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2 septembre 2026Les bienheureux Martyrs de Septembre

Pen­dant la Révo­lu­tion fran­çaise, l’As­sem­blée avait décré­té la Consti­tu­tion civile du cler­gé : tous les ecclé­sias­tiques devaient prê­ter un ser­ment schis­ma­tique. Ceux qui ne vou­lurent pas s’y sou­mettre — les « réfrac­taires » — furent incar­cé­rés nom­breux dans la capi­tale : à l’ab­baye Saint-Ger­main, aux Carmes et à la Force. Mais la Com­mune de Paris prô­na des mesures plus radi­cales encore ; réso­lue à faire périr les prêtres inter­nés, elle nom­ma un comi­té d’exé­cu­tion. Le 2 sep­tembre 1792, la bande des égor­geurs com­men­ça son œuvre. À l’Ab­baye, 21 pri­son­niers furent d’a­bord mas­sa­crés ; aux Carmes, les déte­nus ecclé­sias­tiques furent pour­chas­sés dans le jar­din, tra­qués dans l’o­ra­toire ou jugés som­mai­re­ment : en moins de deux heures, 120 prêtres tom­bèrent, par­mi les­quels Mgr du Lau, arche­vêque d’Arles, et les deux frères Fran­çois-Joseph et Pierre-Louis de la Roche­fou­cauld, évêques, l’un de Beau­vais, l’autre de Saintes. Dans la nuit du 2 au 3, nou­veaux mas­sacres à l’Ab­baye, puis, le 3, au sémi­naire Saint-Fir­min et dans les autres pri­sons de Paris. Les restes des ser­vi­teurs de Dieu, dépouillés de tout vête­ment, furent jetés dans des fosses com­munes. Aux Carmes, en 1867, on a décou­vert dans un ancien puits les osse­ments de cer­taines des vic­times tuées dans le jar­din on les a trans­fé­rés dans la crypte de la cha­pelle. Pie XI, en 1926, a mis au nombre des Bien­heu­reux ceux que l’on désigne glo­ba­le­ment sous le nom de « Mar­tyrs de Sep­tembre ». — Rete­nons cette parole de stu­pé­fac­tion de l’un des com­mis­saires, témoin du mas­sacre : « Vos prêtres allaient à la mort avec la même joie que s’ils fussent allés aux noces ! »


Ouvrage : Autres textes | Auteur : Noël, Marie

Le 31 décembre 1940.

Le der­nier jour de l’an­née, le Bon Dieu était dans le ciel et regar­dait en bas dans une église où les gens étaient en train de lui chan­ter le Te Deum.

L’église n’avait plus ni clo­cher ni cloches et le curé avait eu bien du mal à bou­cher les plus gros trous des murs et du toit pour que les fidèles ne fussent pas trop mouillés, les jours de pluie, en y réci­tant leurs prières.

Noël dans un village détruit par la guerreIl y avait là Léon­tine, dont les trois mai­sons avaient été brû­lées et qui logeait main­te­nant dans un gre­nier froid.

Il y avait là Thé­rèse, à qui les Alle­mands n’a­vaient lais­sé ni meubles, ni linge et qui était venue à l’office avec le man­teau de sa voisine.

Il y avait Fran­çois, de la ferme des Noues, dont tous les che­vaux et les vaches avaient été emme­nés par la troupe, si bien qu’il ne pou­vait plus labou­rer ses terres et, à côté, dans le même banc, la pauvre Made­leine dont le mari avait été tué d’un coup de fusil à l’entrée du bourg.

Il y avait Ger­maine, la boi­teuse, dont les trois fils étaient prisonniers…

Et Théo­dore dont la femme et les deux filles avaient péri ensemble, ense­ve­lies sous la grange…

Et Mar­gue­rite qui avait per­du, en fuite, son petit gar­çon, et per­sonne ne savait plus ce qu’il était devenu…

Ouvrage : Autres textes

Un sourire qui vaut de l’or.
Conte de Noël.

Il était une fois un vieux ber­ger qui aimait la nuit, son silence, son ciel par­se­mé d’étoiles. Ces étoiles, il les connais­sait par leur nom. En les regar­dant, il disait sou­vent à son petit fils :

— Il va venir.

