ce que je dis. C’est pas­sion­nant et, plus on vieillit, mieux on com­prend. Voi­là. Sur ce, lais­sons par­ler maman.

Maman contemple cet audi­toire impro­vi­sé :

— Et vous vou­lez que je vous fasse un cours, comme ça, sans une minute de réflexion ?

Asseyez-vous au moins, ne fût-ce que pour me don­ner le temps de res­pi­rer. Voyons, Colette, tu désires que j’ex­plique com­ment le Bon Dieu créa le monde. Alors, il faut redire, d’a­bord, que créer, pour le Bon Dieu, c’est sim­ple­ment vou­loir.

Infi­ni­ment bon, infi­ni­ment puis­sant, Dieu a vou­lu et, d’un seul coup, Il a créé les cieux et la terre.

Bru­no prend un air enten­du :

— Comme si moi je disais, je veux une auto magni­fique, et elle serait là. C’est ça qui serait chic !

— Seule­ment, ta voi­ture serait faite avec un tas de choses qui existent déjà, de l’a­cier, de la tôle, du cuir, du bois, etc., tan­dis que le Bon Dieu créa les cieux et la terre avec rien. Il a vou­lu, et tout a été fait.

Un seul acte de volon­té a suf­fi. Mais il a plu au Bon Dieu de déve­lop­per son œuvre. Il a fait paraître les unes après les autres une varié­té inouïe de choses mer­veilleuses, qui sont ce qu’on appelle les créa­tures de Dieu.

— Ça veut dire quoi ? Com­ment a‑t-il fait ? demande Nicole. Faut dire des mots qu’on com­prenne, tante.

— C’est jus­te­ment ce que je vou­drais, mais sais-tu que ce n’est pas facile ? Écou­tez bien. Il y a très, très long­temps vivait un homme qui s’ap­pe­lait Moise.

Moïse a écrit l’His­toire de la Créa­tion, dans un livre nom­mé la Genèse et dans la langue que par­lait son peuple : l’hé­breu.

Or Moïse dit, dans son livre, que le monde fut for­mé comme en six fois. Il emploie pour cela le mot hébreu yôm, qui signi­fie à la fois jour et période, autre­ment dit, un espace de temps quel­conque, qui peut être long, même très long.

Colette se penche vers Nicole pour lui souf­fler :

— Tu vois si j’a­vais rai­son de venir cher­cher maman.

Maman entend, sou­rit et conti­nue :

— Ceci dit, je reprends :

Au pre­mier temps ou pre­mière période, Dieu créa les cieux et la terre et, sur son ordre, la lumière appa­rut.

Ce que Moise nous dit, dans son livre, des cinq autres jours se rap­porte à la terre sur laquelle nous vivons. C’est l’his­toire de ce qui nous inté­resse tous, et nous devons la connaître, pour mieux remer­cier le Bon Dieu et mieux essayer de com­prendre sa puis­sance et sa bon­té.

Nicole regimbe :

— On n’est pas des bébés ! J’ai presque sept ans. C’est quand c’est mal expli­qué, qu’on ne com­prend pas.

Maman glisse à ses deux aînés un coup d’œil qui signi­fie : Nous voi­là aver­tis, puis, tout haut : Alors, si tu n’es plus un pou­pon, tu devrais être capable d’en­tendre ceci : Au début, la terre n’é­tait pas encore com­plè­te­ment for­mée et, au second jour, ou seconde période, Dieu a sépa­ré les eaux qui la cou­vraient encore tout entière, de l’air des­ti­né à l’en­ve­lop­per, et voi­là qu’ap­pa­raît le fir­ma­ment, ce ciel bleu, que vous aimez tant à regar­der.

Ensuite, c’est la troi­sième période. Le Bon Dieu fait appa­raître les conti­nents, c’est-à-dire les par­ties sèches de la terre. Et quand la mer eut pris sa place et la terre sèche la sienne, Dieu fit pous­ser des plantes, des arbres d’une gran­deur que vous pou­vez dif­fi­ci­le­ment ima­gi­ner.

Bru­no regarde sa tante avec ses grands yeux éton­nés :

— Com­ment sait-on que les plantes étaient grandes et belles, puis­qu’il y a tel­le­ment long­temps ?

