Étiquette : Avion

Auteur : Par un groupe de pères et de mères de familles | Ouvrage : Histoire Sainte illustrée .

Temps de lec­ture : 6 minutes

PROLOGUE

Regarde, tante Colette, regarde ! Il des­cend ! le voi­là ! Papa est dedans, l’oncle Ber­nard aus­si ! Sûr, sûr… je te dis, c’est l’Oi­seau-Bleu !

Histoire Sainte illustrée pour les enfants - Bernard et Colette en Avion
Il des­cend ! le voi­là !

Devant un petit homme soli­de­ment bâti, qui peut avoir cinq ans et demi et s’é­trangle d’é­mo­tion, un bel avion bleu pâle, der­nier modèle, évo­lue en effet à cin­quante mètres de là, cher­chant sa place pour atter­rir.

« Tante Colette » accourt et, der­rière elle, petit Pierre, qui entraîne de toutes ses forces une fillette brune et menue : sa nièce.

Faut-il encore dire petit Pierre ? Il en serait cer­tai­ne­ment furieux. Quand on est revê­tu de la digni­té d’oncle, il semble bien qu’on soit un homme ! Mon­sieur Pierre — mal­gré ses dix ans — en est très per­sua­dé.

Mais enfin, d’où lui viennent ces neveux jusque-là incon­nus ? Vous sou­vient-il d’une pre­mière ren­contre déjà loin­taine avec Ber­nard, Colette et Cie ? 1 En ce temps-là, ces impor­tants per­son­nages n’é­taient que des bébés, appre­nant leur caté­chisme.

Notes :

  1. Voir : Caté­chisme illus­tré. Récits évan­gé­liques illus­trés. Petite His­toire de l’É­glise illus­trée. À la Décou­verte de la Litur­gie. — Col­lec­tion Ber­nard et Colette. – MAME.
Auteur : Goyau, Georges | Ouvrage : À la conquête du monde païen .

Temps de lec­ture : 4 minutes

XXV

Le père Bourjade, missionnaire du Sacré-Cœur d’Issoudun chez les Papous

Un avia­teur fran­çais de la Grande Guerre, Bour­jade, mou­rait mis­sion­naire, six ans après le réta­blis­se­ment de la paix, dans la Nou­velle-Gui­née Bri­tan­nique. Il dut toutes ses éner­gies, toutes ses aspi­ra­tions, à la médi­ta­tion quo­ti­dienne du livre de sainte Thé­rèse de l’En­fant-Jésus : l’His­toire d’une âme ; elle était déjà sa patronne, à lui Bour­jade, avant que Pie XI ne l’eût pro­cla­mée patronne de tous les mis­sion­naires.

Tout jeune, il s’é­tait sen­ti atti­ré vers la congré­ga­tion du Sacré-Cœur d’Is­sou­dun, fon­dée au XIXe siècle par le Père Che­va­lier. Cette congré­ga­tion par­tage avec nos Maristes et nos Pic­pu­ciens la tâche d’é­van­gé­li­ser l’O­céa­nie et de la civi­li­ser. Pour se ran­ger sous les dis­ci­plines du novi­ciat, le jeune Bour­jade avait dû s’exi­ler de sa patrie, émi­grer en Espagne, en Suisse. Le fervent Fran­çais qu’il était avait accep­té d’al­ler au loin, comme pré­lude de la vie de sacri­fices qui, chez les sau­vages, l’at­ten­dait. Et l’acte d’of­frande par lequel naguère, à Lisieux, la petite car­mé­lite s’é­tait don­née au Christ, devint, dès qu’à Fri­bourg Bour­jade en connut le texte, la devise même de sa propre vie.

avion Bourjade avec sainte ThérèseLa guerre de 1914 rame­nait Bour­jade en France ; et dans le rêve qu’il for­mait, et qui se réa­li­sa, de délais­ser le ser­vice des cra­pouillots pour entrer dans l’a­via­tion, se glis­sait à l’ar­rière-plan une idée mis­sion­naire : il son­geait que pour ces conquêtes spi­ri­tuelles qui, durant l’a­près-guerre, seraient son office et son par­tage, l’a­vion, rede­ve­nu paci­fique, pour­rait être un mer­veilleux ins­tru­ment. La paix réta­blie ouvrait au « pilote de sainte Thé­rèse » des pers­pec­tives nou­velles dans la cin­quième par­tie du monde : en 1921, Bour­jade pre­nait la route de l’O­céa­nie. Vers la fin de sa vie ter­restre, cette Thé­rèse dont il éprou­vait sans cesse, au delà du voile qui sépare terre et ciel, la fidé­li­té pro­tec­trice, avait dit à l’une de ses sœurs du Car­mel, qui la voyait mar­cher avec beau­coup de peine : « Savez-vous ce qui me donne des forces ? Eh bien ! je marche pour un mis­sion­naire ; je pense que là-bas, bien loin, un d’eux est peut-être épui­sé dans ses courses apos­to­liques, et, pour dimi­nuer ses fatigues, j’offre les miennes à Dieu. »

Bour­jade avait sou­vent admi­ré cet émou­vant pro­pos, et lors­qu’il navi­guait vers les popu­la­tions les plus sau­vages de l’u­ni­vers, il était sou­te­nu par le sou­ve­nir de Thé­rèse. Lors­qu’elle appar­te­nait à l’É­glise mili­tante, elle « mar­chait » pour les mis­sion­naires ; aujourd’­hui, membre de l’É­glise triom­phante, elle avait d’autres méthodes pour les ser­vir.

Bour­jade allait prendre contact avec ces Papous, chez qui Mgr Ver­jus, en 1885, avait jeté les pre­miers germes du Cre­do ; il allait voir, dans leur cathé­drale de Yule-Island, les femmes aux têtes rasées, vêtues d’un léger pagne en herbes, qu’ornent des dents de chien ; les hommes tout ruti­lants d’huile rouge, dont les bra­ce­lets de fibre, les cein­tures d’é­corce, les jar­re­tières sont parés d’herbes odo­rantes, et dont la che­ve­lure cré­pue se constelle de magni­fiques fleurs. Mais Bour­jade n’é­tait pas des­ti­né à être le des­ser­vant d’une cathé­drale ; il fal­lait qu’il allât plus loin dans la pleine sau­va­ge­rie, dans la pleine cana­que­rie, sur ces bords fétides où bâillent les cro­co­diles ; il fal­lait qu’il affron­tât les maré­cages et qu’il affron­tât les ser­pents. Il fal­lait qu’il accep­tât l’i­dée de se dévouer jus­qu’à la mort pour des sau­vages qu’il était dif­fi­cile d’ap­pro­cher, plus dif­fi­cile encore de conver­tir, puisque en qua­rante ans ses frères d’a­pos­to­lat n’a­vaient pu prendre contact qu’a­vec vingt mille âmes, dont neuf mille seule­ment étaient venues au Christ.