— Quand vien­dra-t-il ? deman­dait l’enfant.

— Bien­tôt !

Les autres ber­gers riaient.

— Bien­tôt !… Tu répètes cela depuis des années ! » Mais le vieux ber­ger ne les écou­tait pas.

Une seule chose l’inquiétait, son petit-fils aus­si com­men­çait à dou­ter. Et quand lui ne serait plus là, qui donc redi­rait aux plus jeunes ce que les pro­phètes avaient annon­cé depuis tou­jours ? Ah ! S’il pou­vait venir bien­tôt ! Son cœur était tout rem­pli de cette attente.

* * *

Noel - Vieux berger parlant de la venue du messie à son fils— Por­te­ra-t-il une cou­ronne en or ? deman­da sou­dain le petit-fils ?

— Oui ! Certainement.

— Et une épée d’argent ?

— Pour sûr !

— Et un man­teau de pourpre ?

— Peut-être.

Et le petit-fils sem­blait heureux.

Assis sur un rocher, le gar­çon jouait de la flûte. Le vieux ber­ger écou­tait atten­ti­ve­ment la mélo­die simple et pure : l’enfant s’exerçait jour après jour, matin et soir pour être prêt quand le roi viendrait.

Ouvrage : Autres textes | Auteur : André-Delastre, Louise

Par­mi les fêtes chré­tiennes, Noël avait toutes les pré­fé­rences de saint Fran­çois [d’As­sise] (il n’est pas le seul) ! Ce jour, qui nous a don­né le Sau­veur, ne pou­vait à ses yeux appor­ter assez de joie aux créa­tures, même à leur corps, ce « Frère Âne » qu’il trai­tait si mal d’or­di­naire. Une année que Noël tom­bait un ven­dre­di, les frères déli­bé­raient pour savoir si l’on ferait maigre ce jour-là. Fran­çois pro­teste : « Ne par­lez pas de ven­dre­di ni de maigre [1] un jour pareil, le jour où l’En­fant-Dieu est né. Je vou­drais qu’en ce jour les murs mêmes puissent man­ger de la viande, ou du moins qu’on les frotte de graisse puis­qu’ils ne peuvent manger ».

Il deman­dait aux riches de réga­ler les pauvres en l’hon­neur de la fête et de don­ner aux bœufs et aux ânes, com­pa­gnons de Jésus dans l’é­table, double ration d’a­voine et de foin. — « Si je connais­sais l’Em­pe­reur, disait-il encore, je le sup­plie­rais de faire une loi ordon­nant de semer du grain sur les routes pour le régal des petits oiseaux, et sur­tout de nos sœurs les Alouettes. » Ces alouettes, qui montent si haut dans le ciel en chan­tant, devaient lui rap­pe­ler les anges de Bethléem.

Bref, notre saint aimait tant Noël que, trois ans avant sa mort, lui vint à ce sujet une belle idée. Il fait appe­ler Mes­sire Jean, noble riche, ins­truit et chré­tien plus fervent encore. — « Rends-toi à Grec­cio si tu le veux bien, lui dit-il ; nous y célé­bre­rons la pro­chaine fête du Sei­gneur. Pars dès main­te­nant et occupe-toi des pré­pa­ra­tifs que je vais t’indiquer… »

Ici, nous ne tra­hi­rons pas le secret que, lon­gue­ment, Fran­çois confie à l’o­reille de Jean. Celui-ci accepte aus­si­tôt et se met en route.

La grande Nuit arrive. On a convo­qué les Frères de plu­sieurs cou­vents des envi­rons et le peuple se presse, nom­breux, avec des torches et des cierges. Tous sont fort intri­gués : il y aura une sur­prise, paraît-il. Le lieu, déjà, étonne. Une messe de minuit en plein bois, dans une grotte, une cabane ? Un frère ras­sure les scru­pu­leux : la per­mis­sion de dres­ser cet « autel por­ta­tif » — comme nous dirions — a été obte­nue de Rome. Elle était alors très rare­ment don­née, mais le Pape véné­rait beau­coup Frère François.