Jean, deve­nu le grand gar­çon stu­dieux, réflé­chi, curieux de toutes les décou­vertes scien­ti­fiques modernes, ne peut s’empêcher d’in­ter­ve­nir ; il dit :

— Oh, maman, c’est amu­sant de faire le rap­pro­che­ment. Notre pro­fes­seur nous a don­né au col­lège exac­te­ment les mêmes expli­ca­tions que vous, sur ces mer­veilles de la Créa­tion. Seule­ment, il est entré dans des détails sur les décou­vertes récentes, en rap­port avec la Bible. Juste, Bru­no, tu demandes com­ment on sait que les plantes, au com­men­ce­ment, étaient si grandes et si belles.

Hé bien ! gran­dis vite, et nous irons visi­ter ensemble une mine de char­bon. J’en rêve, depuis que je suis les cours de géo­lo­gie. Ima­gine-toi, que, pour orga­ni­ser ces mines, on a creu­sé à des pro­fon­deurs presque incroyables et c’est là qu’on a trou­vé, dans les couches de char­bon for­mées par la végé­ta­tion pri­mi­tive, — tu com­prends ça veut dire, très, très anciennes, — des arbres, des fou­gères immenses, dont les empreintes sont res­tées intactes. J’ai tel­le­ment sup­plié mon pro­fes­seur, qu’il m’en a don­né des pho­tos. Je te les ferai voir. La pro­fon­deur même où on a décou­vert ces empreintes donne aux savants une idée des siècles qui ont pas­sé sur elles. Presse-toi, je te dis, gran­dis au galop, pour apprendre tout cela.

Bru­no met ses deux petites mains sur son front, le tâte et, avec un sérieux imper­tur­bable, conclut :

— Tout n’en­tre­ra jamais là- dedans.

— Que si, répond Colette. Tu n’i­ma­gines pas ce qui se loge­ra dans cette petite boite-là !

Écoute encore maman. Voi­ci la qua­trième période.

Battistero - La création des anges, du ciel, de la terre

— Ici, mes ché­ris, il suf­fi­rait que je vous dise : Dieu fit paraître le soleil, la lune et les étoiles… Mais cela ne vous don­ne­rait pas assez l’i­dée de la puis­sance du Bon Dieu, qui a fait alors quelque chose d’une splen­deur comme infi­nie.

Sur son ordre, en effet, le soleil, la lune éclairent la terre et marquent la divi­sion du temps. Les étoiles se montrent au fir­ma­ment. Il y aura désor­mais des années, des sai­sons, des jours et des nuits.

Pierre, tu sais déjà, toi, que la terre, qui tourne sur elle-même, tourne aus­si autour du soleil, parce que, mes petits, et c’est là quelque chose de mer­veilleux, dans l’U­ni­vers, tout est en mou­ve­ment.

Ce soir, vous regar­de­rez le ciel. Impos­sible d’en comp­ter les étoiles, qui vous paraissent immo­biles. Il semble qu’elles soient clouées là, sur cette immense voûte bleue. Pas du tout ! Elles bougent, mais si loin de nous, et il y en a des myriades d’autres que nous ne voyons pas ! Deman­dez à Jean de vous racon­ter ce qu’il a vu l’autre soir à l’Ob­ser­va­toire.

L’Ob­ser­va­toire ? Bru­no et Nicole, têtes levées, demandent ce que peut bien être cette affaire-là, et l’oncle Jean très gen­ti­ment explique :

— Toute ma classe est allée visi­ter cette espèce de tour qu’on aper­çoit quand le temps est clair, et qui est à Ksa­ra, à quelque trente-cinq kilo­mètres d’i­ci, sur l’un des der­niers contre­forts du Liban.

C’est un obser­va­toire, parce que, du haut de la tour, les savants astro­nomes observent le ciel, et, pour cela, ils ont des sortes de grandes longues-vues, qui sont des téles­copes. Avec ces téles­copes on voit bou­ger les étoiles.

— Tu les as vues, toi ? disent ensemble les trois petits, les yeux flam­bants.

— Je les ai vues. C’est inima­gi­nable. Tous ces astres remuent dans l’es­pace et par­courent des mil­lions et des mil­lions de kilo­mètres depuis des siècles et des siècles. Ils courent, si l’on peut dire, à des vitesses ver­ti­gi­neuses, comme sur d’im­menses pistes qui s’en­tre­croisent, et pour­tant tous ces soleils ne se heurtent pas dans leur course.

— Mais com­ment ça se fait qu’ils res­tent là-haut, sans tom­ber ? dit Nicole, qui n’en revient pas.

— N’aie pas peur qu’ils tombent, va ! Le Bon Dieu a com­bi­né tout cela si admi­ra­ble­ment, dans un si mer­veilleux équi­libre ! Il nous montre ain­si d’une manière res­plen­dis­sante sa Puis­sance et sa Science. J’au­rais pas­sé la nuit à contem­pler ces mer­veilles.

