Histoire Sainte illustrée – Bernard et Colette en avion

Auteur : Par un groupe de pères et de mères de familles | Ouvrage : Histoire Sainte illustrée .

Histoire Sainte Illustrée

Temps de lec­ture : 6 minutes

PROLOGUE

Regarde, tante Colette, regarde ! Il des­cend ! le voi­là ! Papa est dedans, l’oncle Ber­nard aus­si ! Sûr, sûr… je te dis, c’est l’Oi­seau-Bleu !

Histoire Sainte illustrée pour les enfants - Bernard et Colette en Avion
Il des­cend ! le voi­là !

Devant un petit homme soli­de­ment bâti, qui peut avoir cinq ans et demi et s’é­trangle d’é­mo­tion, un bel avion bleu pâle, der­nier modèle, évo­lue en effet à cin­quante mètres de là, cher­chant sa place pour atter­rir.

« Tante Colette » accourt et, der­rière elle, petit Pierre, qui entraîne de toutes ses forces une fillette brune et menue : sa nièce.

Faut-il encore dire petit Pierre ? Il en serait cer­tai­ne­ment furieux. Quand on est revê­tu de la digni­té d’oncle, il semble bien qu’on soit un homme ! Mon­sieur Pierre — mal­gré ses dix ans — en est très per­sua­dé.

Mais enfin, d’où lui viennent ces neveux jusque-là incon­nus ? Vous sou­vient-il d’une pre­mière ren­contre déjà loin­taine avec Ber­nard, Colette et Cie ? 1 En ce temps-là, ces impor­tants per­son­nages n’é­taient que des bébés, appre­nant leur caté­chisme.

Annie don­nait du fil à retordre à Gene­viève, la grande sœur aînée, qui quit­ta sa famille pour suivre en Indo­chine Jacques, l’a­via­teur, qu’elle avait épou­sé.

L’In­do­chine ! Les nou­velles étaient rares, et du ménage loin­tain la jeu­nesse gran­dis­sante enten­dait peu par­ler. Mais les années passent,… la vie change. Hasard des gar­ni­sons, consé­quences des affaires, la Pro­vi­dence a gui­dé toutes choses pour réunir de nou­veau nos amis en Syrie, dans les fau­bourgs de Bey­routh.

Jacques y a été nom­mé capi­taine d’a­via­tion et Gene­viève a accueilli avec bon­heur cette affec­ta­tion, car le cli­mat d’In­do­chine sem­blait nui­sible à ses enfants. Son tout petit Hubert est par­ti pour le ciel et Nicole, son aînée, demeure trop fluette. C’est une petite brune fort délu­rée, qui a les yeux en amande, un peu comme ces Chi­nois par­mi les­quels elle est née, il y a bien­tôt sept ans. L’es­prit et la malice pétillent dans ces yeux-là. Et pour menu qu’il soit, ce lutin chante et rit toute la jour­née.

Puis vient Bru­no. Celui-là, Dieu mer­ci, est un solide petit homme, qui se campe à per­pé­tui­té devant les gens, bombe la poi­trine, tient la tête bien droite, vous fixe de grands yeux clairs, ni verts ni bleus, et vous affirme les choses les plus inat­ten­dues, posé­ment, comme un vieux mon­sieur qui sait ce qu’il dit.

Ain­si donc, Gene­viève et Jacques se sont fixés en Syrie avec leurs enfants. Mais que sont deve­nus Ber­nard, Colette et Cie ?

Yvon, à peine remis de sa ter­rible fièvre typhoïde, est rec­teur dans un tout petit vil­lage de Bre­tagne, au bord de la mer. Sa mère et sa sœur Annie ont rega­gné L… Ber­na­dette est entrée chez les Petites Sœurs de l’As­somp­tion.

Mais Ber­nard ? Oh ! celui-là, que vou­liez-vous qu’il devînt, si ce n’est avia­teur ? Il s’est enga­gé comme tel à Bey­routh, heu­reux d’y retrou­ver le ménage de sa sœur aînée, de tra­vailler ferme, et de s’as­su­rer, du moins en est-il convain­cu, un « colos­sal » avan­ce­ment !

Quant à maman, Jean, Colette, petit Pierre et Maria­nick, ils ont une fois de plus pris la route de Syrie. Il a bien fal­lu suivre le chef de famille, de nou­veau fixé en Orient pour un temps indé­ter­mi­né, non sans regret­ter, par­fois amè­re­ment, le petit coin de France et la vieille demeure tant aimée.

Par bon­heur, à Bey­routh, deux modestes mai­sons toutes proches se sont trou­vées à louer.

Par les jar­dins qui les entourent, on vit les uns chez les autres, ensemble, comme autre­fois.

Portraits des enfants en Terre Sainte
Por­traits des enfants.

Seule­ment, Maria­nick n’est plus jeune et Colette l’aide, tant au ménage qu’au four­neau, ce qui a le don de mettre par­fois la bonne vieille en colère, une colère mal défi­nie, faite de peine et d’at­ten­dris­se­ment.