  1. [1] Faire maigre est se pri­ver de viande, par péni­tence, le ven­dre­di et cer­tains jours de l’Avent et du Cueille ou les veilles de grandes fêtes. L’É­glise a adou­ci ce com­man­de­ment, mais beau­coup de fidèles conti­nuent à l’ob­ser­ver ; c’est tout de même une bien petite pri­va­tion !
Ouvrage : Autres textes | Auteur : Lenotre, G.

Légende de Noël sous la Révolution - G. Lenôtre
C’é­tait une grande poupée.

Aus­si loin que se reportent dans le pas­sé mes sou­ve­nirs, je revois la vieille mar­quise de Fla­vi­gny, sou­riante et sereine, habi­tuel­le­ment assise dans une antique ber­gère gar­nie de velours cou­leur de pêche, sur lequel se déta­chaient ses che­veux gris et ses grands bon­nets de den­telle ornés de nœuds tremblants.

Près d’elle se tenait, presque sans cesse, sur une chaise basse, une femme du même âge, sou­riante aus­si, le visage calme et apai­sé. On appe­lait celle-ci « made­moi­selle Odile ». Ce n’é­tait pas une ser­vante ; une grande fami­lia­ri­té sem­blait unir les deux vieilles dames qui, tout en tri­co­tant des jupons de laine bleue à grosses mailles qu’elles dis­tri­buaient aux pauvres, le jeu­di matin, avec une miche de pain et cinq pièces de deux liards, échan­geaient à voix basse, d’un air de cama­ra­de­rie, presque de com­pli­ci­té, d’in­ter­mi­nables confi­dences. À cer­tains jours, jours de grands ran­ge­ments, quand le tri­cot chô­mait, les deux amies entre­pre­naient la visite de leurs armoires, immenses bahuts de chêne ver­ni à longues pom­melles de cuivre, avec des entrées de ser­rures, étroites et hautes, décou­pées en ara­besques ; elles ouvraient des boîtes, enru­ban­naient le linge, éten­daient sur les rayons de beaux nap­pe­rons bro­dés, épous­se­taient, frot­taient toute la jour­née. Nous étions là une bande d’en­fants admis à ce spec­tacle salu­taire, à condi­tion de ne tou­cher à rien.

Au fond d’une de ces mys­té­rieuses armoires, comme en un sanc­tuaire, repo­sait, debout dans une boîte de verre, un objet pour lequel les deux dames sem­blaient avoir une sorte de véné­ra­tion. C’é­tait une grande pou­pée vêtue, à l’an­cienne mode, d’une robe de soie éli­mée ; les années l’a­vaient faite presque chauve ; son nez était cas­sé, ses mains et son visage étaient écaillés et déver­nis, et je me rap­pelle qu’elle n’a­vait plus qu’un sou­lier, un vieux sou­lier de maro­quin tout cra­que­lé, avec une boucle d’argent noir­ci et un haut talon qui avait été rouge.

Quand elles en arri­vaient à cet impo­sant bibe­lot, la mar­quise et Mlle Odile le dépla­çaient avec des ména­ge­ments d’en­fant de chœur maniant un reli­quaire : elles en par­laient à voix crain­tive, en phrases courtes :

« ELLE a encore per­du des che­veux… Son jupon est main­te­nant tout usé… Voi­là un doigt qui tom­be­ra bientôt. »

On sou­le­vait avec mille pré­cau­tions le cou­vercle de verre, on rajeu­nis­sait le poivre, on défri­pait la jupe à petits coups d’ongle très pru­dents. Puis on remet­tait la pou­pée en place, debout sur le plus beau rayon, comme sur un autel.

« Tient-elle bien, ma mie ? » deman­dait la mar­quise. C’est ain­si qu’elle dési­gnait Mlle Odile. Celle-ci, fami­liè­re­ment, l’ap­pe­lait « madame Solange », sans jamais lui don­ner son titre, par­lant avec une sorte d’ac­cent loin­tain d’Al­sace, sans rudesse pour­tant, et si dis­cret qu’on l’eût dit estom­pé par le temps.

