Samuel. Les Rois. Consécration de Saül et de David

Auteur : Par un groupe de pères et de mères de familles | Ouvrage : Histoire Sainte illustrée .

Temps de lec­ture : 11 minutes

XVI

C’est le soir. De grands lis blancs montent jus­qu’à la baie lar­ge­ment ouverte près de laquelle Colette est encore éten­due. Leur par­fum péné­trant enva­hit l’at­mo­sphère et Colette songe, les yeux au loin vers l’ho­ri­zon. Elle a posé son livre sur ses genoux et contemple ravie le pay­sage, qu’une lueur rose, bleue, grise, enve­loppe len­te­ment.

Dans cette paix silen­cieuse, la voix déso­lée de Maria­nick arrache Colette à sa pen­sée. Sûre­ment, les enfants font encore quelque bêtise !

Récit biblique pour les petits

La voix se rap­proche, Maria­nick appa­raît, main­te­nant d’un côté un Yamil qui cherche à lui glis­ser dans la main, et de l’autre une Nicole à figure fri­ponne, mi-colère, mi-regret.

— Beau gibier que je t’a­mène, Colette ! Nicole mange toutes les confi­tures. Il est grand temps qu’elle aille à l’é­cole trou­ver des maî­tresses qui lui en feront pas­ser le goût.

Quant à celui-là, vous pré­ten­dez qu’il sait sa reli­gion. Fau­drait qu’y nous dise laquelle. Pas la mienne, pour sûr. Ah ! ma Doué ! si c’est au caté­chisme qu’il apprend à faire « endê­ver » les gens !

Tiens, je m’en vais, j’ai trop envie de cogner des­sus. D’or­di­naire, ça n’est pas mon goût, pour­tant !

Et Maria­nick tourne les talons, lais­sant les deux enfants penauds, devant Colette, qui les regarde sans l’ombre d’un sou­rire.

— Enfin, mes petits, com­ment se fait-il que vous ne ces­siez pas de faire des sot­tises ?

— Je vais te le dire, déclare impé­tueu­se­ment Nicole. C’est pas dif­fi­cile à com­prendre. Ici, la mai­son est très, très grande et maman est tout le temps occu­pée à mettre de l’ordre, et à tout espèce de choses. Alors, quand on a fini la classe, maman range dans les armoires et Bru­no et moi on est seuls, et Yamil appelle ; c’est amu­sant, tu sais. Pour­quoi que c’est tou­jours défen­du, quand c’est amu­sant ?

— Non, pas tou­jours… Je t’en repar­le­rai un de ces quatre matins. Pour l’ins­tant, j’ai une autre idée.

Dis-moi, Yamil, pen­dant com­bien de temps es-tu allé au caté­chisme ?

— Un an.

— Tu as appris ton His­toire Sainte ?

— Un piti peu.

— Et tu serais content d’en apprendre davan­tage, avec la « petite dami­selle », comme tu dis ?

— Yamil très content.

— Alors, entends-moi bien, c’est sérieux. Chaque fois que Maria­nick me dira que tu l’as méri­té, tu vien­dras assis­ter à la leçon.

Yamil fait une gri­mace affreuse :

— Li Maria­nick jamais dire bien.

— Maria­nick dira la véri­té, Yamil, le reste te regarde.

Assieds-toi là sans bou­ger et écoute. Cela te don­ne­ra peut-être envie de reve­nir les autres jours et donc de le méri­ter.

— Mais, dit Nicole, on est trop loin dans l’His­toire Sainte. Il ne sau­ra pas le com­men­ce­ment.

— S’il est sage, je le lui appren­drai aus­si. Il peut tou­jours assis­ter à vos leçons. Tu vas voir comme celle d’au­jourd’­hui sera inté­res­sante. Seule­ment, je veux aus­si Bru­no. Appelle-le…

Les enfants ins­tal­lés, Yamil accrou­pi sur la natte, Colette com­mence :

— Ber­nard vous a racon­té l’His­toire des Juges, sauf celle des deux der­niers.