Toutes les inven­tions des hommes ne sont, à côté, que des jou­joux d’en­fants. Rien ne peut se com­pa­rer à ce mou­ve­ment des inondes dans l’es­pace. Il fal­lait, pour l’i­ma­gi­ner et le réa­li­ser, une intel­li­gence qui dépasse tout.

— Il fal­lait Dieu, conclut gra­ve­ment maman.

.… .… .… .… .… .… .… .… .… .… .… .… .… .…

Un silence. Cha­cun suit sa pen­sée. Mais Nicole a quelque chose qui la chif­fonne :

— Dites, tante, au milieu de tous ces mondes qui se pro­mènent là-haut, la terre est un des plus grands ?

— Tu veux dire l’un des plus petits !

Excla­ma­tion géné­rale.

— Com­ment !…

— Jean, fais-nous donc voir l’i­mage que tu as rap­por­tée de l’Ob­ser­va­toire.

C’est un des­sin qui indique la moi­tié du soleil, et un peu plus loin, un petit point à peine visible.

Nicole regarde et fait la moue :

— Ce n’est pas une image. Y a rien du tout.

Jean rit :

— Rien du tout, c’est une manière de dire. Tu vois au moins un grand rond et un petit rond. Ils repré­sentent la gran­deur de la terre par rap­port à celle du soleil.

Les enfants sont sai­sis ; ils tournent et retournent le des­sin… Ce petit point, la terre ? C’est incroyable !

Maman les laisse à leurs réflexions, puis, au bout d’un ins­tant :

— Et c’est sur cette petite, toute petite terre, que Dieu a accu­mu­lé tant de beau­tés. C’est là qu’Il a vou­lu mou­rir pour nous sau­ver.

Si vous saviez com­bien les vrais, les très grands savants sont ravis d’ad­mi­ra­tion devant cette œuvre de Dieu ! N’est-ce pas, mon Jean ?

L’un d’eux, Pierre Ter­mier, vivait encore il y a très peu de temps. Il a pas­sé des années à étu­dier la terre. Il était émer­veillé de tout ce qu’il décou­vrait, de tout ce qui res­tait à décou­vrir encore, et dans un de ses plus beaux livres il a écrit : « Celui qui connaî­trait bien la terre et sa place dans le monde pour­rait se van­ter d’être entré très avant dans les secrets du Bon Dieu. »

.… .… .… .… .… .… .… .… .… .… .… .… .… .…

— Dix minutes d’ar­rêt ! Buf­fet !

C’est ain­si que Jean, après avoir consul­té sa mère du regard, inter­rompt brus­que­ment la cau­se­rie.

Son frère et lui n’ont que le temps d’ex­pé­dier leur goû­ter à toute allure, pour filer reprendre leur étude. Les deux petits, au contraire, s’ac­crochent à leur tante et à Colette. Nicole, pour aller plus vite, s’é­trangle presque en ava­lant sa tar­tine.

— Ne vous en allez pas, tante, s’il vous plaît ! Faut dire com­ment ça finit, la Créa­tion.

Et maman, dont la patience est plus inépui­sable que la curio­si­té des enfants, reprend gaie­ment :

— Nous arri­vions, si je ne me trompe, à la cin­quième période. Dieu fait alors naître dans les eaux des ani­maux de dif­fé­rentes espèces, des monstres marins, des pois­sons, tan­dis que, sur son ordre, appa­raissent aus­si les oiseaux qui volent dans les airs. Si Jean était encore là, il vous dirait que les savants ont retrou­vé des sque­lettes de monstres marins, évi­dem­ment très anciens.

Et puis, c’est la sixième période. Dieu fait paraître sur la terre non seule­ment les ani­maux domes­tiques, mais un nombre incroyable d’autres espèces. Et, comme pour les arbres, les fou­gères, les monstres marins, on a décou­vert dans les pro­fon­deurs de la terre des sque­lettes d’a­ni­maux immenses, dont cer­tains ont trente mètres de long.

Histoire Sainte - La Genèse, la Création
Des sque­lettes d’a­ni­maux immenses, dont cer­tains ont trente mètres de long.

— Oh ! disent les deux petits, pleins d’ad­mi­ra­tion.

— Remar­quez que les œuvres du Bon Dieu sont, à mesure qu’elles appa­raissent, de plus en plus belles. Avez-vous vu quel­que­fois les ruches des abeilles, avec leurs petites cel­lules, si bien faites ? En tous cas vous avez regar­dé, et com­bien sou­vent, les déli­cieux petits nids des oiseaux, si douillets, si jolis. C’est que le Bon Dieu a don­né à toutes les bêtes, même aux moindres insectes, ce qu’on appelle l’ins­tinct.