Au bruit du moteur, elle aus­si court à la fenêtre. Chaque fois qu’elle contemple l’a­vion décol­ler ou atter­rir, elle retrouve les gestes fami­liers : elle se signe et joint les mains : « Jésus ! Ma Doué, a‑t-on idée de vou­loir faire comme les oiseaux ! Y se cas­se­ront les ailes un beau matin ! Bonne sainte Anne, gar­dez-les bien ! »

Mais la jeu­nesse, par contre, est au comble de la joie. L’Oi­seau-Bleu s’est posé dans la prai­rie voi­sine réser­vée à l’at­ter­ris­sage. Ber­nard en bon­dit.

— Épa­tant ! mer­veilleux ! Le moteur est for­mi­dable ! Ça vaut tous les his­pa­nos du monde ! Jacques pilote ça comme un as, un de ces jours, Colette, on t’emmène !

— Oui, quand papa sera là, il me l’a pro­mis.

— Dom­mage d’être obli­gés de l’at­tendre. Pour un peu, on t’en­lè­ve­rait tout de suite, déclare Jacques, qui appa­raît à son tour, ôtant son casque.

— Vous oubliez, mes­sieurs, que l’ap­pa­reil est à papa. Pour rien au monde je ne l’es­saie­rai sans lui.

Ber­nard cligne de l’œil à son beau-frère :

— Sa confiance nous honore, hein, mon vieux ! Car, enfin, mon oncle nous l’a prê­té, son Oiseau-Bleu.

— Mais il ne nous a pas confié Colette, le tré­sor des tré­sors, reprend Jacques ami­ca­le­ment taquin… Sur ce, allons déjeu­ner. Là-haut on attrape une faim de loup et Gene­viève doit se mor­fondre devant les plats qui des­sèchent, à moins qu’ils ne soient froids !

Et se pen­chant vers son petit Bru­no qui, les mains dans ses poches, contemple silen­cieu­se­ment le grand oiseau, Jacques empoigne le bon­homme, le jette à che­val sur ses épaules et file au pas de course vers la mai­son, sui­vi de Nicole et de Pierre, qui ont du mal à le rat­tra­per.

Quelques heures plus tard, Gene­viève et Colette causent tran­quille­ment autour de la table à ouvrage, sur laquelle s’é­lève une pile res­pec­table de linge à rac­com­mo­der.

— Ils arrangent bien leurs affaires, tous ces méca­ni­ciens, sou­pire drô­le­ment Colette. Regarde un peu ces poi­gnets. À force d’en déta­cher l’huile et la graisse, ils sont usés à tout jamais. Quand Ber­nard arrive en per­mis­sion, comme hier, c’est pour me dire : Tu ne pour­rais pas regar­der un peu ce que je t’ap­porte ! Et je t’as­sure que la valise contient en géné­ral un amas informe de choses hété­ro­clites, qui toutes sont plus ou moins à l’é­tat d’é­cu­moir. Quel brise tout !

— Oui, dit Gene­viève, mais si droit, et au fond si sérieux. Cela fera un avia­teur de grand style, comme ils disent.

— Je l’es­père, il aime tel­le­ment son arme ! Je crois d’ailleurs qu’il m’a pas­sé une voca­tion d’a­via­trice. Si tu savais ce que je suis contente de pen­ser que la pauvre vieille Renault est rem­pla­cée par un avion ! Papa se tuait à rou­ler sur ces pistes de cailloux, dès qu’il quit­tait les grandes routes, et c’é­tait si sou­vent ! Toute la Trans­jor­da­nie est un vrai désert de pierre.

— C’est vrai, désor­mais les affaires se feront avec un mini­mum de fatigue et un maxi­mum de rapi­di­té. Quelle sera sa pro­chaine tour­née, sais-tu ?

— Non, je ne sais pas. Mais de toutes façons il sur­vo­le­ra tous les sou­ve­nirs de ces pays dont le nom enchan­tait notre enfance et qui nous sem­blaient, comme disait Jean, tout au bout de la géo­gra­phie ! À six ans, quand nous appre­nions notre His­toire Sainte, je croyais bon­ne­ment que le mont Sinaï, par exemple, était « mort » en même temps que Moïse. Et l’i­dée que je vole­rais autour de lui un jour m’eût sem­blé le plus joli des contes de fée. Nous vivons tout de même une drôle d’é­poque, avec ces voyages si rapides et si loin­tains.

— Une époque bien inté­res­sante… Sais-tu, Colette, ce que tu devrais faire, si vrai­ment mon oncle t’emmène en avion ?

— Quoi donc ?

— Prendre des notes et puis, en ren­trant, racon­ter cela à mes deux petits et leur apprendre à ton tour l’His­toire Sainte, non pas dans un livre, mais comme une chose dont tu as vu, de tes yeux vu, beau­coup de sites et de détails. Tu as toi-même appris ain­si tant de choses en Pales­tine et à Rome !

— C’est une idée d’or. Sans comp­ter que nous pour­rions prendre Nicole à bord, quand papa connaî­tra son appa­reil à fond et qu’il n’y aura plus de dan­ger.

Et, joyeuse comme tou­jours, Colette ajoute :

— C’est enten­du, je deviens pro­fes­seur d’His­toire Sainte pour tes deux enfants.


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Notes :

  1. Voir : Caté­chisme illus­tré. Récits évan­gé­liques illus­trés. Petite His­toire de l’É­glise illus­trée. À la Décou­verte de la Litur­gie. — Col­lec­tion Ber­nard et Colette. – MAME.

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