Nicole, le nez au vent :

— Com­ment s’ap­pe­laient-ils ?

— Héli et Samuel. Héli était bon, mais très faible. Il n’o­sait pas châ­tier les pécheurs et per­met­tait à ses deux fils de mener une vie scan­da­leuse.

Il veillait cepen­dant avec soin sur un enfant que ses parents lui avaient confié, après l’a­voir voué au ser­vice du Sei­gneur.

Ce petit s’ap­pe­lait Samuel.

Bru­no ne com­prend pas.

— Qu’est-ce que ça veut dire : être voué au ser­vice du Sei­gneur ?

— Cela signi­fie se pré­pa­rer à ser­vir le Bon Dieu toute sa vie, un peu comme les sémi­na­ristes d’au­jourd’­hui se pré­parent à être prêtres.

— Alors, comme l’oncle Yvon, autre­fois ?

— À peu près, avec des dif­fé­rences que tu appren­dras plus tard. Ce petit Samuel était très pieux, et le Bon Dieu l’ai­mait beau­coup.

Voi­là que plu­sieurs fois, la nuit, il s’en­ten­dait appe­ler : « Samuel ! Samuel ! » Il crut d’a­bord que c’é­tait la voix d’Hé­li. Tout obéis­sant, il se lève bien vite et court chez son maître ; mais Héli ne l’a­vait pas appe­lé.

Bru­no, sa bonne figure ronde toute ten­due par l’in­té­rêt :

— Alors, qui c’é­tait ?

— Le Bon Dieu ! En enten­dant pour la troi­sième fois cette voix incon­nue, Samuel se relève pour dire : « Par­lez, Sei­gneur, votre ser­vi­teur vous écoute. »

Alors le Bon Dieu annonce à Samuel de grands châ­ti­ments, à cause des péchés des fils d’Hé­li, qui n’a­vaient pas été punis.

Nicole est mal à l’aise. C’est ennuyeux ces his­toires d’en­fants méchants. Il vaut mieux pen­ser à Samuel.

— Dis, tate, Samuel n’a­vait rien fait de mal, lui ?

— Au contraire, et quand les Phi­lis­tins enva­hirent le pays de Cha­naan, c’est grâce à sa prière que le Bon Dieu accor­da la vic­toire aux Hébreux. Le Bon Dieu bénit ceux qui lui obéissent, tu sais, Nicole.

Nicole se tré­mousse sur sa chaise et regarde atten­ti­ve­ment par la fenêtre.

Tate retient un sou­rire et reprend :

— Samuel gou­ver­na par­fai­te­ment son peuple pen­dant quinze ans ; mais ses fils mécon­ten­tèrent les Hébreux, qui récla­mèrent un roi, comme les peuples voi­sins.

Coloriage du catéchisme : Saül oint par SamuelVous savez que le seul roi des Israé­lites, c’é­tait le Bon Dieu, qui don­nait des ordres par les Juges. Ils avaient donc tort de vou­loir un roi de la terre, eux qui étaient gou­ver­nés par le Roi du Ciel. Ils insis­tèrent pour­tant tel­le­ment, que Dieu per­mit à Samuel de leur en don­ner un. Il choi­sit un jeune homme très bien doué, du nom de Saül, et le consa­cra roi. Pour cela, il lui fit une onc­tion sur la tête avec de l’huile. -

— Quelle idée ! pro­teste Bru­no. Pour­quoi lui ver­ser de l’huile, moi, j’au­rais pas vou­lu.

— Cette huile était l’i­mage de la force, que la béné­dic­tion de Dieu don­ne­rait au roi pour gou­ver­ner son peuple.