Nous n’en savions pas davan­tage sur l’his­toire des deux vieilles dames et de leur pou­pée quand, un soir — c’é­tait la veille de Noël d’une année qui est déjà bien loin — nous fûmes, d’un coup, ini­tiés à tout le mys­tère. Ce jour-là, Odile et la mar­quise avaient bavar­dé avec plus d’a­ni­ma­tion encore qu’à l’or­di­naire. Vers le soir, toutes deux s’é­taient recueillies et avaient fait silence : les mains jointes, elles se regar­daient d’un air atten­dri et l’on devi­nait qu’un com­mun sou­ve­nir leur rem­plis­sait l’âme.

Quand la nuit fut tout à fait tom­bée, Odile allu­ma les bou­gies ; puis, sor­tant de des­sous son tablier un trous­seau de clefs, elle ouvrit l’ar­moire à la pou­pée. On tira la pou­pée de sa boîte ; dans ses fal­ba­las ter­nis, avec sa tête sans che­veux, elle parais­sait bien plus vieille que les deux dames qui se la pas­saient, de main en main, avec des mou­ve­ments soi­gneux, presque tendres. La mar­quise la prit sur ses genoux, rame­na dou­ce­ment le long du corps les bras de plâtre, dont les join­tures firent entendre un vieux petit grin­ce­ment sem­blable à une plainte, et elle se mit à contem­pler la « dame » avec un sou­rire d’affection.

Ouvrage : Et maintenant une histoire I | Auteur : Herbé

Décembre. La tem­pête fai­sait rage. La neige tour­billon­nait sans arrêt depuis des heures. Volets clos, silen­cieuses sous les rafales ; les mai­sons se tas­saient, à demi ense­ve­lies sous l’é­paisse couche blanche que le vent des Alpes accu­mu­lait en masses énormes.

Le docteur rentre à sa maison dans la tempêteLa porte de la demeure du doc­teur Ner­val, de G…, s’ou­vrit brus­que­ment, et le méde­cin, entrant d’un geste vif chez lui, refer­ma la porte et secoua ses vêtements.

« C’est toi, Hen­ri ? », appe­la une voix de femme.

« Oui, c’est moi. Ouf ! quel temps, Sei­gneur ! J’en ai rare­ment vu de pareil. J’ai dû mettre un quart d’heure pour faire les 1oo mètres qui nous séparent de la cli­nique. M’a-t-on appe­lé en mon absence ?

— Non, par bon­heur, dit Mme Ner­val. S’il te fal­lait sor­tir par un tel temps, je serais ter­ri­ble­ment inquiète.

— Et les enfants ?

— Ils vont bien ; je les fai­sais tra­vailler quand tu es entré. »

À ce moment, la son­ne­rie du télé­phone retentit.

« Veux-tu prendre la com­mu­ni­ca­tion en atten­dant que je sois prêt ? », deman­da le doc­teur Ner­val à sa femme.

Celle-ci décro­cha l’écouteur :

« Allo… Oui, c’est bien chez le doc­teur Ner­val… Il vient de ren­trer à l’ins­tant même. Un acci­dent ? D’où télé­pho­nez-vous ? De La Ser­raz ? Bien, mais com­ment est le malade ? Atten­dez, je vous passe le docteur… »

Aux pre­miers mots pro­non­cés par sa femme, le doc­teur venait de s’a­van­cer rapi­de­ment vers l’ap­pa­reil qu’il prit en main ; sa voix calme et grave conti­nua l’interrogatoire :

« Ici, le doc­teur Ner­val… Où s’est pas­sé l’ac­ci­dent ? À la ferme des Mou­chet… Bon, je vois… Qu’y a‑t-il eu ?

Une jambe broyée sous un fayard… L’a-t-on rame­né chez lui ? Bien… Beau­coup de sang ?… Parle-t-il ?… Très pâle ?… Qui est avec lui ? Seule­ment sa femme et sa fille… Et vous ? Cer­tai­ne­ment, il faut que je m’y rende… Enten­du, atten­dez-moi pour me gui­der à par­tir du col. »