L’ins­tinct leur fait faire juste ce qu’il faut pour se nour­rir, éle­ver leurs petits, rem­plir leur rôle enfin, si minime qu’il soit, dans l’ordre de la Créa­tion.

— Oui, approuve gra­ve­ment Nicole, qui songe à Dick, le chien de son père, les bêtes sont très intel­li­gentes.

Aus­si est-elle un peu déçue d’en­tendre sa tante répondre :

— Non, ma ché­rie, c’est une erreur. L’ins­tinct n’est pas l’in­tel­li­gence. La preuve, c’est que Dick, auquel tu penses, j’en suis sûre, ne pour­rait pas apprendre son alpha­bet ou faire des addi­tions comme Bru­no. Il a seule­ment l’ins­tinct très déve­lop­pé, ce qui n’est pas la même chose.

Vous com­pren­drez cela plus tard. Les grands savants sont ceux qui le com­prennent le mieux. Fabre, lui a pas­sé sa vie à appro­fon­dir ces ques­tions, se moquait gen­ti­ment des gens qui confondent l’ins­tinct avec un com­men­ce­ment d’in­tel­li­gence.

Il n’en est pas moins vrai que les ani­maux sont des créa­tures bien supé­rieures aux plantes et sur­tout aux miné­raux.

— Alors, reprend Nicole, puisque ça va tout de même de plus beau en plus beau, qu’est-ce qu’Il va créer, main­te­nant, le Bon Dieu ?

— Tu le sais aus­si bien que moi ; réflé­chis seule­ment une minute. Le palais est ter­mi­né, le Bon Dieu y a mis des splen­deurs ; il n’y manque rien, excep­té le prin­ci­pal habi­tant, celui auquel le palais est des­ti­né, qui en sera le maître, c’est-à-dire l’homme.

Nicole se frappe drô­le­ment le front :

— Çà y est ! Vous allez voir ! Adam et Ève vont arri­ver.

— Par­fai­te­ment, les voi­ci. Mais pour créer le pre­mier homme, le Bon Dieu ne fait pas comme pour les autres créa­tures. Il ne dit plus seule­ment : « Que cela soit ! » Il dit solen­nel­le­ment : « Fai­sons l’homme à notre image et à notre res­sem­blance. » Alors, il forme avec de la terre le corps du pre­mier homme, Il lui com­mu­nique un souffle de vie, c’est-à-dire qu’Il lui donne une âme faite à son image, capable de pen­ser, de vou­loir et d’ai­mer.

Tu nous as dit à l’ins­tant le nom de ce pre­mier homme, roi de la créa­tion tout entière. C’est Adam. Est-ce que le Bon Dieu va lais­ser Adam tout seul sur la terre ?

— Non, dit vive­ment Nicole, ce serait trop triste.

— Alors qui est venu habi­ter avec lui ? Bru­no trouve qu’on semble igno­rer sa pré­sence. Il plaque sa petite main pote­lée sur la bouche de sa sœur pour l’empêcher de par­ler, et très calme déclare : Ève.

Colette éclate de rire, mais Nicole secoue la tête avec colère et pour un peu gifle­rait son petit frère.

Lui ne se trouble pas.

— Pour­quoi qu’on veut pas que je parle ? Y a pas que les filles qui savent. Ève, c’est la femme d’A­dam. Maman me l’a dit sou­vent. Et elle a été très méchante.

— Tu nous racon­te­ras tout à l’heure ce qu’elle a fait de mal ; mais elle était très bonne au com­men­ce­ment, quand Dieu la créa et en fit la com­pagne du pre­mier homme. L’âme que Dieu lui don­na était pure et belle comme celle d’A­dam. Ève allait deve­nir la mère de tous les hommes, de là son nom, qui signi­fie : « mère des vivants. »

Après avoir ain­si, à six reprises dif­fé­rentes, créé le monde et les hommes, Dieu se repo­sa. Cela ne veut pas dire qu’Il était fati­gué, mais qu’Il contem­pla son œuvre et la trou­va belle. C’est en sou­ve­nir de ce repos divin qu’a­près six jour­nées accor­dées au tra­vail, nous devons réser­ver le dimanche au culte de Dieu, et à notre propre repos.

Et main­te­nant, mes petits, allez jouer, et tâchez de ne pas trop oublier tout cela.
Coloriage pour les enfants du catéchisme - La Création du monde


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