Cette consé­cra­tion du pou­voir royal était une très grande grâce. Mal­heu­reu­se­ment Saül ne l’a pas com­pris. Au lieu de se consi­dé­rer comme le lieu­te­nant de Dieu, et de lui obéir en tout, ain­si que l’a­vaient fait les Juges, il enten­dait gar­der son indé­pen­dance et n’en faire qu’à sa tête. Il déso­béit même posi­ti­ve­ment au Bon Dieu, pen­dant la guerre des Phi­lis­tins, si bien que, sur l’ordre du Sei­gneur, Samuel dit à Saül : « Tu as reje­té la parole de Dieu et main­te­nant Dieu te rejette, afin que tu ne sois plus roi sur Israël. »

Mais tout en disant cela, Samuel, pen­sant au châ­ti­ment que Dieu réser­vait à Saül, pleu­rait mal­gré lui. Alors la voix du Sei­gneur lui par­la de nou­veau :

« Jus­qu’à quand pleu­re­ras-tu sur Saül que j’ai reje­té ?… Va chez Isaïe de Beth­léem, car j’ai vu par­mi ses fils le roi que je veux… »

Ici, mes petits, je m’ar­rête, car nous arri­vons à quelque chose de très beau et de très sérieux. Sou­ve­nez-vous des pro­messes faites à Abra­ham, Isaac, Jacob, etc…

— On s’en sou­vient très bien, affirme Nicole.

— Eh bien ! voi­ci qu’elles com­mencent à deve­nir de plus en plus pré­cises. Je vais essayer de vous le faire com­prendre.

Dieu avait donc pro­mis à Abra­ham que le Sau­veur naî­trait de sa race, et quand Jacob mou­rut, il avait dési­gné la tri­bu de son fils Juda comme devant être celle où se réa­li­se­rait un jour cette pro­messe.

Or jus­te­ment, une femme de la race de Juda habi­tait, au temps de Samuel, à Beth­léem. Elle s’ap­pe­lait Noé­mi. Beau­coup d’é­preuves l’a­vaient acca­blée. Deux de ses fils étaient morts, et elle serait demeu­rée seule et pauvre, si Ruth, l’une de ses belles-filles, ne lui était venue en aide, jus­qu’à gla­ner hum­ble­ment pour elle dans les champs du riche Booz, qui ter­mi­nait sa mois­son.

Booz remar­qua cette femme cou­ra­geuse, deman­da son nom, apprit qu’elle tra­vaillait pour sa belle-mère. Il vou­lut la voir, lui par­ler et fina­le­ment l’é­pou­sa.

Les chameaux de Booz enlevaient sa riche moisson et Ruth glanait.
Les cha­meaux de Booz enle­vaient sa riche mois­son et Ruth gla­nait.

Ruth et Booz eurent un fils, Isaïe. Lui aus­si demeu­rait à Beth­léem et c’est chez lui que Dieu envoya Samuel, pour y choi­sir le nou­veau roi d’Is­raël.

— Il l’a trou­vé ? ques­tionne Bru­no.

— Pas si faci­le­ment que ça ! Isaïe avait huit fils. Or Samuel com­prit qu’au­cun des sept pre­miers n’é­tait dési­gné par Dieu. Il récla­ma le hui­tième. C’é­tait encore un enfant, blond avec de beaux yeux et une jolie figure. Il gar­dait les trou­peaux de son père. On l’en­voya cher­cher au milieu de ses mou­tons, et Dieu dit à Samuel :

« Lève-toi, oins-le, — c’est-à-dire sacre-le roi, — car c’est lui que j’ai choi­si. » À par­tir de ce jour, l’Es­prit de Dieu diri­gea David.

Com­pre­nez-le bien, mes petits, par ces rois choi­sis, sacrés, selon Sa volon­té, Dieu vou­lait conti­nuer à gou­ver­ner Lui-même son peuple, et de plus, cette fois, il pre­nait le roi de son choix dans la tri­bu de Juda, si bien que désor­mais on pour­ra suivre de père en fils, jus­qu’à sa nais­sance, les ancêtres de Jésus Notre-Sei­gneur. Il sera de la famille de David.

Yamil s’est levé sans bruit. Pen­ché vers la fenêtre, il tend le bras vers les pâtu­rages tout proches :

— Regarde, dami­selle, là, piti ber­ger sur li mon­tagne. Y res­semble peut-être à David ; mais, — et Yamil secoue mélan­co­li­que­ment la tête, — li sera pas roi.

Les enfants se sont pré­ci­pi­tés vers la baie.

On aper­çoit, en effet, un petit bédouin, immo­bile et silen­cieux au milieu de ses mou­tons.

— C’est drôle, dit Nicole, ça fait comme une pho­to.

— Abso­lu­ment, d’au­tant que le pay­sage est à peu près le même et que les cos­tumes n’ont guère varié.

Mais si vous vou­lez apprendre ce qu’est deve­nu le petit David, ne res­tez pas là, car il m’est impos­sible de dire quelque chose d’in­té­res­sant, si vous bou­gez comme des anguilles.

Ins­tan­ta­né­ment les enfants se regroupent autour du divan.

— Vous pen­sez bien que David était encore trop jeune pour régner ; mais déjà Dieu allait prou­ver qu’Il l’a­vait en quelque sorte revê­tu de sa puis­sance.

Ce petit berger d'aujourd'hui ressemble à David.
Ce petit ber­ger d’au­jourd’­hui res­semble à David.

Chez les Phi­lis­tins, un énorme géant, du nom de Goliath, ne ces­sait de pro­vo­quer les Israé­lites en un com­bat sin­gu­lier.

Nicole réclame :

— C’é­tait quelle espèce de com­bat ?

— Goliath, sûr de sa force, vou­lait se battre contre un seul Hébreu, et enten­dait que la vic­toire soit accor­dée à toute la nation du vain­queur.

— Tiens, dit Bru­no, ce n’est pas si bête ! Il est sûr de faire gagner les Phi­lis­tins.

— C’est ce que tout le monde pen­sait, si bien qu’au­cun Hébreu ne consen­tit à affron­ter Goliath. Aucun Hébreu, je me trompe. David s’of­frit à ce com­bat.

— David ! fait Nicole apeu­rée. Mais tu as dit qu’il était encore très jeune. Et puis, c’est pas en gar­dant les mou­tons qu’il a appris à se battre.

— Non, bien sûr. Mais jus­te­ment parce qu’il se sen­tait faible, il a deman­dé au Bon Dieu de lui don­ner sa force divine. Il est allé à la ren­contre du géant avec un bâton et une fronde. Vous pen­sez que Goliath riait ; mais David, sans hési­ter, lance la pierre de sa fronde, atteint Goliath au front, et le géant tombe sous le coup. David sai­sit alors sa propre épée et le tue. Les Phi­lis­tins étaient vain­cus.

Et savez-vous ce qui va se pas­ser ? Saül, au lieu de remer­cier David, essaye par jalou­sie de le faire mou­rir. Il l’o­blige à fuir et à mener pen­dant quelques années une vie errante.

Si Saül avait l’âme basse, David, lui, pos­sé­dait un grand cœur. Il par­donne à Saül et, un beau jour, lui sauve la vie. Mais Dieu jugea qu’il était temps de punir Saül de bien des crimes. Il fut tué par les Phi­lis­tins avec ses fils, et David devint seul roi du peuple de Dieu.

Juste à ce moment, la pen­dule sonne neuf heures et demie, et la voix de maman appelle les enfants.

— Oh ! s’é­crie Colette, com­ment, nous cau­sons depuis près d’une heure ! Sau­vez-vous vite, mes petits !

Après un bai­ser hâtif et recon­nais­sant, Nicole et Bru­no s’en­volent, mais Yamil s’at­tarde, lan­gou­reux, se diri­geant comme une ombre vers la porte. Levant ses yeux immenses vers Colette, il dit entre haut et bas :

— Yamil y fera pas fâcher Maria­nick, Yamil aimer écou­ter dami­selle, li reve­nir.

Coloriage biblique - David contre Goliath


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